‹ Nouveaux mélangesChapitre 4 sur 107 · SUR LES PÈRES DE L EGLISE · texte numérisé non relu

SUR LES PÈRES DE L EGLISE

On a donc cru faire une chose utile, en choisissant dans les Pères une suite de morceaux qui formassent comme un cours abrégé* de doctrine et de morale chrétienne. Ces morceaux, traduits avec soin, donneront une légère idée du mérite propre aux ouvrages d'où ils sont tirés ; et peut-être qu'en les comparant aux passages de Bossuet même. et de Fénélon qu'on 7 a joints , on reconnoitra que non seu« lement ils ne sont pas effacés par ce redoutable Toisinagê , mais que pour la justesse et la force du raisonnement , l'élévation des pensées, la chaleur des mouvements, l'heureuse abondance des images , les Pères n'ont rien à envier à leurs successeurs , et qu'on pourroit quelquefois en lisant ceux-ci regretter une certaine simplicité mâle et naïve , une vigueur entraîoaote, un naturel exquis, en un mot, je ne sais quelle fleur virginale de christianisme qui semble n'appartenir qu'aux premiers siècles de la religion.

Les Pères vivoient à l'époque de la décadence des lettres ; et cette décadence , qu'ils retardèrent seuls, est à peine sensible dans les ouvrages de plusieurs d'entre eux. Un goût délicat peut sans doute y découvrir quelques taches , ce qui n'empêche pas qu'ils ne soutiennent

SUR LES PiftES

avaDtageusement le parallèle avec les chefs-' d'œurre de Fantiquité profane; et si Ton veut juger de la puissance de la parole par ses effets^ c'était certes une belle éloquence que celle qui a sauvé le monde.

Deux caractères surtout la distinguent, une tendresse pénétrante qu'on a nommée onction » et une foi vive qui se communique, et triomphe de toutes les résistances de l'esprit. On est per* suadé 1 entraîné par la conviction de l'écrivain et par le désir de convaincre que l'on sent dans tous ses discours. Ce n'est pas un rhéteur qui disserte pour éblouir : c'est un ami qui vous ^ entretient avec une émotion profonde de vos plus grands intérêts, et dont le bonheur seroit d'assurer le vôtre. Ce qu'il dit remue le cœur , parcequ'il part du cœur. Sa voix a des accents qui étonnent l'âme et qui la ravissent, une grâce attirante , une douceur dont le charme céleste peut à peine se comprendre , et ne sauroit être peint. Que voyez-vous presque toujours dans les orateurs que l'antiquité nous vante ? L'orgueil s'efforçant de vaincre et de se soumettre les esprits. Ici, c'est un homme qui s'abaisse, qui s'humilie , qui prie , qui conjure; et pour qui? pour ceux-mêmes à qui s'adres* sent ses pressantes supp ll^cations , content

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d'être oublié pourfu qu'A les aauTe. On ne connoiMoit» avant le christianisme, rien de semblable. Considérer ces sublimes docteurs d'une religion sublime : Dieu est le fond de toutes leurs pensées , de tous leurs sentiments. Plongés dans son immenae lumière et dans son amour immense , leur parole ardente , et néanmoins calme , éclaire à la fois et féconde comme celle du Créateur. Tous les secrets du temps et de l'éternité leur sont connus. Us d^ TOilent rhomme à Tbomme , en relevant )tts« que dans le sein de l'Être de qui émanent tous, les êtres. Ils développent i ses yeux les lois de sa nature , ses devoirs , se$ destinées ; ils lui expliquent ce- que jamais il ne comprendroit de loi^mème , sa grandeur , sa bassesse , les contradictions mystérieuses de son esprit et de son cœur, la cause de ses maux et leur remède.

Que les philosophes, près d'eux» sont petits! que leur sagesse est vaine 1 Qu'il y a loin des dbciples de Socrate et de Zenon aux disciples de Jésus-Christ ! Les premiers , se séparant de la tradition générale, et s'appuyant sur leur raison seule, nièrent successivement toutes les vérités. Ftoitant à tout vênt de doctrines se combattant les uns les autres au milieu des

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