‹ Nouveaux mélangesChapitre 72 sur 107 · DU DIMANCHE · texte numérisé non relu

DU DIMANCHE

morale assurée sans religion 5 cela eat vrai pour tous les hommes : mais combien cela n'es>il pas évident surtout pour le peuple ? Toutes ses pensées habituelles se rapportent aux besoins physiques et à quelques plaisirs grossiers , qu'il regarde comme le dédommagement des durs travaux qui remplissent sa vie- Yoilà ce qui ' occupe entièrement son esprit dénué de culture 9 incapable de réflexions suivies, et totalement étranger aux idées intellectuelles. C'est à l'église , et uniquement là , que sa raison s'éclaire , qu'elle se nourrit des vérités les plus hautes ; que soa cœur s'ouvre à des sentiments qu'il ne connoissoit point. L'iAstruction religieuse forme et développe seule l'intelligence de la plupart des hommes, en même temps qu'elle fortifie les affections légitimes ; seule , elle les élève au-dessus de la brute , en leur ap.prenant à connoiire des devoirs. Je m'étonne que l'on se plaigne de la. corruption des mœurs et de l'accroissement progressif dea crimes p lorsqu'on ne laisse à la multitude d'autre enseignement que celui des passions. On l'ahaadonne à elle-même sans lumière ,' sans règle , sans frein ; on entoure de barrières presque insurmontables la maison de Dieu , où se trouve pour elle \^ véritable teUnce du bien et du mai;

994 ^^K l'osiSKTATiON

on ne vaut pi6 qu'on Tentretiepne des devoirs et des espérances de Thomme » du Créateur et de s» loi « des récompçoses promises à la vertu dens upe autre vie, des punitioDS réservées aux méchants : et puis Ton s'ioqniète do Tiguor^nçe et de la dépravation de ce malheureux peuple que hi r^olution a déclaré souverain, et qn*elle a réduit par le fait k une servitude telle qu'ao n'en conçoit pas de plus dégradante » puisqu'elle atteint particulièrement les plus nohles facultés dû l'homme, c^^Uesqui constituent sa nature » et le rapprochent de sqq gu»teur.

Oe profond avillsfiemeat, cette odieuse op- |if08sion de la olesse indigente , est un efTst natiiriel , inévitable , du matérialisme qqi r^gne dans h société. La religion seule protège Je pauvre, seule elle apprend au. riche à }e respecter; et quand ce seroit là iOQ unique hienfait,'elle mériteroit encore d'être bénie d^ genre humain. La politique moderne , au çour traire , tout enfoncée dans les intérêts watéliels', qu'elle appelle exclusivenient pûfiHfê t comme si, pour les nations, la morale n'étoit pas d'un intérêt aussi réel que les douanes /et que le déealogue ne fût pas aussi ponUif que le Ibodget ; lu politique moderne , (^Pona^9ii3i a»

voit daoB le pauvre qu'une maohiue à travail , 4opt U fa^t Uvtv le plus grand p^rti possiblç daoB un temps donné; elle mesure son utilité «ur ce qu'il produit, comme elle mesure Vur tiUtë du riche sur ce qu'il consomme» parceque l'opulence de TEtat, c'est^-à-dire l'impôt, augmente proportionnellement à la quantité 4es productions et des consommations. L%isaez ces idées se répandre , laissez-les se comr biner avec lef plus viles passions que recèle le cœur humain, l'avarice, la cupidité, et tous ▼erres bientôt jusqu'A quel excès Thomme peut porter le mépris dç rhdmme. Vou; aurez de$ ilotes de l'industrie, qu'on forcera, pour un morceau de pain , à a'enferpaer dans des 9t9* * liera , et qui vivront et mourront sai^p avoir peut-être une seiile fois entendu parler de Diçu, iana cônnoltre aucuns devoirs, pi souvent mên^e aucuns liens de famille, sans autres dé' sirs que ceux de la brute , çans autre craiote que celle du bourreau.

Je sais ce qu'on répondra : au moins ils soqt libres. Il faut , en vérité , qu'on se forme d'i^ ,tf anges notions de la liberté , et qu'on attache un bien grand prix A cette liberté fantastique, puisqu'on la juge suffisante pour compenser )a perte de tout ce qui fait 1% dignité et le }H)pl)9Mr

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de rhomme. Mais qu'on se désabuse : non , ces infortunés ne sont pas libres : la terrible domination que vous exercez sur eux le prouve assez. Leurs besoins les placent sous votre dé^ pendance; la nécessité en fait vos esclaves; et si vous dites qu'après tout ils ne sont pas votre propriété, nous en conviendrons avec douleur; car, s'ils étoient votre propriété, vous auriez intérêt à les ménager davantage ; vous ne leur envieriez pas un jour de repos ; vous voudriez, pour votre sûreté , qu'ils eussent dés principes de morale , et que la religion j les consolant par ses immortelles espérances, leur apprît à porter patiemment votre joug. Mais maintenant que la débauche ou le' glaive de la justice abrège leur vie, que vous iniporie? D'autres lep remplacent : vous n'avez rien perdb.

11 seroit difficile de prévoir quels destfns 6C préparc une nation chez laquelle il existe, pour les classes élevées , des écoles d'athéismiè 3ogmatique , tandis qu'on tolère , qu'on encourage même, dans le peuple , l'athéisme-^pratique , en permettant qu'il fasse publiquement profession dé ne reconnoîtrc aucun. culte, te monde àvpit vu , et toujours av^c autant d'effroi que d'horreur , des hommes sans Dieu : l'athéisme., que Voltaire appelle une abami"

- nabU et révoUante doctrine S avoit séduit quelques esprits faibles % car c'est ainsi que le patriarche de la philosophie anti - chrétienae parle de ces hommes de ténèbres ; mais jamais, ayant nos jours , on n'avoit vu de lois athées» de sociétés athées; jamais ou n'avoit dit à aucune nation : < Il vous est libre d'abjurer la a foi de toutes les nations , d'oublier et de re- » nier l'Auteur de l'univers , de vous déclarer «indépendante de son autorité souveraine, 1 de vous isoler d^ tous les âges , et de vous • créer, hors du genre humain^ une nouvelle > existence , une nouvelle raison , de nouvelles

' » lois et des mœurs nouvelles* » Jusqu'ici , tout ce qui fait les peuples , tout ce qui les conserve» descendoit du Ciel ; mais on est las de ce passée et l'on cherche l'avenir sur la terre. L'homme s*est chargé de son sort. Eh bien donc ! on saura ce que l'homme peut pour l'homme ; et la politique, encore indécise, de notre siècle, trouvera peut-étre> dans cette expérience , assez de lumières pour résoudre enfin la grande question de l'utilité de Dieu.

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