‹ Nouveaux mélangesChapitre 73 sur 107 · DE LA. TOLÉRANCE · texte numérisé non relu

DE LA. TOLÉRANCE

Dêpttifl <}be là rétolutiod d'Espagne pracbi^ ffurs étin déclin i les feuilles libérales eo&t reffl"* pltes de vagues déclamations sur la toléiance $ ellôs réclament virement en fstVeur des émlgféà j^èrolutionnairea une protection c^a 'elles s'indH gnoient qu'on accord&t anx émigrés royalistes, t IVe nous est^l pas permis , diaent^elles , dé «gémir en voyant que les lois de notre Europe^ «èi flère de &a civilisation 5 ne protègent pat «suffisamment ceult qui l'habitent) quelle «n'offre pas lin abri aux victimes des tempétoi «qui l'agitent) et que les partisans de la ré^ «forma politique ne trouvent pas même dantf «les montagnes de la Suisse et dans les maraië » de la Hollande l'asile qu'on n'y refuêoit pai «aux partiiians de la réforme religieuse'? « Ainsi la justice divine se manifeste tôt ou tard^ et le monde reconnoit la main qui le gouverne. Lorsque les hommes de désordre ont bouleversé la société , renversé les trônes , aboli les

DE LA yOLÉRANGE. 39^

lois , exilé , proscrit tout ce qui s'opposoit i leur fureur, il arrfve un moment où eux aussi ilé'oût besoin de pitié* Dieu ne la refuse ja-< mais au repentir^ mais l'homme^ foible et m^ sérable , la doit même au simple m alheur( Vin^ fortune , quelle qu'en soit la cauâe , est sacrée pour lui. Autres sont néanmoins, en plusieurs circonstances , les devoirs de Tautorité publl-> que chargée de maintenir Tordre général ; elle seroit coupable si elle permettoit de l'attaquer impunément ; elle détruiroit/a civitimtion dansi son principe ; nul État ne ponrroit subsister t livré sans défense aux partisans de là riforfhé politique 9 le pouvoir deviendroit le jouet de toutes les ambitions; les droits, les propriétés, la vie des sujets fidèles sefoient perpétuellement à la discrétion des ré formateurs ; et e'e^t ausài pousser trop loin Tauducé de l'absurdité ^ que de se plaindre des iois de nôtre Europe^ qui né protègent pas suffisamment ceux qui s'efforcent de les renverser.

Il y a , dans tout ce que les révolutionnaires disent aux peuples ^ un mépris inexprimable pour la raison de l'homme. On est quelquefois surpris de la hardiesse avec laquelle ils pré-^ sentent comme d'incontestables vérités les plus ridicules extravagances; Mais ils savent que ce

360 DE LA XOLéKAN€E.

sontjes passions qui les écoutent» et qu'on peut tout faire croire aux passions.

Le même journal, dont nous venons de citer quelques phrases, s'écrie à propos d'une lettre publiée à Londi^s par J'àmbassadeur persan : c Quel contraste nous offre aujourd'hui le

• monde politique! les proscriptions dans l'Eu- >rope civilisée, la tolérance dans l'Asie encore

• barbare... A Madrid^ on ose écrire que la re- » Ijgion de Jésus-Christ est intolérante , des »?oix fanatiques invoquent le rétablissement

• de l'inquisition ; à Ispahan, un prince de la » secte d'Âli proclame qu'il respectera la liberté

• de tpus les cultes et de toutes les croyances. » Au centre des connoissances, de l'instruction, •on invoque Tignorance, on met un embargo

• sur tous les livres, et dans le fond de l'Asie

• un gouvernement reconnoit que la propaga-

• tion des lumières est un bienfait pour les

• peuples; enAn, dans notre Europe Jibre, au

• nom d'une religion qui protège l'opprimé, et » qui ne reconnoit entre le riche et le pauvre , •entre le puissant et le foible, d'autre distinc-^ » tion que celle des. vertus, on poursuit conmie 9 criminel jusqu'au nom de ces idées libérales

• dont le germe se troute dans tous les livres

• saints» » . •

> ]>E £A TOliRANGB. (36dk

Qae Ift Féfolutioa; soit |e développement d'an germe qui se trouve dans tous les livres sainte, c*esl ea vérité' ce qu'on persuadera difficilement à notre Europe; il faudra que les lumières fassent encore bçancoup de progrès avant qu'elle comprenne comment les lois de la Convention , du Directoire et de l'Empire, voire même les lois des Cortès, ne sont qu-un comnientaire de TÉvangile. Tous les liommes, riches et pauvres , foibles et puissants , sont égaux devant Dieu ; qui en doute ? S'ensuit-il gu'il n'existe entre eux d'autrje distinction sociale (/ue celle des vertus? Jean de Leyde et ses disciples eatendoient, il est vrai, l'Évangile de la même manière que les libéraux de notre temps; mais il est vrai aussi que cette manière savante de l'entendre produisit des maux sans • nombre , et couvrit l'Allemagne de ruines et de sang.

L'écrivain qui prêche ces étranges maximes reproche aux Espagnols leur inquisition. Nous n'inva^uonspas son rétablissement en Espagne, car nous ignorons s'il seroit utile; mais nous osons dire que c'eût été un grand bonheur pour la Westphalie qu'elle y eût existé à l'époque où les anabaptistes interprétoient rÉcriture- Sainte comme l'interprètent aujouird'hui les

36a 0% t tOtiRAhcB.

pt6|>9gKt€Urd des (dées tibéfateà et les paflUans dé là réforme politit/ae. Les mots ne ebângeftt poiht ta USitUfe des choses , et k société Si )é dfoît de sê défendre eotitre tout ce qui Tatta- * que. Loréqu'oii trouble la paix publique et qu'on soulève les peuples avec des doctrines , ces doctrines ne sont plus (jle simples opinions, mais des crimes t et il séroit singulier qu^il y eût des crimes que le Souverain ne pût Justement réprimer et punir.

Au fond 9 ce que demandent les libérdui , c'est qu'on recotinoisse à leur profit, sous le nom de liberté, un droit universel de révolte; ce qui les oblige à renverser toutes tes notions reçues , et les place dès lors en Opposition perpétuelle avec le sens commun. Arrfve-t-il qu'A Madrid l'on écrive ce qu'on n'a cessé de dire et de redire dans le monde entier depuis dixhuit siècles , ce qui se trouve textuellement dans vingt endroits de rÉvangile ', en un mot, 7«e ta religion de Jésuê^Chritt est intolérante, ' aussitôt ils poussent des cris d'étonnement et dMndignation , comme si l'on avoit avancé une proposition nouvelle, extravagante, ou profété quelque blasphème. Est-ce que la religion n'est

* Qui er^éidôritf d kapiUaius fuerU^ Miivui trU : qui verà m^n ertd'iéçrli 9 cmdtmnWitur. Marc.^xvi, i6.

d8 £A ïdtiRAWcKi I6S

pas iitlë lot ? Ë!)t-ce qu6 tbtite loi h'eêt pM eê^ seatlelléinetit intolérante ? Gonçôti-on qu'elld tolèire la tiolation dé séè défense» dtr de && commahdeménté? Est^-il posdiblë d'i&daginel un6 conti^adlction plttd absurdlë? A moins d'êtfe dâbs rétat où ks TabletUê unitenMeé avouent que les {)rotéêtàbM ^ont tombés eu France » c'(îst-à-dire ddné une indifféteMe ptesque égalé à telle des inttéduleé > il fâUt bien admettre qu6 la religion chrétienne a Dieu ))our auteut) qu'elle est fondée sur Une révélation qui oblige à croire (certaines Vérités , à se soumettre & certains préceptes \ et hi le christianisme' tolé-^ roît riufractîoù de bet préceptes , la négation de ces vérités , le christitinisme évidemment n'imposeroit aucuns devoirs j'rhomme seroif libre de se faire êa religion dit ses dogmes, sa morale, son culte ^ selon ses pet^éeè et selon Ses désirs; en d'auftrés ternMBS» tous les cultes, toutes les morales , tous les dogmes 9 toutes les vérités et toutes les erreurs^ tous les crimes et toutes les vertus, Seroient indifférents à Dieu, proposition qui n'est, dans la réalité, qu'une énoùciation rigoureuse de rathéisme< La tolérance dogmatique, ou, ai Ton aime mieux l'appeler ainsi, la tolérance philosophique, tn détruisant lu notion dé 1a loi , détruit

, eâcore la raiioD même , puisqu'elle atiéaiitit

' '^ la distioction entre le rrai et le faux, ou

qu'ette suppose au moins ^ Timpossibilité (fe les discerner l'un àt l'autre. Aussi, en ce sens, la tolérance n'existe-t-elle nulle part; ce n'est, soos un autre nom, que le scepticisme absolu, ou la mort de rintelligence. Partout où il y a vie, il y a croyance, et toute croyance exclut les croyances opposées. Cela est vrai universel* lement, et dans les sciences comme dans la religion. La géométrie n'est pas moins intol4» rante que le christianisme. Oêez écrire que les lois de Kepler et le système de Copernic ne sont que des » rêveries , vous verrez comment l'Académie des sciences- tolérera vos opinions astronomiques. En toutes choses , le doute seul est tolérant, parcequ 'il. ignore, et quiconque étabKt , en matière de religion , la tolérance dogmatique , déclare la religion douteuse : il déclare qu'on ne sait ce qui est vrai ou faux dans les croyances, ni par conséquent ce qui ' est bien ou mal dans les actions ;' il pose un

principe qui ne tend à rien moins qu'à l'entière

destruction de toute société paimi les hommes.

Considérez en effet, dans ses applications, la

doctrine de la tolérance telle que nous l'a. lé*

^ guée la philosophie du dernier siècle. A quoi

a*t-elle servi , qu'à autoriser toutes les erreurs et à justifier tous les crimes? A la place des droits qui supposent UQ ordre immuable de yé^ïXé& certaines, ou a eu des institutions changéantes , fondées sur des opinions mobiles, des religions et même un Dieu de fait, qui n'étoit que rhomme présenté par l'athéisme à l'adoration de Vhomme; des gourernements de fait, c'ést-à-dire le despotisme et l'anarchie ; une justice de fait, c'est-à-dire l'intérêt du plus fort garanti par les prisons , la déportation et lies échafauds ; on a eu enfin une morale e/^ fait promulguée dans les décrets qui accordoient aux filtes^mères des pensions > àf titre de récompense et d'encouragement.

I>a tolérance dogmatique une fois admise , nous défions que l'on condamne, que l'on blâme même sans se contredire aucun de ces épouvantables excès. La tolérance des opinions entraîne celle dès conséquences des opinions. Si chacun peut légitimement ôroire ce qu'il veut, il peut légitlnîement agir d'après ce qu'il croit ; et c'est de ce principe que partent, au moins implicitement,les libéraux pour justifier les artisans de révolution lorsqu'ils réussissent, ou pour réclamef en leur faveur l'impunité, lossqu 'ils. échouent dans leurs entreprises.

566 M i.â toUmnm.

G'^st grwd'pitié qtiand à^ pareflles m&ii* mes vientieat è se répandre ohez up peuple, quand le lien des esprits étant rompu i la peu-* aée do chaque homme 03t sa çeule vérité, fit sa volonté sa seule )oi. D'une tolérance abso^ lue, quia'exisle jamais qu'en théorie, sort bien' lAt une tyrannie absolue , soit qu'elle s'eirerce au pom d^un aeul ou au non» de la multitude. Alors il se fait un silence profond, et Ton n'entend plus, daps ce aileno», que Us sons terdtblés de la vôlx qui annonce aux nattons leur ^n i Finh sup^r te !

M0U19 connoipsons trpp bion nos adversaires pour n'élre pas assuaési d'^Tanoo que , dénatur rant nos paroles et nos intentions, et confôprdant, à dessein, peut»êtrc, 1^ choses les plus diverses, ils nous accuseront d'exciter le pouvoir aux persécutions. Cependant, d^nia dix?huit aièolea que lu christianisme wbsiaie, pn con*noit mieux , ce me semble , les persécatîi^ns qu'il a souffertes que celles qu'il ^ eixeTcées, X'espitt de la religion catholiquer dt ses lois sont ce qu'il j a au monde de plus opposé à h viûlenec, pséoisément paroeque la religion c^* fholique est , comme religion , essentiellement intolérfinte. Mais , pour qu'on ne se trompa pas sur potre pansée» et ne fuyant, d'ailleurs

aucune 4iKu$si<^ franeb^ , oqva tFaiteraq^t, dans un second artiele , de la tolérance emb^ f)rè« différente da colle que noua a^Qo^ appelle degmatiqw ou philoê^phique.

Nqus avon» fait ^oir que la tQléraope dogwit tique eu n4atière de r^Ugion « at mênie en tout ce qui peut être l'objet des oroyaucea deatiom- W^s , auppoagit açc^ssalreoient qu'il n'exista rien de vrai ni d^ faui , rien d*e99enti9llçipeat )U8tA ou injuste » ou qui) e^t impossible d^ difrcarner l'un de l'autre i d'où il suit que tolérer dogmatiquement toutes Içp opioion^i c'est fp déclarer fiec9>tique, c'est abjursr toutes les ventés et tous les defoirs* Aussi la dQctriqe 4» }a tolérance, preehée avec tant de chaleur da^s le dix-huitièoae sièfcle» oe fuselle sou.tepue que pourfavorisfHrlesprogrèsd'unepbilosopm^dont le doute e^t l'essenoa* et qui teqdoit & renverser les bases de l'oidre social. Avant d'effectuer )a réfolution que Ton mcditoit dés lors»«Q essayojt delà légitimer; les novateurs préparoient la libeHé d'sigir par la Mberté de penêer^

Cette expression » dereiiue une espéee 4e cri de guerre philosopbiq^ » offre un doublements comme la plupart des mots avee lesquels op abuse le people, et le peuple dee geus instruits iH8»i Wçn quç le pçuple ijjfnçra.nt. JP^sg ^ la

368 DE LA TOU&RAlfGH.

lettre , elle n'est qu'une sottise. La pensée, par sa nature, est pleinement libre. Nulle puissance humaine, ne peu.t empêcher qui que ce soit de penser ce qu'il veut; nos actes intérieurs ^ne scmt soumis à aucune contrainte , et , réclamer la liberté de penser est, ainsi que Tobsenre M. de Bonald, un peu plu$ ridicule que si on léçlamoit la liberté de là circulation du sang: IS 'importe ; il n'est pas nécessaire que les hommes s'entendent lorsqu'on les met en moùye* ment pour détruirç , et ce n'est pas avec le bon sens qu'on troubles le monde.

Mais ceux qui les premiers demandèrent qu'il fût pei;mis de penser librement savoient que , par une interprétation moins absurde i certains égards , et plus dangereuse sous d'autrès rapports , la liberté de penser se confondroit bientôt , dans l'esprit de leurs disciples , avec la liberté de parler^ d'enseigner ou de pro* pager les opinions qu'ils ayoient à cœur de répandre ; et c'est à ce genre de liberté qu'ils aspiroient enr réclamant la folérance ewUe.

Rousseau lui-même avoue qu'eUfe doit avoir des bornes ; il ne veut pas qu'o? tolère ceux qui rejettent les dogmes qu'il regarde comme le fondement de la société ', et il est

> « Lfi sii}ctB ne doWent compu aa tou v^nin de Uun opinloai

DX LA TOliRÀNCË^ 369

clair , en effet , que la société ne peut tolérer les doctrines qui rendroient son existence impossible , ou qui seroient incompatibles avec Tordre public. Et , pour Tobserrer en passant, il résulte de là qu'il faut un juge des doctrines, un juge légal , indépendant , infaillible même, afin de ne pas tomber dans un arbitraire insupportable , dans les persécutions du despotisme ou de Tanarcbie.

Qu'il y ait des délits spirituels , on ne peut le nier : c'est un fait univecseilemeùt reconnu, et partout on punit cette sorte de délits. Si quelqu'un précboit des maximes subversives

• qa'aatant que ces opinions importent à la communaaté.Or il

• importe bien à l'État que chaque citoyen ait ane religion qni

• loi faate aimer tes devoirs ; mais les dogmes de cette religion » n'intéressent oi l'État m ses membres qu'autant que ces dogmes •se rapportent à la morale et aux devoirs que ceini qui la professe

• est tenu de remplir envers autrui... Il y a donc une profession •de foi purement civile, dont il appfartient au soaverain de fixer ■les articles, non pas précisément comme dogmce de religion^

• imais comme sentiments de sociabilité, sans lesquels il est im- » possible d'être bon citoyen ni sujet fidèle. Sans pouvoir obliger

• personnel les croire, il peot bannir de l'État quiconque ne •les croit pas ; il peut le bannir, non comme impie , mail comme •insociable, comme incapable d'aimer sincèrement les lois, la •justice , et d'immoler au besoin sa vie à son devoir. Que si ^nel-*

• qu'un , aprè» avoir reconnu publiquement ces mêmes dogmes

• se condoit comme ne les croyant pas, qu'il soit puni de mort ; Û

• a commis le plus grand des crimes, il a menti devant les lois* • Càktfai ffociaf, Uv* iv, ch. vm. -

570 pi hk fOliRAKGB.

de la morale , par exemple la légitiiaité 4o vol i du meurtre 9 et6«, pense^t^on qu'il existe au monde un goufcrûement qui le tolérât? Corrompre les croyances , c'est corrompre les mœurs ; et l'esprit qui s'égare est sur la route, du crime* Quand la raison ne nous l'appren^ droit pas , cela seroit encore prouvé par l'ex*- .pérîence de tous les temps.

La société spirituelle » juge naturel des délits qui se commettent dans son sein ou de la violation de ses lois y n'inflige que des peines spi^ rituelles ; là se borne sa juridiction propre ^ et jamais l'Église n'en exerça d'autre. Si l'inquisition , dont on fait tant de bruit , prônonçoit des peines corporelles , et quelquefois la peine capitale 9 c'est que l'Inquisition, dans laquelle le clergé n'intêrvenoit que pour constater le délit spirituel» étoit essentiellement un tribunal politique qui punissoit 5 en cette qualité^ selon les lois de la société politique; et peut-^tre auroit-^n dû, pour être juste, observer que l'intervention de l'Église étoit toute en faveur du coupable , puisqu'il lui suffîsoit d'avouer sa fauta pour éviter le châtiment» ce qui n'existe ni ne peut exister dans aucun tribunal puré^ mentt^ivil.

Assez d'autres ont fait remarquer ee qu'on

DE I.A TOLÉBàKG£. 57 1

▼eut néanmoins oublier toujours, que l'Espagne est redeTable au tribunal de Tlnquisîtion d'avoir échappé aux calamités horribles des guerres de religion , qui désolèrent le reste de l'Europe pendant près de deux siècles. Elle lui dut la paix. intérieure, et c'esrt bien quelque chose. Au surplus, nous ne prétendons pas que FInquisition soit entièrement exempte de reproché, que sa sétérité n'ait pas été quelquefois excessive , quoiqu'il soit peut-être difficile de déterminer exactement la juste mesure de rigueur et de démence que pouvoient exiger on permettre l'intérêt du pays , sa législation, les mœurs et le caractère national. Et après * tout, il ne sera pas fort étonntini qu'on retrouve dans une institution humaine les erreurs et les foiblesses de rhumanité'.

Au lieu de se laisser imposer par un nom , ce qui est le propre des esprits étroits, il sêroit plus raisonnable de reconnoitre qu'il j a dans toute société un ordre religieux , un ordre moral , un ordre politique, et que par conséquent les délits contre là religion , la morale et le gouvernement ne sauroîent être tolérés dans aucune société , sans quoi la société consen-

' Voyez sur rinquisition les Lettres à un geniUftomnm russe, par M* le comte de Maisfre.

3^2 DE tk TOLÉRANCE.

tiroit à sa propre destruction. Aussi , tous les peuples ont-ils puni les propagateurs des opinions opposées aux ci-oyances publiques , et qu'ils jugeoient funestes à la tranquillité de rÈtat. On connoit, à cet regard, la sévérité des républiques mêmes. Combien de fois le sénat romain ne se fofma-t-il pas en tribunal d'inquisition contre les philosopher et contre les sec*tateurs des cultes étrangers? La question n'est pas de savoir si les tribunaux chargés de r^rimer les délits spirituels ne se trompèrent jamais dans l'application du principe auquel ils dévoient leur existence , s'ils ne pi^bscrivireat jamais que les doctrines réellement condamnables, mais s'il a existé partout de semblables tribunaux, quelle qu'en fût la forme. Or, qu'on nomme un pays où l'impiété, le blasphème, le. sacrilège ne soient pas regardés comme des crimes , où l'on permette d'attaquer le pouvoir et d'exciter à la révolte contre les lois ?

L'Eglise , en condamnant les opinions de Calvin , déclara que c'ctoient des erreurs contraires à la religion catholique , qui étoit en France la religion de l'État : voilà l'intolérance dogmatique , et la borne de l'autorité spirituelle* Le pouvoir séculier, jugeant ensuite ces mêmes erreurs politiquement dangereuses , interdit

Page 1