‹ Nouveaux mélangesChapitre 79 sur 107 · DIRIGÉE CONTRE LE DRAPEAU BLANC · texte numérisé non relu

DIRIGÉE CONTRE LE DRAPEAU BLANC

AU SrjET DE L UNIVERSITE.

Quand les peuples , conduits dans des voies trompeuses , s'éloignent de Tordre éternel qui est la vie des nations , Dieu ne manque jamais dd les avertir autant qu'il est nécessaire , pour qu'ils ne puissent accuser qu'eux-mêmes de leur perte. 11 ôteie sens à ceux qui gouvernent, et trouble leui's conseils. Alors il arrive des choses si extraordinaires, si évidemmeiit opposées à la justice et a la raison , qu'il est impossible, lûême aux aveugles » de continuera s'abuser. Et souvent c'est une circonstance, ou foible en elle*même, ou imprévue, qui révèle tout-à-coup à la société ce qu'elle ignoroitetcequllfalloît qu'elle sût ; car Dieu , qui tient en sa zùain tous les événements , les fait servir comme il lui plaît à raccomplissement de ses desseins. Aiasi , pour nous renfermer dans Je fait particulier qui nous suggère ces réflexions , un

fltE lA POURSUITE JYJDICIAIBE , CtC 4oi

miDistère, qui en trouvoît encore quelque anpui dans la saine partie du public, que parcequ on le supposoit invariablement attaché aux intérêts de la religion ^ de la morale et de la monarchie, se déclare hautement le protecteur d'un système d éducation anti-monarchique , immoral, irréligieux;; des hommes, irrites qu'on signale les énormes abus qui résultent de ce système d'éducation , prennent soin de donner un nouvel éclat aux réclamations qu'on a faites, aux vérités qu'on a publiées ; ils voudroient pour tout au monde en détruire l'impression, en effacer le souvenir , et ils fixent sur elles l'attention de tous les esprits; poussés par une force supérieure qui les domine à leur însu, ils appelleront devant les tribunaux, non pas le crime , mais la conscience qui l'accuse , comme s'ils désiroient que sa voix fût mieux entendue, et que , dans le sanctuaire de la justice , elle eût un caractère plus solennel et plus saint. Il faut bien le teconnoître : Digitus Dei est hic. Considérez cependant, vous qu'aucune passion n'anime , la différence des temps et les contradictions des hommes. Lorsque les Bourbons eurent recouvré leur antique héritage, un cri s'éleva de toutes parts contre TUniversité. A cette époque, comme aujourd'hui nous crû-

^09 iBfra ta, poufiscm

mes de notre devoir de montrerquel étoit Texcès da mal » et de solliciter une réforme trop nécessaire. Qu'il nous soit permis de citer ce que nous écrivions.

« Chaque lycée a son aumônier ^ je le sais; «mais je sais aussi que les hommes respecta-

• bles qui se dévouent à cette pénible fonction

• gémissent de l'inutilité de leurs soins mal se* •coudés 9 quelquefois même ouvertement con« 9 trariés » et qui trop souvent ne leur procurent tque des dégoûts et des outrages. Il j en a,et)*en a connois j qui ont été contraints de renoncer à

• leur place, parceque, insultés grièvement, ils sn'avoient pu obtenir une légère réparation.

• Presque partout les exercices religieux

• n'étoient qu'un scandale de plus. Dans une i école spéciale, pour concilier les bienséances •publiques avec la commodité particulière, on

• avoit imaginé l'expédient de Caire assister les

• élèves à la messe par députation. Ailleurs, on »a vu , avec une sorte d'épouvante , presque

• totit un lycée , les chefs à la tête , approcher

• à jour fixe de la Sainte-Table , et recevoir le » corps d'un Dieu sur cette même langue qui, la

• veille, prêchoit l'athéisme. C'est ainsi qu'on •prétendoit répondre au reproche d'irréligion.

• Si je voulois peindre les mœurs des lycées^

JUDIGIAIRE» etc. 4oS

» je dirois des choses effroyables. Un enfaàt de » quioze ans écriyoit à son frère iJene eonnois 9 point d'autres dieux que Venus et Bacehus. Tel rest le symbole et le culte des écoles impériales. » Jamais déprayation précoce n'offrit de spec>- » tacle plus hideux. . . Ce ne sont pas seulement 1 des abus partiels que nous signalons , c^st un » désordre universel , un vice radical , une plaie 1 horrible, dégoûtante, qui couvre et dévore île corps entier de Tllniversité. >

Quelqu'un se plaignit-il de ce langage? quel- . qu'un réclama-t*il contre ces faits? Le ministère , dont le royalisme ne passoit cependant pas pour exagéré , prit-il fait et cause pour l'institution dangereuse que nous pensions devoir attaquer ? Fûmes-nous traduit devant les tribunaux? On n'y songea même pas; nous $it recueillîmes que des applaudissements.

Plus tard, en i8i 8, le Conservateur parut. Il etoit dirigé par M. de Chateaubriand ; MM. de Yillèle et de Corbière y coopéroient; nous étions unis alors ; nous défendions la même cause ; tout se f aisoit de concert; pas une ligne n'étoit imprimée sans qu'on l'eût examinée avec la pluâ mûre attention, dans un conseil qui s'assembloit exactement chaque semaine. Or, que disions^nous , ou plutôt que disaient- .

4o4 6l7n tk POOBSUITB

ils avec nous ? II faut encore citer. « Que seroit une nation qui n'auroit de religion, de mo« raie , de connoissances, qu'autant que le toudroit son gouvernement, au prix qu'il y mettroit; une nation dont les croyances, les sentiments, les mœurs dépendroient du caprice d'un ou de quelques hommes^ des calculs même de la cupidité ; une nation à qui on pourroit vendre Dieu?

> Encore si Ton consentoit toujours à lé lui vendre ! si on ne la forçoit pas , sous peine .d'ignorance, d'acheter l'athéisme, le mépris des devoirs, le crime même! Et ceci n'est pas une crainte vaine, une chimérique supposition. La France ne le sait que tro^», U y a eu dé telles écoles , et l'on y a vu des forfaits inouîi jusqu'à nos jours, le suicide de rcnfapce ; on a vu des Gâtons de quinze ans briser la vie comme un mauvais jouet, après avoir, par testament, légué leur âme aux^tnânet de f^oUaire et de J.-J. Rousseau. Or, que la plupart, des pcrcs éprouvent quelque répugnance :\ consentir que leurs fils se pendent, à les envoyer dans des icolcs où les jélèvcs ont , de fois à autre , de pareilles fantaisies, cela se conçoit, et celte foibiesse semble excusable à un certain point...

' • JUDICIAIRE, etc. 4^5

» Que devient la puissance paternelle, si un

• père peut être placé dans ralternalive , ou de » laisser son fils croupir dans une ignoràpcc'qui lie dégradera^ de sa condition sociale, ou de iTexposer à une dégradation plus funeste, celle »du vice et de Terreur? Toute autorité repose »sur des devoirs; ôtez ceux-ci, la raison de » l'autorité disparoit. Ainsi le pcre , roi dans sa

• famille comme le Roi est père dans TEtat, est «lié par des devoks imprescriptibles, fonde-* »ment de son pouvoir et de î^tî» droits. On

• avoue qu'il doit nourrir ses enfants, qu*il

• doit veiller à leur conservation physique; niiiis

• ne doit*jl pas veiller aussi à leur conservation

• morale? ne doit-il pas préserver leur cœur,

• leur intelligence , de la corruption? Vous le

• punissez s'il prostitue le corps , et vous le for-

• cez de prostituer l'Âme; que dis-je? vous le

• contraignez peut-être de h sacrifier pour ja-

• mais! • <

Qu'on relise la lettre inculpée, y trouverat-on rien de plus fort? Et les mêmes hommes qui applaudissoient il y a cinq ans à nos paroles , qui louoicnt , qui eiicourageoient notre zèle pour la vérité, la religion, les mœurs, nous en feront un crime aujourd'hui ! Us demanderont aux tribunaux de flétrir ce qu'^1 y

4o6 son LA GO!lDtITt

eut de noble dans notre conduite commune , de punir en nous leurs tertua passées ! Où en Mmmes-nousi^ et comment se peut-il iju'ua reste de pudeur ne les ait pas aïrétés ?

Mais examinons en elle-même cette lettre, objet de leurcourroux. L'homme f énërable à qui nous l'ayons adressée étoit plus qu'eux digue de la comprendre. Sûr de nos sentiments comme nous sommes sûrs des siens, il y aura tu l'expression d'une douleur qu'il partage , et le dé- ' sir qu'on l'investisse d'une autorité suffisante pour qu'il puisse enfin ^ de concert avec les hommes estimables que lllnirersité possède dans son sein , mettre un terme aux désordres quil déplore avec nous.

On demande la preuve de ces désordres, en

même temps que l'avocat du Roi déclare quele

ministère veut une prompte décision. D'où vient .

cette étrange hâte, s'il désire réellement être in-'

st cuit? La chose est assez grave, ce nous semble,

pour ne pas la traiter si légèrement. Il s'agit de

l'avenir de la France, et du bonheur des fa«

milles. Qu'on ordonne une enquête ; que des

magistrats zélés, tels qu'il sera facile d'en trou«

ver un grand nombre dans nos cours , protè*

dent à la recherche des faits avec la sollicitude

de la conscience et le calme de la Joi ; alors 09

JUBicuiUy etc. 409

saura si noua avons en effet exagéré le mal; alors on croira que le ministère souhaite véri* tableinent d'être informé.

Il demande des preuves ; nous lui en don*neronS) car la notoriété publique eu. est une aussi , et même la pluâ forte.

Il demande des preuves; qu'il lise» dans les journaux révolutionnaires, les éloges qulls prodiguent à l'Université , et à f éducation qu'on reçoit dans ses écoles.

Il demande des preuves; qu'il parcoure les mandements des évéques ' et les délibérations des conseils de département, qui presque tous répètent les mêmes plaintes que nous , et ré* clament le méipe remède aux mêmes maux.

Il demande des preuves; qu'il interroge les jeunes gens dont les sentiments et la conduite honorent encore notre pays, ils lui diront que c'est au sein de leurs familles et dans les ensei^ guements particuliers qu'ils ont puisé, avec ces sentiments généreux, la force nécessaire pour triompher des doctrines professées dans les écoles publiques.

Il demande des preuves; et toute la France sait que l'Université elle-même , effrayée de

> Voyes, dani U Draptatt Uane dn aS juillet» aa eiUvit da Main' dément de momeigneivrÉfé^ue de Tiilie«

4o8 SUR LA POURSOITB

lëtat d'un de ses collcges , celui de Marseille» Tient de le dissoudre complètement, ne voyant .pas d*autrc moyen de remédier à la corruption que de renvoyer jusqu'au dernier élève.

Il deo^ande des preuves ; qu'il s'adresse à M. lo Grand-Maître, qu'il le supplie de déclarer s'il est vrai qu'il règne de graves désordres dans la plupart des écoles; nous souscrivons d'avàtice S ce qu'il répondra.

Il demande des preuves; qu'entend-il par là? Youdroit-il, au moment même où il nous accuse de diffamation, nous forcer de diffamer personnellement tel individu , tel pensionnat , tel collège ; c'est ce qu'il n'obtiendra jamais de nous. Notre devoir est d'avertir, et non pas de

' dénoncer.

Ne devroit-il pas d'ailleurs savoir, pour employer les propres expressions d'un bureau d'administration collégiale ',• qu'il seroit peu

• convenable et même frustratoire de faire id •la censure de tels de MM. les professeurs, » puisque, d'une part, il y auroit injustice à les » accuser personnellement sans les admettre à

• juslification , et que cette justification seroit

• impraticable, attendu qu'il n'existe aucune

• forme de procéder légalement en matière si

* Voyex U Drapean bht^ da 5 août.

JUDICIAIRE» etc. 4^9

> délicate; que, d'autre part, à moins de con«« > vaincre lesdits professeurs de délits positifs » et graves, rUoiversité ne coxnentiroit pas à

• leur chaugemeat ; mais qu'en tout cas, ce qui i accuse d'une manière générale et suffisante » rétablissement tel ^u'il existe, c'est la répu- »gnance bien déclarée qu'ont les parents d'y «placer leurs enfants à demeure. •

Et d'où Tient cette répugnance? quelle en est la cause? Nous la trouvons encore indiquée légalement dans la même délibération. C'est « que les enfants rentrent dans leurs familles » beaucoup moins bons qu'ils n'en sont sortis; »que leurs préjugés et leurs mauvaises doctri- »nes réagissent le plus souvent sur des parents afoibles, sans autorité « ou, en tout cas, dispo- «ses à défendre ces enfants trop diers du uiétpris des gens de bien qui les poursuit hicutôf,

• et que c'est après de tels conimencemcMits que

• s'achève dans les acadébniis, et sans survell*

• lance directe, une éducation qui porte le » trouble dans la société , et qui l'alarme juste-

• ment pour Tavenir. •

- Que le ministère qui nous acc'us<^. parccque nous sollicitons'une reforme dans i'ôducalîoii publique, accuse doue aussi les bureaux d'administration, les conseils de départements, les

4tO SDB LA POURSVm

^êques, la France entière» qui forme le même Tœu et tient le même langage.

Ce que nous avons dit, notre devoir noua bbligeoit'de le dire; il nous obligeoit d'instruire les familles de ce qu'il leur e,st si important ' de savoir. Moins que personne nous ignorons qu*il y a deis vérités importunes ; mais si elles blessent certains hommes , loin qu^ ce soit une raison de les tenir captives, c'en est une au contraire de les proclamer plus hautement. Les ministres, après les rapports qui ont toxisté entre eux et nous, devroient avoir appris à nous connoître. Se pourroit-il qu'ils eusseàt espéré nous intimider par des violences d'ap« parât ? Ils ne savent donc pas et que c'est que la conscience, ce que c'est que la religion ^ ce que c'est qu'un prêtre? Eh bien» fis l'ap* prendront I

Au reste , notre cause est celle de Dieu\ des mœurs et de la société , et dès lors il est impossible qu'elle ne triomphe pas devant 4es magistrats françois. Chrétiens et pères de là' mille, ils reconnoitront leurs pensées et leurs désirs dans les nôtres. Que voulons-*nous , sinon qu'eu réformant les vices d'une institution publique, dont une longue expérience a prouvé le danger, on les aide à transmettre k leurs

JUDICIAIRE, etc. 4ll

eDEants, daB6 toute sa pureté, le noble héritage de leur foi et de leurs vertus ? Les ministres ont TU un délit dans nos efforts pour atteindre ce but ; eux , ils y rerront raccomplissement d'un devoir sacré du sacerdoce.

Mais quand , ce qu'il seroit injurieux à la ms^strature de craindre même un seul instant, quand, poursuivis par le pouvoir aveuglé et inquiet de lui-même, nous aurions par^ couru sans succès tous les degrés de juridiction ' de la justice humaine , nous ne serions point encore ébranlés , nous ne cesserions point encore de combattre , tant que subsistera le mal que nous avons signalé; car, au-dessus de la justice humaine, il j a^uoe autre justice, étemelle, immuable*, qu'on ne seuroit abuser ni séduire, et à laquelle on n'échappe point; il y a un grand Dieu qui a dit : Je Jugerai tes Justices mêmes ego Justifias Judicabo^.

■ Pt. ULSIT^ 3,

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