‹ Nouveaux mélangesChapitre 93 sur 107 · DE LA 3CIBSCS POLITIQUE. 4^J · texte numérisé non relu

DE LA 3CIBSCS POLITIQUE. 4^J

veraineté du peuple , une des plus étonnantetf et des plus monstrueuses folies qui soient jamaii montées dans l'esprit humain. Elle entraîne , sous de nouveaux rapports , la destrdctiop de tout ordre, de tout devoir et de tout droit : car la volonté du peuple ne pouvant pas plus être contrainte et n'ayant pas plus de règle obligatoire que la volonté de l'individu , est elle seule toute la loi. JEt comme on a bien senti que gouverner c'est conduire les affaires du sou«^ verain, le prince n'a plus été que le manda«taire d'un être abstrait, du peuple souverain créé par la philosophie; et gouverner n'est aur tre chose qu'administrer les affaires du peuple. De là le plus épouvantable despotisme, ou la plusprofondeanarchic. Carleç droits du prince, dans un ordre naturel de société , sont limité» par d'autres droits aussi légitimes , aussi sacrés quç les siens , et par une loi divine de justice : mais les droits du peuple n'ont point de limi^ tes, puisqu'il n'y a rien hors du peuple , et le même principe qui le fait souverain détruit entièrement la i^otion universelle de loi* Il pourra donc tout , ou plutôt l'on pourra tout en son nom. Tantôt la force courbera dédaigneusement sous le joug une multitude muette ; tann tôt la foi^lesse écrira des chartes pour flatter

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les espérances des partis. La sûreté personnelle et la propriété perdront leurs garanties; car quelle est la propriété qui n'appartienne pas au peuple? et si le peuple veut se retrancher un membre, ou mêmese suicider, quia le droit de s'y opposer,? Mon bien, ma vie, qu'est-ce , selon cette théorie philosophique , qu'une portion de la vie et du bien du peuple? Et où seroit la raison qui l'empêeheroit d'en disposera son gré? Qu'on voile tant qu'on voudra ces conséquences, elles reparoisscnt tou-jours , et on les reconnoît sous mille formes diverses. L'histoire de notre temps n'est que cela. Le petit esprit , la basse ambition j la cupidité, régoïsme, trouvent dans cet état de choses une sphère d'activité digne d'eux ; aussi le défendront-ils avec une sorte de fureur. La démocratie d'Athènes charmoit les orateurs de la populace. Du reste on ne sauroit comparer une petite république de la Grèce à une grande société chrétienne dégénérée : en proie à un désordre bien plus grave, celle-ci doit subir toutes les conséquences de Terreur absolue, de la négation de toute loi et de toute autorité, qui n'est au fond que la négation de Dieu. Privée de sens , elle deviendra le jouet des plus vaines chimères ; car de la lerrible fiction d'une

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souTeraincté collective^ sorliront nécessairemeDt d'autres fictions sans nombre : ainsi Ton né parlera que des libertés publiques ^ de la richessc publique, du bonheur public; et ce publie si libre , si riche , si heurebx , c'est ici la mer- Teille, sera libre , riche, heureux, comme nous l'avons été , pour la plopart , depuis quarante ans.

Il est impossible de mieux apprécier que ne l'a fait M. de Haller ce funeste système de la politique moderne ; il en met à nu la fausseté, le ridicule et le danger. Son livre , où une vaste instruction s'allie à une grande force de raisonnement , ne sauroit être trop médité ; et nous plaignons le pays qui n'a pas su *comprendre tout ce qu'il y avoit pour lui d'honorable à compter parmi ses citoyens un homme d'une telle supériorité. Au reste , adopté par l'Europe , lorsque Berne le rejetoit , M. de Haller a de quoi se consoler de l'injustice de sa patrie.

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