‹ Nouveaux mélanges philosophiquesChapitre 10 sur 19 · DE LA PHYSIOLOGIE · texte numérisé non relu

DE LA PHYSIOLOGIE

La division des sciences n*est point une chose arbi--

tPaire. En s'appliquant à ranité du monde, riulelligence y découvre des parties; en s*appliquantà cliacone de ces parties, elle là voit se décomposer en d'autres parties ï^i elles-mêmes en contiennent. Toutes ces divisions sont réelles ; rintelligence les trouve^ et ne les invente pas; elle les transporte dans la science, qui, en cela mime en^out, doit être une image de la réalité. C'est que la sciencct une au début» quand le monde

iiélaH encore pour rhoininc qu une seule et grande iiîigtne, s'est peu à peu décomposée en sciences particulières. Nous assistons à un moment de ce long travail,

V^nt sera jamais achevé, et qui, comme tout travail bumain, n'avance qu'avec eflort, et n'aboutit à un ré- ^tal qu'après l'avoir longtemps poursuivi, ïtt effet, ce n'est pas du premier coup que i'iutdli-

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gence découvre les lignes vraies qui divisent Tunité de la création. Ces lignes existent dans la réalité ; elles y marquent à Tavance les domaines futurs de toutes les sciences possibles; mais ces distinctions qui sont entre les choses ne se laissent voir que peu à peu. Les principales :ippiii;iissent d'abord, les autres ensuite dans le sein des premières» à mesure que la connaissance s'ap* profondit; et, à tous les degrés de cette décomposition, les divisions de la science sont longtemps flottantes avant de rencontrer celles des choses. Des lignes nonseulement incorrectes, mais fausses, sont tirées, en attendant que les véritables se révèlent; il en résulte des sciences^ ou mal déterminées, qui ne coïncident qu'imparfaitement avec leur objet, ou tout à fait fausses, qui ne répondent à aucune unité vraie dans la nature. Le progrès de la connaissance rectifie celles-là peu à peu; mais il brise entièrement celles-ci, dont les lambeaux retournent aux sciences diverses auxquelles ils appartiennent. En effet, nulle science ne peut vivre qu'à la condition que son unité soit vraie. Affirmant dans la réalité des rapports et des différences qui n'y sont pas, une science fausse est un mensonge^ qui trompe tant qu'il dure, et qui ne peut manq^uer de s'évanouir le jour où il est dévoilé.

Ce ne sont donc pas de vaines disputes que celles qui roulent sur la division des sciences : en tant qu'elle aspire à représenter celles des choses, cette division.

est susceptible de vérité et de fausseté, et, à ce titre, peut être discutée. Ce ne sont pas non plus des dis« putes inutiles et stériles : car une fausse science a pour effet de faire supposer dans la nature une unité qui n'y existe . pas, et d'y déguiser des unités qui y sont. . £lle efface des distinctions réelles ; elle crée

des rapports factices ; elle introduit dans la connaissance humaine une double erreur, qui en engendre beaucoup

daulres.

Quand une science soulève de telles disputes, c*est un signe, ou que Tunité de son objet est fausse, ou qu'elle estTaguemenl déterminée. Il in[iporte dans les deux cas qae cette erreur ou cett6 indécision disparaisse, et

toute rccherctic qui aboutit à ce résultat est éminem* ment utile.

On ne saurait douter que telle ne soit encore, jusqu*à

un certain point, la condition de la psychologie. Que rhommet cette créature émincnte, doive être l'objet d'une science spéciale, on n'en disconvient pas; mats que cette science puisse légitimeineat se suiidiviser en deux autres, la physiologie et la psychologie, voilà ce que rou conteste. En vain le sentiment d'une double ûaiure dans riiouime apparait*il sous une forme ou sous une autre dans les opinions de tous les peuples; en

vain ce sentiment, se fiiisant jour dans la science, y a-t-il iutroduit dès Torigine cette subdivision, et, plus puissant que toutes les objections, Ty a-t-il affermie ; en vain a-t-il reçu du christianisme la consécration de la foi, et des plus grands esprits qui aient étudié la nature hunoaine celle de la science; de nos jours encore, aux yeux de beaucoup d'hommes, ce sentiment n*est qu'une illusion, et la dualité qu'il affirme qu'une apparence. A les en croire, la nature humaine, étudiée d^ près, ne présente rien qui le justifie. On y trouve bien tous les phénomènes qu^on rapporte à T&me; mais rien n'autorise à les attribuer à un être particulier, et à y voir autre chose qu^une des fonctions de la vie. Car, dire qu'ils ^nt d*une nature spéciale, ce n*est rien avancer qui ne soit vrai des phénomènes de toute autre fonction, qui

ont aussi leurs caractères propres. C'est de cette variété même que résulte la di?ersité des fonctions, qui n*en concourent pas moins toutes, chacune à sa façon, à une même fin. Au fond, la vie est une; c'est un mécanisme dont les fonctions sont les rouages; à ce titre toutes sont égales; à ce litre elles ne sont toutes que les éléments d'une seule et même unité, qui, sous peine de n'être pas comprise, doit rester Tobjet d'une seule et unique science, la science de la nature humaine. Les phénomènes qu'on rapporte à r&me peuvent doTenir ToLjet d'une monographie; rimportance et la variété de ces phénomènes peuvent prêter à cette monographie un intérêt très-grand; mais il n'y a pas plus de raison de rériger en science particulière que celle de toutt3 autre fonction. Le dédoublement de la science de Thomme en deux autres, la physiologie et la psychologie, peut donc trouver des prétextes, mais n*a point de fondement véritable dans la réalité ; la psychologie, quoi qu'on fasse, n'est et ne sera jamais qu'un chapitre de la science de l'homme.

Je ne veux pas prêter à cette opinion plus d'autorité qu'elle n'en a : elle a contre elle ce grand fait, que, loin d'avoir gagné au progrès des lumières et à l'épreuve du temps, elle y a perdu , la distinction des deux sciences n'ayant fait que s'affermir à mesure que l'étude de rhomme s'est approfondie; mais nul doute qu'elle ne subsiste et qu'elle ne soit encore la foi d'un grand nombre d'esprits éclairés. Ce dissentiment prouve que les titres de la psychologie à une existence distincte sont encore couverts d'un nuage. C'est ce nuage que je TOOr dirais dissiper, s'il est possible, en cherchant sur quels Mts repose dans l'homme la distinction des deux sciences, et si ces faits sont de nature à la justifier; Pour y

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parvenir, je ne vois qu'un moyen, c'est de démêler 800* cMiTement les divers éléments que robservatioit rencontre dans riiomme, afin d'y découvrir la différence dont rhumanité a eu le sentiment, et qu'elle a traduite par l'opinion d'une double nature : car, suffisante ou non, et quelle qu'elle puisse être, cette différence eidste, autrement la croyance du sens commun demeurerait ineiplicable. Une fois que n.ous Taurons saisie et reconnoe, il nous restera à juger si elle est assez profonde

pour justifier celte opinion et le dédoublement scientifique qui en a été la conséquence, ou si ce sont les physiologistes qui ont raison, et ^i Tàme n'est qu'une fonction. Dans la première hypothèse, nous partirons de notre découverte pour circonscrire d'une manière nette iapsycliologic, pour en définir avec précision rol)jet et tracer la hgne vraie qui la sépare de la physiologie. Je n*ignore pas que ce que je vais tenter l'a été cent fois; le sujet est vieux> et toutefois il n'est pas épuisé, puisque ia question subsiste. C'est là mon excuse. Elle serait

complète si on trouvait que je Tai traitée avec quelque

nouveauté et un peu plus de rigueur qu'on ne Ta lait jusqu'ici.

En prenant l'homme par le dehors et en cherchant de quoi il se compose, on y découvre du premier coup ffœildeux éléments : d'une part un certain nombre de molécules matérielles unies ensemble, et dont Tagrégationsous une certaine forme constitue ce corps que nous ▼oyons; et de l'autre une certaine force cachée, mais réelle, donc l'action anime cette agrégation et la fait dui«r; en un mot, il y a dans ce composé deux choses, la '"/lanière et la t?ie.

L'événement de la mort met clairement en lumière rexiâteuce distincte de ces deux éléments. En effet>

td8 D£ LA DISTINCTION

quand vient la mort, ces deux éléments s'isolent; la matière da corps reste, mais la vie disparaît; les molécules

qui composaient Fan subsistent, mais les phénomènes qui constituaient l'autre s'évanouissent. La mort £ait davantage : eUe nous enseigne d'une manière frappante le rôle que remplissait chacun de ces éléments. En effet, à peine la vie s'est-elie retirée, que les molécules qui composaient le corps, échappant aux liens qui les unissaient, se séparent, et retombent sous les lois générales auxquelles toute matière est soumise. L'agrégation n'é* tait donc pas l'effet de ces lois générales, msds bien celui de la vie ou de celte forc.e cachée qui s'est évanouie. Non-seulement elle n'était pas l'effet de ces lois générales, mais elle subsistait malgré ces lois générales et en opposition à leur tendance, puisqu elle se dissout aussitôt qu'elle retombe sous ces lois* Non-seulement donc il y avait dans l'homme avant la mort une force ou un ensemble de forces que la mort en a fait disparaître, mais le corps ou l'agrégation matérielle ne subsistait que par la présence et l'action de ces forces, et parce que ces forces dérobaient les molécules du corps. à leurs lois propres, aux lois générales de la matière.

Ainsi, des deux éléments que nous distinguons dans l'homme, l'un est l'effet de l'autre. Le corps, que nous voyons, est l'effet ; la vie, que nous ne voyons pas, est la cause ; et reûet n'est produit et ne subsiste que par la lutte de la vie, dont 11 émane, contre les forces générales de la nature, auxquelles toute matière est habituellement soumise.

Si l'événement de la mort démontre avec évidence celte vérité, la manière dont le corps se forme et s'accroit la confirme. Si on examine les progrès lents qui conduisent le corps humain depuis le premier linéa*

Dp LA PSyUflOIX>GIE ET DE LA PHYSIOLOGIE, 169

ment du fœlus jusqu'à son eiitier développement, oii verra qu'uue puissance invisible, agissant dans le germe, attire à elle et s'assimile peu à peu une certaine quantité de molécules matérielles; qu*eri s'einpaïaut de ces molécules elle les soustrait à leurs lois et les soumet aux siennes ; que c'est en vertu des siennes, qui sont spéciales, qu'elle \c§ organise, et qu'une fois organisées eile les conserve et les gouverne: en sorte que» si Foeu- Tre est créée, c'est par elle ; que, si elle subsiste, c'est par elle ; en sorte que le corps humain, dans un moment quelconque de sa formation et de sa durée, est un effet de cette force ou de cet ensemble de forces qu'on appelle la vitalité. Par où Ton voit encore que, des deux déments qui entrent dans lu composition du corps, les molécules matérielles ne sont que les matériaux qui servent à le composer, tandis que la vie est ce qui le compose, et par conséquent le constitue.

Mais il y a plus ; ces molécules, qui ne sont que les matériaux du corps, ne persistent pas môme ; à chaque instant quelques-unes s'en vont cl sont remplacées par d'autres, en sorte que toute la maiière du corps est renouvelée entièrement plusieurs fois dans la vie. Ainsi cette matière, dans laquelle une observation grossière sefaît tentée de mettre Thomme, n'est pas même constitutive du corps; elle en est chassée et elle y est remplacée par Tac* tion continuelle des iorces vitales; elle ne fait qu'y passer pour ainsi dire* Rien n'est permanent dans le corps que l^vie, et la forme sous laquelle les lois permanentes de la vie y agrègent, à mesure qu'elles passent, les molécules mobiles de la matière: preuve la plus frappante de tontes que ce qu'il y a d*essentiel et de conslitulif dans le composé, c'est l'élément vital, qui persiste, et nullement l'élément matériel, qui se renouvelle incessamment.

DE lA ÛISÏIKCnON

S'il y a dans ce qu'un appelle l'homme deux éléments distincts, la matière et la Tie ; si» de ces deux élèmentSi ran n'est que la matière première de FooTrage, tandis que Tautre le crée et lé conserve ; si cette matière première enfin ne persiste pas même et se renouvelle iocessaiiiment sou Taction de la vie qui la rejelte et la remplace, on ne sera pas \ enté de çhercher ce qui constitue rhomme dans cette agrégation mobile de molécules vaiiables qui composent le corps ; on sentira qu'il fiittt le chercher dans les forces quelconques par lesquelles cette agrégation existe et subsiste. Ou le sentira surtout si on fait attention que chacun de nous a conscience d*ètre une cause, et une cause qui reste identique à elle-même pendant toute la durée de la vie : conscience que nonsn'aurions pas si nous étions l'agrégation matérielle, qui n'est qu'un effet, qui est multiple, et qui ne reste pas deux moments de suite identique iékmême.

Reste à savoir en quoi consiste ce principe de la >^ie, en qui rhomme réside, et si c'est une force simple ou mal- .

tiple. Pour pénétrer le mystère de la nature de rhomme, et par conséquent le secret de la dualité entrevue par le sens commun dans cette nature, il faut aller jusque^ S il en était du principe de la vie comme des autres causes qui animent la nature, et que nous ne pussions le connallre que par ses effets, il nous serait impossible de résoudre cette double question. Celles-ci, en effei, comme tout le monde le sait, échappent eniiè^ïïiaA à notre observation. Là où nous voyons un pbénoint^ne, nous croyons qu'une cause le produit ; mais cette cause jamais nous ne la saisissons. Nous avons l'habitude du rapporter à une même cause les phénomènes saml^' Mes, et à des causes distinctes les pliéuomènes di/RW"*»

DE U PSYCHOLOGIE ET DE Lâ PHYSIOLOGIE. 171

mm celte double sapposition n'a rien de certain : des

i phénomènes senibhiblcs peuvent dériver de plusieurs \ causes, des phénomènes différents d'une seule* Elle ne conduit pas même à des résultats constants : car, à cbaque pas que font les sciences, quelque cause admise disi parait, ou quelque cause nouvelle est introduite. L*exis- . tenoe de ces causes auxquelles nous rattachons les différents ordres de phénomènes est donc purement hypottàétique. Une seule chose est certainet c'est que tout ph^mène a une cause; mais de savoir si un pliénomène dérive d'une seule cause ou de plusieurs, si deux phénomènes différents dérivent de deux causes ou d'une seule, ou même s'il y a des causes intermédiaires entre le créateur et la création, voilà ce qui ne se peut pas. Il es! possible à la rigueur que tous les phénomènes naturels soient produits par Factiou immédiate de Dieu, pissant selon des lois différentes dans les différentes opérations de la nature. Rien au monde ne démontre le contraire. Toutes les causes que nous supposons, en ^t que nous les distinguons et que nous leur assignons îine Gxistcuce individuelle, sont donc entièrement hypo- ^éùques.

n est donc évident que, si nous ne connaissions de la

^ie que les phénomènes par lesquels elle se manifeste, et que les causes de ces phénomènes nous échappassent, Vielqae différence que nous pussions remarquer entre ^es phénomènes, nous ne pourrions nous assurer, ni si ces phénomènes dérivent de plusieurs causes ou d*une

ni si cette cause est Dieu lui-môaïc ou quelque cause distincte de Dieu. Nous en serions réduits à des appositions sur tous ces points, et la question que nous ft^ons posée tout à l'heure serait et demeurerait insoluble pour la science. £n est-il ainsi, et notre ignorance de

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nous-mêmes va*t-cUc jusque*là? Ne connaissons-nous de la yie que les phénomènes par lesquels ette se mamfeste en nous, ou bien pénétrons-nous plus avant, et saisissons-noas les causes qui les produisentlf En un mot, l'existence de ces causes en nous est-elle pour nous on fait ou une bypothèseï Voilà la question.

Je n'hésite pas à la résoudre, et je réponds quis, parmi . les causes que produisent les phénomènes de la vie, il en est une qui ne nous échappe pas et que nous saisissons en elle-même. Ueipérience la plus simple suffit pour le

déiDonlrcr.

Une pierre tombe, voilà un phénomène ; donc il a une cause, voilà la conséquence que rintelligence en tire. Quelle est cette cause? Nous la nommons, mais nous m la connaissons pas. Ce que nous savons, c'est qu'une cause a fait tomber la pierre*; mais cette cause est-elle Dieu ou une force distincte de Dieu? est-elle la même que celle qui produit la foudre ou fait germer les plantes, ou en est-elle distincte? nous Tignorons. En Ynf^^ Imi gravitation, nous Défaisons que représenter par un mot la cause inconnue d*un fait connu; la gmitoA^^ i n'est qu'une hypothèse.

L*arbre végète, voilà un autre phénomène. Uue ce phénomène ait une cause, cela est incontestable, et nous appelons cette cause force végétative. Mais je n'eiilends exprimer par là que ce que je sais, c'est-à-dire que le phénomène a une cause ; quant à savoir si cette cause a une existence propre, ou si elle se confond avec d'autres, ou si elle est Dieu, je ne puis le dire, parce (p^ je l'ignore. La force végétative, comme la gravllationf comme toutes les forces qui ont un nom dans la science de la nature, n'est qu'une hypothèse.

Je remue le bras, voilà un troisième phénomène; ce

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phénomène a une cause, nul doute; quelle est cette cause? L'enfont même répand que celte cause c'est moL Le mot moi n'est-il, comme le mot gravitaiiony qii'un signe représentant une cause inconnue ? Examinons.

Quand une pierre toinbe, je vois le phénomène; puis raa raison me force de croire qu'il a une cause; puis je donne un nom à cette cause, qui m'échappe : voilà tout. Qaandje remué le bras, j'ai pareillement connaissance du mouvement de mon bras ; ma raison m'avertit pareillement que ce mouvement doit avoir une cause; je puis pareillement donner un nom à cette cause. Mais est-ce li tout, et ne se passe-t-il rien de plusî U se passe auli*e Aose assurément, et si vous voulez vous en convaincre, répétez Texpérience, et examinez attenlivement ce qui se passe en vous. Vous trouverez qu'avant la production

du mou'vemeiit vous aviez conscience d*une cause que vous appeliez moif et que vous saviez capable de prO'dolre ce phénomène ; vous trouverez qu'au moment où le phénomène s'est produit vous avez eu conscience de l'action de cette cause et de l'énergie par laquelle elle Ta produit; vous trouverez enfin qu'après la production du phénomène, vous continuez d'avoir conscience de cette cause et de sa capacité à le reproduire encore, s'il le fallait. Cette troisième expérience contient donc d'autres faits que les deux premières : dans celles-ci je ne connaissais que le phénomène, la cause m'échappait; dans le mouvement du bras, je connais également le phénomène ; mais avant sa production je connaissais, pendant sa production j'ai connu, après sa production je continue de connaître I4 cause qui l'a mis au monde. Les cas ne sont donc pas identiques. Là je ne saisis qu'un des termes du rapport, l'effet ; quant à la cause, elle me demeure inconnue; seulement l'effet me l'annonce, et je

crée im mot pour la représenter. Ici les deux termes in'apparaissent;je necouclus paslâcause de l eâet; je saisis l'un et l'autre, la cause d!abord, Tefiet râsuite ; et non-seulement l'un et Taulre, mais la production dcTun par Taulie. L'eilei est passager, il. disparaît; la cause est permanente, elle reste ; aussi je continue de sentir la cause après que l'effet s'est évanoui, comme j'avais commancé par la sentir avant que re£fet fût produit. Ladour ble perception des deux termes est amplement témoignée par toutes ces circonstances ; il est bien constant que ce n'est pas une illusion, et que* tandis que tontes

les autres causes udlurelles m'échappent, en voici une dont Texistence individuelle n'est pas comme la leur une hypothèse, mais un &it.

Mais cette extraoi dinaire exception d'où dérive-t-elle ? d'où vient que cette cause échappe à la loi commune? d*oû vient que je la connais, tandis que toutes les autres causes' des phénomènes de la nature se déroljent invariablement à mon observation? Le secret decetteexoeption, le mot de cette énigme, n'esl point difficile à trouver; le nom même que je donne à cette cause me le révèle. Cette cause du mouvement de son bras, Tenfont l'appelle moi sans hésiter. Qu çst-ce à dire? c'est-à-dire qu'il se reconnaît dans cette cause, qu'il la trouve identiqueà lui, qu'il la connaît; le mot moiy dont il la baptise, ne veut pas dire autre chose. Or, si cette cause est moi, il n'est pas étonnant qu'il m'arrive par rapport à elle ce qui ne m'arrive pas par rapport a aucune autre ; il n'est pas étonnant que, tandis que toutes les autres m'échappent, elle seule ne se dérobe pas à mes regards. Elle peut bien avoir ce privilège. Que dis-je? Kt comment ne Tauraitelie pas, et comment m'échapper^ût-elleîSi je me .connais et qu'elle soit moi, je la connais^ et il faudrait, pour ^

DE LA PSYCHOLOGIE ET DE LA FfîYâXOLOaXE. 1 75

qu'elle me demeurât invisible, que je n'eusse pas ou que je perdisse la conscience de moi-même.

Je ne puis connaître ce qui est moi comme je connais les choses exlérieures. Dans la connaissance de celles-ci, il y a deux termes différents: l'objet conna, qui n*estpas moi, et le sujet intelligent, qui est moi. Mais, dans la connaissance de moi-même, ces deux termes se confon* dent : ce qui connaît est identique ayec ce qui est connu; ce qui connaît est moi, ce qui est connu est en- C(Hremoi. De là, deux manières de connaître bien distinctes, et que les langues n'ont jamais confondues. J'ai le spectacle des choses extérieures, mais j'ai le senliineiit de moi-même; je les ixns^ je les aperçois i al, conscience de moi*mëme, je me sens; il n'y a que lui que Tbomme sente et ne puisse pas \oir ; il doit voir le reste des choses, et ne saurait en avoir conscience*

Cétte remarque explique pourquoi je n*atteins aucune âutre cause que moi. En effet, excepté moi, je ne connais rien que par rintermèdiaire des sens. Or rien n'est perceptible aux sens que ce qui est matériel, et les causes ne le sont pas. Qu'on essaye de se représenter une cause sous quelqu'une des qualités de la matière, et on en sera convaincu. Ce qui arrive doit donc arriver : il est tout simple que j'atteigne la cause qui est moi ; il estimposable que j 'en atteigne aucune autre.

Voilà donc une cause individuelle qui certainement existe; celle-ci n'est pas une hypothèse, elle est un fiiit que je saisis immédiatement, comme je saisis les eiïets des autres causes. U y a donc bien réellement dans l'homme une cause véritable, et il est prouvé que tous les phénomènes de la vie ne dérivent pas de l'action de Dieu en lui, comme il est possible qu'en dérivent tous eeux que la nature extMeure nous présente. Reste &

m LA DISTINCTION *

savoir si tous les phénomènes de la vie émanent de celte cause que je trouve en moi, et dont l'existence est incontestable : car il serait possible que quelques-ips seulemeut en dérivassent, et non point tous.

Or, nous avons dans la manière même dont la cause

moi se saisit un moyen de résoudre celte question. Ea efièt, qu'est-ce que la conscience? C'est le sentiment que le moi a de lui-m6me; or est-il possible que cette cause ait le sentiment d'elle-même, et n'ait pas le sentiment de ce qu'elle fait! Gela est absolument impossible : car avoir conscience de soi-même et n'avoir pas conscience de ce qui se passe en soi sont deux faits contradictoires. Par cela donc que nous ayons connaissance de nous-mêmes, etrexpérience nous apprend que cette connaissance est continue et n'est jamais suspendue un moment, nous ayons nécessairement connaissance de tous nos actes. H est donc impossible que certains effets, que certainsphénomènes, dérivent de la cause qui est nous sans que nous le sachions, sans que nous ayons conscience qu'elle les produit» Que si donc nous avons conscience de produire tous les phénomènes de la yie, tous les phénomè* nés de la vie dérivent de la cause qui est nous; que si au contraire nous ayons conscience d'en produire qudquesr

uns, sans avoir conscience de produire les autres, parmi les phénomènes de la vie il y en a qui viennent de la cause qui est nous, et d'autres qui n'en viennent pas.

Or le moi, interrogé sur cette question, répond qu'il se sent distinctement la cause de plusieurs phénomèaes de la vie, de la pensée, de la volition, du souvenir, par exemple ; mais qu'il en est d'autres, comme la circulation du sang, la sécrétion de la bile, la digestion, à la production desquels il se sent absolument étranger^ et qui arrivent non-seulement sans qu'il ait conscience de

les engendrer, mais sans qu'il en ait la moindre connaissance et soit même averti qu'ils se produisent. Cette réponse tranche la question : car il ne peut se faire que ces derniers phénomènes émanent de moi; et, s'ils n*en émanent pas, ils dérlTcnt d'autres causes. Donc il y a dans ce qu'on appelle Thomme deux sources disliuctcs des phénomènes de la vie : moi d'abord, qui me sens le principe d*un certain nombre de ces phénomènes ; et une autre force, simple ou multiple, que je ne connais pas, qui est peut-être Dieu, et d'où émane le reste de ces phénomènes. La conscience est le moyen de séparer les phénomènes qui dérivent da ces deux sources ; eiie at* teint ceux qui Tiennent de moi, parce qu^ils en Tiennent ; elle n'atteint pas les autres, parce qu'ils n'en viennent pas;. nous ne connaissons ceux-ci que par les sens, tomme les phénomènes extérieurs.

La dualité de la matière et de la vie, que Tobservation la plus superficielle saisit d'abord dans l'homme, n*est donc pas la seule qu'il présente; une autre plus profonde s'y découvre dans les principes mêmes de la vie. Sans la seoonde de ces deux dualités, on pourrait considérer rhomme comme une chose simpliN car l'agrégation matérielle n'est qu'une sorte de vêtement que le principe vivant se compose et dont il s'enveloppe» Mais l'existence démontrée de deux principes vivants dans ce qu'on appelle l'homme en fait sans rémission une chose complexe. Je ne puis être à la fois plusieurs causes ; la cause Çwe je suis est cert^ùaement celle dont j'ai conscience, dans laquelle je me reconnais, et que pour cela j'appelle ^> Si donc il y a dans ce qu*on appelle Vhommè une dutre cause, il y a dans Thomme autre chose que moi, tin principe viTant distinct du principe Tirant que je suis. Or, Texistence de cet autre principe y est démontrée par

DE lA DISTINGTION

celte foule de (ihénomènes que je ne sens pas émaner de moi, sur la production desquels je n'ai auctine influence» qui arrivent même sans que je le sache, dont je puis mourir sans avoir la moindre notion, et que je ne parviens à connaître qn*à l'aide dn scalpel et de la loupe, comme ceux qui se produisent dans le corps des chiens et des poissons. Nous sommes donc deux dans l'homme ; moi et ce principe inconnu, associés, dépendants peutêtre, mais différents. £n d'autres termes, il y a, dans ce qu^on appelle l'homme, la personne humaine, rhomme véritable, plus un autre principe qui ne s'y révèle que par son action, et que nous n'atteignons pas plus en luimême qu'aucune autre des causesquianiment le monde. La dualité est donc incontestable; reste b savoir quel en est le sens, c'est-à-dire ce que fait dans l'homme cet autre principe que j'y trouve à côlé de moi, et comment ce qu'il y fait se concilie avec ce que j'y fais, et tout à la fois s'en distingue. Qr^ c'est ce qu'il est possihle do découvrir en examinant les caractères dont sont marqués dans l'honmie les phénomènes qui émanent de ce principe, et en les rapprochant des phénomènes qui me sont propres.

Si l'on sépare, en eiïeU ^ l'aide du critérium delà con* science, les phénomènes de la vie en deux classes, ceux que le principe qui est moi produit ou éprouve, et ceux qu'on est obligé de rapporter à cet autre principe, on trouve que ces derniers constituent à eux seuls toutes les opérations par lesquelles cette agrégation organisée de molécules matérielles qu'on appelle le corps est créée, conservée et reproduite, et qu^aucnne de ces opérations ne vient se résoudre dans aucun des phénomènes dont nous avons conscience, c'est-à-dhre dont le moi est le principe ott le sujet.

DE LA PSYGHOIiOGIE ET DE LA PHYSIOLOGIE. 179

II résulte de ce fait deux conséquences : la première » que les phénomènes qui dans Thomme sont étrangers au

mi composent à eux seuls la vie du corps, celle vie qu'on appelle vie physique ou animale, et que le principe mystérieux d'uii ils émanent est le principe môme qui fait vivre et conserve le corps, et qu'on nomme ordinairement dans la langue force mtoiè ou animale ; la seconde, que les phénomènes qui, dans l'hooiaie^ appartiennent an moi, étant étrangers à la vie du corps, ont une autre fin, et composent une autre vie qui peut être liée avec la Tie physique et animale, mais qui en est distincte et va à on autre but.

Si en cherche en effet quelle est la nature et la hn des phénomènes dont le moi se sent le principe ou le sujet, on s'aperçoit, d'une part, qa'ils composent précisément celte vie qu!ou appelle la vie intellectuelle et morale, et qae personne ne confond avec la vie animale ou physîcpie, et Ton reconnaît, de l'autre, que la lin à laquelle ils vont est la fin même de la personne humaine ou du «ioi, c est-à-dire du principe d'où ils émanent. Ainsi, tandis que la digestion, la circulation du sang, et tous les autres phénomènes qui dans Thomme me sont étrangers, ont pour fin évidente et unique le bien du corps, il est clair que, dans la vie intellectuelle et morale, tout aspire, tout converge vers un autre bien, qui est le bien du moi, tel qu'il résulte de la nature et des tendances de ce principe» La distinction de ces deux fins est si réelle, que très-souvent elles se trouvent en opposition, et qu'en allant à sa fin, le moi compromet le bien du corps, ist, dans certains cas même, le sacrifie. Personne n'ignore, en effet, que dans une foule de circonstances nous sacrifionsle repos, le bien-être, la santé du corps, aux différentes fins auxquelles le moi aspire, et que quelquefois

même ce sacrifice va jusqu'à la destruction du corps» que nous iromoIODS ainsi à notre lin propre^ : tant sont dis* tincts non-seulement les deux principes qui se rencon-* trcDt dans Tbomme, mais encore les deux vies qui en émanent et les buts de ces deux vies!

Mais si ces deux principes sont distincts dans l'iiomme, il ne s'ensuit pas qu'ils y soient indépendants; et, si les deux vies qui en émanent ont chacune leur fin, il n*en résulte nullement qu'elles soient étrangères Tune à Tautre. Tout annonce^ au contraire, que, si la dualité est certaine, 1 existence d'un lien entre les deux éléments de celte dualité ne l'est pas moins. C'est ce lien qui reste à déterminer pour achever d'éclaircir le mystère de la nature de riioinme.

Or, Tobservatiou montre d'abord que l'intervention du mai est indispensable pour assurer la satisfaction des besoins du corps : car, bien qu'aucune des opérations de la vie animale n^émane du moi, cette vie est soumise à certaines conditions extérieures que lui seul peut remplir. De cette manière, la vie du corps, qui est la lin du principe vital, exige l'intervention du principe perron- * nel, ci se trouve, par ce seul fait, placée dans la dépendance de ce dernier principe. Les liens qui placent le principe personnel dans la dépendanee du corps sont plus nombreux et ne sont pas moins évidents. D'une part, le corps est Tinstrument sans lequel nous ne pour* rions agir au dehors, et Torgane sans lequel la plupart de nos facultés ne pourraient se développer ; nous ne pouvons donc aller à notre fin si le corps est fotigaé, malade, impuissant. D'un autre c6lé, c'est parl'intermé*

1. Suicide etiX un mot mal fait; ce qui tue n'est pas identiifue à ce qpx est tué.

DE LA PSYCHOLOGIE ET DE LA PHYSIOLOGIE, ISi

diaire du corps que nous arrivent les sensations par lesquelles le monde extérieur se fait connaître* à nous et, agit surnous; à ce titre donc aussi, toutes nos relations avec le dehors dépendent de la santé du corps. Enfin notre corps ne peut soiiffrir sans qu*il en résuite pour le fmi des sensations désagréables qui le délournent, le troublent et le rendent moins capable. d*agir; et, de cette ' troisième manière encore, le bien du moi est lié à celui du corps et en dépend. Les choses sont donc arrangées de telle sorte que la force vitale ne saurait aller à sa ân sans rintervention du moi, et que le moi, à son tour, pour aller à la sienne, a besoin que la mission de la force vitale soit remplie. C'est ainsi qu'est opérée dans rhommeTunion de deux principes, l'association de deux vies, la conciliation de deux ûns différentes. De là l'unité de ce qu'on appelle Vhommêf et qui n'est que l'union, à certaines conditions, de deux choses distinctes, le corps ou l'animal d'une part, le moi ou Thomme véritable de l'autre.

L'unité de ce qu'on appelle riiomnie ne serait-elle ' pas plus intime, et les deux principes vivants qu'on dis*» tirigue en lut ne se rattacheraient-ils point, dans les profondeurs de sa nature, à une sul)slance commune? C'est une hypothèse qu'il n'est point donné à la science hu* niaîne de vérifier, et qui, alors même qu'elle serait vérifiable, ne changerait rien aux résultais qu'il lui cai donné d'atteindre. £n s'en tenant à ces résultats» seuls certains, la dualité de l'homme est Incontestable, et son unité se borne à des liens de dépendance entre les deux éléments de cette dualité. Ces deux éléments, tels qu'ils nous apparaissent, sont : le corps d'une part, avec la force vitale qui l'a créé, et qui l'entretient par une série de phénomènes qui ne viennent pas de moi et dont je n*ai

aucune couscience, et la personne Immaine de i autre, . dont la propre se campose de celle, autre série de phénomènes dont j'ai conscience, parce que j'en suis le principe ou le sujet, et qui vont à une lin étrangère au corps, et qui est la mieniie. Td est le résultat définitif

aiiqut'l l'étucJo de la iiiiture de cet être couiplexe qiïon appelle l'homiue couduit Tobservateur.

Or, 11 est évident que c'est précisément ce résultat qui se trouve exprimé dans la dibliiiclion vulgaire de deux choses dans rhonnne, ïdm et le corpê^ et traduit dans la science par le dédoublement de l'étude de Thonime en deux éludes distinctes, la psychologie et la physiologie. £n eflet, qu*entend-on par phénomènes de Tàme? précisément ceux dont nous a von? conscience : donc l'ihne n'est autre chose que le moi. Kt, d'un autre côté, que désigne le mot corps? précisément ragrégation matérielle vivante, c'esl-à-dirc TagréirAlion matérielle avec la vie qui ranime et par laquelle elle est, et k force inconnue d*où émane cette vie. L'étude do l'âme ou la psychologie est donc Tétude du moi, de la personne humaine, de l'homme véritable, avec les phénomènes de la vie intellectuelle et morale, de la vie de relation^ qui est sa vie. La science du corps ou la phy siologie est donc la science de l'agrégation matérielle et de tous les phénomènes par lesquels la force vitale organise, conserve et reproduit cette agrégation, c*est-à-dire de tous les phénomèaesqui composent la vie animale. Ainsi, ce que soutiennent les physiolo<iisles est fiuix : il n'est pas vrai que la vie soit me, et que les différents groupes de phénomènes qui se maniresfeni dans l'homme ne soient que les fondions diverses de cette vie et les opérations variées du principe d'où elle émane. Il y a dans l'homme deux principes et denx viesy et cette dualité, rédaœée par le sens commun

et consacrée par la scicace, n'est pas dausTimagination, mais dans la réalilé de la nature bamaine; c*est là qu'elle a été sentie d'abord et prise ensuile; la -voilà non-seulement expliquée* mais justitiée.

Sn examiiiafit les limiles dans lesquelles la psychologie et la physiolof^ie se sont oâturellement partagé les les phéacmëiies de la nature humaine, on est de phisen plus (Vappé de la justesse de cette explicalioii. L'une et l'autre, en eûet, s'occupent bien de certains phénomènes qui nè sont pas dans leurs attributions, la physiologie de phénomènes psychologiques, et la psychologie de phénomènes physiologiques ; mais c'est que les deux vies sont liées, én sorte que chacune implique certains phénomènes de l'autre; or, ce sont précisément ces phé-

nomènes que chacune des deux sciences va étudier dans

le domaine de l'autre, et c'est précisément à ce titre qu'elle s'ea occupe. £t elle fait bien de s'en occuper, autrement elle serait incomplète ; car ce n'est [)as la vie psydiologique ni la vie physiologique, telles qu'elles pourraient se développer si elles étaient isolées, que les deux sciences ont |)our objet de connaîlre, mais chacune de ces deux vies, telle qu'elle s'accomplit dans rhomme, c*est-4-dire dépemfante èe Fautre, modifiée par l'autre, mutilée peut-être, peut-être agrandie par raiUre. C'est dans ce sens qu'il laut entendre l'objet de chacune de ces deux sciences et ses limites; cl c'est pourquoi ces deux sciences ne doivent pas demeurer et B'iHit jamais été étrangères Tune à Tautre. Elles doivent se prêter des secours mutuels; et, s'il y a un reproche à ieur £sdre, c'est de n'avoir pas été jusqu'ici aussi sœurs çu'il est nécessaire à chacune d'elles qu'elles le soient.

Mais si ces deux sciences sont liées comme les deux vies qu'elles étudient, elles doivent rester distinctes

comme ces deux vies ; el la vieille prétention, maintenue par les physiologistes, de les confondre en une seule, sera toujours impuissante, parce qu elle est contraire à la nature des choses. La séparation de la psychologie et de la physiologie n'est pas seulement fondée sur l'existence distincte dans l'homme de deux principes et de deux vies; elle Test encore, et d'une manière plus immédiate peut-être, sur la différence de nature des deai ordres de phénomènes et sur Topposition des procédé.s par lesquels rintelligence les atteint* En effet, les phénomènes physiologiques sont de même espèce que tous ceux que nous saisissons dans le monde extérieur: ils sont physiques et sensibles ; tandis què les phénomènes psychologiques sont d'une nature qui n'apparlteot qu à eux, et qui leur a valu le nom de phénomènes spirituels. D*un autre côté, les phcnomùnes psychologiquis sont saisis en nous immédiatement par la consciencei landis que, pour saisir les autres, il faut que nous sorUonsde nous, et que, par des expériences détournées et dlQiciles sur le corps humain ou sur celui des animaux, nous rendions visible à nos sens cette vie qui n'est pas la nôtre, et dont notre conscience ne nous dit rien. Celte double diversité achève de jeter entre les deux sciences une séparation profonde; il est impossible que deux études qui ont des objets si différents, qui exigent des aptitudes et procèdent par des moyens si divers, s'idenr tifient jamais. Leur essentielle diversité ne se fait jamais mieux sentir que dans les excursions obh'gées de cba* cune de ces sciences dans le domaine de Taulre. Quand il arrive à un physiologiste dintroduire sur la scène de la vîe animale un phénomène psychologique, ou récipro* quement à un psychologue sur la scène de la vie intellectuelle et morale un phénomène physiologique^ dans

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DE LA PSYCHOLOGIE ET Diù LA PHYSIOLOGIE. 185

les iem cas ce phénomène a Tair d'un étranger qu'on appelle d*un pays donl on ne coiui^ii ni la langue ni les mœurs, et qu'on traite avec embarras. Il serait à soa«

hailer, pour le i)ro8rès des deux sciences, que cet embarras disparût j mais il prouveunfait,quine saurait être aboli, la diversité profonde et naturelle des deux études*

Je ne sais si je m'abuse, mais il me semble qu'après ce que je viens de dire, il ne doit rester, aucun doute sur la qaestion que ce Mémoire avait pour but de résoudre* On ne peut contester la légitimité du dédoublement de l'étude de l'homme en deux sciences qu'en soutenant que la vie est une, et que tous les phénomènes qui se produisent dans l-homme émanent du même principe et concourent à la même fin ; telle est, en effet, la thèse des physiologistes. Or, je crois avoir détruit cette opinion daos toutes ses parties, et l'avoir détruite par lés faits* Loin que tous les phénomènes de la vie dérivent d'un seul principe et aillent à un seul but, il est démontré qulls dérivent de deux principes et vont à deux buts ; loin qu'ils ne composent qu'une seule et même vie, il est démontré qu'ils «n forment denx parfaitement distinctes, quoiqu'elles^ soient liées. Il était impossible que ces deux vies, émanant de. deux principes et allant à deux fins, composées d'ailleurs de phénomènes d'une nature différente et qui ne se révèlent pas de la même manière à robservation, ne devinssent pas l'objet de deux recherches distinctes. C'est ce qui est arrivé presque dès l'origine, et ce qui n'a cessé depuis de subsister. Le sens commun, qui affirme la dualité de la nature humaine, et la science, qui la reconnaît endivisant l'étude de l'homme, sont donc justitiés. La dualité que Tun a proclamée est réelle ; la distinction que l'autre a consacrée est légitime.

La ligne qui sépare les deux sciences est parfaitement

nette» et ne laisse aucun donfe, ni sur le Téritable objet

delà psychoIo<rie, nî sar ses limites. Cet élément de la dualité humaine» qui est l'homme méme« et tous les phénomènes qui, émanant délai on le modifiant, composent sa vie [)ropre, absUacûon laite de Taiitre élément, qui est le corps, et de Ja vie animale, qui est la vie du corps, mais non des conditions et des modiRcations que le voi- STna«:e et la société de cet autre élément leur font subir, tel demeure fixé dans ce qu^on appelle Thomme l'objet (le cette science. Quant à sa ciiconseriplion, elle est donnée par la conscience, qui dans Thomme n'atteint qne le moi et les phénomènes dont il est le sujet on la cause. Les limites de la conscience sont celles de la psychologie ; tout ce qu'elle ne saisit pas en nous est du domaine de la physiologie.

Je terminerais ici ce Mémoire, si, après avoir démontré d'une manière que je crois rigonrensê la dualité humaine, il ne me paraissait utile d'indiquer la différence qui existe entre cette démonstration et les preuves dont on s'était contenté jusqu'à présent. Peut-être l'examen de ces preuves seniblera-t-il lu] complémént curieux de ce qui précède. Je dirai donc les doutes qulelles m*0Dt toujours laissés, et qui m'ont engagé à en chercher de meiîîêures. On pourra ne pas partager ces doutes ; mais, quelque opinion qu'on s'en forme, ils donneront do moins à penser ; et, à fout événement, le résultat de la première partie de ce Mémoire, résultat positif, et le seul auquel je tienne, n'en pourra être affaibli.

Le raisonnement vulgairement employé pour démontrer la dualité humaine est le suivant: Il jf a en nous des . phénomènes de deux sortes, les phénomènes physiologiques et les phénomènes psychologiques ; donc ils dérivent de deux causes et appartiennent à deux êtres

* dilférents. On ne peut rapporter la digestion au même principe que la pensée, la volonté ou le désir à la même source que la circulation du sang.

Il n'est pas éloonani que ce raisonnement n'ait pas « contaîncn : car, pour être consacré, il n*en est pas moins radicalement vicieux.

D'abord, rien n'est moins certain que le principe sur lequel il se fonde, à savoir que des phénomènes diffé- .rents ne peuvent dériver d'une même cause. D*une part, la cause qui s'appelle moi produit des effets très-difiérents; d'autre part, les pli h )o mènes physif )l(^^ique5 sont très-différents r un de Tautre, ce qui n'a jamais fait con*

• sidérer commeabsorde l'hypothèse qui les rapporte tous à un seul principe inconnu, qui est la force vitale ; enfin, la raison humaine rattache à la cause première, qui est Dieu, la création tout entière, c*est-à-dire tous les phénomènes imaginables, si .divers et si opposés qu'ils puissent être. Elle n'éprouve donc aucune répugnance à admettre qu'une même cause puisse produire des effels difCérents; elle le conçoit au contraire très-i>ien, et ne troQTe Dieu qu'à la condition de le conceroir. Dire qu'il 7 a en nous deux principes ou deux êtres, parce qu'il y a en nous deux espèces de phénomènes, c'est donc mal raisonner. Cet argument est sans force, à ce premier titre que son principe est évidemment faux.

Mais il est sans force par une autre raison encore que voici: on ne remarque pas qu'en comparant les phénomènes psychologiques et les phénomènes physiologiques, on met en parallèle, non des choses de même ordre, et (jui puissent èlre légitimement comparées, mais des choses d'ordres toot différents, et qui ne peuvent avoir entre elles aucune ressemblance, soit qu'elles dérivent ou ne dérivent pas d'une même cause. Que sont en effet

les phénomènes psychologiques !f Ge sont les actes, les opérations mêmes d'une certaine cause : cette cause étant

nous, nous pouvons avoir et nous avons connaissance de ces actes. Ën est-il de même de ces autres faits que nous appelons phénomènes physiologiques ? Prenons Tan de ces faits pour exemple: le sang circule, qu'est-ce à dire? C'est-à-dire que les molécules qui le composent sont transportées d*un point à un autre. Ce mouvement est assurément produit par une cause; mais est-il l'acte même de cette causef évidemment non ; il n'est que le résultat matériel de cet acte, lequel nous échappe, parce qu'il s'accomplit dans le sein de la cause qui It^ produit, et qu'il faudrait que nous fussions cette cause même pour en avoir connaissance. Ce qui est vrai de la circulalion du sang l'est, sans exception, de tous les phénomènes physiologiques; ces phénomènes ne sont tous que les effets matériels de la cause qui les produit, et non les actes mêmes de cette cause ; tandis que les phénomènes psychologiques sont au contraire les actes mêmes de la cause qui est nous. Or, je le demande, quelle comparaison peut-on légitimement établir entre les opérations d*ùne cause et les résultats matériels des opérations d'une cause? Nécessairement les modiiicalions matérielles produites par une cause doivent être des phénomènes matériels, c'est-à-dire des compositions et des décompositions, des mouvements, des changements de forme, d'étendue, de couleur, de saveur, etc.; et nécessairement encore, de tels phénomènes ne peuvent ressembler aux actes d'une cause, lesquels sont de leur nature essentiellement immatériels. Si je comparais Tacfe volontaire par lequel je produis le mouvement de mon bras avec ce mouvement même qui estl'efiet matériel de cet acte Je trouverais entre ces deux faits les mêmes dil-

féreiices qui séparent les phénomènes psychologiques et les phénomènes physiologiques, et par les mêmes raisons ; et cepeiidanl l'acte volontaire et le mouvement du bras dérivent de la même cause. Pour étahlir la com* paraison légitime entre les phénomènes psychologiques elles phénomènes physiologiques, il faudrait qu'on pût atteindre les actes mêmes de la cause qui produit ces dcrniei^. Si entre ces actes et les phénomènes psychologiques, qui sont aussi des actes» on trouvait une différence de nature, alors je concevrais la mineure du raisonnement que je réfute, et on pourrait d'ivc dans un sens vrai qu*il y a en nous deux espèces de phénomènes* Hais aussi longtemps qu'on ne fera que comparer certains phénomènes, qui sont les effets matériels des actes d*one cause, avec certains autres phénomènes qui sont les actes mêmes d'une cause, c'est vainement qu'on constatera entre ces phénomènes une différence de nature qui ne peut pas ne pas y être; cette différence ue prouvera

absolument rien.

Ainsi, majeure et mineure, tout chancelle dans le raisonnement par lequel on a coutume de prouver la dualité humaine. Je le répète, il n'est pas surprenant qu'un tel arguqient n'ait pas convaincu.

On en met un autre en avant qui n*est pas moins radicalement vicieux; on dit; Toutes les opénilions, tous les phénomènes de la vie psychologique, attestent l'unité et la simplicité du principe qui en est la source ; ce principe ne peut donc être ni le corps ni un organe du corps ; il y a donc en nous deux êtres : le corps, être cumposé, principe des phénomènes physiologiques, et ràme> être simple, principe des phénomènes psychologiques.

La démonstration de la dualité humaine repose dans

DE I^V DlSmCTlON

ce raisonnement sur deux assertions : Fone, que le ptin*

cîpc des phénomènes physiologiques est le corps ; Tantre, que le principe des phénomènes psychologiques, étant nécessairement un et simple, ne peat pas être le corps, qui est composé. La dualité humaine serait en effet démontrée si ces deux propositions étaient Traies. Eii csl-il ainsi ? CVst ce qu'il s'agit d'examiner.

L*unité et la simplicité du principe des phénomènes psychologiques sont incontestables, et je ne fais aucune difflculté à les adaietlre; mais la preuve qu uuen donne renferme au moins deux erreurs.

La première consiste à supposer que ce sont les phénomènes psychologiques qui nous révèlent l'unité du priiîcipe qui les produit. Rien n'est, en fait» plus inexact. Si je crois que ces phénomènes ne dérivent pas de plusieurs causes, mais d'une seule, c'est que je les sens tous émaner de la cause qui est moi. C*est ainsi que je découvre l'unité du principe de ces phénomènes, et c'est à ce litre que j'y crois. L'induction n'a que faire là où Vobservation s'applique immédiatement.

La seconde erreur renfermée dans la preuve dont il s'agit coasiste à supposer que la simplicité du principe psychologique a, conmme son unilo, besoin d'être démonlrée. La simplicité d'aucune cause n'a besoin d'être démontrée, parce que pour nous l'idée de cause exclut Fidée de composition, et implique celle de simplicité. Si vous essayez en cfiel de concevoir des parties dans une cause, ou vous ne prêtez Ténergie productive qu'à Tune de ces parties, et mIuis celle-là est à elle seule la cause aux yeux de votre raison, ou vous l'attribuez à toutes, et alors il y a pour elle autant de causes distinctes que de parties : dans les deux cas, la simplicité reste l'alliibut inhérent, nécessaire, inséparable, de la causalité. Nous

DE lA PSYCaiOLOGIE ET DE LA. PHYSIOLOGIE. 191

remonfons donc encore moins de la natnre des phénomènes psychologiques à li simplicité du principe qui les produit qu*à son unité; nous croyons que ce principe est on, parce qne noos le sentons tel ; nous croyons qull est simple, parce que toute cause l'est

Sttit*il de là que, si ce principe se dérobait à notre observation, la nature des phénomènes psychologiques ne suffirait pas [lour nous en révéler Tunité? Non sans doute, et peot-étre la démontrmtit-elle avec certitude; Hi;iis je n'oserais Ta (fit mer; et la raison en est que le sentiment du principe qui les produit est tellement mêlé & la conscience de ces phénomènes, qu*il est diFRcilede Fen aLslraire et de voir nettement à quoi se réduiraient dans cette hypothèse les données du sens intime* Je ne voudrais donc pas condamner comme fausse la preuve de Tunité du moi par les phénomènes qui en émanent ; je me borne à constater que nous ne passons point par cette preuve pour arriver à celte unité, et qu'elle nous est donnée immédiatement.

Oooî qu'il en soit, Funité et la simplicité du principe des phénomènes psycliologiques, et par conséquent Tiiiipossibiiilé que ces phénomènes dérivent du corps ni d*ancttn des organes du corps^ sont des poinfs constants» et qu'on ne saurait contester dans le raisonnemtmt que nous examinons. Ce raisonnement serait donc concluant, et démontrerait la dualité humaine, si la seconde pro* position qu'il avance était vraie, c'est-à-dire s'il élait aussi certain que les phénomènes physiologiques dérivent du corps qu'ilesl incontestable que les phénomènes |)Svcliologiques n'en dérivent pas. Qu'il en soit ainsi, c'est ce dont ne semblent nullement douter ceux qui se servent de ce raisonnement; car ils posent celte proposition comme une vérité évidente et qui n'a besoin d'aucune démon-*

stration. Comment, à quel titre, sur quels fondements la jugent-ils si incontestable? c'est ce qu'il faut chercher.

£l d'abord, exprimerait-elle un iail donné immédiatement par robserYationî Voyons-nous la vie physiologique émaner du corps, ou, ce qui revient au même, les difiérents phénomènes qui la composent émaner des organes au sein desquels ils se produisent? En aucune manière. Ce que nous voyons pour quelques-uns de ces phénomènes, et ce que nous croyons pour les autres, c'est que l'organe exerce une action dans la productioD de ces phénomènes. Mais ce que nous ne voyons pas, c^est que cette action émane des molécules mêmes qui composent Torgane; cela nous échappe, et* cependant c*est là ce qu'il faudrait voir pour décider si les phénomènes dérivent de l'organe» ou si Torgane n'est qu'un intermédiaire, un simple instniment d'une force extérieure et distincte qui le met en mouvement Je me sers de mes jambes pour marcher, de ma main pour écrire, (le ma langue pour parler, et eepeiidant ces trois organes ne sont que des instruments dans la production de ces phénomènes ; la véritable cause est extérieure et supérieure à ces organes. Pourquoi le cœur, pourquoi l'estomac, pourquoi le poumon, ne seraient-ils pas aussi des instruments f Si on peut penser le contraire, à tout le moins n'est-ce pas l'observation qui nous y autorise. £lle ne nous apprend rien sur la question. Loin qu'elle saisisse les principes de la vie physiologique, cette vie elle-même lui échappe, car les phénomènes physiologiques n'en sont que les résultats matériels ; c'est dans les opérations mystérieuses qui produisent ces résultats qu'elle réside; et ces opérations, aussi bien que les causes qui les accomplissent, nous sont et nous demeureront toujours invisibles.

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DE LA PSYCHOLOGIE ET BE LX PHYSiOLUGiL. i9J

Si ce n*est pas Tobsenration qui nous apprend que les phénomènes physiologiques dérivent du corps, il reste que nous le sachions par induction, c'est-à-dire que la

iialiire des phénomènes physiologiques implique celte origine. En est-il ainsiî Voyons encore.

Ces phénomènes sont matériels ; ce sont des compositions cl des décompositions, des mouvements, des changements de forme, de couleur, de sayeur, etc. Voilà ce qui a frappé, et ce dont on a grossièrement conclu que detçls phénomènes dérivaient du corps. Mais quoi! de ce qu'une cause produit des modihcations matérielles, s*ensmt-il qu'elle soit matérielle elle-même? Le moi, qui est une cause simple» ne produit-il pas des effets matériels! Dieu ji*est-il pas simple, et répugne- t-il à la raison humaine d'admettre son action sur la matière? Des phénomènes matériels peuvent donc dériver de causes simples. Il y a plus : ils en dérivent nécessairement puisque toute cause est simple aux yeux de noire iMison. On n'échappe pas à cette nécessité en admettant des causes matérielles. Car, à quelle coiidilion en admet-on? A la condition de concevoii les éléments de la matière comme animés, c'est-à-dire comme le siège d*autant de lorces simples. Supposer que les phénomènes physiologiques dérivent des organes, ce n'est donc point éviter d'attribuer des phénomènes matériels à des causes simples, maïs uniquement soutenir que ces causes simples résident dans les molécules intégrantes de ces organes; c'est soutenir en d'autres termes que, dans la production des phénomènes, les organes ne sont pas les instruments d'une cause extérieure, mais la cause elle-même. La question de savoir si la nature des phénomènes physiologiques implique qu'ils dérivent du corps revient donc

celle de savoir si elle impUque qu'ils dérivent de forces

inhérentes aux molécules des organes. Or il esl parfalt^nenl évidenti comme nous Favons déjà montré, qa^il n'en est rien, et que les phénomènes physiologiques sont tout aussi bien expliqués par Taction d'une force agissant au moyen des organes qne par raction direde des molécules de ces organes. Il se peut donc que les phénomènes physiologiques émanent du corps; mm rmduction ne le démontre pas plus que robservation ne le constate.

Et maintenant cette proposition, qui n*est m ëèmoa-

trée ni démontrable, esl-elle au moins vraisemblable? Je dis que non, et que, comme hypothèse, die préseate de graves difflcoltés*

El d'abord, elle implique une chose, c'est que la vie physiologique dérive d'une multitude infinie de causes. Car dire qu'elle dér ive des organes, c'est dire qu'elle résulte de l'action combinée de tous les éléments matériels dont ces organes sont composés. Or, si rien dans ift vie physiologique ne répugne absolument. à la sup|ïosiiion qu'elle émane du concours de plusieurs causesi il est impossible de ne pas reconnailre que Tiinilé et le concert gui s'y remarquent sont difliciles à concilier avec cette supposition, et à plus forte raison avec celle d*un nombre presque infini de causes. Et en admettant niéiiic le concours de plusieurs causes, encore faudraii-il toujours, pour expli(|iier cette unité, concevoir une cause sflpérieure, dont les autres ne seraient que les instruments, et qui aurait oiiganiséet maintiendrait ce concert. On u ferait donc que reporter dans cette cause supéiieure l'unité qu'on n*aurait pas TOulu admettre dans lesauses immédiates. L'hypothèse que la vie physiologique éfflW de l'organisme a donc contre elle l'unité de cette vie, qu'elle ne saurait expliquer. Aussi le sens commun Brti

. kjui^.j l y GoOgI

m LA PSYCHOLOGIE £T DË LA PHYSIOLOGIE. 195

toujûUis incliné vers Tb^pothèse contraire, comme en témoigne roptoion si ancienne et si persistante de la force vitale qui la représente.

Cest là une une première difficulté ; mais ce n*est ni hsenle ni la plus grave. En effet, on oublie une chose quand on dit que les phénomènes pliysioiogiques sont produits par les organes, et que la vie pliysiologique émane du corps : cVsl que le corps, c'est que les ot^anes ont été produits par cette vie et ne vivent que par elle; . c'est qu'il y a eu un moment où le eoi*ps, où les organes, n'existaient pas, et où celte vie existait déjà et travaillait à les former; c'est qu'il en arrive un autre où le corps, où les organes subsistent encore, et où celle vie a disparu ; c'est que cette vie est la seule chose qui persiste dans le corps, tandis que les molécules matérielles qui en seraient la source ne font qu'y passer, et s'y succèdent, et s'y renouvellent incessainment Voilà ce que Ton oublie quand on [u clend que la ^ie pliysiologique émane du corps* On ne s aperçoit pas que, dans cette hypothèse, le corps et les organes seraient à la fois ht cause et l'effet de la vie ; que la vie les présupposerait, puisqu'ils en seraient la source, et qu'ils présupposeraient h vie, puisqu'elle Usa formés; en sorte qu'ils se seraieut produits avant d'être^, ou auraient éié avant de se produire : cercle Ticieux inconcevable, décisif peut-^lre contre l'hypoilièse que les organes sont le principe de la Yie, mais qui doit pour le moins la rendre invraisemhlable aux de loul esprit impartial.

Ainsi, loin que la proposition que les phénomènes pbysiologi(iues émanent du corps soit prouvée, elle n'est . inùuie pas probable. Tout, au contraire, semble la repousser comme difficile, pour ne pas dire impossible, à concilier avec les laits.

Et cependant, c*est sur celte proposition que repose entièrement le raisonnement que nous analysons : car, s'il n'est pas démontré que la vie physiologique déme des organes, couiine on n'a prouvé qu une chose delà vie psychologique, à savoir qu'elle ne peut pas en dériver, rien n'établit que les* sources de ces deux vies soioit distinctes, et il reste possible qu'elles découlent d'un seul et même principe. Il n'y avait donc pas plus de rûson de se laisser convaincre par ce second argument que par le premier que nous avons examiné. Aussi, quoique infatigablement reproduits depuis deux mille ans, outils laissé indécise la question qu*ils avaient pour objet de résoudre.

Une chose est à remarquer dans ceux qui emploient ce dernier argument et qui y ont foi : c'est que^ des deux propositions dont il se compose, savoir, que les phénomènes physiologiques dérivent du corps, et que les phénomènes psychologiques ne peuvent pas en dériver, e est

préciséinent la première qui ne soulève dans leur esprit aucun doute. Ils la posent avec la plus entière confiance, comme un principe incontesté , à Tabri de toute objection, et qui n'u besoin que d'être énoncé pour être admis. Ce qu'ils sentent le besoin de démontrer, c'est unique* ment que les phénomènes psychologiques font exception à la loi commune et ne viennent pas des organes comme les autres. Aussi est-ce à établir ce dernier point qu'ils meitent tout leur soin, persuadés que, cela fait, la dualité humaine sera hors de question et parfaitement prouvée. Qu'il y ait là une étrange illusion, c'est ce que nous venons de montrer, et ce qu'il faudrait être aveugle pom ne pas voir : car, ce qui est obscur dans l'homme, *c*est précisément ce qui leur y parait clair; et ce qui y est évident, c'est justement ce qui leur y semble douteux.

Et coDiment en serait-il autrement? Le principe de la

vie psychologique' étant nous, nous avons une connaissance complète de tous les mouvements, de toutes les opérations de cette vie. Ces mouvements, ces opérations, c'est nous qui les produisons; nous les sentons émaner de nous; nous en pouvons observer tous les détails; nous savons comment, pourquoi, dans quel but, nous les accomplissons. Kn un mot, à partir du principe d*oà elle découle jusqu'au but où elle aspire, nous embrassons la vie psychologique tout entière, dans tout son développement, dans toutes les fonctions qui la constituent, et cela, perpétuellement, à chaque heure, à cliaque minute de notre vie* Gomment donc cette vie et son principis nous seraient-ils obscurs? Et avec quoi réglenons-nous nos actions, gouvernerions-nous notre conduite, s'ils nous l'étaient ? Ces deux choses sont également impossibles. Aussi, je ne crains pas de le dire, les hommes les plus vulgaires, ceun-là mêmes qui jamais ne s'étudient et qui n'ont de la vie psycliologique qu'une connaissance involontaire, en savent cependant plus sur cette vie que le plus savant physiologue n'en saura jamais sur la vie physiologique.

Ce qui est vraiment et profondément obscur, et ce qui doit l'être dans Fhomme, c'est éette dernière vie. En effet, les causes nous en échappent. Nous n'atteignons pas même les actes de ces causes. Tout ce que nous pouvons saisir, ce sont les effets matériels produits dans le corps par les actes inconnus des causes inconnues de la vie. Encore n'est-ce que par surprise ^t avec mille peines que nous les saisissons ; et non pas tous, mais seulement quelques-uns : car qui sait si une foule de phénomènes physiologiques ne nous sont pas encore inconnus, ou plutôt qui en doulc"^ El cependant, c*est sur

cette ynt ù obscure, si couverte de ténèbres, que le rai-

sonnement vulgaire que nous examinons n'hésite pas. Il en sait, à n'en pas douter, Je principe, qui nons échappe ; tandis qu*tl donte sur celui de la vie psyckolo» gique, qui est nous, cl dont nous avons une connaissance imoiédiate et perpétuelle. Il déuiontre quel doit être ce dernier ; il remonte à sa nature par les phénomènes qoi en émanent. Pour l'autre, il le connaît à merveille ; il le proclame sans balam^er ; c'est le corps, ce sont les organes ; il ne saurait exister sur cela le moindre donte, la moindre liésilalion. Étrange illusion, encore une iois^ et qni montre combien nous remarquons peu ce que nous apprenons sans effoi t, ce que nous savons par cela seul que nous vivons, et combien, au contraire, l'attention continuelle que le monde physique force notre esprit à lui accorder nous exagère la connaissance (^uc nous en avons.

Que prouve le double examen auquel nous venons de nous livrer? une chose : c'est que la démonstration de la dualité humaine ne peut sortir delà nature comparée des phénomènes, physiologiques et psychologiques. On aura beau tourmenter ces phénomènes, ils ae rendront pas la preuve qu'on y cherche. lis ne sont pas de même ordre, et par conséquent • les différences qui les séparent ne prouvent rien, fussent-ils de même ordre, elles ne prouveraient rien encore, parce qu'une même cause peut produire des phénomènes très-divers. Quant à dire que les uns révèlent une cause simple, et les autres non, c'est une absurdité, attendu que tonte cause est nécessairemi^nt simple. EnOn, si l'on substitue 1 unité à la simplicité, rien ne prouve que, tandis que la vie psy* dmlogiqae dérive certainemènt d'une seule cause, il en soit autrement de la vie physiologique ; tout semble in-

diqner» ftn conlraire, que le principe de la seconde est

un comme celui de la première.

Le seul argument tiré de la comparaison des deux ordres de phénomènes qui présente une apparence spécieuse est celui qui se fonde sur la fin différente des deux vies physiologique et psychologique. En effet, chacune de ces vies a son but diblinct, et souvent il y a opposition entre ces deux buts. Ne s*ensuit-il pas que ces deux ?ies appartiennent à deux êtres et sont le développement de deux causes différentes?

Je dis que rien ne répugne à le supposer ; mais je dis en même temps que rien ne le démontre, et que, si nous en étions réduits à cette preuve, la dualité humaine ne serait encore qu*ane hypothèse. De même, en effet, qu'on peut concevoir une cause proâtiisant des effets différents^ de même il n'y a point de contradiction à en supposer mie qui aspire à la fois à plusieurs fins, et

qui produise, pour les atteindre, plusieurs séries de phénomènes. Sans remonter à Dieu, de qui cela est évident, nous en trouvons un exemple en nous-mêmes. La force qui est nous nspire à la fois à des buts très-différents, le honheur et la vertu, Tactivilé et le repos, la connaissance et la puissance, en sorte que qui ne saisirait dans le spectacle de la conscience que les phénomènes pourrait iPy voir que la lutte de plusieurs causes qui tendent chacune à leurs fins. Mais, indépendamment de tout exemple, quoi de plus admissible que i hypothèse d*une cause s'enveloppant, par la volonté de Dieu, d'un corps destiné à devenir l'instrument de son actiim et Torgone de ses facultés, et forcée tout à la fois par sa nature à aller à sa fin propre, et par sa condition accidentelle à entretenir ce corps qu'elle a créé ^ ? Et, je le

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