HypothèM de Stahl
demande, qui pourraitsoutenir que cette hypothèse n*esi pas la vérité même» si nous ii*avions pas conscieneede la cause qui est noiis, et si celte conscience ne nous attestait pas que celte même cause n'est pour rien dans les opérations qui créent et conservent Tagrégation matérielle? Ainsi, même cet argument de la diversité des fins des deux vies, le moins mauvais de ceux qui peuvent être tirés de la comparaison des deux ordres* de phénomènes, se montre insutlisant à la réilexion, et ne contient pas la preuve cherchée de la dualité humaine.
Si riiomme est en possession de celte pi cuve, il ne le doit qu*à une seule circonstance : c*est qu'il a cou* science en lui d'autre chose que lés phénomènes, c*est qu'il atteint le principe qui les produit, la cause qui le constitue et qu'il appelle moi; c'est qu'en même temps qu*il a conscience de cette cause, il a conscience de tous les actes qui en émanent, et que, ces actes ne comprenant que les phénomènes psychologiques, et point du tout ceux qui produisent les phénonùncs physiologiques, il lui est démontré par là d'une manière irréfragable que ces derniers phénomènes, qui vont au bien du corps et composent la vie animale, dérivent d'un autre principe qui coexiste dans Thomme avec le moi, et qu'ainsi il y a dualité de principes, comme.de vie&et de fins, dans la nature humaine.
Or, cette preuve» la seule qui en soit une, la seule par conséquent qui traduise et justifie la conscience confuse, mais énergique, que l'homme a toujours eue de sa duaUté, cette preuve jusqu'ici n'avait pas été donnée* Aussi, malgré tant d'eiïurts pour élablir dans la science la conviction de l'humanité, n'y était-on pas encore parvenu d'une manière définitive. Ce qui n'avait pas encore été fait, j'ai essayé de le faire : c'est en cela que
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ce Mémoire peut avoir quelque importance, et, après tant de volumes sur la question , n'élre pas sans nonveauté.
Ce qui a si longtemps dérobé cette preuve à l'attention des philosophes, c'est la vieille opinion^ enracinée dans les esprits, que la conscience n'atteint en nous que les actes et les modificalions du principe personne^ et point du tout ce principe lui-même. Celte opinion a pris naissance à son tour dans la confusion perpétuellement faite du moi comme substance, et du moi comme cause. On a dit : Nous ne saisissons pas la substance du moi; nous ne le connaissons que par ses attributs, * comme la matière ; autrement nous aurions une idée claire de la natuié de cette substance, tandis que nous n'en avons aucune idée. On a conclu de là que . Tètre moi nous échappait; et, sans faire attention qu*autre chose est la cause qui est nous, autre chose la substance à laquelle elle peut être attachée, on a enveloppé le moi cause dans raxiomc. Dès lors, les phénomènes sont res* tés le seul élément du fait de conscience qui pût servir de base à la démonstration scieutitique de la dualité humaine; c'est donc là seulement qu'on Ta cherchée, et, comme elle n'y est pas, on n'a pu Ty trouver.
Thèse singuUère à soutenir : que je ne saisis pas la * cause qui est moi, que je sens ma pensée, ma volonté, ma sensation, mais que je ne me sens pas pensant, voulant, sentant! Mais d'où saurais-je alors que la pensée, la volonté, la seiisation, que je sens, sont miennes, qu'elles émanent de moi, et non pas d'une autre cause? Si ma conscience ne saisissait que la pensée, je pourrait bien concevoir que la pensée a une cause; mais rien ne m'apprendrait quelle est cette cause, ni si elle est moi ou toute autre. La pensée ne m'apparaîtraitdonc pas
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comme mienne. Ca qui fait qu'elle m'apparalt como^ mienoe, c'est que je la sens émaner de moi; et ce qii fait que je la sens émaner de moi , c*est que je sens la cause qui lu produit et que je me recouaais dans cette câose. Quand rexpérience- de chaque instant ne seiait pas là pour déposer que j'ai conscience de la cause qui panse, qui veut et qui sent» il serait démontré que j'ai cette cooscîencet par cela seul que j'appelle moi cetle cause et miens les actes qui en dérivent : car, si je ne l'atteignais pas» elle serait pour moi une lorce inconnue, comme la gravitation; je ne pourrais savoir si elle est identique à moi, qui ne ierais que la concevoir, ni par conséquent si les actes qui m'en révéleraient re}ûsteQce' m'appartiennent.
Il faut donc rayer de la psychologie cette pioposition consacrée : Vdme m nom est connue que par ses acUs et ses modificatMns. Vime se sent comme cause dans chacun de ses actes» comme sujet dans chacune de ses aïodificalions; et; comme elle ne cesse d'agir et de sralir,
elle a d'elle-même une conscience perpéluelle.Elreiaarquons que ces deux états dans lesquels elle se sent ne sont que deux points de vue d*un seid. L'âme, en eEM, n'épruuve des sensations, c'est-à-dire n'est luodiûée, que parce qu'elle est une cause» et une cause en action. Un être merte ne saurait sentir» une cause seule le peut : car sentir est le fait d*une force contraiiée ou secondée dans son développement, et qui en a conscience ; en sorte que, si l'ame cessait d'agir, elle deviendrait incapable de toute moditicatioii. Continuerait-elle d avoir ^conscience d'dle-méoie dans cette hypothèse) Celle question ne mérite pas de réponse : car, la conscience étant un acte, elle impUque contradiction. Quant à la substance de l'Ame, si, par substance, on entend ce qui
est suppose par les modificalioiis, Vaine se sent substance comme elle se sent cause. Mais si^ par substance, on entend le mbstratum de la cause qui est iious> l'âme ne sent poiul un tel substratum, et il est permis de douter qu'une forcé en suppose un.