I. — PSYCHOLOGIE
Une rémarqae me frappa d'abord : c'est que plusiemrs
sciences s'oocupaienl de la nature de l'homme, et que parmi cessciences une seule, elc'étaitla psychologie» avait
1. Dai» son TniroAuetion, M. looffroy n*aanoiiet que deux parties^ il MBAlenrit par confléqoeiit que le méoMifere àûi finirtree Ul deuxième^ <*ii>tnJii>t le« éeoàm mot» iwlîiQiMHt fuil Wmi pas Imlaé; anni quand en fiiisanl la revue dei papiera de mon ami j'ai trouTé ce frag» ment av^e ee Utre : Troisième partie , et cette note : Bon â imprimer, it afai pas Moaè i le joindmaa BteaiBt.
140 D£ L'OBGANISÂTION
été classée parTusage au ûouibre des sciences philoso* phiques; tontes les autres, comme ranatomiet la physiologie, la nosologie, s'en trouvaient exclues. Ce qu'avaient de commua ioules ces dernières, c'était de s'occuper du corps; ce qo^avait de spécial la psychologie, c'était d'avoir ITime pour objet. Il suivait donc de là qu'au jugement du sens commun, la partie de la science de rhomme qui serapportail à l'âme était philosophique, et que la partie de cette même science qui se rM})portail au corps ne l'était pas* Mais pourquoi jugeait-il ainsi 7 II aurait fallu, pour répondre à cette question, savoir ce que je cherchais, c'est-à-dire ce que c'était que la philosophie. Je vis donc que je devais me contenter pour le moment de constater la distinction, et me borner à bien délimiter dans l'homme Tobjet de la seule des sciences consacrées à la connaissance de sa nature qui fût philosophique , c'est-à-dire de la psychologie.
Cet objet, le sens commun l'appelle âme, et le distingue d'un autre qu'il appelle corps; et il considère ces deux objets comme les clciiients d'un être composé qu il appelle l'homme. Le sens commun ne va guère plus loin *. car cette distinction dont il a le sentiment, il ne saurait ni l'établir d'une manière précise, ni la justiiier par des raisons démonstratives; toutefois, puisque nous la trouvons en lui, il faut bien qu'elle ait sa raison ou tout au moins son prétexte dans la nature de l'homme» d'autant mieux qu'après avoir été prodamée par lé sens commun, la science l'a acceptée. Nonseulement donc il y a bien certainement dans l'iiomme deux choses qui correspondent à ces deux mots de la langue, âme et corps , mais encore il y a bien certaine* ment entre ces deux choses une différence quelconque. Quelles sont ces deux choses» et en quoi consiste spécia-
lement la première? C'élail là ce qu'il s^agissait de démêler d'une manière nette» pour déterminer d'une manière nette aussi Fobjet de la psychologie.
Or, en cliercliaut de quoi se compose cet être qu'on appelle Fliomme» on y découvre du premier coup d'œil deux choses' : d'une part un certain nombre de molécules matérielles, dont Tagrégation sous une certaine forme constitue ce corps que nous voyons, et de l'autre abe certaine force cachée qui anime et fait durer cetlc agrégation , en d'autres termes la matière et la vie. Lu mort, en les isolant, démontre l'existence de ces deux éléments : 'car, riiomine mort, la matière reste, mais la vie a disparu. La mort fait davantage: elle montre quel est le rftie de chacun de ces éléments. Car, aussitôt que h vies Oit évanouie, les molécules corporelles retombent sous l'action des lois générales de la matière, et leur agrégation se dissout; elles obéissaient donc auparavant itine autre force, à celle de la vie, qui avait la puis- , sauce de les sousti*aire à leurs propres lois pour les soumettre à la sienne. Le corps, ou l'agrégation matérielle, ^est donc qu'un effet de la vie; la vie est donc dans I*homme l'élément constitutif, et non la matière. Ce qui confirme celte vérité, c'est la manière dont se forme l'agrégation. Depuis l'apparition des premiers linéaments dans le fœlus jusqu'à son développement, tous les phénomènes témoignent de l'existence d'une force, qui s'assimile peu à peu un certain nombre de molécules maténeiles, et les organise selon ses lois propres. C'est donc <îclte force qui constitue Fhomme, puisque c'est elle qui le fait. Mais ce qui achève de le démontrer, c'est que la Q^atière agrégée est sans cesse renouvelée. Â chaque in- ^^t, des molécules s'en vont, et sont remplacées par d autres qui arrivent ; la matière ne lait donc que passer
dans l'homme et le traverser ; elle n'est donc pas ce qui coDstitae TiioiDiDe, qui est permanent. Un dernier bài qui s'accorde parfeitement avee ce résultat et le confime, c'tst que nous nous sentons lous une cause qui produit incessamment des effets et qui reste identique k eUemôme pendant toute la durée de la vie. Tout concourt donc à démontrer que des deux éléments que Tobservateur découvre dans Tbomme, là matière et la vie, e'ert ce dernier qui est l'élément constitutif et celui par conséquent dans lequel I homme réside et dans lequel il &ut le chercher.
Reste à savoir en quoi consiste ce principe de la vie en qui l'homme réside, et si c'est une force simple ou multiple. Pour pénétrer te mystère de la nature de
riioniuie, et par conséquent le secret de la dualité en*
trevue par le sens commun dans cette nature, il faut aller jusque-là.
S'il en était du principe de la vie comme des autres causes qui animent la nature, et que nous ne pussions te connaître que par ses effets, il nous serait impossible de résoudre cette douille question. En effet, nous ne savons rien de la nature de ces causes ; et tout ce que noua disons de leur nombre est purement hypothétique. Rbas avons l'habitude de rapporter à une même cause les phénomènes semblables que iK)as observons, et à des cames distinctes les phénomènes différents ; mais cette double supposition n'a rien de certain: des phénomènes semblables peuvent suivre de plusieurs causes, des
phénu mènes dilTéreiits d'une seule. 11 serait possible même que tous les phénomènes de la nature fussent immédiatement produits par Dieu , et dérivassent ainsi
d'une senle cause. Le inûuie doute planerait sur les causes des pliénomènes de la vie, si nous ne commissions d'elles
DES SCmSfCEB PHILÛ8(S>HIQU£S. 143
(pe b Yk qui ea émane : nous ignorerioas eompléte'-
ment leur nature; et, loin de pouvoir décider si ces causes soat diverses ou se réduisent à une seule, nous serions hors d'élat de savoir même si la vie n'est pas un effet iinnicdial de la cause divino, et si ce n'est pas Dieu qui en produit directement les phéaomènes.
Mais robservation assure qu'il n'en est pas ainsi, et que pan ni les causes qui agissent dans rhoinme il en est une au moins que nous saisissons en elle-même. La eomparaison de ce qoi se passe en nous quand c^iains pliéno mènes de la vie s'y produisent, et de ce qui s'y passe à la vue d'un phénomène extérieur, suffit pour le firmrver. Une pîerpe tombe, voilà un phénomène extérieur; ce phénomène a une cause, voilà la conclusion q«e tiré notre intelligence. Quelle est cette cause ? on l^gnone, et ce n*efi* que par hypothèse qu'on la di^ing*ue, sous le nom de gravitation, de toute autre. Je me souviens, voilà un autre phénomène, et ce phénomène a une cause, sans nul doute : quelle est cette cause? je réponds moi. Mais que signitie ce mot? u' est-il» comme cdm de grmikitim^ ^u'un nom par lequel je représente la ( ause inconnue d'un fait connu? Loin de là : car, au monieBt où le phénomène s'est produit, j'ai eu consoionee de i»ase qvi le produisait et de l'epérartion par laquelle îl se produisait; car, avant ce phénomène j'avais d^àomscienoedela (»u^ queje^uis, etaprèsson accomfft iDCWi etft je<eoiilimiei la sentir ët à smMrondIeteyuissance de le produire (h' nouveau. Ainsi, au iieu que dans tom les autr^ -cas je ne connais que reliet ei «oppose 4a caote, jon wiei un danstequâ je «aisis *et f^eleit et la cattse, et l'opération par laqudle la cause produit l'effet. La cwop <fue j'appeUemai^ qiM firoduit le phénoniène line j'appelle mmntr, ne mi*échappe donc pas oonime
DE L'OROANISÂTION
toutes les autres causes. Je ne la conclus pas Je ratteins;
je ne la suppose pas, elle est, et je la connais.
La raison pour laquelle cette cause échappe ainsi à la loi commune qui me dérobe toutes les autres est révélée par le nom môme que je lui donne. Ën effet, je l'appelle moi, c'est-à-dire que je me reconnais dans cette cause, c*est-à-dire qu'elle est moi ei que je suis elle. Or» si elle est moi, comment m'échapperait-elieiil faudrait pour cela que je ne fusse pas intelligent, ou que, rétant,jcu eusse pas conscience de moi-même, ce qui e^l im possible. On voit donc pourquoi j'atteins cette cause» et il n'est pas moins facile de démêler pourquoi je n*en atteins aucune autre. £u effet, excepté moi, je ne connais rien que par l'intermédiaire des sens ; or, rien n'est pe^ ceplible aux sens que ce qui est matériel, et les causes ne le sont pas. Qu'on essaye de se représenter une cause sous quelqu'une des qualités de la matière, et on en sera convaincu. Ce qui arrive doit donc arriver. U est tout simple que j'atteigne la cause qui est* moi; il est impossible que j'en atteigne aucune autre.
Nous n'en sommes donc pas réduits à de pures bf: polhèses sur le principe des phénomènes de la vie. Au delà de ces phénomènes, nous saisissons une cause d'où plusieurs de ces phénomènes suivent; reste à savoirsi tous en suivent, c'est-à-dire si la cause qui est nous est le principe unique de la vie, ou si la vie en a plusieurs.
La manière même dont la cause tnoi se connaît ofiré un moyen simple de résoudre la question. En effet, elle a conscience d'elle-même; elle doit donc avoir COB* science de tout ce qu'elle fait-; aucun de . ses actes ne peut lui échapper ; c'est donc à elle de dire si parmi les phénomènes de la vie il y en a dont elle ne se sente pas le principe, ou si elle les sent tous émaner d'elle. Otk
moi répond qu'il se sent distinctement la cause de plusieurs phénomènes de la vie, de la pensée» de la volition, du souvenir, par exemple, mais qu'il en est d'autres, comme la circulation du sang, la sécrétion de la bile, la
digestion, à la production desquels il se sent absolument étranger» et qui arrivent non-seulement sans qu'il ait la conscience de les engendrer , mais sans quHl en ait la moindre connaissance et soit même averti qu'ils se pro* duisent. Cette réponse tranche la question : car il ne peut se faire que ces derniers phénomènes émanent du moi, et, s'ils n'en émanent pas , ils dérivent d'autres causes. Donc il y a dans ce que Ton appelle l'honune deux sources distinctes des phénomènes de la vie : moi d'abord, qui me sens le principe d'un certain nombre de ces pbcnoinènes; et une autre force simple ou multiple que je ne connais pas, et dont émane le reste de ces pbéno^ mènes. La conscience est le moyen de distinguer ces deux classes de phénomènes ; elle atteint ceux qui viennent de moi, parce qu'ils en viennent; elle n'atteint pas les autres parce qu'ils n'en viennent pas; nous ne connaissons ceux-ci que par les sens, comme les phénomènes extérieurs.
La dualité de la matière et de la vie, que Tobservatioa la plus superficielle saisit d'abord dans l'homme, n*est donc pas la seule qu'il présente ; une autre plus profonde s*y découvre dans les principes mêmes de la vie. Dans la seconde de ces deux dualités, on pourrait consîdérêr l'hoaime comme une chose simple : car l'agrégation matérielle n'est qu^une sorte de vêtement que le principe vivant se compose et dont il s'enveloppe. Mais J*existence démontrée des deux principes vivants dans ce qu'on appelle l'homme en fait une chose complexe.
Je ne puis être à la fois plusieurs causes ; la cause que je
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suis est certaioement celle dont j'ai conscience, dans laquelle je me reconnais, et que pour cela j'appelle moi. Si donc il y a dans ce qu'on appelle l'homme une autre cause, il y a dans l'homme autre chose que moi, un principe vivant, distinct du principe vivant que je suit. 0/, rexistence de cet autre principe y est démontrée par mie foule de phénomènes que je ne sens pas émaner de moi, sur la production desquels je n'ai aucune influence, qui arrivent sans que je le sache, dont je puis mour rir sans avoir la moindre notion , et que je ne |Murviens à connaître qu'à laide du scalpel et de la loupe, comme ceux qui se produisent dans le corps des chiens ou des' poissons. Nous sommes donc deux dans l'homme : moi et ce principe inconnu, associés, dépendants peut-être, mais différents* £n d'autres termes, il j a dans ce qu*on appelle Thomme la personne humaine, l'homme véritable, plus un autre principe qui ne s'y révèle que par son action, et que nous n'atteignons pas plus en lui-même qu'aucune autre des causes qui animent le monde. La dualité est donc incontestable ; reste à savoir quel en est le sens, c'est-à-dire ce que fiait dans
rhomme ccL autre principe que j'y trouve à côté de moi, et comment ce qu'il y fait se concilie avec ce que j'y fais, et tout à la fois s'en distingue. Or, c'est ce qu'A est possible de découvrir enexaaiiuaiit dans rhomme les caractères des phénomènes qui émanent de ce principe , et en les rapprochant de ceux des phénomènes qui me sont propres.
Si l'on sépare, en effet, à Taide du criterinm delà conscience, les phénomènes dè la vie en deux classes, ceux que le principe qui est moi produit ou éprouveicf ceux qu'on est obligé de rapporter à cet autre principe^ on trouve que ces derniers constituent à eux seuls
tontes les opérations par lesqueUes cette agrégation organisée de molécules matérielles qu'on appelle le corps est créée, consmée et reproduite, et qu'aucune de ces opérations ne vient se résoudre dans aucun des phénomènes dont nous avons conscience, c'est-à-dire dont le moi est le principe ou le sujet.
Il résulte de ce fait deux conséquences : la prciiiièrc, que les phénomènes qui, dans Thoïnme, sont étrangers au moU composent à eux seuls la vie du corps, cette vie qu'on appelle vie physique ou animale, et que le principe mystérieux d'où ils émanent est le principe même qui lait vivre et conserve le corps, et qu*on nomme ordinairement dans la langue force vitale ou animale ; la seconde» que les phénomènes qui, dans l'homme, appartiennent au moi , étant étrangers à la vie du corps, ont une autre lin, et composent une autre vie, qui peut être liée avec la vie physique et ammale, mais qui en est distincte, et va à un autre but.
Si on cherche en effet quelle est la nature et la lin des phénomènes dont le 'moi se sent le principe ou le sujet, on s'aperçoit, d'une part, qu'ils composent principale- . qient cette vie qu'on appelle la vie intellectuelle et morale, et que personne ne confond avec la vie animale où physique, et l'on recoimait de l'autre que la fin à laquelle ils vont est la fin même de la personne humaine ou du moi , c'est-à-dire du principe d'où ils émanent. Ainsi, tandis que la digestion, 1^ circulation du sang, et tous les autres phénomènes qui , dans l'homme , sont étrangers au moi, ont \)Qur fin évidente et unique le bien du corps, il est clair que, dans la vie hitellectuelle et morale,, tout aspire, tout converge vers un même but, qui est le bien du moi, tel qu'il résulte de la nature et des tendances de ce prindiie. La distmction de ces deux fins est
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si réelle, que très-souvent elles se trouvent en opposH
tion, et qu'en allant à sa fin, le moi compromet le Lieu du corps,' et, dans certains cas, le sacrifie. Persoune n'ignore en effet que dans une foule de circonstances nous sacrifions le repos, le liicn-ùlre, la santé du corps, aux dillérentes tins auxquelles le moi aspire , et que quelquefois même ce sacrifice va jusqu'à la destruction du corps , que nous immolons ainsi à notre fin propre, tant sont distincts non-seulement ces deux principes qui se rencontrent dans Vhomme, maïs encore les deux vies qui en émanent, et les deux buts de ces deux vies!
' Mais si ces deux principes sont distincts dans l'iiomme, il ne s'ensuit pas qu'ils y soient indépendants ; et, si les deux vies qui en émanent ont chacune leur ilo, il n'en résulte nullement qu'elles soient étrangères Tune à l'autre. Tout annonce au contraire que, si la dualité est certaine , Texistence d'un lien entre les deux éléments de cette dualité ne l'est pas ni,oins. C'est ce lien qui reste à déterminer pour achever d'éclaircir le mystère de la nature de l'homme.
Or, l'observation annonce d'abord que l'intervention du moi est indispensable pour assurer la satisfaction des besoins du corps. Car, bien qu^aucune des opérations de la vie animale n'émane du moi, cette vie est soumise à certaines conditions que le moi seul peut remplir. De cette manière, la yie du corps, qui est la On du principe vital, exige 1 intervention du principe personnel, et se trouve par ce seul fait placée dans la dépendance de ce dernier principe. Les liens qui placent ce principe dans la dépendance du corps sont plus nombreux et ne sont pas moins évidents. D'une part, le corps est rinslru* ment sans lequel nous ne pourrions agir au dehors, et l'organe sans lequel la plupart de nos facultés ne pour-
DES SGIENCaSS PHILOSOPHIQUES. 149
raient se développer. NoDsne pouvons donc aller à notre fin si le corps est fatigué, malade^ impuissant. D'une . aatre part, c'est par rintermédiaire du corps que nous arrivent les sensations par lesquelles le monde extérieur se fait connaître à nous et agit sur nous. A ce titre donc aussi, toutes nosrelations avec le dehors dépendent de la santé du corps. Enfin, notre corps ne peut souffrir sans qu'il en résulte pour le moi des sensations désagréables qui le détournent, le troublent et le rendent moins capable d'agir, et, de cette troisième manière encore, le bien du moi est lié à celui du corps et en dépend. Les choses sont donc arrangées de telle sorte que la force vitale ne saurait aller à sa fin sans l'intervention du moi, et que le mol à son tour, pour aller à la sienne , a besoin que la mission de la force vitale soit remplie. G*est ainsi qu'est opérée dans Thomme l'union de deux principes. Fasse* ciation de deux vies , la conciliation de deux fins différentes. De là, l'unité de ce qu'on appelle l'homme, et qui* n'est que l'union, à certaines conditions, de deux choses distinctes : le corps ou Tanimal d*une part, le moi ou rhomme véritable de l'autre.
y unilé de ce qu'on appelle l'homme ne serait-elle pas plus profond e , et les deux principes vivants qu'on y distingue ne se rattacheraient-ils point, dans les profondeurs de la nature, à une substance commune ! C'est une hypothèse qu'il n'est point donné à la raison humaine de vérifier, et qui, alors même qu'elle serait vérifiable, ne changerait rien aux résultats qu'il lui est donné d'atteindre. En s'en tenant à ces rjôsultats, seuls certains, la dualité de l'homme est constante, et son unité se borne à des liens de dépendance entre les deux éléments^ de cette dualité. Ces deux éléments , tels qu'ils nous apparaissent, sont : le corps d'une part, avec la force vitale qui Fa créé et qui
Fentrettent par une série de phénomèiies qui ne viennent pas de moi et dont je n'ai aucune conscience, et la persoune humaine de Tautre, dont la vie propre se com-^ pose de cette autre série de phénomènes dont j'ai conscience parce que j'en suis le principe ou le sujet, et qui vont à une fin étrangère au corps et qui est la nûenne. Tel est le résultat définitif auquel Tétude de la nature de cet être complexe qu on appelle Thomme couduil 1 observateur.
Or, il est évident que c'est précisément ce résultat qui se trouve exprimé dans la distinction vulgaire de deux choses dans l'homme, l'âme et le corps, et traduits dans la science pai le dédoublement de Tétude de Tliomme en . deux études distinctes, la psychologie et la physiologie. En effet, qu'entend-on par phénomènes de Tàme? précisément ceux dont nous avons conscience ; donc l'âme n'est autre chose que le moi. Et d'un autre c6té que désigne le mot corps ? précisément l'agrégation matérielle vivante, c'est-à-dire ragrégalion matérielle avec la vie qui l'anime et par laquelle elle est, et la force inconnue d'où émane cette vie. L'étude de l'àme ou la psychologie est donc l'étude du moi, de la personne humaine , de l'homme véritable, avec les phénomènes de la vie intellectuelle et morale, de la vie de relation, qui est sa vie. La science du corps, ou la physiologie, est donc la science de l'agrégation matérieUe et de tous les phénomènes par lesquels la force vitale organise, conserve et reproduit cette agrégation, c'est-À-dhre de tous les phénomènes qui composent la vie animale. Ainsi, ce que soutiennent les physiologistes est faux : il n'est pas vrai que la vie soit une, et que les différents groupes de phénomènes qui se manifestent dans l'homme ne soient que les fonctions diverses de cette vie , et les opérations variées du prin-
d'pe d*où elle émane. Il y a dans Thomme deux principes oa deux vies, et cette dualité, réclamée par le sens commun et consacrée par la science , n^est pas dans l'imagination y mais dans la réalilé de la nature humaine. C'est là qu'elle a été sentie d'abord et prise ensuite. La voilà non-seulement expliquée, mais justifiée.
En examinant les limites dans lesquelles la psychologie et la physiologie se sont naturellement partagé les phénomènes de la nature humaine , on est de plus en pins frappé de la justesse de cette explication. L'une et
l'autre eu effet s'occupent bien de certains phénomènes qui ne sont pas dans leurs attributions, la physiologie de phénomènes psychologiques, et la^psychologie de phénomènes physiologiques; mais c'est que ces deux vies sont liées, en ce sens que chacune implique certains phé«
nomènes de Tautre ; or, ce sont précisément ces phénomènes que chacune des deux sciences va étudier dans le domaine de l'autre , et c'est précisément à ce titre qu'elle s'en occupe; et elle fait bien de s'en occuper, car autrement elle serait incomplète. En effet, ce n'est pas la vie psychologique ni la vie piiysiologique, telles qu'elles pourraient se développer si elles étaient isolées, que les deux sciences ont pour objet de connaître, mais chacune de ces deux vies, telle qu'elle s'accomplit dans i'tiomme, 4>'est«à*>dire dépendante de Tautre, modifiée par l'autre, mutilée peut-être, peut être agrandie par l'autre. C'est dans ce sens qu'il faut entendre l'objet de chacune de ces deux sciences et ses limites ; et c'est pourquoi ces deux sciences ne doivent pas demeurer et n'ont jamais été étrangères Tune à l'autre. Elles doivent se prêter des secours mutuels ; et, s'il y a un reproclie à leur faire, c'est de n'avoir pas été jusqu'ici aussi sœurs qu'il est nécessaire à chacune d'elles qu'elles le soient*
Mais si ces deux sciences sont liées comme les deux, vies qu*elle$ ont pour objets, elles doivent rester distinctes comme ces deux vies, el la vieille prétention, main* tenue ou élevée par les physiologistes, de les confondre en une seule , sera toujours impuissante, puisqu'elle est
coniraii'e à la luitiire des choses. La scparalion de la psychologie el de la physiologie n*est pas seulement fondée sur l'existence distincte dans Thomme de deux principes et de deux vies ; elle Test encore, et d'une manière ' plus immédiate peut-être, sur la différence de nature des deux ordres de phénomènes et sur l'opposition des procédés par lesquels rinlelligence les atteint. En effet, les phénomènes physiologiques sont de même espèce que tous ceux que nous saisisbons dans le monde extérieur; ils sont physiques et sensihles; tandis que les phénomènes psychologiques sont d*une nature qui n'appartient qu à eux, el qui leur a valu le nom de phénomènes spirituels. D'un autre c6té, ces phénomènes psychologiques sont saisis en nous immédiatement par la conscience; tandis que, pour saisir les autres, il faut que nous sortions de nous, et que, par des expériences détournées et difficiles sur le corps humain , nous rendions visible à nos sens cette vie animale qui n'est pas la nôtre, et dont noire consciehce ne nous dit rien. Cette double diversité achève de jeter entre les deux sciences une séparatiou profonde; il est impossible que deux études qui ont des objets si différents , qui exigent des aplitudes et procèdent par des moyens si divers, s'identiûent jamais. Leur essentielle diversité ne se fait jame*s mieux sentir que dans les excursions obligées de chacune de ces sciences dans le domaine de Tautre. Quand il arrive à un physiologiste d'introduire sur la scène de la vie animale un phénomène psychologique, ou, réci-
proquement, à un psychologue sur la scène de la vie intellectuelle et morale un phénomène physiologique, dans les deux cas ce phénomène a l'air d'un étranger qu'on apporte d*un pays dont on ne connaît ni la lang un ni les mœurs y et qu*on traite avec embarras. Il serait «t souhaiter pour le progrès des deux sciences que cet em« barras cessât d'exister; mais il prouve un fait qui ne saurait être aboli, la diversité profonde et naturelle des deux études.
Tels furent les résultats auxquels f arrivai sur l'objet de la psychologie, etle chemin par lequel j'y fus conduit. Cet élément de la dualité humaine , qui est Thomme même, et tous les phénomènes qui, émanant de lui ou le modifiant, composent sa vie propre, abstraction &ite, et de l'autre élément, qui est le corps, et de la vie animale, qui est la vie du corps^ mais non des conditions et des modifications que le voisinage et la société de cet autre élément leur font subir, tel demeura fixé pour moi dans ce qu'on appelle Thomme Tobjet de cette science. Sa circonscription était visible et nette } elle était donnée par la conscience, qui, dans Thomnie, n'atteint que le moi, et les phénomènes qui en émanent ou le modifient ; il ne me restait donc,, pour épuiser ces questions que je m'étais proposé de résoudre sur cette première scimice, qu*& en fixer la méthode , ce qui était trèssiniple, et ne présentait aucune difficulté.
n saute aux yeux, en effet, que la psychologie est une science d'observation, et qui, par conséquent, n*eu présu p pose aucune autre. Il est visible que l'instrument avec lequel cette science d'ohsexvation doit être faite ert la conscience, car elle seole atteint le moi et les phénomènes de la vie intellectuelle et morale. Il ne Test pas moind ((u'on peut observer avec la conscience comme
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avec les sens et aussi sûrement : car nous connaissons
à chaque instant par la conscience ce qui se passe en nous, couune avec les sens ce qui se passe au dehors, et avec une certitude et une netteté pour le moins aussi grandes. Il reste donc uniquement à examiner quel est le meilleur ordre^ à suivre dans cette étudé du moi par lui-môme : ce qui u'esl plus (|u'une question de bon sens, qu'un peu d'expérience des reciierches scientifiques en général, et des recherches psychologiques en particulier, suffit pour résoudre.
Bien que nous ayons une conscience perpétuelle et immédiate du principe qm est nous , puisqu'à chaque instant nous le sentons éprouver et produire une foule de phénomènes, il est évident néanmoins que c'est par l'étude seule de ces nombreux phénomènes qu*il produit ou qu'il éprouve que nous pouvons acquérir une connaissance étendue et précise de sa nature. Nous sentons bien immédiatement qu'il est une cause, et, comme toute cause, une cause simple : car, à chaque instant, il agit. Mais pour savoir de quoi cette cause est capable, et par conséquent ce qui la distingue de toute autre, il est clair qu'il faut voir, distinguer et compter les djûéreutes espèces d*actes qu'elle fait. Nous sentons bien immédia* teujent aussi que le moi, en même temps qu'il est le principe de beaucoup d'actes, est le sujet de diverses modifications : car, à chaque instant, il éprouve aussi hien qu'il agit ;* mais y pour savoir de quelles modilicatibns fl est susceptible, et par conséquent ce qui le distingue, comme sujet, de tout autre, il faut étudier et compter aussi ces diverses modilications. En un mot, la science du moi doit commencer d*abord par Tétude de la vie du moi, remonter de là aux différentes facultés et capacités que les phénomènes de cette vie imphque&t en
• DES SGIBNCES PHUiOSOPfilQTJES. iSS
tait et aboutir à la nature même du prindpe qui est doué
de ces difTereiitos facultcs et capacités. Telle est la marche' aaturelle ; aucune autre ne peut être suivie par un ' homme de bon sens.
Or la vie psychologique est, comme celle du corps, une cliose à la fois une et très-complexe : une par sa fin^ qui est celle du principe d*oà elle émane ; complexé par la diversité des opérations dont elle se compose. Toutefois, comme toutes les choses complexes possibles, elle doit se résoudre dans un certain nombre de phénomènes élémentaires ; et ces phénomènes, à leur tour, émanent dans le moi d'un certain nombre de facultés on de ca^ pacités distinctes, dont c'est la fonction de les produire, et qui sont ainsi les rouages de la vie, et les instruments par lesquels le moi ya à sa fin. Cette vue indique au psy^ chologue la mai clie qu'il doit suivre. Son premier effort doit être de démêler dans le spectacle de la conscience ces phénomènes élémentaires dont la tie se compose, et de remonter par eux aux lacultés ou capacités distinctes qu'ils supposent dans le mol, et d'où ils émanent. Ces facultés ou capacités déterminées, il reste à reconnaître la part ou le rôle de chacune dans la vie, et laloi constante selon laquelle chacune la remplit. Cela foitt il est évident
que le mécanisme de cette vie , d'abord si confus pour la conscience, et sa fin, d'abord si mystérieuse pour Tintelligence, apparaîtront, et que , ce mécafiisme et cette fin compris, tous les actes dont le moi est capable, toutes les modifications dont il est susceptible, se montreront à leur place, dans leur cercle et dans leur but, par rapport à Tàme; et, par delà, comme autant de ressorts, ayant ^acun leur fonction régulière dans Topération totale ,
toutes les capacités, toutes les diverses facultcs du moi;
ety par delà encore, le moi lui-même^ avec sa nature, sa
condition et sa fin, autant que rinteiligence claire de sa irie peut les révéler. Tels sont en très^peu de mots les chemins de l'étude du moi. On me pardonnera d'avoir consacré ce peu de lignes à les indiquer. L'objet que j'avais eu Tue n'obligeait pas même que je les écrivisse; il suffisait que j'eusse vu que la science psychologique est une science première » et qui n'en suppose aucune autre. Le reste était une question ultérieure, quirfimportait pas à la question de la nature et de i'organisaliott de la philosophie, la seule qui m'occupât. Je passai donc à une autre science philosophique, et je tournai mes regards vers la logique.
U. — > tOGIQUfi. . .
A s'en tenir à la définition commune de cette science, la logique aurait pour objet d'enseigner' les méthodes à suivre et les précautions à prendre pour arriver de la manière la plus certame et la plus prompte à la vérité. L'objet de la logique, d'après cette définition, serait donc de détei uiiuer les règles d'un art, l'art de ne point se tromper et d'arriver en toute espèce de recherches à la vérité. Mais, quand on examine comment s'y prendla logique pour remplir cette tache» on voit qu'elle s'occupe d'abord de rediercher en quoi consiste la Yéritét eti quels caractères on peut la reconnaiLre, et qu'elle n'en Tient à rechercher et à décrire les meilleures méthodes à suivre pour la découvrir qu'après avoir préalablement reconnu ces deux questions. L'art de découvrir la vérité n*est donc pas le seul objet de la logique ; eUe s'oceopc aussi de la vérité elle-même, et cherche à déterminer sa nature et ses caractères. £t il le faut bien : car la question des moyens d'arriver à la vérité présuppose celle de
la nature et des caractères de la vérité ; pour tracer une route vers ua but» il faut d'abord que ce but soit déter* miné et connu. La logique a donc un double objet : d'une part elle cherche en quoi consiste la vérité et à quels signes en peut la reconnaître; et à ce titre la logique est une science, et cette science celle de la yérité; d'auti e part, la nature et les caractères de la vérité étant déterminés , elle enseigne les procédés les plus sûrs et les plus prompts pour la découvrir, et à ce titre la logique est un art, et cet art est celui de la conduite de Tesprit dans la recherche de la yérité. La logique comprend donc et devait necessairemeiu comprendre deux recherches distinctes ; Tune qui a pour objet la vérité^ l'autre les moyens d'y arriver; et il n*est pas moins évident qu'en tant qu'elle s'occupe de la première, la logique est une science^ et, en tant qu'elle s'occupe de la seconde, un art. Pour embrasser tout l'objet de la logique, il est donc évident qu'il faut successivement se rendre compte et de la partie du problème scientifique et de celle du problème d'art qu'elle pose. Et il n'est pas moins évident que, pour déterminer la méthode à suivre pour construire cette science, il faut successivement rechercher de quelle manière Fesprit humain doit s'y prendre pour résoudre chacun de ces problèmes. Ce fut ainsi que se décomposa pour moi la recherche que j'avais à faire sur la logiqiie ; et voici de quelle manière )e la conduisis.
Le but général de la logique comme science est de détenniner en quoi consiste la vérité, et à quels caractères on peut la reconnattre. Mais une question préjudicielle s'élève, c'est celle de savoir s'il y a de la vérité pour l'homme; car le scepticisme Ta nié. Il faut donc avant tout vider celte question. Car, s'il n'existe point de
DE L'OKaANISATlON
vérité pour l'hommej il est inutile do chercher en quoi «lie consiste et quels sont ses caractères: La première qttdStioA logique est done ceUe-ci : T a-t-il pour l'homme de la vérité? La deuxième, en supposant que la première ait été résolue affirmativement, est de déterminer ce que e*est que la vérité; et la troisième, de déduire de la nature de la vérité les caractères certains par lesquels il est possible de la distinguer de l'erreur. Tel est le triple problème, et telle est la dépendance rigoureuse dans laquelle s'enchaînent les trois recherches qu'il renferme.
Or, s'il y a une chose évidente au monde, c'est que ces trois questions ou sont absolument insolubles, ou sont de simples questions de faits. Car, si au lieu de demander : . Y a-t-il de la vérité pour l'homme? on demande : La vérité humaine est-elle la vraie vérité? on pose un problème que l'homme ne peut décider. Pour le résoudre, en effet, il n'a que son intelligence, et on lui demande de décider si ce qui parait vrai à cette' intelligence est vrai en soi et absolument : question que celte intelligence ne peut évidemment résoudre sans se juger elle-même, ce dont elle est à jamais incapable. Bn posant done ainsi la première question, on la rend insoluble, et par conséquent, absurde ; et il en est de même des autres» si on les pose dans le même sens : car, s'il y a pour nous de h vérité, nous pouvons bien déterminer la nature de cette vérité, mais non la nature de la vérité absolue, que nous né connaissons pas. Et pareillement, nous pouvons bien constater à quels signes nous distinguons notre vérité de Terreur, mais non à quels signes nous distinguons de Perreur absolue l'absolue vérité, deux choses qui ne nous sont point visibles et dont par conséquent nous ne pouvons point connaître les caractères distihctiâ. Sn-
tendre les trois questions que la science logique pose sur rexistence, la nature et les caractères de la vérité» non pas comme des questions de faits et dans lesquelles ils^agitseulenient de la vérité humaine, mais comme des questions spéculatives et dans lesquelles il s*agit de la vérité absolue, c'est donc faire de la logiqite une recherche sans objet, c'est-à-dire la détruire. Au-dessus de toutes les sciences humaines plane un doute, car il est possible que ce qui nous parait vrai ne le soit pas. Mais faire de la solution de ce doute l'objet d'une science humaine» <f est se moquer, et les philosophes qui ont sérieusement poursuivi la solution de ce doute n étaient pas dans leur bon sens.
Les trois questions que la science logique a pour objet de résoudre sont donc tout siniplement des questions de faits. Il s*agit de savoir si, en fait, il y a quelque chose que rinteliigence humaine regarde comme vrai, quelle est, en fait, la nature de cette chose, et à quels signes, en fait, elle distingue cette chose de son contraire, qui est Terreur. Or, si telles sont réellement les questions que la science logique a pour objet de résoudre, il est évident qu'elle n'en peut trouver la solution que dans la psycho» logie. Car, que sont ces faits sur lesquels la logique interroge rinteliigence humaine, sinon des faits psycholo* giquest Où fout-il aller regarder pour savoir s'il y a da la vcriié pour riionune, sinon dansThomuie lui-môme, qui croit et qui doute ï et à qui faut-il demander quelle est pour l'homme la nature de la vérité, et à quels sl«> gnes il la distingue de l'erreur, sinon à lui, qui tantôt ^ l'affirme, et tantôt nie sa présence, et qui par conséquent doit s*en faire une idée, et reconnaître, à certains caractères, tantôt qu'elle est, tantôt qu'elle n'est pas? Et au moins il est clair que la méthode à suivre pour résott-
DE L'organisation
dre ces questions logiques, c'est d'observer rintelligence humaine, qui ne fait autre chose que de chercher le Yïtàf et de constater : V si elle croit le rencontrer quel* quefois; 2« en quoi il consiste pour elle dans tous les cas ou elle le rencontre ; Z"* par quelles circonstances di- Terses elle se sent contrainte dans ces différents cas à le reconnaître* Car la vérité peut se iaire reconnaître de différentes manières dans les différents cas» et nous pou-
vons bien ne pas croire toujours au même titre. TeUe est évidemment la roule à suivre pour résoudre les questions logiques. D*où Von voit que Ja science logique est une science d'induction, qui présuppose la psychologie, et dont tous les problèmes viennent se rteoudre, sans exception, dans une partie des faits de la nature humaine.
La même chose est vraie de la seconde recherche
qu'embrasse la logique, et qui a pour objet de déterjoainer les règles de Fart d'arriver à la vérité. La nature de la vérité, et les caractères auxquels on la reconnaît dans tous les cas possibles» étant donnés» il s'agit de savoir comment il faut s'y prendre en toute espèce de recherches pour y arriver de la manière la plus certaine et la plus courte possible* Car deux choses peuvent arriver : la première , que rintêlligence se méprenne et croie apercevoir dans une connaissance les caractères de la vérité, sans que cette connaissance la possède réellement; la seconde, qu'elle ne prenne pas la roule la plus dhrecte possible pour arriver en chaque recherche à la connaissance vraie qu'elle poursuit. Or, où l'intelligence pourra-t-elle apprendre les illusions qui peuvent lui faire ptendre le faux pour \e vrai, ou les écarts qu'elle peut faire en poiusuivant celui-ci> sinon dans Texpérience de ses propres erreurs et de ses propres procédés dans la
recherche de la vérité? Car l intelligence humaine poursuit continuellement la Térité,et elle s'y prend naturelle-, ment d'une certaine manière pour ratteinclrc, cl souvent elle s'abuse et croit la posséder quand elle ne la possède pas. C'est donc en observant comment elle va naturelle-*
ment et de quels écueils sa route est semée, que la réflexion pouira régulariser sa marche» la rendre aussi simple que possible, et, en reconnaissant les pièges dans lesquels elle peut tomber, les lui signaler, et lui apprendre par là à les éviter. L'art logique n'est donc, comme la science logique, qu'une induction raisonnée de la psychologie. Il la présuppose, comme la conséquence présuppose son principe; et ses règles seraient impossibles à tracer pour qui ne connaîtrait pas et n'aurait pas profondément étudié la nature humaine.
Il me fut donc démontré que la logique tout entière n'était qu'une induction de la psychologie, et que tous les problèmes de cette science venaient scientiiiquement se résoudre dans quelques-uns des faits de Tesprit humain.
m. — MORALE.
Lies recherches que je ûs sur la morale me conduis!* rent au même résultat.
Kote de Véditcur. — Quoique de plus de deux cents pages, ce morceau n'est cependant pas terminé, et il est évident que M. Joufîroj; ' avait à faire pour la morale, l'esthétique, la religion iialurelle, toutes les parties de la philosophie ea ua mot, ce qu'41 avait fait pour la psychologie et la morale.
Le mémoire qui suit reproduit en plusieurs points le premier paragraphe de cette troisième partie ; mais c'est avec des développements ttt des accessoires qui en font une autre œuTre , que je n'ai par consé* (pient ims hésité à fa^ entrer dans ce volume à*la suite du Mémoire m rorganisation des sciences, dont il est au reste une dépendance.
m LA,