‹ Nouveaux mélanges philosophiquesChapitre 13 sur 19 · A LA FACULTÉ DES LETTRES » EN · texte numérisé non relu

A LA FACULTÉ DES LETTRES » EN

PRËMIÈRË LEÇON.

Messieurs

Ce n'est pas sans une vive émotion que je me trouve dans cette enceinte, en présence de ce vaste auditoire

auquel ni mes yeux ni ma parole ne sont accoututnôs. Je crains de vous paraître bien peu digne et de la tâche difficile que la destination de cette enceinte m'impose, et de la coiitiance du savant et vénérable professeur qui m*a chargé de le remplacer auprès de vous. Mais ce que je redoute le plus, messieurs, ce sont vos habitudes. Trois hommes dont je m'honore de partager les principes et les intentions, et que je puis avec une égale vé* rité appeler mes maîtres et mes amis , vous ont accoutumés à une supériorité que vous pourriez être tentés d'imposer comme une obligation à celui qui vient s'asseoir à leur place. Épargnez-moi, messieurs, je vous en conjure, une comparaison si périlleuse; prenez-moi

COURS D'KLSXUiiUi

pour Lc que je suis, pour un hoiume qui, après avoir consuint' sa vie à 1 élude de la philosophie, vient vous entretenir de ce qu*il croit savoir, et qui s*estimera heureux s'il peut le faire avec quelque clarté. La clarté, messieurs, et 1 amour de la science, voilà tout ce que je puis vous promettre et tout ce que vous trouverez dans ces leçons. Si de loin en loin vousrenconlrez autre chose, Vemerciez-en la fortune, et non pas moi*

Le but de cette première leçon est de déterminer d'une manière précise quel sera l'objet de ce cours.

La destination de cette chaire me prescrit de vous en* seigner Thistoirede la philosophie ancienne. Nous devons dune examiner d'abord ce que c*est que i histoire de la philosophie, comment on peut la faire, et quelle instruction on peut y trouver.

La philosophie étant une science, Iliistoire de la philosophie est rhistoire d'une science. Qu'est-ce donc que rhistoire d*une science! et d*abord, qu'est-ce qu'une science ï

Personne ne Fignore , une sdence est Tétude d'un

certain objet déterminé : ainsi l'astronomie est l'étude des mouvements des corps célestes, la géométrie celle des propriétés de l'étendue, la physique celle des forces

générales de la nature ; et chacune de ces études a pour fin la connaissance compiclc de Tobjet auquel elle s'applique.

Mais celte connaissance ne s acquiert pas tout d*un coup. L'esprit humain n'avance que pas à pas dans cette carrière. Il découvre successivement dififérentes vérités, et telle est sa faiblesse, que ses découvertes n'épuisent jamais l'objet qu'il étudie. Il y a de^ sciences commencées, il n'y en a point et probablement il n'y en aura

jamais d'achevées.

Page 1