DE LA PHILOSOPHIE ANCIENNE
Il y a donc des moments divers dans le développement d'une science, et c'est pour cela que toute science a une histoire. Les événements de cette histoire sont les découvertes successives des différentes vérités qui la composent. D^où il suit que Thistoire d'une science n'est autre chose que l'histoire même de ces découvertes.
Cette définition serait complète si les hommes qui étudient une science ne rencontraient jamais que des vé* rilés; mais il est loin d'en (Hrc ainsi, et riiistoire de toutes les sciences est là pour attester qu'ils commettent bien des méprises et rencontrent Terreur aussi sonvent que la vérité. Dans les premiers temps surtoul, l'objet de la science étant mai circonscriti les problèmes mal posés, les méthodes encore incertaines, l'impatience de la curiosité grande et l'expérience de l'erreur faible, on prend iaciiement ie faux pour le vrai, et surtoul la vérité incomplète pour la vérité complète; et delà beaucoup d'opinions, dont les unes sont entièrement hypothétiques, et dont les autres présentent, dans des proportions diverses, un mélange de vérité et d'erreur*
Or, les erreurs sont aussi des événements dans l'histoire d'une science et des événements importantSi car ils exercent une grande influence sur la découverte delà vérité.
Il est vrai que rien de ce qui est faux ne demeure dans la science. Les opinions dénuées de fondement disparaissent à la longue, et de celles qui contiennent une portion d'erreur et une portion de vérité il ne reste que la portion
vraie. Mais, les erreurs n'en exercent pas riioinsune action puissante sur le développement de la science, les unes retardant la découverte de la vérité, les autres la préparant,
les autres la causant, toules s'y raUacliant de quelque
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manière: en sorte que l'histoire des erreurs entre
comme élément essentiel dans celle de la décoiyrerte des vérités, et qu'on ne pourrait omettre la première sans mutiler et sans obscurcir l*bistoire même de la science.
L'histoire d'une science n'est donc pas seulement l'histoire des vérités successivement découvertes sur Tobjel de celte science, c'est encore l'histoire des erreurs qui se sont mêlées, à ces vérités. En sorte qu'en généralisant nous devons définir l'histoire d'unescience l'histoire des opinions successivement émises sur l'objet de cette science depuis l'origine jusqu'à nos jours.
Examinons maintenant de quels éléments se compose nécessairement riiisloire d'une science et à quelles conditions on peut la faire.
L'histoire d'une science doit nécessairement comprendre l'exposition des opinions : caries opinions sont les événements de cette sorte d'histoire, et sans ces événements elle n'existerait pas. Mais est-ce tout^ messieurs» et i'iiistoire d'une science doit-elle et peut-elle s'en tenir là? Non, messieurs, un autre élément est indispensable; c'est la critique de ces opinions. Que signifierait This^ toire d'événemenis que nous ne comprendrions pas, et dont uous ne pourrions pas apprécier la valeur etlo caractère? Une pareille histoire ne serait qu*one longue énigme. Or, telle serait celle des opinions qui ont signalé le développement d'une science, si elle ne comprenait pas l'appréciation, ou, ce qui revient au même, la critique de ces opinions. Celte histoire ferait passer sous nos yeux des événements que nous ne comprendrions pas, et par conséquent F histoire de ces événements se* rait ello-mt>me inintelligible.
On ne peut point appliquer à l'histoire d'une science la théoriequ'ona souvent ei tout récemment encore ap-