Ce sont jes expresiions
XXXII PIUÎFAGE DE L'ÉDITKUU.
M. Jouffroy, aiusi que taot d'autres, un moment succomba et céda à cet esprit. Après quelles luttes et avec quelles angoisses, avec quel orgueil triste et sombre, et quelle amère satisfaction : on le lira dans son Mémoire; mais on y lira aussi comment il sortit de cet état, et comment ce fut la philosophie, qui ne l'y avait pas précipitéi qui Teu tira^ grâce aux lumières dont elle Téclaira successivement. 11 conunença dès lors, en effet, dans la voie de la science où l'avait d'abord placé et quelques temps guidé le jeune maître auquel nous devons tant, ce long retour à des croyances qui, sans être précisément celles de sa foi primitive^ sans en avoir du moins le caractère et les motifs, en contenaient comme conclusion toutes les grandes affirmations. Il s'ensuit doue qu'il crut, au terme et comme dans le repos de ses laborieuses méditations, à toutes les mêmes vérités principales, mais maintenant expliquées et démontrées par la raison, qu'il avait tenues en. principe du sentiment et de Tautorité. Il avait ainsi retrouvé, pour la force de son âge viril, des idées qui sous forme de dogmes avaient nourri son enfonce, et naturellement aussi il était revenu, pour la religion qui les lui avait données, pour cette vieille mère de .son àme, si Ton me permet l'expression, à une sympathie et à un respect qui, sans être précisément sa soumission première, en étaient du moins certainement le tendre et pieux souvenir. Et ce que j'avance ici, je ne le suppose pas, je le raconte et je le prouve ; je le prouve en particulier par deux de ses derniers écrits, son rapport sur les Ëcoles nonnales primaires et un discours que j'y joins; je le prouve par sa grande leçon sur la destinée humaine publiée dans ses in emiers Mélanges ^e le prouverais par tout son enseignement, et Je ne ferais ainsi qu'établir ou rétobhr la vérité.
J'ai placé à la suite du Mémoire sur f Organisation des sciences philosophiques^ le Mémoire sur la Légitimité de la
1. Ce mouvement de retour est déjà marqué dans le Mémoire Sur Vorganilation dec sciences philosophiques ^ la troisième partie eo çst le prélude très-signlficatif.
PRÉFACE DË li'ÉDITEUM. UXUI
disiincUon de la psychologie et de la physiologie; c'est qu'en eifet ils tiennent étroitement l'un à lantre* Gela est même si vrai, qu'on trouvera dans la troisième partie du premier quelques pages qui seront, en certains endroits, h peu près reproduites dans le courant du second. Mais elles y seront avec des développements^ des accessoires et un cadre, qui justifieront ce double emploi.
Par les raisons que je viens de donner, j*ai cru devoir rapproclier des deux précédents morceaux le Rapport sur les Écoles normales primaires, et un Discours qui en est un convenable accompagnement.
Le reste des fragments qui composent ce volume est loin aussi d'être sans prix. L'un d*eux en eiiet est sa leçon de début à la Faculté des lettres, qui, quoiqu'il ne la lût pas lorsqu'il la fit, était tout entière écrite de sa main dans ses papiers ; Tautre, qui a pour titre : Faiî.s et pensées sur lo langa^gCt n'est pas complet» mais il est le dernier écrit sorti de sa plume ; on voit, par des dates de lettres sur le revers desqudles il est comme jeté pièce à pièce, qu'il a été composé vers les moisde septembre et d'octobre 184l,c'est-k-dir8 au moment même où il était menacé et peut-être atteint du coup fatal qui l'a tué. Il y avait piété à recueillir ces pages , écrites si près de la tombe.
Enfin le troisième est une leçon détachée sur la Sympathie y qui, bien que sténographiée, peut être rapprochée des morceaux écrits par Tauteur lui-noéme : je ne l'ai d'ailleurs donnée que par exception et pour compléter le volume.
En tout, ces Notweaux mélanges auront surtout le grand intérêt de montrer M. JoufTroy aux deux termes de sa carrière et de marquer le chenun qui la conduit de l'un à l'autre. C'est ainsi qu'il faut les prendre ; c'est dans cette vue qu'il faut les lire. Us n'ont tout leur sens que dans leur ensemble ; en rechercher certaines parties et négliger les autres, s attacher à certain$ morceaux à l'exclusion du reste, serait porter ses préjugés, ses goûts, et ses passions dans une appréciation qui, pour être juste, doit être large et complète.
XXnr PRÉFACE DB L'ÉDITEUR.
Le genre de lecteurs auxquels s'adressent les écrits de M. Jouffroy sauront se mettre en garde contre ces Noblesses;
j'y ai du moins compté quand j'ai livré à leur justice celte suite de pensées qui, pour être bien jugées, ne doivent point Tétre séparément. S'il n'en eût pas été amsi, j'aurais éprouvé quelque embarras à l'idée des fâcheuses et fausses interprétalioiis auxquelles auraiL prêté celte publication ; et dans ce cas aussi j avouerais mes regrets de n'avoir pas eu avec M. Jouffroy, quelque triste qu'il eût pu être, un suprême et funèbre entretien^ dans lequel il m*eût confié ses dernières volontés sur ses papiers; ma conscience eût alors été plus à l'aise et ma responsabilité plus simple, nueux circonscrite et plus franche. Mais je n'ai point de telles inquiétudes, et je suis persuadé qu*il n'est pas un ami sage et éclairé de la vérité qui ne comprenne M. Jouiïroy comme il doit être compris. J'ai foi pour lui en une impartialité dont il n'a jamais manqué envers les autres.
Ph. DÂIfiRON.
Juin im.
introduction: ,
Ayant consacré deux années entières à tra-' daire et à donner au public les ouvrages du,
chef de l ecole écossaise, il me Semble qu'il est de mon devoir ^ à présent que cette longue recherche est teiaxiuée, d'exposer aux auiis de la philosophie les motifs qui m'ont engage i m'occuper d'un pareil travail, et de les préparer,, par quelques recherches préliminaires sur les limites et Ub divisions .naturelles de la psychologie, à tirer de cette publication toute rinstructiou qu'elle me paraît contenir. Tels sont les deux buts que je me propose dans cette Inireduclion ^ et qui la
XSXYl INTRODUCTION.
diviseront en deux parties, quoique d'ailleurs ils ne soient point étrangers Tun à Tauti^e, comme on ne tardera pas à s en convaincre si Ton veut •bien lire avec attention les pages suivantes.