‹ Nouveaux mémoires des autresChapitre 4 sur 9 · LÉONIE · texte numérisé non relu

LÉONIE

Je fus naturellement chargé du rôle de conciliateur. J'eus peine à obtenir d'être reçu chez madame Guibouret. Je vis en arrivant qu'on y vivait depuis plusieurs jours dans les larmes.

— Gomment, dis-je à Léonie, avez-vous pu être si cruelle? Gomment n'avez-vous pas pensé qu'il était victime de quelque accident?

J'appris qu'après une nuit de cruelles inquiétudes, elle était partie le matin avec Thôtesse pour aller demander à la police de lui retrouver son mari; qu'elle avait, en mettant le pied dans la rue, entendu les porteurs de journaux crier le nom de Taupin comme la nouvelle du jour, et qu'ayant acheté le Petit Rouennais, elle y avait lu le récit des exploits

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de son mari au Grand-Théâtre, la sûreté du doigté, le jeu brillant et passionné tour à tour...

— Tout cela pendant que je mourais de crainte et de désespoir!

Je finis pourtant par me faire entendre, et après de longs efforts, par me faire croire. Maman Guibouret revint la première ; Auguste plaida chaleureusement pour son professeur. Le cœur de la jeune épouse parlait plus haut encore, de sorte que je la ramenai, pleurante et souriante, au numéro 14 de la rue Madame, où M. Taupin nous attendait plus mort que vif.

Leur joie fut si grande, et ils se trouvèrent si largement compensés de leurs peines, que M. Taupin ne manque jamais depuis, quand nous parlons du passé, de dire en me serrant la main : « C'était peu de temps après mon beau voyage de noces. »

Il est à présent proviseur d'un des premiers lycées de Paris. Je vous prie de croire que quand il va faire une course à Luchon ou à Biarritz, pendant le mois de septembre avec Léonie, il n'oublie pas d'emporter une belle paire de rasoirs. Il a fait faire par un des professeurs du lycée une édition illustrée du

Le Voyage de noces.

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Petit Poucet. Il en recommande la lecture aux élèves.

— Voyez, dit-il, l'esprit de ce petit bonhomme, qui semait des cailloux sur la route pour être sûr de retrouver son chemin ! Il faut toujours, mes enfants, savoir où on met le pied.

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