‹ Nouveaux mémoires secretChapitre 2 sur 16 · O NOUVEAUX · texte numérisé non relu

O NOUVEAUX

furent MMi Dumeylet> Humblot-Gonté^ de Bon-»

dy et Clément. L'abbé de Pradt était de cette assemblée; elle s'éleva bientôt à plus de cent : on y vit MM* Gauthier de Bordeaux , de Preis* sac, de Bizemont, Degouve de Nuncques, con-^ seiller de la cotir royale de Douai*

La coiir avait aussi sa réunion , qui se fai-^ fôit chez M. de Crussol , sous la présidence dé M. le duc d'Uzés. Elle se composait d'une tren*taine d'absolutistes bien prononcés^ la majeure partie pairs, de France^ et occupait dans la chambre hsLUte la même place que la réunion de M. de La Bourdonnaye remplit dans la chambre des députés. Mais M. de Crussol fer-» ma sa porte^ on ne sait pour quel motif , et reçut des reproches à ce ^ujet^ et d'un person* nnge auquel il ti'avait rien à refuser.

Il y eut encore d'autres^ réunions, dont la plus remarquable est celle de la rue Gaîllon ; elle était villéliste.

La cour intriguait : c'est ce qu'elle fait tou-* jours sans relâche et sans exception; et quand nous neledisons pas, c'est parce qu'il faut , le plus possible , éviter les répétitions. Elle vofulait remplacer M. de Chabrol , sur l'obéissance du^^ quel elle pouvait compter, par M. de La Bour* donnaye> qui lui, était dévoué, parce que le dëvonement est préférable à la soumission ; elle

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voulait encore faire donner à M. Delalot une direction générale avec siège dans le conseil. On se réunit 9 on négocia , mais on n'obtint d'autres résultats que de constater que la contreopposition ne comptait pas plus de quarante membres , que les hommes qu'on portait au ministère, n'en attireraient pas plus de quinze à leur suite : encore courait-on le risque d'en alién'er un bien plus grand nombre , car toutes ces intrigues tendaient à reformer une majorité. On parla , pour mettre à la tête de l'instruction publique , d'un professeur bavard et médiocre , qui s'est montré plus médiocre, orateur encore (î) j ce n'était y certes , pas le moyen d'inspirer de la confiance. M. de La Bourdonnàye, tenté par un porte-feuille , était prêt à lui sacrifier son parti; mais quand on^ le vit sans l'escorte de députés qu'il avait fastueusement annoncée y on retint le porte - feuille. Cette escorte se composait^ disait-il , d'un noyau de trente députés. Ces trente se rassemblèrent:

l'aspirant au ministère leur insinua que toute opposition serait -nuisible ou dangereuse; il

(i) M. Pardessus qui, comme on se le rappelle, a voulu singer M. de Montmorency, manquant asi»cz de tact 'poi^ ne pas savoir combien il était absurde et ridicule de placer ces deux noms à côté l'un de l'autre.

ajouta que comptant sur eux, il avait prêté l'oreille à des propositions. Après de vives discussions , on est allé aux suffrages > et vingt voix contre dix ont repoussé les espérances de M. de LaBourdonnaye , qui n'a pas eu le portefeuille estimé à plus de dix députés; de plus^ M. de La Bourdonnaye, indépendamment du ministère, exigeait trois directions pour se» amis , avec l'entrée au conseil.

Au milieu de ces intrigues, de ces bruits contradictoires, parut une nomination. imprévue, ce fut celle de M* de Vatimesnil, à qui l'on donna le porte- feuille mis en réserve. £a i8i5, il n'était encore que conseiller auditeur à la cour royale de Paris; M* dç Peyronnet l'avait fait entrer dans le gouverne.o^ent, mais il s'était, depuis plusieurs années, séparé de cet homme, ne pouvant se fier à la durée de son scandaleux crédit. On avait de gravea re proches à lui faire pour la manière haineuse et passionnée avec laquelle il avait , dans plusieurs procès, rempli ses fonctions. Béranger^ dans un couplet de chanson, avait, d'un seul mot, perpétué le souvenir de sa conduite. Mais M. de Vatimesnil a de l'ambition, son chemin à faire; il est possible qu'il fasse oublier le passé y il faut donc attendre pour le juger. On lui reproche une conduite passionnée, mais le»

passions ne sont pas sans excuse, quand la bonne foi les accompagne. On peut être toujours sincère en haïssant aujourd'hui ce qu'hier on aimaity mais vendre son suffrage, son opinion, sa conscience, c'est une bassesse contre laquelle on n^a phis de recours , et jamais M. Yatimes-» nil n'en fut soupçonné capable.

Quoique le dernier nommé de tout le minis'* tère, M. de Yatimesnil fut le premier à pro^ clamer les principes qui devaient diriger son administration. Dans une lettre adressée aux recteurs de l'Université, il rappela à l'exécution de la Charte, à la liberté des consciences, à l'autorité paternelle; il assura, d'une manière positive, que le gouvernement donnerait une égale protection aux divers modes d'enseignement élémentaire dont l'utilité était reconnue; il fit sentir la nécessité de maintenir l'ordre légal, et déclara que son intention était de s'y attacher en tous points et sans restriction*

5 février. — Ouverture de la session de 1828. Discours du trône.— Qàe. discours ne ressemblait point aux précédents; aussi ne mécontenta-t-il que les partisans du dernier ministère. La créar tion d'un ministère du commerce , la séparation de l'instruction publique des affaires ecclésiastiques, l'adoption et l'approbation de la vie-

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loîre de Navarin, repoussée par le cabinei anglais, et surtout rengagement de mettre notre législation en harmonie at^ec la Charte ^ que le roi répétait a^oir juré de maintenir ^ plurent à tous les bons esprits. Le prince annonçait que la vérité était le premier besoin des princes et des peuples. Jamais, dirent les journaux, on n'avait entendu un A\^coiït% aussi riche de promesses et d'espérances. Nous verrons ïes moyens que Ton prit pour tenir les premières et réaliser les secondes.

Le public était curieux et inquiet des dispositions de la chambre héréditaire, à cause dé \^ fournée des soixante-seize pairs (ainsi qu'on l'appelait), faite par M. de Villéle, évidemment pour déplacer la majorité. La formation du bureau était le premier acte qui put offrir des données propres à former des conjectures plausibles. Cet acte, assez indifférent en luimême, recevait quelque importance de la cîr-^ constance où Ton se trouvait; on ne l'attendait donc pas sans impatience. Ce n^est pas sans un vif plaisir qu'on apprit, par la nomination du bureau, que la majorité continuait d'être acquise à l'opinion qui passe pour être favorable aux véritables intérêts du trône et du pays.

A cette occasion , nous devons faire remarquer qu'en France, l'influence personnelle du

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prince régoànt est, e# sera toujours telle, qu'elle suffira pour entraîner ou arrêter la marche du gouvernement, conséquemment, qu'elle seule fera ie bien ou le mal. Il résulte de cette observation de fait ^ et contre laquelle on ne peut trouver aucune exception, que ceux qui agissent sur l'esprit du prince, c'est-à-dire la cour composée de tous les grands seigneurs et de beaucoup d'intrigants des deux sexes, les ministres, ceux enfin qu'il honore de sa con« fiance , sont bien coupables de ne pas l'éclairer, de ne pas laisser arriver la vérité jusqu'au trône. Quand le prince est d'une grande piété, il est nécessairement soumis à l'influence du clergé, qui prend toujours à son aide une pm^ tion de la cour, de sorle que le prince peut se trouver combattu par des sentiments opposés et dans une situation critique.

On devait conclure du discours de la cou-»

ronne, que la cause constitutionnelle avait triomphé dans l'esprit du prince de tous lés obstacles, et que clergé, famille, cour, avaient fait des concessions; mais ces concessions pou<^ vaient n'être que temporaires, et c'est ce que le temps découvrira.

Il suit de cette remarque que la chambre haute dut puiser dans le discours d'ouverture les intentions du roi, et se conduire en con^

aéquence. Cependant 4a majorité, quand les soixante-seize furent reçus , ne fut que de huit à dix y et conséquemment flottante dans les premières opérations. 11 est vrai qu'il en manquait plus de cinquante.

Dans l'état de choses où se trouvait le ministère, sans aucune donnée sur l'esprit des chambres, sans moyens, dès-lors, de se former, une majorité, il devait ou rester station-naire , ou agir pour recueillir les éléments de cette majorité avec assez d'adresse pour ne pas même laisser soupçonner ses démarches. Les divers membres qui le composaient ne se connaissaient peut-être pas assez entre eux pour s'abandonner à une confiance nécessaire dans leur intérêt; afin d'établir cette confiance, ils eurent l'idée de se rassembler tous les samedis, de dîner ensemble chez l'un d^enx ad turnum , sans témoins et sans laquais ; ceux-ci ne paraissaient que pour servir et lorsqu'on les sonnait, alors les entretiens secrets étaient suspendus. C'était un moyen bien imaginé de mettre de l'affinité et de la cohésion entre toutes les parties ^ mais l'ambition, l'envie, l'intérêt personnel sont à toute union intime des obstacles qu'il est difficile de vaincre.

Malgré ces réunions, le ministère ne faisait rien, et sou inaction, qu'on s'est trop pressé

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de blâmer, était peut-être un calcul plus habile qu'on ne pense; n'eût-elle été qu'une néce$<si(é^ qu'elle serait excusable; dans quelques circonstances, le silence ou L'inaction est le parti le plus sage.

Les premières, séances furent consacrées à la %'érification des pouvoirs. Â cette occasion , beaucoup de turpitudes furent déyoiléesi^ et les soupçons sur les intrigues et le manège du der^ nier ministère, pour inQuenoer les élections, furent changées en certitude. Malgré dé honteuses illégalités qui constataient la fraude dans l'élection de M. Syrieys, directeur des haras, elle a été confirmée.

M. Syrieys est né dans un petit village du Rou^rgue, nommé Mayrinhac, d'où il a pris le nom de Syrieys de Mayrinhac; il est fils d'un marchand de chevaux. Cette circonstance ne ferait que donner plus d'éclat à son talent, s'il en avait; mais il est extrêmement médiocre, et ne s'est fait connaître que par quelques bé^ vues dont le souvenir se conservera long-temps. C'est lui qui a dit que VagriciUture produisait trop; c'est encore lui qui s'est servi du mot conséquent comme synonyme de considérable.

En France, on pardonne plus les sottises ^à/Ve^ que les sottises dites ^ parce que les premières peuvent avoir été conseillées , au lieu que les

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^condes 8oat spontanées , à moins , ce qui est bien pis^ qu'on ne joue le rôle de perroquets

Féprier^ -^ La direction des haras , que pos-^ sède M. Syrieys, est un objet d'envie; il la reçut du dernier ministère , dont il était l'âme damnée ^ et auquel il reste fidèle ; s'il la conàerve ious ce ministère, ce sera uniquement parce qu'il sera soutenu par la cour.

La tactique d'un ministère , pour aToir la majorité, demande d'autant ptus d'adresse et d'habileté que les moyens quHl est obligé d'em« ployer sont comme des armes à deux tran^ chants , qui peuvent blesser celui qui s^en tort.

Les directions générales sont à la fois une l'é-* compense et un moyen; elles sont destinées aux députés autour desquels se groupent le plus de députés donnant leur voix à leur chef de file; il en résulte que s'ils lui restent fidèles, il peut en quelque sorte faire la loi au ministère } aussi, quand celtii-ci est renouvelé, son premier soin doit être de déclarer toutes les direo^tions vacantes , particulièrement lorsqu'elies ont été données par des ministres odieux , avec lesquels on doit éviter toute espèce d'analogie* Cette marche est si simple , qu'il faut supposer un obstacle insurmontable pour qu'elle n'ai|

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pas été suivie; aussi- sait -oo, à n'en pouvoir douter, que la cour a tant intrigué, que le roi n'a consenti qu'au changeaient de quelques directeurs, encore a-t-il fallu qu'ils ne fissent plus partie de la chambre des députés^ car alors on n'est plus bon à rieii.

11 était donc du plus grand intérêt pour M. Syrieys de faire yalider sa nomination par l'assemblée, quoique évidemment elle eut été frauduleuse. Il a réussi parce qu'il avait une direction, emploi supérieur qui a, dans sa sphère plus ou moins étendue, une altraction plus ou moins énergique. De plus, l'influence du ministère Yillèle était patente, et l'on ignorait encore si ses successeurs ne prendraient pas une ligne p^^allèle.

Puisque nous nous occupons dq directions, passons en revue les titulaires actuels. M. Benoist, l'homme de tous les partis, est directeur des contributions indirectes; comme, malgré toutes ses démarches et ses sollicitations , il n'a point été réélu, il perdra immanquablei^ént sa direction.

M. Benoist est un luNume qui ne manque p^s d'un certain esprit; mais il est bavard, hâbleur, content de lui, et doué de la faculté de se plier aux circonstances. Il a été long -temps chef de division au ministère de l'intérieur; sa femme.

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que Demousii^ a illustrée sous le nom d*Éini^ lie 'y peignait assez proprement. Le mari fit arrêter en principe que le portrait de Napoléon serait envoyé à tous les préfets , et choisir de fait madame Benoist pour faire et faire faire ' tous ces portraits. Il n'y avait alors (fue cept trente préfectures (de Rome à Hambourg); chaque portrait se payait trois mille francs; Fentrepreneuse de toute celte portraiture en fit quelques-uns qu'elle donna à copier^ moyen-^ nant mille francs^ ce qui réduisait à deux mille son bénéfice pour les tableaux auxquels elle ne toucha point : c'est tirer habilement d'un sac 'deux moutures. Ce manège^ et d'autres petits tours de passe-passe que j'ai sus et oubliés , là manière impériale dont il recevait les préfets , qu'il laissait se morfondre dans son antichambre f déplurent à Napoléon. M. Benoist aurait désiré être secrétaire des commandements de la princesse Eliza JBacciochi, qui le goûtait beaucoup, et le demandait en cette qualité à son frère ; mais celui-*ci refusa son consente^ ment , heureusement pour M. Benoist, car s'il eût été secrétaire de la princesse, il n'eût point eu la- possibilité de sefau/Uer dans le gouvernement provisoire qui s'établit à l'arrivée des alliés. C'est de lui qu'on disait au faubourg Saint -Germain : Comme il pense bien^ cq

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M. Benoisi , c'est dommage que ce soit un homme de rien (i) !

M* Becquey avait et gardera la direction des ponts et chaussées, parce qu'il a encore assez de bon sens pour faire entretenir, achever ou réparer les routes du département qui l'a nommé député. De sous*secrétaire d'Ëtat de l'intérieur, il fut fait, au commencement de 1818, directeur générai des ponts et chaussées* Je lui ai entendu dire que c'était une retraite que le roi lui donnait, comme s'il n'y avait rien à faire dan» cette direction ! Il est vrai qu'il eut mieux valu que tet homme médiocre n'y eât rien fait du tout. Il excelle dans le commérage j genre de talent qui lui a fait donner le sobriquet à^ la, commère Becquey. Il est le premier de sa famille et de son nom , quoique je lui aie entendu dire, en parlant d'un château qu'il venait d'acquérir, que c'était le château de ses aïeux; les braves gens n'en ont jamais eu d'autre que celui de leur fils, mais ce fils est du grand nombre de sols qui ne veulent jamais comment

(1) On prétend que ce n'est pas de M. Benobt que l'on parlait ainsi, mais de M. Josse-Beauvoir ; Tun n'empêche pas l'autre. Cependant le premier est^, pour nous servir des mots techniques, mieux né que le second.

cer leur lignée. Nous avons beaucoup d'anecdotes sur cet homme ; l'occasion se retrouvera y nous ne lâchons pas si facilement nos vielles connaissances.

. M. de Yaulchier^ dont nous avons parlé, restera probablement long* temps à l'administration des postes (i); il sera soutenu activement par la cour, à qui il a rendu d'importants services (n). M. de Vaulchier ne voit que ifo-

vant lui, et pas bien loin

Mm le vicomte de Castelbajac avait la direc-* tion des douanes. C'est un homme dévoué au i^oi, mais plus à la personne* qu'à la cause ou aux véritables intérêts du monarque, parce qu'il y a certaines connaissances qui lui manquent. Il faut sentir que Tautorité du roi , pour être stable , inébranlable comme le désire cet honnête homme, absolue même, se propose la stricte exécution des lois , et c'est ce que M. le vicomte Castelbajao est loin de soupçonner, il a, comme presque tous les chefs d'admintstra-* lion, un principe nuisible à leurs propres in^ térêts; c'est de soutenir leurs subordonnés quand ils font des sottises.

(i) Changé à la fin de novembçp.

(a) Il reparaîtra plusieurs fois cette année.

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En 1826, ua voyageur rey^nant de Bruxdle»

fut, suivant Tusage, fouillé à. la douane d^ BézieuXy près de Lille. Il rapportait deux douKaioes de cravates neuves » mais que, par précaution, il avait faitourler^ marquer, laver et repasser. Le chef :du bureau les confisque p en disant pour raison qu'un voyageur ne devait avoir que six cravates. Arrivé à Paris , celui dont il est question écrit la lettre suivante à M. de €astelbajac :

cr iNtoQsieur le vicomte , j'ai long^temps hésité à faire la démarche que je me permets , et j'en étais détourné par tine vieille jexpérienee sar ^indifférence «t la lenteur de la. justice admi^ nistrati ve; mais. devant toujours supposer-des ex^^ eepiîoBS^ j'ai n^aincu ma répugnance, et je vous adresse ma réclamation ^ir un fait persofniàeL

cr Le premier de ce mois, je suis parti. ide Bruxelles pour revenir à Paris , par la route de Lille. Arrivé k Bérieux , nom du village où les employés de la douane visitent les paqueis des voyageurs, j'ai subi, ^ comme de raison, cette nécessité.

i( Après avoir bouleversé ma malle , sans se donner la peine de la refaire, on en a tiré vingt cravates pour les confisquer, quoique marquées , ourlées , lavées, ^et que toutes eussent été portées; pardon de ces détails, monsieur le vir

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comte, mais ih sont indispensables pour vous mettre au fait.

f( L'employé à qui je demandai raison d^ine pareille mesure , m'a gravement répondu qu'un voyageur ne dei^ait iwoir que six cravates , et qu'il m'en laissait encore au*delà de ce nombre. Je ne connaissais point cette régie ; son exécution m'eut fort embarrassé pendant un séjour de plusieurs mois a Bruxelles , où j'étais obligé de changer de linge plus souvent qu'on ne se croit probablement forcé de le faire à fiézieux pour la socié^té qu'on y trouve et les fooctions qu'on y remplit. Je ne puis croire qu'une pareille règle vienne de votre administration , et j'aime mieux supposer que le législateur soit à Bézieux qu'à Paris. C'est un homme de' moyenne taille, pour qui la confiscation semble avoir de grandes jouissances , et qui parait goguenard quand il a le plaisir de l'exercer. Il ne m'a point fait celui de me donner son nom , que j'aurais ins* crit sur mes tablettes ; mais c'est vraisemblable* ment le chef, oair il était le seul qui pérorât* J'ai cependant obtenu de cet orateur le renvoi de mes cravates à Bruxelles; je désirerais savoir s'il a le droit de les garder, si j'ai celui de les réclamer, comme les ayant payées, portées, et pouvant, à toute force, passer pour en être légitime propriétaire.

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cr Voyez, monsieur le vicomte, comme* justice se fait en xe bas monde. Si, au lieu d'être dans une voiture publique, j'eusse été dans un landau, monsieur le législateur de Bézieux se serait gardé de me signifier la loi des six cra^ voies ^ et, ]e chapeau bas, m'eût laissé passer! C'est ce qui est arrivé devant moi. »

M. le vicomte de Castelbajac répondit que l'employé n'avait fait que son devoir, parce qu'il supposait qu€ ces cravates étaient neuves, et qu'en ne prenant pas tout, il avait cru user d'une déférence dont le voyageur ne paraissoit pas vouloir lui tenir compte. Après avoir donné gain de cause à cet employé, M. de Castelbajac ajoutait qu'il donnait des ordres pour qu'on restituât ces effets; ce qui eut lieu.

Février. — Tels étaient les directeurs que le dernier ministère avait laissés. Sur ce nombre, trois le suivirent de près, et quatre lui survécurent.

Parmi les premiers, un changea le portefeuille de directeur pour celui de ministre, et le plus important de tous; ce fut M. de Martignac, qui fut fait ministre de l'intérieur; nous en avons parlé; il reviendra souvent sur la scène et d'une manière naturelle. M. Bourdeau lui succéda; il était très-bien avec l'avant-

dernier ministère, trèft-mal arec le démit r^ bien avec celui-^i.; ••..•• il alterne.

Retournons à la chambre des députés. L'é-* lection de M. Syrieys (i) fut confirmée , quoi*-' qu'on prouvât que quarante faux électeurs s'étaient glissés dans le nombre de ceux qui l'avaient nommé. M. de Folmont, qui voyait la sienne contestée, prévint tous les débats en donnant sa démission. On lut dans la même séance (i6 février) des circulaires fort eu-* rieuses des précédents ministres , de plusieurs préfets, qui menaçaient ceux qui ne voteraient pas dans leur sens, et pour les candidats désignés par eux. Celui qui s'est le plus distingué par «a violence et un léger vernis d'impertinence^ est M. de Meulan, préfet des Vosges.

L'élection de la Corse avait élé l'objet de beaucoup d'intrigues de la part du dernier

^Êtmm^tm

(i) On fît à cette occasion un rapprochement curieux. En 1816, M. Syrieys se plaignit d'avoir été écarté de la candidature par le ministère de ce temps , et surtout par le préfet du Lot , et le procureur du roi de Figeac ( les mêmes fonctionnaires, si ce ne sont pas les mêmes individus 9 qui l'ont fait élire en 1827 à l'aide de 4o faux électeurs sur i5o). M* Syrieys écrivit contre eux, et il fut traduit eu police correctionnelle, et condamné comme calomniateur. Aux injures et aux calomnies près, il fit en 1816 ce qu'on fit contre lui en 1827* *

MÉMOIRES SEGKETS. 47

ministère; mais on serait loin de se douter quels candidats il avait choisis pour les imposer aui électeurs. Il faut pour y croire , l'assertion du

général Sébastiani C'étaient MM. Dudon

ou Delavaul On n'avait pas la liberté d'en prendre d'autres :

Pradon et Bonnecorse Auteurs de même force

Mais M. Dudon vaut encore mieux; il ne porte point de masque; il ne promet point avec l'intention de manquer de parole ; il n'est rien moins que doucereux , et l'on sait au moins avec lui à qui l'on a affaire.

La nomination des candidats à la présidence était attendue avec un mélangé d'impatience et de curiosité, comme une première donnée d'après laquelle on pourrait établir des conjectures plausibles sur l'esprit dont la chambre aérait animée. Le point essentiel était d'écarter celui que la nature et l'art ont doué de toutes les qualités désirables pour le meilleur des présidents possibles y mais, en même temps, le plus dangereux par l'usage qu'il est accoutumé d'en faire : force de poumons, présence d'esprit, tact, assurance imperturbable, adresse, habileté pour saisir le moment, audace et ruse, connaissances topographiques du local

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et physiologiques de la population.. 4.. C'egt le nommer I que de présenter cette énumératioa qui n'est que conforme «à la vérités

2$ Jëifrier. — C'est le aS février qu^eut lieu le scrutin définitif; la veille aucun des candidats n*avait eu la majorité, qui devait être de cent quatre-vingt-trois. M. de La Bourdonnaye eut 178 voix, M. Gauthier 174, M. Royer- Collard 168, M. Ravez 162 , M. Casimir Périer i56y M. de Saint-Aulaire iSg, M. le général Sébastiaiii 12g, M. Delalot 83, M« Hyde de Neuville 82 ; ce n'est pas sans raison que nous entrons dans ces détails ; le parallèle entre ces premières données et les résultats » peut fournir quelques observations sur l'étude des^ grandes assemblées.

Au lieu d'être de 364 votans , nombre de ceux de la veille, l'assemblée n'était que de 358« Il fallait conséquemment 1 80 suffrages pour former une majorité absolue. Voici le partage des voix :

M. Delalot 212

M. Hyde de Neuville* . . 206

M. Royer-Collard. .... 189

M. Gauthier 187

M. Casimir Pe'rier 180

M. Ravez 167

M. de La Bourdonnaye. . i56

En conséquence, les cinq premiets ayant seuls atteint la majorité, sont déclarés candidats à la présidence. M. Ravez était sorti de l'as^ semblée avant la publication du scrutin. Il y eut un mélange de surprise et de joie parmi le plus grand nombre des députés.

Si Ton compare les deux scrutins, on trou-^ vera peut "*- être qu'il est difficile d'expliquer comment M» Delalot qui n'avait que 83 voix au premier, eu a eu 212 au second; il en faut conclure , ou que chaque parti ne faisait qu'un essai de ses forces (i), ou que des arrangements ou des concessions auront eu lieu du jour au lendemain. Quoi qu'il en soit^ le choix des citiq candidats eut l'approbaiion du parti consti-^

*f*>Mtowâ*i*BWBiH«Ma*«B^É*ifci

(i) L'élection de M. Lâya à rAcade'mie -Française fut le résultat d'un singulier calcul. Il avait moins de titres et conSé(|uemnient moins de chances de succès que Ses rivaux ; la plupart des académiciens ^ bien persuadés qu'on ne pouvait sérieusement penser à ce càn« didaty y songèrent par ce motif, et comptant, leur voix perdue, la lui donnèrent, se proposant, au ballottage qu'ils supposaient devoir avoir lieu , de. faire leur choix ; mais leur mécompte fut complet quand ils virent au premier tour de scrutin une forte majorité en faveur de M. Laya, qui dut sou élection à la précaution qu'on avait prise pour ne pas l'élire. Une assemblée nombreuse ne pourrait faire une pareille combinaison-.

5o NOUVEAUX

ttttîonnel/ et sa joie éclata quand il apprit que . M^ Royer-CoUard avait été nommé. La lecture de rordofiDance fut accueillie par les cris de ivVe le roL

28 féi^rier. — Une commission vient d'être nommée pour la préparation d'un projet de loi 9 sur V organisation de V administration dé^ pariementàie et communale. Plusieurs projets avaient été rédigés précédemment sur cet important objet : on en avait même présenté un en 1821 y à la chambre des députés, mais il n'eut aucune suite; '

La utouvel te commission est coni posée de treîkE€ membres : ce sont MM* le baron Portai , ministre d'État, le duc de Brissac, le baron Mounier, le comte, de fireteuil, le comte de Tocquéville , pair$ de France.

MM. lecofnle de Chabrol- Vol vie ^ le .baron d'Haus^z ) Je -baroa Palet de la Lozère ^' de Lastours, députés; MM. le baron Cuvieri, con- 8eillerd^Btat,Fumerond'ÂrdeuiIetdeSàlvaudy, maitrés'des requêtes : le baron de Bàlza,Q, conséiHérd'État et secrétaire général du ministère dé l'intérieur, devra fournir tous les documents à la commission, et prendre part à ses délibératioas.

Plusieurs publicis tes ont fait remarquer la

mé'moibes secrets. 5t

manière dont cette commission a été composée , et après avoir prouvé que la majorité était certainement ennemie des communes , Ont conclu que le projet ne remplirait rien moins que le but qu'on devait atteindre; donner des droits aux citoyens qui ne sont pas élec«leurs.

La conclusion nous parait prématurée; il n'est pas rare de voir des hommes d'État , faire le sacritice de leur opinion particulière > lors-^ qu'ils sont appelés à traiter d'une aFFaire d'un intérêt général , ainsi ne perdons pas toute espérance; il est à remarquer d'ailleurs^ qu'il s'agit de donner ou de reconnaître des droits , et non pas d'en ôter, puisqu'il n^y^L rien; à moins de mettre un veto absolu^ en déclarant qu'on ne veut r/-e/z reconnaître, travail Facile et prompt j on accordera toujours quelque chose.

Voyons du reste si les notes de ces publi* cistes sur les membres de la commission , sont appuyées sur. des faits ; et tâchons d'y suppléer ou de les compléter*

Ces publicistes ne reconnaissent que deux membres sur treize , qui puissent ne pas inspirer de crainte : ce sont MM. Mounier etPelet de La Lozère.

Ils tirent, soit de la position des autres^ soit de leurs opinions , des inductions d'après les-

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quelles il est permis de présumer qu'ils seiraieht opposés au but du projet.

G^est ainsi qu'ils présentent M. le duc de Brissac et M. le baron Portai , comme partisans de la centralisation du pouvoir. On se rappelle quelle premier, l'un des chambellans de Napoléon , était toujours le premier arrivé dans le palais des Tuileries et le dernier sorti , parce que rien ne rafraîchit mieux que la vue du souverain ; mais il y a si loin de là au pouvoir municipal , que je ne vois pas de motifs d'opposition sérieuse de la part de monsieur le duc. Quant à M. Portai, sa franchise et sa droiture sont assez connues pour que leur emploi daiis la question ne soit une garantie.

De ce que M. Cuvier a tant de fois défendu les pouvoirs ministériels, en doit-on conclure qu'il repoussera l'organisation de l'administration communale ? Il est de toule justice de noter le bien comme le mal. M. Cuvier n'at-il pas rejeté le manteau decenseur qu'on voulait mettre sur ses épaules? Pourquoi ne pas lui en tenir compte? Le comte de Breteuil aurait bien dû suivre un si noble exemple. Celui-ci, nous n'avons rien à dire en sa faveur. Lorsqu'il était préfet de Hambourg, la restauratiou arriva; le maréchal Davoust défendait vaillamment cette place; les alliés, las de perdre du monde.

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envoyèrent au général un parlementaire, pour rinformer de l'état des choses, c'est-à-dire de la chute du trône impérial, et du rétablissement des Bourbons. Le maréchal tient un conseil, fait part des dépêches, et propose d'ar* borer le drapeau blanc; M. de Breteuil tire son épée de costume , épée de sa nature pacifique et faite pour rester vierge : il la brise en deux en frappant la table, et déclare qu'il ne veut point abandonner Napoléon. Ce beau mouvement, mal calculé, produisit quelque surprise,' sans arrêter le cours des événements. Fait préfet de Chartres par' cette famille qu'il repoussait, il se distingua par la destitution de tous les maires du département d'Eure-et-Loir , par des Vexations de toute espèce (i), et par l'exhumation de deux cadavres, auxquels on donne à l'un le nom de Saint-Piat , et à l'autre je ne sais quel nom. De Chartres, il passa à Bordeaux, où il se fit remarquer par la même

(i) n voulut obliger le payeur général à se défaire d'un employé qui lui était fort utile : le motif était que M. G. de F. était soupçonné de conserver souvenir de ICapoIéon , quoiqu'il n'eût donné aucun $ujet à ce soupçon , pas même le bris d'une épée. Le payeur tint bon et garda son employé , estimé dans la ville sous tous les rapports.

54 KOUVEàUX

conduite : il était de toutes les processions; on l'a vu accompagner un prêtre qui exorcisait un démoniaque ! A quelque distance de Bordeaux est une maison centrale de femmes placée dans Tancien château de Cadillac; M., de Breteuil la visita; il fallait traverser la rivière sur un bac; le bac était sur l'autre rive; en attendant son retour^ le préfet sortit de sa poche des cantiques qu'il distribua aux cultivateurs qui voulaient passer comme lui , et se mit à chanter ces cantiques ! 11 y a loin de là au préfet de Hambourg dans l'attitude guerrière qu'il a prise une fois dans sa vie. A tout péché miséricorde.

De Bordeaux^ M. de Breteuil passa à la Cour des pairs ^ dans laquelle il s'est fait remarquer par son rapport sur le sacrilège^ et par Tacceptation des fonctions de membre du comité de censure^ fonctions qui semblaient devoir salir le manteau de la pairie; et si c'est un préjugé, l'exemple des Breteuil et des Bonald ne l'a pas détruit.

M. de Tocqueville et M. de Lastours ne sont connus que par des actes extérieurs de diévotion ou des destitutions. Voici sur le dernier une anecdote plaisante :

Etant préfet du Tarn, il envoya à Paris, son (ils^ comptant que ce jeune homme, dont il.

MÉMOIRES SKCRËTS. 55

était loin de soupçonner le genre de méiite, serait a fashionable , irait de salons en salons , se formerait à l'intrigue y se ferait un patronage à la cour^ et parviendrait rapidement aux emplois les plus élevés. Le jeune homme , avide d'apprendre , et voulant compléter sofi éduca- * tjon, se livre à Tétude^ suit plusieurs cours ^ fuit le monde, rencontre en son chemin Quelques idées libérales qui viennent se placer dans sa tête à côté de celles que son père y avait fait entrer. M. de Lastours lui avait donné 12,000 fr. pour ses frais de séjour. Avec cette somme il pouvait figurer pendant les quatre ou six mois qu'il devait passer dans la capitale. Le père s'y rend lui-même dans le cinquième mois , avec l'intention de renouveler la somme qu'il supposait dépensée. Quel horrible désappoÎQtement ! Le fils lui remet environ 1 0^000 fr. , et rend compte de sa conduire, ne s'atlendant qu'à des éloges. Le père furieux allait conter partout sa mésaventure , et s'écriait : J'aimerais mieux cent fois qu'il eût dépensé 10,000 fr. de plus^ et qu'il eût fréquenté les maisons, de jeu ^

ou que d'avoir suivi le cours de M. Gui^ot*!

A l'exception de ces trois membres, en faveur desquels nous n'avons rien à dire , nous ne partageons pas les craintes de ceux qui pen^ sent que la majorité de cette commission est

opposée au but pour lequel elle doit se réunir* Nous ne saurons qu'à la prochaine session si nos espérances étaient fondées.

5 mars., — On s'attendait depuis long-temps à voir renouveler une partie des préfets. Le ministère s'est contenté d'en faire voyager une quinzaine : mesure qui mécontente tout le monde ; les préfets voyageurs , le parti Villèle pour lequel ils se sont sacrifiés ^ et ceux qui demandaient leur renvoi. Quatre seulement sur quatre-vingt-cinq s'étaient trop compromis par leurs intrigues électorales ^ pour rester au nombre de ces administrateurs. Ce sont MM. de Meulan, de Monthureux y de Guer, et de Saint- Félix. Les trois premiers recevront une pension de retraite. Le quatrième est purement et simplement destitué y les élections scandaleuscîs du Lot en sont cause : mais ce qu'il y a de plus remarquable y c'est la conservation de leur /?roduit net y M. Syrieys, et son admission malgré les fraudes signalées et prouvées.

M. de Meulan y outre sa pension de retraite , a eu pour dédommagement la faveur d'une audience particulière.

Le dimanche 2 mars^ il y eut aux Tuileries une grs^nde affluence de personnes invitées au cercle dç la cour^ et qu'on n'avait point l'habit

MÉMOIRES SECRETS. 5j

tude d'y voir ; tels qu'un grand ncnnbre de députés de toutes les opinions. C'est une heureuse innovation. L'aiFabilité connue du monarque ne peut que produire les meilleurs effets. Le bruit de la démission de M. de Chabrol de Crouzol y ministre de la marine , et de celle de M. d'Herroopolis se répandit dans cette soirée.

Il fut bientôt confirmé. M. de Chabrol eut pour successeur M. Hyde de Neuville; et M.Frayssinous, M. Feu trier, évêque de Beauvais. Ce changement plut en général.

Nous avons déjà parlé de M. de Chabrol, qui fut intendant d'Illyrie, sous Napoléon, préfet du Rhône , sous les Bourbons , puis sous** secrétaire d'Etat, et enfin ministre de la marine.

Abandonné à lui-même, cet administrateur n'aurait que de bonnes intentions; mais it est entièrement et satis restriction dévoué au pouvoir. C'est à lui qu'on s'adressa pour former le ministère actuel : il n'eut pas honte de concourir au renvoi de ses collègues et de le consommer. Il ne croyait probablement pas que son tour viendrait sitôt. M. de Villèle l'avait pris comme instrument, et ne se trompa point. La force le trouve toujours à sa disposition. Étant préfet de Lyon, il écrivit sou^ la dictée 4u général Canuel^ ainsi que le prouvent les

mémoires publiés à roccasioD de l'équipée de ce général.

Pendant qu'il était intendant d'IUyrie, le général Ândréossy envoya son aide de camp à l'empereur. Cet officier était chargé d'une dépêche pour M. .de Chabrol : apprenant à quelque distance de Laybach , que cet intendant était dans une maison de campagne voisine de la route , il s'y fait conduire. A l'annonce de l'arrivée d'un courrier de Constantinople, M. de Chabrol se sauve , l'envoie visiter, fait •z/mo^rer la lettre à son adresse , et sur un rapport constatant qu'il n'y avait aucun symptôme de peste y finit par admettre cet officier. Il prend même courage au point de lui proposer de le ramener à Laybach, dans sa voiture.

L'officier accepte; mais pendant le trajet, le tonnerre gronde, et le courage de l'intendant s'évapore. M. de Chabrol se signe à chaque éclair , se met à genoux , et dit force patei^ et force ai^e. L'officier, voyant à quel homme il avait à faire, prit le parti de conjurer l'orage en fumant sa pipe (i). On sent bien que M. de Chabrol ne poui^ait faire la moindre représen-

(i) On voit que les auteurs de la Villéliade ont été fondes à supposer que ce ministre avait le mal de mer sur le quai du Louvre,

talion au pouvoir qui exigeait de lui quelque mesure illégale.

Tel n'est pas son successeur^ M. Hyde de NeuTiHe , connu par un courage à toute épreuve, et estimé de tous les partis , malgré son exagération, parce qu'on n'a jamais douté de sa bonne foi.

M. Feu trier a été secrétaire du cardinal Fesch. C'est un prélat de mœurs douces et tolérantes , qui s'est fait aimer dans le diocèse de Beauvais, dont il occupe le siège épiscopah Il a eu le bon esprit de ne vouloir jamais per«mettre aux missionnaires de venir prêcher le troupeau confié à ses soins ; et de mettre au séminaire y eu leur infligeant une peine ecclésiastique , des curés qui refusaient sôus un prétexte ou sous un autre , les sacrements aux malades, et la sépulture aux morts.

1*"' ei 2 mars. — Concurremment aux intrigues de cour , de chambres et de commission , aux vérifications de pouvoirs , s'instruisait la procédure criminelle relative aux fameuses journées des 19 et 20 novembre. Il n'est personne qui ne sache qu'on désigne sous ce nom la tentative qui eut lieu pendant ces deux jour^ nées pour faire révolter une partie de la population de Paris y et qui n'eut d'autres résultats que le massacre de plusieurs individus.

6o NOUVEAUX

Nous avons dit que l'un des caractères distinctifs du dernier ministère était d'être en révolte contre la nation et contre le mouvement sensible imprimé à l'ordre social , mouvement qui l'entraîne dans une sphère d'amélioration. . D'après son système , le ministère Villèle , ou n'apercevait pas ce mouvement et le niait , ou voulait l'arrêter et le faire rétrograder. Dans la première supposition il était frappé d'aveuglement et donnait une preuve notable d'incapacité ^ parce que des hommes d'Ëtat doivent observer ^ comparer et juger. Dans la seconde , la vanité le faisait agir; il se croyait beaticoup plus fort qu'il n'était. Dans tous les cas^ il ne pouvait étiter le reproche d'ignorance et de présomption. Sous ce rapport^ le triumvirat n'est rien moins qu'invulnérable ; mais il devint réellement coupable par l'attentat du 19 novembre. •

Ayant en lui-même cette confiance que donne la sottise impunie et sûre de l'être^ il essaya donc de faire révolter le peuple ^ démontrant en cela et son imprudence et sa mauvaise foi. Supposons qu'il eût réussi ^ et qu'une sédition grave et sérieuse eût répondu à ses efforts ; ses moyens pour la réprimer étaient insuffisants, il compromettait les intérêts de son maître et les siens. En échouant; il- mettait à découvert

MÉMOIRES SECRETS. 6l

ses intentions hostiles. Dans tout état de cause , comme le roi ne connaît ce qui se passe que par le rapport de ses ministres , ceux dont il est question avaient toujours une grande ressource, c*était d'empêcher la vérité d'arriver jusqu'au trône, et de présenter l'événement au prince sous le jour qui leur convenait.

Une procédure fut donc instruite sur les journées des 19 et so novembre, et les chambres réunies de la cour royale de Paris rendirent un arrêt dont la publication éprouva des obstacles et des délais. M. Jacquinot-Pampelune, procureur général, défendit qu'on en délivrât une copie; il avait conclu à ce qu'il fût déclaré qu'il n'y avait lieu à suivre envers aucun des agents de l'autorité, tandis que M. de Belleyme , procureur du roi , avait pris des réquisitions contre les gendarmes à l'occasion des violences exercées par eux.

Il n'entre point dans notre plan de donner des détails sur cet événement (i); on les trouve

(1) Disons seulement que les faits les plus graves furent révéle's. Le préfet de police Delavau tomba dans une de ces contradictions choquantes qui ne laissent d'autre alternative que l'incapacité ou les intentions malveillantes d'un magistrat chargé des fautes les plus importantes, ep qui se déclare au-dessous de ses foucr'

dans tons les journaux. On peut remarquer la tactique 4e ce parti compromettant, pour arri-* ver à son but^ la tranquillité publique; et les obstacles qu'il a mis, depuis même sa défaite, à la découverte de la vérité. M. Delavau avait donné à ses commissaireB de police les consignes les plus propres à fomenter les troubles.

6 niars. — Cependant l'adresse de la cham-«

lions. Pour mettre à couvert sa responsabilité personnelle , il déclara qu'il avait résigné tous ses pouvoirs à Fautorité militaire, tandis que les dépositions de ses agents prouvaient qu'il n'avait cessé de leur donner des ordres, de recevoir leurs rapports, et de les mettre en communkation avec la force armée. |1 fut prouvé- qu'il avait ordonné à plusieurs commissaires de police de rester chez eux au moment où leur présence eût été le plus nécessaire ; à d^autres , de se contenter du rôle d'observateurs ; à tous de ne point intervenir dans le cas de flagrant délit. L'airêt de la cour royale démontra que cette cour s'était trouvée dans l'impossibilité , en constatant l'existence des crimes , d'arriver jusqu'aux coupables. Cet arrêt est du 3 avril 1828. Voici l'article

qui concerne l'ex-préfet de police « A l'égard du

« conseiller d'Etat Delavau , la cour ne pourrait exa- « miner ni apprécier les mesures administratives qu'il ' « a ordonnées en sa qualité de préfet de police qu'aun tant qu'elles auraient été prescrites dans une inten^ « tion Cfiminelte , ce que rien n'indique. »

bre s'élaborait et se discutait dans le comité secret. Les petits incidents , les propos^ sont toi^ours un objet de curiosité^ et l'on a oublié ' de placer près de la porte la statue d'Harpô^ crate posant , pour reôommander le silence , son doigt sur ses lèvres. On a donc su que le maire de Toulouse, M. de Montbel, avait voulu faire retrancher le passage où l'on remerde le « roi de nous avoir délivrés de l'ancien.ministère, et qu'il réclamait sur les torts de ce ministère un religieux silence ^ prétendant que c'était usurper la prérogative royale que de censurer les actes de l'administration.

M. Agîer a combattu cette opinion en présen^^ tant avec raison l'ordre constitutionnel comme la base la plus solide de la grandeur et de la con* servation de l'antique race de nos rois« Le débita l'air, le ton ^ le regard de M. Agier, sont d'accord avec l'idée qu'on se fait de sa franchise ^ et toute la conduite de ce député confirme cette observation.

M. Syrieys se rallia à M. de M ontbel , tâchant de prouver que le ministère Yillèle avait gouverné avec intelligence et probité. Il a égayé la discussion par une incontestable vérité ^ en prétendant que ce ministère existerait encore^ si la majorité de la chambre précédente siégeait encore dans la cltombre actuelle. Ce pauvre

64 WOOVEAtJX

M. Syrieys n'est pas heureux dans ses improvi-^ salions.

Le blâme de la conduite des précédents mi-* nistres était exprimé d'une manière plus ou moins énergique. lis étaient l'objet de graves ressentiments , ou de grands mécontentements * Ces expressions ont été tour à tour défendues et repoussées. M. Portalis^ garde des sceaux^ en a demandé la suppression , et justifié le mi-** nistère actuel de l'accusation échappée dans cette discussion à un orateur qui a fait entendre que ce ministère n'était pas lui-même, tandis qu'il avouait hautement les actes de son admi-^ nistration. A cette occasion , le général Sébastiani a sommé les ministres de déclarer fran^ chements'ils voulaient défendrel'administration Yilléle^ et les défiant de jeter le gant , a solennellement annoncé qu'il était prêta le ramasser.

Un sentiment de convenances qu'on doit res* pecter^ empêchera toujours les ministres d'accuser leurs prédécesseurs , et les forcera même d'atténuer leurs fautes autant que possible. La chambre doit sentir cette nécessité , c'est à elle à passer outre ; sans savoir gré v aux ministres du rôle de défenseurs officieux , dont nos mœurs leur imposent l'obligation.

L'expression de déplorable système a été re-' poussée par M. Sosihéne de La Rochefoucauld,

HÉMOIRES SEGBSTS. 65

SOUS prétexte que la grande fauté des derniers ministres était d'avoir y au lieu de systèrhe , une marche capricieuse et corruptrice. M. lé comte Eugène d'Harcourt a dit que « l'ancien n ministère avait soulevé contre lui tout ce qiii « se trouvait de kaities disponibles eh France , ir parce qu'il voulait faire de là monarchie avec (( de la servilité, et de la religion avec des « moides. »

Défenseur intrépide de ce ministère réprouvé^ M. de Monfbel a pris plusieurs fois la parole , et dans son aveuglement, comparant Yilïèle à Scipion (!!!), il a dit que le premier pourrait s'écrier comme le second, aUons au Capiiolé remercier les dieux !

M. La Boêssière, personnellement intéressé dans la défense du dernier ministère, .a terminé un long discours , en disant qu'il he voyait rien de déplorable que l'adressé.

M. de Ghauvelin a caractérisé ce ministère^ (c en le représentant coiùme héritier de l'ancien c( régime, moins l'honneur; du régime imu périal , moins la gloire ; et du jésuitisme , (( moins la science et lés lumières. »

M. de Martignac, avec beaucoup d^adresse, a taché, mais en vain, d'obtenir un léger chan-» gement de rédaction.

Enfin , l'expression déplorable attaquée , dé^

fendue , mise aux voix , et deux épreuves dou-^ teuses^ forcent d'avoir recours au scrutin, d'après lequel elle est maintenue à une majorité de quatorze voix. Le nombre des votants était de trois cent soixante ; cent quatre-' vingtsept ont reconnu, contre cent soixante-treize , que le système de la dernière administration était déplorable.

Nous prenons soin de noter ce chiffre^ afia qu'on voie par la sirite si le nombre des accusateurs du ministère Villèle se conserve dans l'assemblée.

8 mars. — ^ Le lendemain^ 8 mars, l'adresse fut votée à une majorité de trente - quatre sur trois cent soixante^ deux députés présents.

Apres avoir pénétré dans l'intérieur du co-:

mité secret, il ne serait pas sans intérêt de suivre l'adresse au palais , pour savoir l'effet qu'elle y produit* Plusieurs bruits coururent à ee sujet : mais comme ils partaient de la cour^ peuplée de villélistes, on doit d'autant moins y croire qu'ils furent démentis par l'événement. Le plus absurde de tous ces bruits est , comme de raison^ celui qui dominait. On prétendait que l'adresse avait excité au dernier degré la colère du prince ; que sa majesté avait déclaré que , non-seulement elle ne la recevrait pas , mai»

qu'elle dissoudrait la chambre; que le ministère devait être changé et remplacé par un autre , à la tête duquel était M. de La Bour^ donnaye. Cette dernière circonstance était ap-^ puyée sur une particularité d'où l'on tirait des inductions : c'est que l'on avait vUi M. de Là Bourdonnaye sortir tard du palais , le soir du jour où l'adresse y avait été portée.

Il n'est pas inutile de noter les noms de ce ministère en projet y reproduit avec quelqueê variantes à diverses époques; nous verrons s'il arrivera par là suite. C'étaient le duc de Blacas aux affaires étrangères $ M. de La Bourdonnaye aux finances : les deux immuables qu'on re-^ trouve toujours dans ces projets; M. le duc de Brissac à l'intérieur : on en avait parlé déjà sous le dernier ministère y dans le temps où M. de Villèle croyait en être quitte pour une épuration. M. de Brissac est toujours en disponibilité ; M. Pardessus ^ au commerce : choix qui lie peut être sérieux, tant qu'on sentira le besoin de conserver quelque dignité dans les dépositaires de l'autorité royale; M. le duc de Bellune, à la guerre : il avait déjà fait ses preuves. M. Yatimesnil, aux sceaux : il a trop d'esprit et de tact pour arriver en pareille com-^ pagnie-, enfin, M. Ddidot à l'instruction publique i Dans ce projet, on conservait Mi Hyde

68 HOOTBiUX

de Neuville , à qui Ton faisait jouer le rôle de M. Chabrol de Crouzol; c'est-à-dire qu'il devait^ en restant , former le nouveau ministère* Mais c'était bien méconnaître M. de Neuville , que de compter' sur lui pour un acte ^de cette nature; aussi ce ministre loyal regarda-t-il ce plan comme une injure , et fit-il une déclaration de refus en conséquence.

Toutes ces conjectures furent terminées par la lecture de l'adresse faite le dimanche 9. de mars 9 avec les formalités ordinaires* Le roi, dans sa réponse, exprima seulement le re-* gret de ne pas voir plus d'unanimité dans la chambre.

Une des premières opérations de la chambre fut la suppression de la commission formée par la chambre précédente, et qui devait être renouvelée tous les mois, pour la répression des offenses commise», soit envers la chambre , soit envers les membres qui la composent. Cette commission instituée par des motifs puérils et dans un but vexatoire , avait conservé le nom du député auquel elle devait son existence , et l'on ne la connaissait que sous 'la dénomination de commission La Boëssière.

Ce député se prétendit totalement désintéressé, et en mauvais père abandonna son enfant; la suppression passa à l'unanimité, sauf M. de

MÉMOiRES SBCRETS. 69

La Boës$ière, qui, par pudeur, ne prit point da part à Ja délibération : il eut le lendemain , pour fiche de consolation , une audience particulière.

liC ministre des finances présenta dans la séance du i!i, les projets de loi sur les finances ou le budget. Il résulta de ses développements, qu'il existait un déficit de deux cents millions; cette assertion mit en fureur tous les villélistes, qui s'évertuèrent dans la Gazette à prouver par des calculs qu'elle était erronée : comme ces calculs n'ont pas détruit ni l'accusation, ni l'impulsion qu'elle a produite, nous ne nous eu occuperons pas.

L'élection de M. Garnîer-Dufougeray, an-« jcien bras droit de M. de Corbière est annulée malgré les efibrts , les tours de passe-passe , les déclarations d'épreuves douteuses, pour obtenir un résultat opposé. Ce M. Garni er-Dufougeray, médiocre quoique tranchant, était parvenu, par l'influence de son digne compatriote Corbière, à être questeur; c'était un des plus robustes brailleurs de clôture qu^on ait jamais entendus : il en était assourdissant; on l'entendait du point du pont Louis XVI où l'on a placé Duquesne; c'est le seul talent de tribune qu'on lui connaisse. Il était actif, remuant , intrigant, et le véritable commissionaire du parti; il oe

yo NOUVEAUX

doutait de rien , allait toujours , et grâces à la voiture de questeur , était toujours en quête (i).

22 mars. — Le samedi est, comme on sait^ consacré par la chambre des députés, aux di-» verses pétitions , qui quelquefois soulèvent des questions intéressantes ou font naitre des inci-« dents qui méritent d'être marqués. C'est dans la séance du 22 mars, qu'à propos d'une réclamation de légionnaires qui demandaient le paiement de l'arriéré de leur traitement, M* Syrieys excita dans l'assemblée une hilarité générale. Il prétendit que la somme à laquelle monterait cet arriéré était assez conséquente pour qu'on y regardât de près ; interrompu par des éclats de rire, il répéta le mot fatal qui contribua puissamment à sa renommée.

Dans la même séance , un pétitionnaire demanda que l'administration de la poste aux lettres fut responsable des valeurs réelles ou papiers contenus dans les lettres chargées :

à cette occasion, on donna quelques détails sur les abus criants de cette administration ;

(i) Il méritait bien qu'on créât pour lui la charge de grand clôturier , qui ne fut pas purement honorifique tant qu'il l'exerça; mais il est juste de lui en con-r ^ryer le titre toute sa yie.

MÉMOIRBS SECRETS^. Ji

Irente-quatre billetg de baoque et les lettres qui les contenaient avaient été perdus. M. de Vaiilchier prit la défense de son administrailion; mais elle avait un mauvais avocat^ et la cause n'était pas bonne; il protesta de l'ordre, de là probité qui régnaient dans cette adminis-^ tràtion^ divagua^ fut ramené à la question^ et finît par dire qu'il ne concevait pas Taccusa^ tion dont il semblait être l'objet. Le rapporteur le contredit; il s'établit entre M. de Vaulchier et des députés une discussion dans laquelle le directeur des postes fut complètement battu ; on lui prouva que des lettres avaient été déca^^ chetécs , et qu'un grand nombre d'autres contenant des -effets n'étaient point parvenues à leur adresse.

L'option qu'avaient faite plusieurs députés élus à la fois soit à Paris , soit dans les départements , laissait la députation de la capitale incomplète; il était donc nécessaire d'y .convoquer plusieurs collèges électoraux. C'est alors qu'on vit les électeurs se réunir ostensiblement pour discuter les titres des candidats qui devaient se présenter à la prochaine élection. Onze cents électeurs environ se rassemblèrent, en vertu d'une convocation , à la rotonde du rondpoint des Champs-ÉlyséeS. Un bureau fut établi d'avance; un règlement', ainsi qu'un ordre du

72 JÏOOVEIUX

jour furent affichés et distribués avant l'ouverture de la séance ; on suivit la marche d'une assemblée régulière et reconnue par le gouvernement. C'était une innovation, mais loin d'être contraire à l'esprit de la Charte, elle s'ap^ puyait sur cette loi fondamentale, ce qui n'em-* pécha point les clameurs violentes du parti Vijllèle, qui ne pouvait imiter cet exemple sans courir le risque de faire voir l'exiguité du nombre d'électeurs de ce parti; aussi fit-'il tous ses efforts pour représenter que l'assemblée était îllégs^le, et composée i^niquement de jacobins, Il en résulta que cette réunion fut la seule ^ et que monsieui;' le préfet de police intervint pour déclarer qu'il ne pouvait tolérer de pareilles assemblées, parce qu'elles étaient placées hors de tQUte action de l'autorité publique. On en changea le mode; elles continuèrent d'avoir lie\i , piais avec moins d'apparat et de publicités

35 mars. — Dans la séance du ^5 mars , M. de Martignac présenta un projet de loi sur la révision annyelle des listes électorales et du jury. Ce projet, en faisant disparaître quelques lacunes, en laisse d'autres; mais il diminue l'influence de l'arbitraire , et c'est une amélioration. Nous y reviendrons en rendant compte 4ii résjultat des délibérations dont il sera l'objet^

MÂICOIRES SECRBTS. j5

La séance du i4 ayril fut remarquable par un incident auquel on était loin de s'attendre , et par la présentation d'un projet de loi sur la presse périodique.

L'incident était la démission de M. l'abbé de Pradty motivée sur sa santé , dont l'état le met dans l'impossibilité de remplir ses fonctions de député. Cette annonce causa dans l'assemblée une surprise extrême. On se rappelait toutes les démarches qu'avait faites ce député pour se faire élire ^ le prix qu'il attachait à son élection , cette faconde qui devait rendre ses repli-* quessi faciles; et quoiqu'on ne fût point dupe du motif qu'on ne regardait que comme un prétexte, on ne pouvait s'expliquer la cause de cette démarche.

L'abbé ne tarda point à la faire connaiire.

Il faut lui rendre justice : il n'hésite point en général à exprimer sa pensée , et dit plutôt trop que pas assez. C'est ce qui fait que les amateurs de scandale comptaient un peu sur lui et le re-* grettent.

M. de Fradt a joué jusqu'à présent un rôle* trop remarquable pour qu'on nous blâme de chercher le yéri table motif de sa démarche .^ Dès le lendemain y la Quotidienne s'exprimait çn ces termes : « Lorsque après sa nomination , H r^bbé de Fradt partit de Clermont pour se

^4 ROUYBÂUX

w rendre à Paris, on lui avait entendu dire ces ,<( paroles remarquables : Je vais à la chambre i< pour restaurer la restauration. Gomment se (( fait-il qu'il ait donné sa démission , lorsqu'il (( pouvait mettre la. main au grand œuvre? La t< restauration ne peut-elle plus être restaurée ? a c'est ce que tout le monde se demande. Voici « les bruits qui circulent dans les salons : quelce ques-uns pensent que le côté gauche aurait M témoigné à l'ancien archevêque de Matines , H le déplaisir qu'il aurait de voir Thabit eccc clésiastique à la tribune. D'autres, et cette u dernière version est la plus vraisemblable, « racontent que, dans la réunion Grange-Ba- « telière , M. de Pradt aurait exprimé son méa contentement sur les lenteurs et les temporiu sations du parti de la réforme. Il aurait « réitéré plusieurs fois l'expression de son impact tienee; et comme il n'aurait trouvé personne tt qui partageât ses sentiments à cet égard , il Cl aurait pris le parti de la retraite. »

La Quotidienne a mis le doigt sur la plaie sans la sonder.

Le côté gauche et l'abbé mettent trop de prix à l'habit, mais dans un sens opposé. Le premier, qui ne devrait faire aucune attention à cet habit , a tort d'être choqué de son apparition dans la chambre. L'abbé, qui a vendu

pour une pension de 10,000 fr. au roi des Pays-Bas, son siège archiépiscopal, et qui n'exerce plus aucune fonction ecclésiastique, a tort, de son côté, de se faire appeler monseigneur ^ et de mettre tant d'importance à son costume. C'est bien certainement le cas de dire que Vhahit ne fait pas le moine. Il parait certain (et la lettre qu'on va lire le confirme) que, dans les réunions Grange -Batelière, l'abbé, pressé de jouir, est allé loin, et qu'il a eu des prises avec M. Gauthier qui lui a déclaré, au nom de tout le parti, qu'on ne le soutiendrait point, qu'on l'abandonnerait à la tribune.

Au milieu de ces conjectures, le Courrier français a transmis à ses lecteurs la lettre dont nous venons de parler.

t< Il me semblait que le moment était

« arrivé dé terminer une lutte de quarante (( années ; de décider enfin , au profit de la c( France, la question de la réformation sociale u dont elle a donné le modèle au monde. Le (c mouvement d'un grand peuple ne me paraiscf sait pas devoir aboutir seulement à l'effacetf ment de quelques difformités dans son code c< ou dans sa police. A mes yeux, la session de fr 1828 devait être au régime importé depuis « 1814, ce que l'assemblée constituante avait a été pour l'ancien régime. C'est à cette élôva-r

76 lîOUTBÀUX

ce tion et dans cette latitude que j'apercevais

i< la direction des affaires , indiquée par la na-*

H ture même des choses. . • Je craignais pour ce

H système un rival redoutable dans un plan d'at-

(c termoiementy de ménagement, de demi-me-^

(i sure$ , en un mot de ce que la pusillanimité

f< décore des noms de modération , de sagesse , et

fc de mesure, comme des abus derrière lesquels

(c les maux publics s'accroissent et s'éternisent.

ce II faut que j'aie eu tort, puisque je suis

« resté seul. Trois mois d'attente ne nous ont

u encore conduits qu'au bord d'une discussion

u sur la censure facultative. Après, quarante

(f ans, avec les principes de l'assemblée coasti-

i< tuante , à l'aspect de l'Angleterre et des États^

« Unis, en être encore à discuter sur la cen*

CI sure, c'est avoir beaucoup rétrogradé ! Je me

u sens humilié, quand d'autres triomphent de

u concessions pareilles* Je ne fais cas pour un

u peuple que de ce qui vient de son droit, et un

« bonheur concédé est pour lui le plus grand

ff des malheurs, car il le suppose sans droit, n.

Dans le Globe du samedi 19 avril 1828, on

lit une lettre ironique et sévère sur M. de Pradt;

on y dit que le principe a qu'un bonheur con-

ic cédé est le plus grand des malheurs (i), est

■I ■ i m . i " * I ■■■■■ >i»ii I !■■ «Il ». Il m i I >i ■■■■I n,

(i) Cette phrase : Un bonheur concédé est le plup

MÉlCOIRfiS SBGRETS. 77

« un principe risible en soi , et qui prouve une (c complète ignorance ou une faible intelligence t< de Thistoire. »

Il y a dans ce peu de mots injustice, inconvenance et défaut de logique. Le Globe doit savoir, sous peine d'être accusé d'ignorance lui-même , que Tabbé de Pradt a fait ses preuves en connaissance et en intelligence de l'histoire. Le traiter d^ïgnorant est une injustice plus rn sihle que le principe. L'abbé ne parle point en général ; il s'occupe des circonstances où nous nous trouvons, et de notre position; il est bien évident que , sous un gouvernement constitutionnel , un droit ne peut être une concession , et que c'est un malheur que de recevoir à titre de Joueur ou de bienfait ce qui nous est dû* Ce n'est pas sans doute le plus grand des malheurs, et l'auteur a, comme à son ordinaire, rendu sa pensée avec exagération , mais il ne méritait

grand des malheurs ne présente qu'un jeu de mots paradoxal , mais la pensée ne finit point là; M. de Pradt ajoute : car il le suppose sans droit. Cette finale est mise de côté par le censeur, parce qu'il le devait pour que sa critique eût quelque fondement. Les mots co/»cession et droit s'excluent mutuellement. Il fallait prouver le contraire pour trouver Tarchevèque en défaut.

pas le langage dédaigneux et presque insultant dont il est l'objet.

22 as^ril 1828. — ^ Il est nécessaire de passe i* de temps en temps la revue de la petite troupe ministérielle.

Depuis le commencement de l'année, le mi-* nistère est composé ainsi qu'il suit :

Intérieur. Le vicomte de Martignac.

Guerre Le vicomte de Caox.

Marine [ '^' ^^ Chabrol , ensuite Wt^ \ Hyde de Neuville.

Affaires étrangères. . ; M. de La Ferronnays.

Finances M. le comte Roy.

Justice M. Portalis.

{D'abord M. Frayssinous^ ed* suite M. Feutrier, e'vêque' de Beauvais.

Commerce M. de Saint-Cricq.

On appelle M. Martignac le rossignol, du mi-* nistère , parce que c'est le seul orateur de là petite troupe.

Ce ministre a beaucoup d'esprit et de talent j mais comme le caractère n'est point en rapport avec ces dons , on doit craindre qu'il ne soit au-dessous de son rôle. Les circonstances rendant ce rôle critique, il lui fallait plus de ca-** ractère et moins d esprit. Ces circonstances peuvent se peindre d'un mot : c'est que la couf

MÉMOIRES SECRETS. ^g

est en opposition avec ce ministère ; et que ce ministère voudrait^ ou mettre la cour de son bord , ou se mettre du côté de la cour. Le gouvernement a le plus grand soin de protester contre ce qu'il fait, et de le blâmer publique-ment. Ainsi forcé de renvoyer Villèle, Peyronnet y Corbière et compagnie, il les met de suite à la cour des pairs , du conseil privé ; on leur donne des pensions comme si ces pauvres gens en avaient besoin. S'il renvoie Chabrol et Frayssinousy le lendemain Frayssinous et Chabrol reçoivent le cordon bleu.

On a remarqué que M. de Martignac com-^ posait ses commissions de manière à ce qu'elles fussent formées dans une proportion des deux tiers, ou même des trois quarts de membres connus par une opinion diamétralement opposée à l'objet de la commission.

M. de CauXyplus connu par ses travaux dansl'administration militaire que par ses campagnes, quoiqu'il ne soit pas sans en avoir, est devenu par cette particularité , l'objet des plaisanteries de quelques folliculaires, et du dépit de beaucoup de généraux qui croient que , pour être bon mi-* nistre de la guerre, il faut s'être long-temps battu : ce qui est une erreur notable. Les trois ministres de la guerre les plus recommandables sont Lou vois, d'Âi^enson, et Petiet; aucun des

8o NOUVEAUX

trois n'a vu le feu : ni Turenne , ni Vauban ^ ni Luxembourg^ qui en valaient bien d'autres^ ne s'avisèrent de remarquer que Louvois, conseiller au parlement de Metz , passa de cette cour au déparlement de la guerre , et qu'il n'avait pas même été sous-lieutenant. Il ne Vint point à l'idée du maréchal de Saxe de demander si d'Ârgenson avait jamais eu des épaulettes; et certes, il est plus que douteux que le brave Lannes et l'intrépide Ney, qui avaient si bien gagné les leurs, eussent été de bons ministres de la guerre. Il ne faut pas conclure de Ces observations que M. de Gaux en soit un bon, mais seulement qu'oii doit attendre pour le juger.

Rien ne prouve mieux l'influence de la cour que l'obligation où l'homme le plus libre de caractère , de fortune et de position , serait de souffrir un abus^que d'un mot il peut détruire. Ainsi M. Roy, ministre des finances, a dix-sept cent mille francs de rente , sans compter son traitement; il est d'un caractère indépendant, sait fort bien exprimer ce qui lui convient ou ne lui convient pas. S'il aime les hommages, ce que j'ignore, il n'en manque pas, et ceux qu'on rend à sa fortune sont plus durables et sur une base plus certaine que ceux qu'il doit au rang; ce rang, il ne le doit point à l^

MÉMOIRES SECRETS. 8l

fiiveur> c'est ime jouissance de plus; On l'en a déjà privé , on le lui a rendu ; il sait comment on le quitte , comme on y revient. Enfin toutes les circonstances qui contribuent à faire dans ce monde un homme heureux se réunissent pour M. Roy; il a même reçu de la nature ce qui supplée à tout : le caractère* Puissance^

pouvoir, opulence^ considération M. Roy

possède tout Eh bien I il ne peut pas faire ^

je ne dis pas ce qu'il veut, mais ce que sa 'conscience et son devoir lui prescrivent de faire. Il existe dans son administration le vétéran de la flatterie p pourvu d'une recette qui rapporte environ vingt mille francs. Il en donne quatre potir la faire , et ne bouge de la capitale , dans laquelle il jouit du revenu de deux autres places qu'il exerce de la même manière, avec cet avantage qu'il ne fait aucune cession sur le traitement dont elles sont rétribuées.

Retournons à la chambre ; les ministres reviendront souvent sur le tapis.

La clôture de la salle des Champs-Elysées où se rassemblèrent une fois leis électeurs de Paris ayant eu lieu, sur l'invitation de M. de Belleyme, ils usèrent du droit qu'ils avaient de se réunir, en évitant tout ce qui constatait la publicité ou l'intention de se constituer en as« semblée délibérante. Les pnblicistes de l'oppo--

sitioQ ùltrÀ-royaliste o0Btesl)tnt«ee droit, qnoHfite les dépcrtëftide ce parti eussent àcmné r<e3Dem()le , on eut neoours aux amtéoédeafts (i).

Un des plus cél^res^tait le salon de M. Piet, où Ton faisait bien mieux que dans celui de»

Champs-Elysées, puisqu'on y préparait d^a- ^ance ies déUbérations de k ehambre des dé* pulés «C les^ opérations nécessaires poilr avoir U. majorilé. Ce salon offre plusieurs particularités 4surî€uses dignes de trouver place ici ; elles nous ^ ont été communiquées par l'un des habttôés qui a le bon esprit de rire aujourd'hui de ce jqu'ii fit hier, il noo^a donné la liste des dineurs; on y verra plus d'un transfuge , et la variété des réles de plnsieurs membres de cette société n'est pas sans int'érét. Mats auparavant, il faut

(i) C'est une singulière doctrine que celle des ànté^ «édentsf eUe pnescrit de ne rien faire de nouveau ^ de ne faire que ce qu'on a to^ , de nç le faire que parce qu'oijL l'a fait Par unç contradiction remarquable, elle est invoquée dans un lemp$ où l'on veut innover, et par ceux qui le veulent , et qui ne songent pas que si elle avait été suivie il y a quarante ans, on jouirait encore du bienfait des lettres de cachet, du codç des chasses, qui envoyait aux galères pour le meurtre d'un Uèvi», et d'autres dispositions de même nature , sanc* lâonméei par plusieurs sièdesd'aotéGédents.

MÉHOIABS SBCRETS. 85

dire un mot de maitré Piet , jadis avocat^ députa membra de plusieurs députations.

Nbus n'avons pas besoin de caractériser son talent d'orateur ; les fragments cités par les journaux du temps nous dispensent de ce soin,' et les rires légitimes qui le plus souvent accueil"' laient les mouvements oratoires du bonhomme^ en (Usent plus que nous ne pourrions le faire.

M. Piet est fils d'un tonnelier de Youvray, près Tours; il était avocat sans cause ^ ou dii moins sans cause connue^ Nous croyons ^ sant pouvoir l'assurer d'une manière biea positive ^ qu^il fut toujours de la classe des bienr-pensant , avant qu'elle se fit connaître, parce qu'il avait le genre d'esprit^ la dose de jugement , tout C0 qu'il fallait, en un mot, pour en être; et s'il a , dans la révolution , acheté la baronnie dé Gourtiras, devenue entièrement nationale , c'est une peccadille qui ne tire pas à conséquence* Depuis la restauration , il s'est fait une petite clientelle de dévotes, dont il est le patron* L'état de ses finances fut très-équivoque jusqu'à la mort de M. Raguideau, riche notaire qui laissa une veuve inconsolable. Cette mo^ derne Artémise tendit son salon en noir , y fit établir un mausolée en mémoire du défunt, et s'y enferma pour y pleurer , bien résolue de se retirer du monde. M. Prêt , qui sait se faire aux

circonstances > mêla ses larmes à celle3 de la veuve ; le monde ne parlait que de cette douleur et de ce dévouement ; on ne trouvait dans l'antiquité rien de comparable , et pendant qu'on cherchait, les noms illustres à coté desquels on pouvait inscrire en lettres d'or ceux des deux affligés , on apprit qu'ils sortaient de leur tombeau pour paraître devant la municipalité. La mise, les manières, le ton, la tournure, la tenue, l'âge de M. Fiet font l'éloge de la veuve, en forçant de repousser toute idée de séduction ; elle donna sa fortune et sa main à M. Fiet, et reçut son nom en écbajnge. M. Fiet fût élu député, et bientôt choisi pour être FAmphytrion ou rhôte d'un parti. C'est dans son salon que nous allons pénétrer, introduits par l'un des habitués, dont nous transcrivons le récit (i).

*...• ce A ma première apparition dans le salon de M. Fiet (novembre 1820), j'avais trouvé chez lui Chateaubriand, Yillèle, Donnadieu, YaublanC| Benoist, La Bouillerie, Cayrol, et d'autres dont les noms m'ont échappé; mais comme il n'y avait qu'une quinzaine de députés ce jour-là, on ne se crut pas en nombre suffisant

(.1) Correspofudance manuscrite, pièce cotée Ë.

pour entamer les affaires^ et Ton s'ajourna au 7 décembre^ espérant qu'alors beaucoup de députés seraient rendus à leur poste. * ' :

(( Comme on m'avait dit que Piet était fort riche ^ je crus d'abord que ses dtners du jeudi et le prêt de son salon pour nos réunions étaient des charges qu'il s'imposait par royalisme , mais j'appris dans la suite , aux dépens de ma bourse , que l'ami Piet était loin de traiter et de recevoir gratis ses honorables collègues ; ainsi mes vingt francs donnés à une quête (i) faite pour l'indemniser de ses dépenses , ont bien payé^ je crois , les trois ou quatre dîners que j'ai faits chez lui.

ir Piet est un assez bon homme ^ que nous avions y cftez lui, constitué notre président, fonction dont au surplus il s'acquittait assez mal y parce qu'il voulait toujours parler , et qu'il parlait mal , surtout quand sa mission était de faire prévaloir l'avis ou l'opinion dont Villèle lui avait fourni le texte; car c'est de

(i) A la fin d'un dinar I Ce repas n'avait point encore le luxe et les truffes qu'il eut depuis pendant six ans bien comptés. Maigre' cette remarque, nous né pouvons croire qu'il fût alors aussi mesquin que J'insinue le con\ive par les regrets qu'il exprime sui* la perte de sa pièce de vingt francs.

eette «Hirce qu'émanait toute sa polîtiqae,

..... (Décembre i8io)<, m Nous étions à peine sortis de iahle, qu'il arriva beaucoup de pionde I et la réunion s'étant trouvée assez nombreuse . ou puvrit enfin la séance.

a M. Fiety en sa qualité de président, débuta par féliciter son salon (i) de l'bonMur qu'il allait encore avoir , en recevant cette année l'élite des royalistes de la Fram^e , et il appi^iya, ipu)n sans raison^ sur l'avantage qu'il avait toujours eu d'être le seul point de réunion des membres du côté droite même à l'époque où; par suite de l'ordonnance du 5 septembire ^ son propriétaire avait cessé de faire partie de la chambre^

(c Les réunions de Fiet (fin de décembre i8;2o) étaient devenues fort nombreusea depuis l'ouverture des chambres, et plusieurs de nos avo* cats y usaieut largement du privilège de pouvoir parler saus avoir besoin d'aborder use tribune qui inspire toujours quelque effroi, même aux plus intrépides; car je me rappelle avoir entendu dire à La Bourdonnaye que malgré

(i) C'est rexpression dont il se servak ; il disait mon salon, comme M. Becquey dit mâs ponts «^ chaussées j^ mais avec plus de justesse.

MÉMOtKKS SE«BETS. 87

MO assurance , il aY montaii; jamais , mkM avec le secours dii papier^ sans îtembler comme um emfani : ce f»iiBni aefl expressioua. Bien eéFtamement y M. Belaloi ne partageait pas* cette cpainte ; je kii ai lau joiurs yi& «b aplamb , «ne fcFHielé que SO0 déïmL chss Fiet ne feisait pa» psésa^ir, car il m^ parut. d'ai«lani plus faible alors* qu/îl arrivait précédé d'une grande répiitatiion d'draleiAr ; eC quoi, de plua triste que de aiaoi|uep son début qjuaod on, viM i l'effet I

« L'adjonctioB de ViUèle au miniscére a'cm-* pécba paa La Bouadonnaye de. venir exacte-^ ment efaes fiet, ci son énergie y atténuait toujoura un pe» les inspiraliona de aou aata«* gantste^. . • . • C'était,; sana contredit^ l'homme le plus fort de la chambre , et s'il avait au ployei: davantage son caraclére et le mettre à Vanisson de nos amis faibles p comme ViUéle^ en* a^vait le talent, La Bourdonnaye aurait acquis une gmnde iafluence dana la ehambrej mais son caractère bretoa le* rendait iocapable de dissi'muler la moindre des impressions;. il était dominé par une bile toi^etura âere , dont la teinte de ses traits indiquait sanaeesse lapréseoice r «t ses amis les plus ehers n'étaient p2(s même à l'abri de ses aaiicasmes. On assure qu'un; jpur,^ com^ pUttcnlé sur le renfort de Mbloietsw le traité

quMls avaient fait ensemble, il répondit brusquement à l'interiocuteur : h Ouï , je lui doune des idées , et il me donne des phrases, n Malgré la roideur de son caractère , j'avais une grande vénération pour lui» et son opinion si pure et si invariable effaçait à nos yeux tous ses autres défauts; mais il n'en était pas de môme dans la chambre, et à Texceptich d'un petit nombre d'hommes véritablement forts, et en état d'apprécier ce que valait un pareil auxiliaire, chacuû s'éloignait de lui^ et souvent même il suffisait de hii voir soutenir une opinion pour engager certains d'entre nous à en adopter une autre.

n On prit une liste des nouveaux élus qu'avait Baeot, député de i8i5, et qui, quoique étranger à la session de 1820, se trouvait cependant chez Piet, où du reste il ne vint plus, parce qu'on lui fit sentir indirectement que n'ayant pas été renommé , il se trouvait de trop parmi nous.

ce La liste de Bacot servit à faire l'appel des . présents , et à calculer nos forces , qui se trouvèrent bien supérieures à celles de la gauche, mais cependant pas assez considérables pour battre tout-à-fait la gauche et le ceiïtre.

« Profitant de cette infériorité numérique bien constatée, les gens qui avaient intérêt à nous maintenir dans la ligne de- la ËEiiblesse

insinuèrent qu'il fallait manœuvrer avec sagesse/ et sans cependant cesser d'être en garde contre le ministère 9 ne pas l'attaquer de manière à nous priver de l'appui du centre dans une ba** taille contre la gauche

ce II était donc clair, d'après ces insinuations de modération^ queVillèle négociait avec le mi<^ nislère , mais personne n'osait seulement Je dire tout basy ni laisser entrevoir que ce rapprocher ment fût possible. Les nouveaux députés , sur* tout, qui, comme moi, ne connaissaient pas tous les antécédents du parti et la rivalité prononcée qui existait entre Yilléle et La Bourdoûtiaye , ne pouvaient se persuader, malgré les bruits qui couraient, que l'alliance de Villèle et. du ministère fût déjà prête à se conclure*

«r Rien, cependant, n'était plus vrai; mais, comme YiUèle avait en quelque sorte honte de sa position, il se passa encore quelques jours avant la notification officielle de cet ultimatum à la réunion.

H Une proposition , qui paraissait toute sim*pie et que fit Vaublanc, donna à celte prejïiiére séance du ssilon de Piet uiié physionomie toute particulière sur les rivalités qui existaient eûr tre les matadoirs du coté droit.

« Prenant son texte du renfort considérable que les grands collèges envoyaient au côté

go NOUTEAIIX

droît^et de rexigiiité du local 4e Piei pour cevoir tant de luoade , yaul)lanc proposa donc d'avoir deux réupions par' semaines an lieu d'une seule; et ponr nie pas causer trop d'em-» barras à Fiçt, il «offrit son sakm qui, par sa grandeur, permettait d'y admettre beaucoup 4e députés.

«r Villèle, qm vit une attaque directe dans cette proposition , »'y opposa de toutes ses forces, et il a{^uya principalement sur cette couêidération que cfeux réunions différentes entraineraient nécessairement de la désuoioa; et que dans Fétat actuel des choses , il fSsdlàit {^s que jamafis se tenir serrés.

cr Yaublanc et La Bourdonnaye èembattirent de leur c&té les craintes de ViUéle , mais il soutint fortement son opinion , e€ ii finit par Ja laure partager à la majorité de la réunion qui décida, en conséquence , que le salon dePiet serait, comme de coutume , les jeudis de cha-' que semaine, le point unique de réunion pour le parti.

« Villéle avait bien ses raisons pour s'oppo*sw à cette proposition , car si elle eut passé , il risqnait de perdre en huit jours^ tonte son inr fluence sur le côté droit. En elfet , 1» seconde réunion présidée par Vaublane aurai!) été travaillée dans uu sens tout opposé à celui de

MÉMOIIIES SECRETS. 9I

Villèle, qui y privé en outre ou trôehement Piet, n^aurait plus eu en conséquence la faculté de faire arriver à la réunion ses pensées ou plutôt ses ordres.

fc Malgré la décision qui maintenaif notre quartier général chez Piet , il y eut une vihg* laine de gens forts qui se donnèrent rendez-vous chez Vaubtanc..,.

(iSai)...^9t La position de réxtrême dtoiAe devenant de jour eo jôar plus difBeilé à garder sans se séparer tout^^fait de ceux qui suivaient Timpulsion du ministère, il fui rëaehi d'y porter remède; et à. cet , effet ,. on se réunit le 1 1 avril au soir ebez La Bourdonnaye» Parâii les trente à peu prée qui firent fidélea à ce readez-vousy on comptait prindfNdemeni :

MM. Brenet.

MM. Biihamd^

Dupl(essî&-Grenéd«ii»

Berbis.

Yaublanc.

Bounous.

De Coîslin.

Bubotàil^.,

Margadel.

Blondel d'Aoberc.

Clausel ' de Gousser-

gues.

Boucher.

Dudoji.

De Curzay.

De Cayrol.

Donnàdîeu.

Là Bbuillerîe.

LéristedttJfoadMrittil.

Oq Ke^giMila; (Ittaor

che).

Desbrel d'Escorbiac.

OUivier ( Seine J^ De Chambon.

ga NOOYEAUX *

<r II fut décidé ^ après une longue discus* sion dans laquelle La Bourdonnaye fit preuve d'un grand talent ( car il parle encore mieux en petit comité qu'à la tribune ), que Ton fe-* rait, le lendemain jeudi ^ chez Piet une décla-* ration de principes.

(( Chacun fut exaqt au rendez-vous ; et il avait été convenu de se disséminer dans le salon de Piet afin de pouvoir exercer une plus forte influence, en faisant partir des signes d'apjpro^ bation, de différents points^ aux propositions dont La Bourdonnaye s'était chargé de présenter l'ensemble. "Et pour ne pas efiaroucher les gens timides et les amener à nous soutenir, La Bourdonnaye devait procéder avec modération dans l'exposé des griefs contre le ministère.

« Son discours , fait avec beaucoup d'art , ne fut cependant pas exempt de force , et il démontra fort bien que nous ne pouvionsf , sans compromettre nos principes , continuer à soutenir le ministère , s'il ne cessait pas de marcher dans l'ornière où il était engagé depuis long-temps, et s'il ne donnait pas d'autres garanties que celles d'avoir admis , p»ur la forme, deux de nos amis dans le conseil.

« C'était bien jusque-là. Mais en arrivant à sa conclusion , il laissa entrevoir que si le ministère demeurait toujours sourd à potre voix et

MÉMOIRES SECRETS. qS

que nos amis ne cessassent pas alors d'en faire partie , il faudrait les abandonner aussi. Tous nos gens timides prirent peur^ et je yU bien (m'a conté Brenet) que l'affaire se gâtait, ce Alors ( me dit-il ), comme j'avais la parole fc après La Bourdon naye et que les partisans de ti Villèle s'imaginaient bien que j'allais parler « dans le même seiis^ ils voulurent me fermer ic la bouche. Corday, surtout^ et Benoist, qui ff étaient près de moi , faisaient pour cela tous u leurs efforts. Mais Cayrol se fâcha et dit f< fort sèchement à Benoist que les ministres ne (( devaient pas avoir d'influence dans notre il réunion. Cette apostrophe ramena le calme, u et je pus enfin me faire entendre. Tout en (c appuyant la proposition de La Bourdonnaye, u j'adoucis beaucoup ce que sa péroraison avait cr eu de trop fort pour les estomacs débiles de « nos trembleurs , et Corday lui-même finit par c< m'approuver. — Vous voyez bien , lui dit ir alors Cayrol , que vous aviez tort de vouloir a empêcher le docteur de parler. »

« Richard de la Loire-Inférieure , médecin comme Brenet, mais qui avec beaucoup d'esprit et d'excellents sentiments n'avait cepen*^ dant pas la force de son confrère, se chargea de lui répondre. Il ne put s'empêcher de convenir des fautes du ministère. Mais, mettant

q4 nouveaux .

en balance. le danger d'une déstinieo dans le nxoiflMnt où nous nous trouvions^ il en tira la conséquence que cette désunion serait un pré-* sage de victoire pour la gauche » dans les bras de laquelle nous pousserions le ministère si nous forcions nos deux amis à quitter la partie*

« Comme la force morale est de toutes les qualités de Thomme celte qui se remonte le plus rarement chez lui p et que dans une posi-* lion critiqiie on recule efiectivement quand on reste stationnaire , au lieu d'avancer, le plus grand nombre de nos gens, par piisillahimité morale, préférait cette inaction à un coup de force dont ils redoutaient les suites qui leur semblaient devoir être l'arrivée de nos adversaires dans le conseil du monarque^ Avec un peu de réflexion^ cependant, ils auraient vû^ ces gens timides, que la chose était impossible^ et qu'au contraire un coup de force du oôté droit devait amener ses chefs à la tête des afibi^ res. L'événement a, depuis , justifié cette prévision de ceux dont le caractère plus prononcé voulait tout ou rien.

« Kergariou appuya les raisonnements de Ri« chardqui teodaientàconserver notre union.Tou-* tèfois il ajouta que nous devions conserver aussi toute notre indépendance pour pouvoir combat^ tre au besoin le ministère s'il ne s'arrêtait pais.

MÉMOIRES SECRETS. gS

u Baithe La Bastide appuya cet avis ^^ et M. de Bonald vint ajouter le poids de ses raîsoilnà-» meûls à ceux que nous avaient déjà exposés les partisans de runion*

ir Voyant que la discussion ne sortait pas de ce terrain neutre dans lequel oa semblait vou-» loir la circonscrire » La Boûrdonnaye reprit la parole et s'attacha à développer davantage no^ tre position. Il déroula la $uite des fautes et si ce h*estf dit-il ^ de la trahison du ministère. H mit avec beaucoup d^énergie sotis nos yeux le tableau de la faussé position dans laquelle le ministère plaçait la France par rapport à Té-» tranger»

H Comet-dlncourt essaya de répondi*^ et d'excuser en conséquence nos deux amis que La Boûrdonnaye n'avait pas , encore cette fois ^ ménagés plus que la première. Sa harangue nous ayant décelé f si je puis m'exprimer ainsi ^ toute la force du parti faible contre lequel nous avions à lutier et l'impossibilité d'amener à de^ mûSures fortes tous ceux que Yillèle et €or«bière traînaient à leur suite ^ nous n'i^ttendimes pas la fin du phébus du député de la Somme et nous allâmes nous coucher.

cf U résulta , cependant , de cette séance une espèce de coup de fouet donné au ministère et l'inquiétude de voir sa majorité se désunir tout'

^6 ROOVEADX.

à-fait s'il n'eissayait pas de nous donner quel-» ques garanties.

u Le i6 ayril/ au soir, nous nous réunimed une seconde fois chez La Bourdonnaye. Duha'^ mel ouvrit la séance en nous assurant qu'il savait de bonne part qu'on cherchait à faire intervenir S. A. R. Monsieur dans nos débats intérieurs y et à la prévenir défavorablement contre les intentions des membres de l'extrême droite.

(c Vaublanc s'empressa de nous rassurer à cet égard ; et il nous donna la certitude que la belle âme de Monsieur était incapable de soupçonner les intentions des défenseurs les plus zélés du trône.

ce Du Camboust de Coislin fit cependant observer à Yaublanc que la vëilte, à sa réception, Monsieur lui avait dit : « Il ne faut pas se sew parer, et marcher toujours ensemble. »

(f De Chambost assura que S. A. R. lui avait tenu également le même langage en ajoutant, pourtant, ce qui était capital : ce II faut mar- (r cheflmis^ mais cependant avec fermeté. »

ce II nous resta de tous ces renseignements la conviction qu'on fait souvent parler ce prince quand il ne dit rien. Et La Bourdonnaye nous cita à cet égard un fait qui lui est personnel et qui date de l'année dernière. '

MillOIKBS SBCRBTS. 97

If Au moment de monter à la tribune , nous t< dit*il , pour parler contre les ministres à cr propos d'une loi financière^ un quidam me fit u demander dans la salle des conférences. C'était « le général '^**, qui m'annonça que M, le comte « de Bruges l'avait chargé de me prévenir , de m la part de Monsieur ^ de ne pas être , dans tf cette circonstance y hostile contre les minis- « très. Je répondis à cette insinuation que le « fait était assez important pour croire que tf si S. A. R. avait voulu me faire connaître sa « volonté à cet égard, elle l'aurait fait directeu ment et sans avoir besoin de se servir de « deux intermédiaires ; qu'en conséquence , je f( monterais à la tribune et que j'y parlerais « contré les ministres»

tf Voulant cependant éclaircir cette intrigue^ « j'allai le soir demander une audience à Mon^ « sieur, qui me reçut fort bien et m'assura qu'il ir n'avait donné aucune espèce d'ordre à cet ir égard à M. de Bruges; et ce dernier inteiv tf pelle déclara être également totalement étran*» tf ger à cette intrigue qui avait été ourdie par tf la police de maître Decazes. n

tf Donnadieu prit son texte de cette dernière phrase de La Bourdonnaye pour nous dire que les intrigues de la police étaient aujourd'hui les méipes qu'autrefois. Les habits^ ajouta-t-*'il^

g8 MOUVBAUX

n^ont pas même été retournés; et les correspond dances privées vont leur train tant en Âllema* gne qu'en Angleterre. Je connais quelqu'un , continua-t*-il , qui est possesseur d'une partie de la correspondance de Decazes avec les différent» ministres : correspondance qui est originale et qui a été payée fort cher. Elle prouve que les -leviers dont la police se sert journellement sont toujours les mêmes que jadis; et il cita, à cet égard, le fait arrivé dernièrement au sujet <iu retour de M. Decazes. Toutes les plumes de la police ont été employées à faire des rapports pour le Roi, dans lesquels on fait parler les royalistes les plus connus d'une manière forte sur l'ancien favori; mais, en même temps^ Jbrt irrespectueuse pour le roi. Ces rapports sont chaque jour mis sous les yeux du prince^ et de là sa haine contre nous.

ce Cette tactique infernale / ajouta Donna-* dieu ^ a toujours été celle de la police , qui dé* nature ainsi les intentions des royalistes pour entretenii: les préventions du roi, et l'isoler de plus en plus de toute sa famille et de ceux qui sont ses plus fidèles et ses plus zélés serviteurs.

ce Ainsi la police est véritablement la clef delà voûte ministérielle; et c'est elle qu'il faut surtout attaquer si on veut renvoyer cet infâme

MiMOlHES SBCRETS. ^

mMstére et arracher nos deux amis du bourbier dans lequel ils sont tombés comme de Tëritables niais.

ir Donnadieu , pour appuyer cette dernière assertion^ et nous faire connaître que Villële et Corbière sentent bien la triste position dans laquelle ils sont placés , nous raconta qu'un ami de Corbière lui faisait dernièrement des reproches sur son agrégation avec des gens

qui perdaient la monarchie , etc., etc., et que pour toute réponse le grand maître de Tuniversilé se mit à pleurer.

(c Donnadieu y qui était en verve ^ se jeta ensuite sur la politique étrangère et nous fit sentir que peut-être si les choses ne changeaient pas, nous verrions un jour les armées des puissances du nord se déborder encore vers la France pour passer en Italie et en Espagne , donnant ainsi à notre cabinet le soufflet de. n*étre compté pour rien dans les mesures que la Sainte-Alliance siéra dans le cas de prendre pour le salut du midi de l'Europe.

a La discussion s'étant ensuite établie sur notre position vis-- à- vis du ministère, et sur le peu de succès de notre dernière tentative chez Piet, Du Camboust de Coislin fut d'avis d'attaquer chaque ministre séparément toutes les fois que l'occasion s'en présenterait. De cette

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