‹ Nouveaux mémoires secretChapitre 5 sur 16 · VOUYEAUX · texte numérisé non relu

VOUYEAUX

portait M. de Jouvencel opposé au minigtére , et M. Destouches agissait, pour l'empéchér d'être élu. Rien ne lui coûtait. 11 écrit à M. R...» négociant, pour s'assurer de son suffrage et Finvite à passer chez lui. M. R... ne répond ni ne bouge. Nouvelle lettre : même silence, même immobilité. Les cartes d'électeurs se distribuent, M. R... est oublié dans la répartition. Il écrit pour réclamer. Monsieur le préfet lui répond galamment qu'il a voulu avoir le plaisir de lui remettre lui-même sa carte. M. R... se rend à la préfecture. Il y trouve M. de Vérac, pair de France , qui. l'exhorte à porter le candidat ministériel; M. R... réplique qu'il vote d'après sa conscience, et que M. de Jouvencel lui parait réunir toutes les conditions. M. Destoucbes alors exprime la surprise qu'il éprouve en y OY^nt un marchand (d'un ton de mépris) à la tête d^une coterie. Le négociant exprime le mécontentement que lui cause ce langage. Sa femme fournissait de modes les dames de. Versailles. Elle était brevetée de madame la ducbesse de Berri. M. Destouches dit franchement à M. R... qu'il lui fera le plus de mal possible. S'il a toujours tenu ses promesses aussi religieusement y c'est le plus honnête honime du monde. Le brevet fut retiré : le préfet déclara suspectes toutes les personnes qui se fourni*

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raient chez M. ou madame R... Celte menace eut son effet, et M. R... ne vendant plus ou du moins voyant sa clientelle considérablement diminuée, se vit forcé de plier bagage et de transporter son commerce à Paris où il est établi. Il estime à 1 10,000 francs la perte que lui a causée M. Destouches. M. de Jouvencel a été élu en novembre 1827, et la France n'en va pas plus mal.

5 maL — Congrégation. — Plusieurs détails furent donnés dans diverses séances sur l'existence incontestable de la congrégation. Nous nous bornerons pour aujourd'hui aux suivants, qui furent exposés ( séance du Z mai ) par M. Marschal. Ce député prouva que , malgré la dénégation mensongère ( ce sont ses expressions) de M. de Peyronnet, on avait soumis les caJadidats à d'autres épreuves que celles dont la loi avait fait dépendre leur capacité. On exigeait d'eux des certificats de royalisme et de catholicisme. Lorsque ces certificats étaient arrivés au ministère, la police secrète des dé* partements était consultée par l'administration supérieure, sur les sentiments politiques et religieux des prétendants. Ceux qui avaient quelque appui dans la congrégation, avaient toujours la préférence.

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(( Cette congrégation conserve encore toute son activité. Voici des faits : une pièce qui circule publiquement dans le département de la M eurthe , sans y exciter ni démenti ni répression, prou v,e jusqu'à Tévidence qu'envertud^une décision du pape et sous la protection de l'évèque de Nancy (i), on enrôle la population de ce pays sous le nom de la propagation de la foi; qu'on la divise par centuries et par décuries commandées chacune par un chef particulier ; qu'on grève cette population d'une contribution régulière sous le prétexte de la distribution des indulgences. On ne peut se refuser à recon- ^ naître dans de semblables mesures, les actes d^un souverain étranger^ exécutés en France sans les ordres de sa majesté. On n'y voit pas sans inquiétude une armée de prolétaires levée en silence et sans opposition, tandis qu'on déverse le blâme sur ces réunions préparatoires sans lesquelles les électeurs ne pourraient se concerter pour faire de bons choix. Plaignons ceux qui, sans en pressentir les funestes conséque^ces , soutiennent des entreprises déguisées sous le nom de propagation de la

(i) On trouvera à la date du 3o décembre, sur les ordonnances et l'état de la religion^ un fait concernant cet évèque qui coïncide avec celui-ci.

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foi. Mais c'est aux ministres à en rechercher les auteurs , à venger Fautorité royale mécon- Bue, à nous débarrasser enfin de ce vaste réseau qui enveloppe toute la surface de la France^ car c'est partout et jusque dans la capitale que se trament ces odieuses menées. »

Après avoir prouvé que les jésuites exploitaient publiquement la charité, et renseignement publics dans le département du Puy-de- Dôme y l'orateur termine par ces mots : a Tout cela ne tend à rien moins qu'à diviser la France en deux camps , Tun congréganiste et anticonstitutionnel^ et l'autre constitutionnel et anti-prêtre. »

4 mai. -— M. de Sèze. — M. de Sèze est mort^ le 5 mai 1828^ d'une fluxion de poitrine. Il était né en lySo. Tout le monde sait le beau rôle qu'il a joué. Il mérite de faire partie du cortège de Louis XVI y pour aller à la postérité la plus reculée. Mais celui qui y dans ce cortège^ doit briller de l'éclat le plus vif ^ celui que la France peut opposer avec avantage à tout ce que l'histoire a de plus admirable y à tous ses modèles de courage et de dévouement^ transmis d'âge en âge, jusqu'à nous, c'est Malesherbes.

5 mai. — Cabinet noir. — ^^ Depuis long-temps

on attaquait M. de Yaulchier, directeur gêné* rai de Tadministration des postes , sur le cabi^ net noir : nom donné au local dans leque^ on décacheté les lettres , soit au départ , soit à rarrivée. Ce cabinet existe depuis Louis XIY ; il a profité du progrès de$ arts et des lumières pour arriver à la perfection. Louis XV, d'autant plus amateur de scandale que lui - même en était un objet , Louis XY se faisait rendre compte de toutes les intrigues amoureuses et des secrets de famille. Pour satisfaire ce goût , le grand maître et surintendant général des postes (place créée en lyiS) arrivait à des jours fixes avec un bulletin analytique , sans doute fort curieux, qu'il communiquait à sa majesté.

L'usage de décacheter les lettres a toujours continué, et nos gouvernements révolutionnaires ne s'en faisaient fstute. Mais ils ne. mettaient pas tant de soin et de mystère à cette opération. Les lettres qui compromettaient les personnies auxquelles elles étaient adressées , ne leur étaient communiquées qu'en prison où l'on commençait par les mettre ; et de la poste , ces lettres passaient au dossier du procès. Celles où l'on ne trouvait que des choses indifférentes étaient remises à leur adresse, souvent décachetées , quelquefois avec un nouveau cachet mis

à côté du véritable; mais jamais avec ce der* nier qu'on aurait pris la peine de refaire. Sous l'empereur on mit plus de soin ; mais comme il étuit puissant et fort^ il dédaignait ces moyens, et en général , on ne s'en servait que pour découvrir des complots.

La restauration du cabinet noir a été complète après le règne de Napoléon : les employés de ce bureau sont experts et retors dans l'art de décacheter et recacheter une lettre.

M. le marquis de Yaulchier a toujours nié l'existence de ce cabinet remarquable par l'appareil, par la réunion des instruments néces-" saires , et par l'adresse des metteurs en œuvre. Dénoncé plusieurs fois à la tribune, il s'en est toujours tiré comme Arlequin. Un jour ( le 4 ou 5 mai), il fut sommé de répondre à cette question : Le cabinet noir existe-t-il, oui ou non ? Comme il s'acheminait vers cette tribune, véritable sellette pour plusieurs députés , tout le côté droit lui criait de ne pas y monter.

M. de G)rcelles, qui siège à l'extrême gauche, se tournant vers ce côté, dit : Eh I messieurs , n'ayez point d'inquiétude , il ne dira rien ; et M. de Corcelles eut raison.

Mai^ un petit incident vint déranger le stoïcisme de M. de Yaulchier. Un particulier nommé Chaudon reçut une lettre à enve-

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loppe^ dans laquelle était avec la sienne une autre lettre timbrée , taxée , frappée du double sceau qui indique les jours de départ et d'arrivée : elle était adressée à une madame de Sainte- Placide. Ce fait prouvait à n'en pouvoir douter que par étourderie , en remettant la lettre à M. Chaudon ^ on y avait ajouté celle qui était destinée à la bonne religieuse. M. Chaudon écrit au Courriçr français^ une lettre dans laquelle il rend compte de tous ces détails.

Grande colère de M« de Yaulchier qui donne un démenti , et ment lui-même en .t^pliquant Terreur , puisqu'il suppose une lettre sû&plejlan& le pli de laquelle se serait glissée celle, à ma^ dame de Sainte -Placide. M. Chaudon a répliqué (^Courrier du lo mai) par la description de l'enveloppe dont les quatre coins réunis sous un cachet rendaient, l'insertion d'une autre lettre impossible , a moins de rompre le cachet.

Q^ qu'il y a de singulier^ c'est que le Chur^ r(er français stn\ a\t parlé 'de cet incident^ et qu^AUCun journal >ii'ait répété ce fait : ce qui prouve que ee journal est le seul qui se soit affranchi du joug des considérations.

Pour en revenir an cabinet noir , vdîci les détails qui furent oiBicielllement donnés dans la séance du 5 mai, et ifai méritent d'hêtre conser-

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Yé8 (i). « Ce cabinet était le laboratoire d'un comité de vingt-deux membres. Ils profitaient des ténèbres pour se rendre à des heures convenues dans cet odieux repaire , et n'en sortaient qu'avec les plus grandes précautions, pour se dérober aux regards du public : So^ooo francs par mois, pris sur les fonds d'un ministère, servaient à solder ces vils employés. Dans la nuit du 5i janvier dernier, ce comité a été dissous. Les meubles , les instruments , outils et ustensiles, tout l'attirail disparut à la faveur de la nuit » «

L'orateur ajoute qu^il avait les renseignements les plus positifs , et , comme on ne peut pas tout révéler à la tribune^ qu'il prenait l'engagement de les confier à la loyauté du ministre des finances.

La cause du cabinet noir était bien mauvaise ; après de telles attaques , il fallait pour la défendre cette sorte de courage aussi peu digne d'estime que d'envie, et qu'un membre de l'assemblée constituante appelait le courage de la honte. Ce fut 'M. Marcassus de Puymaurin qui se chargea de cette défense, (c Je sais , dit-il, que le cabinet noir a existé sous Louis XIV,

(i) Ils ont été publiquement donnés par le rapporteur de la commission des pétitions.

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Louis XY, la république et Tempire. Sous Louis XIV et Louis XY^ le ministre des aiïaires étrangères payait les frais de son entretien , et découvrait par ce moyen les correspondances des espions et des émissaires des cours étrangères résidant à Paris; leurs projets contre la sûreté de l'État et la tranquillité de la France étaient découverts et rendus inutiles n. Ici plu-* sieurs exclamations interrompent l'orateur. On l'invite à citer quelques faits , à signaler l'une de ces conspirations; mais ne tenant aucun compte de ces demandes indiscrètes^ M. de Puymaurin continue de justifier le cabinet noir^ en prouvant seulement qu'il a existé en Angleterre et chez nous^ sous le gouvernement républicain, consulaire, impérial : la logique de l'honorable orateur consiste à dire cfue, puisque le cabinet a existé, il a dû exister et doit être maintenu , car, « le gouvernement de cf notre bon roi , dit-il, serait le seul qui , par « un scrupule mal fondé , ne pourrait déoouff vrir les manœuvres de ses ennemis. » G>aHiie s'il n'était possible d'obtenir ce résultat que par un cabinet noir! François P', Henri lY, n'en eurent point : Louis XIY, dans la plus brillante partie de son règne, ne connut pas ce moyen. Ce ne fut qu'à son déclin qu'on en fit usage.

M. Marcellus fut énergiquement réfuté par M. Daunant^ qui, repoussant ces honteuses doctrines avec indignation y s'écria qu'il ne fallait pas que la France crût que son gouvernement ne pouvait se soutenir qu'à l'aide de turpitude» et de crimes ; « N'invoquez pas , ajouta- 1- il, (f comme moyen de conservation pour l'autoce rite, des infamies que le Code pénal a pré- « vues; parlez un peu moins de religion ^et a de morale, et n'amollissez pas les cachets. »

II mai. — Statistique de Montrouge."^ Le maire de Montrouge a fait dans le mois d'avril une descente à la maison centrale des jésuites. Il agissait en vertu d^ordres supérieurs. Assisté de l'adjoint et du greffier, il s'est présenté avec tout l'appareil municipal, a fait des questions au supérieur et rédigé un procès-verbal de toutes les réponses qu'il en a reçues. Ces questions lui avaient été désignées. Le supérieur , ne pouvant justifier d'aucune autorisation légale , s'est contenté d'invoquer la permission verbale de l'archevêque. Cette visite inattendue n'a point paru faire plaisir aux révérends pères. C'était un événement pour les habitants de Montrouge que de voir pénétrer enfin dans une maison où personne du pays n'avait pu entrer jusqu'à ce jour; car les pré-

cautions des enfants d'Ignace, pour s'isoler des habitants et pour échapper à leur curiosité , étaient et sont excessives. Toutes les fenêtres sur la rue sont murées. La* porte principale est pour Sfinsi dire condamnée. C'est par des por. tes pratiquées au bout d'un enclos et du côté des champs que les affiliés entrent et sortent. 'Enfin les arrivées et départs principaux n'ont lieu que pendant la nuit.

ir Le mouvement du personnel dans cette maison centrale a du être considérable si Ton en-^juge par la quantité de passe-ports que la mairie de Montrouge leur a délivrés dans les premiers temps. Car sous le dernier ministère , c'était directement de la préfecture de police qu'ils tiraient leurs feuilles de route^.

ce II est certain aussi qu'ils soiit en très* petit nombre à Montrouge. On assure même qu'une grande partie du mobilier a été enlevée. Leur présence attriste ' le pays et lui fait beaucoup de tort. Mais il ne faut voir là qu'un déplacement. La faction qui les a ramenés en France reconnaît probablement combien il a été maladroit à elle de les laisser s'établir aux portes de Paris. Elle les éloigne. Voilà tout.

u Oh sait d'ailleurs que , lorsque les agents supérieurs des jésuites sont trop connus^ on les.

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traite comme des espions de police. On les' remplace. >i

Cet article est extrait des journaux (ii mai

Il faudrait savoir quelle autorité faisait agir le maire ^ quelles étaient les questions qu'il devait adresser aux saints homnikes, et s'il lui était enjoint de n'en point faire d'autres.

Il y a des choses qu'on sait sans les avoir vérifiées parce qu'elles doivent être ce qu'elles sont. Montrouge devait être conforme à la description qu'on vient de lire. Le bon sens disait qu'il fallait que ce nid de jésuites fût enveloppé de nîystères et de précautions.

Heureusement le bon seh^ nous assure ai^ssi qu'il est impossible que cette domination s'établisse d'une manière solide. L'échec qii^elle vient de recevoir en perdant le ministère Villèle, Peyronnet et Corbière, est uii, avertissement

(i) Le lendemain y la Gazette et la Quotidienne parlèrent de cette vLdte à- Mpntrouge, et la présentèrent à l'avantage des jésuites , qu'elles prétendaient' être persécutés. Le ipéme jour i a , tous les journaux parlèrent du résultat connu, quoique secret, de la commission ecclésiastique dans laquelle cinq membres contre quatre avaient déclaré qUe l'existence de la société n'était pas contraire aux lots.

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dont elle ne profitera point y parce qu'il est pos* sible que cet échec ne soit encore que passager. D'ailleurs^ quoique d'une grande prudence , quoique consommée dans Tart de gouverner les hommes, et habile dans tous les calculs , les combinaisons, les ruses qui agissent sur l'esprit humain, la société de Jésus ne veut pas se rendre compte de l'état actuel de la civilisation 6u ne le ^ent pas. Son ambition l'aveugle. Il y a un grand livre dans lequel elle ;ne sait pas lire. L'abbé de La Mennais n'en a fait que. le titre. Il est écrit partout.

i5 Tuai. — Hier les journaux rendirent compte du résultat de la commission qui , à la majorité de cinq voix contre quatre , avait reconnu comme légale l'existence des jésuites.

Cette décision était facile à prévoir d'après la composition de la commission. Sur neuf membres, cinq étaient bien connus, deux comme jésuites , et trois comme partisans des jésuites.

Cette décision est révoltante en ce qu'il y a là chose jugée y qu'on juge de nouveau. L'existence des jésuites, et sous ce nom, serait précisément la seule chose illégale qu'il y aurait dans leur affaire. Ils peuvent éluder la loi^^ exister de fait sous tout autre nom.

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Il est probable que cette décision fera beaucoup de mécontents.

i4 mcU. — Listes électorales. • — Avant le ministère actuel^ un des spectacles les plus curieux pour Tobservaleur désintéressé ^ était le champ de bataille des élections. La force en était bannie et l'ambition n'employait d'autres armes que l'adresse et la ruse. Là, plus de morgue , plus d'orgueil , plus de froideur : là ^ régnaient la politesse^ les manières accortes. Jusqu'à ce que les choix fussent faits, le plus mince électeur était un être important , et son suffrage mis à prix.

L'assemblée ressemblait à la cour du lion,

« Dont Fouverture

« Devait être un fort grand festin , « Suivi des tours de Fagotin. »

Le festin avait toujours lieu ; les tours se faisaient ^ quoique Fagotin ne parût pas toujours.

Il s'agissait de faire sortir un nom de l'urne avec un plus grand nombre de suffrages qu'il n'en avait pendant le séjour qu'il y avait fait.* Tel était le problème à résoudre, et dont la solution dépendait d'une adresse parfaitement analogue à celle dont se servent avec tant de

succès Comte ou Olivier (i). Mais avant d'en venir là on épuisait tous les autres moyens; la vanité^ l'intérêt , l'espérance ^ tous les genres de séduction étaient mis en jeu. Mais ils finirent par être coûteux , parce que les promesses ne suffisaient plus, l'expérience ayant appris qu'au dépouillementdu scrutin , la chose promise et le nom sortaient à la fois, l'une de la mémoire et lautre de l'urne : le tout alors ^ pour cinq ans.

Plus tard , ce premier problème fut remplacé par celui-ci : comment faire pour obtenir la nomination de Pierre , de préférence à Paul qui jouit de plus de considération et méri(e mieux que lui l'hommage de ses concitoyens? L'intrigue s'agitait pour faire changer la direction des suffrages et mettait en usage une tactique savante. La veille elle faisait circuler des bruits

* défavorables à celui dont elle redoutait l'élection. Des doutes perfides , des réticences traîtreusement charitables, accompagnaient ces bruits. La calomnie agissait dans l'ombre : elle faisait une blessure dont la cicatrice était inef«* façable. On ne se rendait pas compte le lende-

* main de l'impression reçue : on hésitait, on

(i) Célèbres escamoteurs.

Gnissait par donner sa voix à Paul que la calomnie réservait pour une meilleure occasion , ou qui, peut-être , était son instrument dans celle-ci.

Ce moyen né réussissait pas toujours. On changea quelques circonscriptions pour décourager les électeurs : on donna un double vote , pour déplacer la majorité. Ce ne fut point encore assez : le concours de ces moyens n'obtenait pas toujours le résultat désiré. La composition des listes électorales légalement faites était souvent un obstacle qui faisait avorter les calculs les plus savants et les' combinaisons les plus habiles. On altéra ces listes, et faux électeurs parurent en grand nombre, et le ministère eut enfin la victoire; mais on ne désespéra point de la cause constitutionnelle, parce qu'elle était l'expression de la presque universalité des citoyens.

Remarquons en effet que maître une fois, et pendant sept ans, de la majorité, il n'osa point, quoiqu'il en eût le pouvoir, provoquer les mesures les plus propres à combler ses vœux. Remarquons que pendant son régne, pendant qu'il était encore possesseur de tout son pouvoir, de tous ses moyens , du moment où les collèges furent convoqués , le prestige fut détruit par un mouvement spontané.

Mais il n^en était pas moins nécessaire de détruire les moyens illégaux dont il s'était servi , et particulièrement la faculté de faire de faux électeurs, le plus puissant de tous : c'est ce que proposait le ministère actuel par le nouveau projet qui fut adopté, dans la séance de ce jour, par deux cent cinquante-sept députés, contre cent cinq. L'objet était la confection des listes électorales, de manière à rendre la fraude impossible , ou du moins très-difficile. Quoiqu'on reprochât à cette loi -d'être insuffisante, incomplète, les membres les plus connus par leur esprit d'opposition n'en^ convinrent pas mpins qu'elle faisait entrer dans de meilleures voies.

emprunt de quatre-vingts millions. — M. 5/mon-Lorière. — ^Le lendemain, 1 5, s'ouvrit la discussion sur le projet delà loi tendant à autoriser le ministre des finances à faire inscrire au grand livre de la dette publique , jusqu'à concurrence de 4i00o,ooo de rente. A propos de cet emprunt de 80| 000,000, M. Ternaux exprime une opi-* nion qu'il est bon de conserver. « Les emprunts et les armées permanentes, dit ce député, sont les deux grands fléaux des sociétés modernes. Lsuloi présentée viendrait encore perpétuer un système financier qui ruine l'avenir des peuples,

iin systèbie militaire qui inquiète leur liberté. De deux choses l'iine : ou notre position financière est réelle, et alors/ comme nous ne devons entrer dans aucune guerre d'ambition ou de conquêtes , noâ ressources suffisent pour la conduite ferme et mesurée qui convient seule à la France ; ou notre position n'est qu'apparente , et il faut sonder l'abime avant d'y jeter encore des millions, qui sans doute ne le combleraient pas. Si l'on veut prévenir une conflagration générale qui menacerait notre indépendance, ce qu'on vous demande est insuffisant. Ce ne sont ni cinquante, ni cent mille hommes^ ce ne sont ni qtiatt*e-vingts, ni cent millions qui pourraient nous défendre; il faudrait alors que la nation menacée déployât toutes ses forces^ et elle ne trouverait son salut que dans cet élan irrésistible de tout un peuple uni par l'amour de son roi.... Tel est le vœu manifeste de la France entière ; c'est l'exécution pure et simple de la Charte, sans arbitraire et sans réticence : telle qu'elle parle' dans la franchisé de son texte. Telle qu'elle est, il faut qu'elle suffise au pouvoir, comme elle suffit à la liberté* Pacte sacré entre la nation et son roi , la Charte est le premier besoin- du peuple : elle est aussi le livre de vie de l'administration , avec elléf tout est facile^ »

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M. Ternaux gui vote contre le projet , expose les motifs pour lesquels ii le rejette ; il est, ou du moins il parait être reçu dans l'usage parlementaire^ de récapituler tous les motifs de mëcontentement qu'on peut avoir pour refuser son vote, quoiqu'ils n'aient aucun rapport avec la question. Cet usage est justifié parce que le vote repose 9ur la confiance , et que si ta confiance est altérée par des faits étrangers à l'objet mis en délibération , où n'est tenu qu'à rappeler ces faits.

Ainsi M. Teroaux , après avoir rappelé que le vceu manifeste de là France entière était l'exécution pure et simple de la Charte, signale If ce partî^prétre qui n'avouera son existence ({ qu'après son triomphe , ce parti qui brave ff nos lois f viole ouvertement la Charte dans M son esprit et dans son texte; et, puissance (I occulte, pousse dans l'abime, l'administra^ « tion de l'état social. »

Un grand nombre de séances furent occupées par la discussion sur cet emprunt de 80,000,000. Toutes furent plus ou moins remarquables par les discours des orateurs qui ne s'écartèrent point de la gravité du sujet. Un seul, à la fin de celte discussion mémorable, se chargea de l'égayer; ce fut M. Marcassus de Puymaurîn.

On est toujours sûr de le trouver dans de sem-

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blables occasions. L'honorable orateur monte donc à la tribune ( séance du s t mai ) y pour proposer ixtk amendement, et s'exprime dans ces termes : « Je regrette, messieurs, dît-il , 'd'aroir un organe un peu désagréable. Le timbre de ma voix est un peu fêlé. » Après ce court exorde qui ne trouve nulle contradic^ tion , l'orateur craint que les 80,000,000 demandés ne soient pour prêter aut Grecs, tr Mais les Grecs, s'écrie-t-il, pourraient, pour « solder celte dette , réclamer les trésors que ic Brennus, avec les Gaulois et les Tectosages, « enleva dans le temple de Delphes. Déposés ic à Toulouse, dans le lac sacré ^ auprès du tr temple d'Apollon, ils furent enlevés par a CépioU^ proconsul romain. C'est cet or que (r les auteurs désignent sous le nom ^aurum cr tolosanum. » C'est sur ce fait que M. de Puymaurin appuyait l'amendement par lequel il voulait qu'on déclarât dans la loi, qu'aucune partie de l'emprunt ne fût prêtée à aucun gouvernement étranger» Malgré la solidité de l'argument et l'étonnatlte érudition de M. Marcassus, son amendement fut rejeté à l'unanimité, moins une voix .On procédaensuite à l'appel nominal sur l'ensemble de la loi qui, Sur (rois cent cinquante* deux votants; fut adoptée à une majorité dje deux cent quatre-vingt-sept , contre soixante-cinq.

La séance du lendemain , 22, fut occupée psir une proposition de M. de Grammoqt, relative à la reconstruction de la salle , sur laquelle on passe à l'ordre du jour; par la discussion sur la demande de M. de Caux, d!un, crédit de .3oo,ooo francs , pour les traitements de réforme à payer aux officiers en non activité, ce qui fut accordé ; enfin par le projet relatif à l'interprétation des lois. Ce dernier fut adopté dans la séance du 27 mai. Sur deux cent quarantetrois votants^ trente et un seulement rejetèrent le projeL

La réclamation de M. Simon-Loriére contre la décision prise en 1820 , qui destitua cet officier sans jugement, et le priva des avantages que lui donnait sa position de chef de bataillon, remplit la séance du 24 mai. Cette réclamation présentée à chaque session avait été d'année en année, frappée de Tordre du jour. Plus heureux aujourd'hui , M. Simon-Lorière obtint le renvoi de sa pétition, au ministre de la guerre. Cette affaire soulevait les questions les plus importantes, et ces questions ne pouvaient être décidées à l'occasion d'un fait particulier.

On convient généralement que M. Simon -Lorière fut traité avec trop de rigueur, quand même il eût été coupable. C'est M. Latour-

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Maubourg qui provoqua la décision du roi, dorrt cet officier fut victime. Il agit en vertu de la prérogative royale. Cette prérogative était done miseen jeu« Le ministre en avait-il dépassé les limites? Peut-on sans accusation , sans enquête, sans jugement , priver un officier de son grade et de son traitement ? Les lois sont muettes : il existe donc une lacune qu'il faut combler. Telles sont les questiohs importantes intimement liées, inséparables du fait de la destitution de M. Lorière.

Les renvois aux ministres, «des pétitions adressées à la chambre, prouvent que celle-ci croit devoir appeler l'attention du gouvernement sur Tobjet de la pétition ou celui qui la fait; mais si les ministres ne partagent pas l'opinion de la chambre , ils ne donnent aucun moyen d'aller plus Join ; autrementles chambres se mêleraient d'administration et de gouvernement. Tout l'espoii* du pétitionnaire consiste donc dans la publicité qui, faisant ressortir devant un peuple éclaire , la bonté de sa came , ou la justice de sa<iemande, finit par former l'opinion générale en faveur du réclamant.

Le dernier ministère avait pendant sept ans bravé Cette opinion ; aussi sa chute avait-elle été le prix' de cette conduite irréfléchie ^ pour ne rien dire de plus.

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du système proposé ^ prétendant que les mU iiislres <f n'avaient pas vu tout ce que ce sys- « tème renfermait de ruses , de déception , i\ d'impossibilités morales ou matérielles^ et (c de contradiction; n

^ Ce nouveau projet sur la presse ayant quel-ques rapports avec celui que proposa le dernier ministère, il n'est pas inutile de rappeler ce dernier, pour comparer l'un à l'autre.

De la part du ministère Villéle, le but de la prohibition ne pouvait plus être que d'empêcher la connaissance de certains actes arbitraires, hasardés, vexatoires, qu'il tenait sans doute en réserve, et qui devaient toujours finir par se. savoir. Mais ces ministres avaient laissé dire tout ce que la haine et la malveillance inspiraient contre eux de plus outrageant; ils avaient bravé , nous devons en convenir, une chance la plus dangereuse de toutes, c'est l'expression de l'opinion , faite quelquefois sans mesure et sans égards. Us n'avaient été défendus que par deux ou trois feuilles stipendiées par eux y couvertes du mépris public^ et défendus sans talent, sans esprit : ce qui prouve ou que la cause de ces ministres était bien mauvaise, ou qu'ils avaient bien mal choisi. En résultat, ils perdirent leur argent sans aucune ùidemmie, car ils n'en auraient pas. moins impunén

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ment traversé ce torrent d'injures qu'aucun

de leurs devanciers , à l'exception du cardinal Dubois et de l'abbé Terray, n'avait osé ja-^ mais affronter. Ce triomphe eût été plus remarquable s'ils n'avaient pas pris l'inutile soin de payer des plumes médiocres^ parce qu'elles étaient vénales. Ils voulaient donc perdre le mérite de ce triomphe , le seul qu'on ne puisse méconnaître (i), et empêcher de parler lorsqu'on n'avait rien de nouveau à leur dire? Ils furent indifférents à tout, hors à la possession du porte- feuille. Cette loi de /w^^/be et à^amour faisait dire de toutes parts à M. Peyronnet, son auteur : «Monseigneur, aimez^ « nous moins, ou aimez -nous mieux, et si « votre grandeur ne* connaît pas d'autre justice « que celle-là, laissez reposer la balance dç « Thémis. »

Il semble , quand on fait un projet de loi , qu'on doit voir la position dans laquelle il met, soit le peuple pour lequel on le fait, 'soit Tau-* teur même du projet ; car un législateur doit prévoir j c'est la première condition de son rôle. Or la loi cPamour prouve que son inventeur n'a rien prévu. Il devait jeter un coup d'œil sur ■ " '■ ■ .- I..I- ..1., , , .. , 1 1 1 , 1 . | I ■ I ■ ■ ■ I.

(i) Et qui rappelle ce mot ço^nu> A? courage delck honte.

i5^ NauvEÀux

la société et parmi le$ dasaes nombrtuses qui la composeuty compter celles dont les intérêts étaient Ueasés par cette loi. Ordinaire«ieat , dans notre révolution, les lois cruelles ou vexatoires n'atteignaient que Tune ou deux de ces classes ; mais M» Peyronnet a la gloire d'avoir mieux résolu le problème, car toutes sont à peu près frappées par sa loi maiencon^ treuse. En voici l'énumération : (c Tous les imprimeurs et la multitude d'ouvriers qu'iU emploient , et se subdiviseiU en protes , en compositeurs, metteurs en page^ tireurs, etc.

sl"" Tpus les fondeurs de caractères et ceux qui concourent à la mise en activité d'une presse. 3"^ Tous les libra,ires et la troupe de brocheurs, assembleurs, sécheurs , etc., qui &! dépendent. 4^ Tous les fabricants de papier, à la suite desquels nous parviendrons aux chiffonniers.

5^ Tous lesauteurs, depuis Chateaubriand, Delavigne, Etienne, etc., jusqu'au fameux Augustin Hus. Vous croyez peut -'être cette énumération finie : erreur, ce n'est rien encore, ce ne sont que des troupes légères; j'arrive à la grande armée. &" Enfin tous les lecteurs , depuis le second de l'empire jusqu'au commissionnaire du coin ; pouvez -vous dénombrer cette armée?

tout le monde lit depuis trente ans.

Qui n'aurait cru cette loi de justice et d a-»

MÉNQIlIfiS SBCRBTS. 1S9

mour (1) loiit autre qu'elfe n^H» 4'aprè«^ rimperlubable sang -froid avQC lequel M. de Feyronnçt répondit au cri d'iodigmlioii que laissa échapper, en sorlaut de la suUe , M* Otsimir Périer?

Dans la d^cnssion dit 7 févfi^r, M. de ^/7lèie dit à M. JBonn^^ rapporteur du projet, qu'il était impossible de gouverner avec la U«* berté de la pifesse , ce qui donne lieu aux rer xoarquea suivantes :

1*" Avant d'être ministre , M« de VtUéie réclamait centime les miiiistre^ la Uberlé de la presse ; il ne voulait donc pa$ qu'oie gouvernât ? 2^ Après cinq ans de ministère , dire qu'on u peut gouverner avec la liberté de la presse , c'est avouer qu'on n'a point ou qu'on a mal gouveraé, ce qui est à peu près synonyme.

Du reste, l'aveu est inutile là où les preuves abondent.

Ces réflexions n'attaquent que la logique, dé M« de Yillèle, fort vulnéraUe sous ce rapport.

(i) On ne conçoit ^pas cominei^t fauteur 9 en pura^ phrasantsa loi. Ta ainsi qualifiée. Est-ce une dérision? Ne voyait-il en effet qu'amour et justice dans son œuvre? Il ne peut y avoir d'autre alternative, ta première, sup-, pose de l'impudence et de la maladresse , et nous la rer jetons i la seconde , une cécité morale bien déplorablç.

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et tout criblé de blessures. Examinons raisser^ tion en elle-même.

5^ Les résultats de la liberté de la presse, réduite à la question de l'art de gouverner ^ sont dans la publicité de tous les faits ^ et par ce mot, j'entends tout ce ({m se dit comme tout ce qui se fait. Dans tout cela, il y a sans douté beaucoup de sottises, mais un gouvernant (c'est-à-dire un ministre) n*en doit ni dire ni faire. Ce n'est qu'une justice rigoureuse que de les mettre au grand jour ; c'est à la fois une leçon , un exemple , un châtiment mérité.

Quiconque se cache a tôt ou tard r*aison de le faire. Repousser la publicité, c'est, de la part d'un ministre, méditer de mauvaises actions, et prévoir qu'il fera , qu'il dira quelque sottise; c'est dire que tôt ou tard il aura raison de se cacher.

IN'est-il pas inconcevable que des hommes qui dans le cours ordinaire des choses ne pouvaient songer même à la possedMOh d'un porte-feûilie , sans être taxés de démence ; ne puissent se soumettre à une nécessité qui justifierait le choix qu'on fit de leur personne, qui entrerait dfans leur intérêt et les couvrirait de gloire? Cette nécessité , c'est d'agir avec franchise et loyauté. Je réunis ces deux mots, car il peut y avoir de la franchise dans l'impudence. Le premier mi-

MÉMOIRES secrets: i4i

nistre cardinal Dubois en avait; le seul vice qui lui manquât était l'hypocrisie ; il n'en avait nul besoin avec le régent; mais avec un prince pieux , un ministre qui jouirait de sa confiance serait dans Tobligation d'avoir à la fois l'impudence et l'hypocrisie : la première serait pour le public, et la seconde pour le prince. Dubois fut heureux de n'être pas. dans cette pénible nécessité;

Bans une autre séance (3 février), toujours de la même discussion sur cette loi ai amour. M. Hyde de INeuville releva le ministre qui venait de laisser échapper ^ue par le mot de journaux y il fallait entendre non -seulement ceux qui traitent de politique, mais encore tous les journaux, scientifiques et littéraires* M. Hyde de Neuville promit de prouver qu'il existait un complot contre les sciences , les arts et l'industrie. Je ne le connais pas ce complot, mais je suis certain de son existence. Si le parti est conséquent dans ses principes , dans sa marche, dans sa conduite, s'il a de l'habileté, il doit proscrire arts et sciences, parce que les sciences et les arts exigent une instruction qu'il ne peut tolérer, et font faire des progrès qu'il redoute.

M. deCrussol d'Usez, évèque de la Rochelle, un des prélats les plus réguliers , les plus ver-

tùeux , mais- des moins éctairéê de Tancieii clergë de France, interdisait à ses séminaristes TëtUde de la physique et des mathématiques , jprëtendant que la première de ces sciences rendait impie, et la seconde athée. Pour être conséquent y s'il eM été le maître, il aurait dû détruire tous les ouvrages qui traitaient de ces toiences , et déTéndre d'en écrire de noa* veaux. Voilà où nous en étions avec le dernier tiiiilidtêire , Mais il ne nous le disait pas. M. de Crtassdl était de bonne foi; il voyait autant d'dthées que de mathématiciens ; il ne s'en ca^ thait pas ; il agissait conformément à ses prin-^ cipes, à sa manière de voir. Mais il n'en est pas de même des auteurs , fauteurs , approbateurs , propagateurs y voteui*s du projet d'amour; ils satent comme nous que d plus les hommes s'é-* clairent, moins on peut les retenir dans la servitude. >> Leur rôle est d'enfouir cette incontestable vérité qui les accable; le nôtre est de la faire paraître ati grand jour; de là le fameux projet qui tendait à nous désarmer.

Cette dispoàitidn prohibitive contre les journaux paraissait devoir passer de l'ancien projet dans le nouveau , et la séance dans laquelle il en fut question mérite d'être remarquée, c'est celle du 4 juin dernier. On s'occupait donè dans cette séance de la loi sur la presse, et d'un

MÂlIOIttBS SECRETS. l^i

amendement par lequel les journaux dcientifiques et littéraires auraient été exempts de la mesure infligée, par le projet , aux journaux politiques. Le côté et le centre droit se croyant les plus forts , voulaient faire décider la ques-^ tion à la fin de la séance; tous étaient testés et s'opposaient au renvoi de la discussion ; on déclara de part et d'autre qu'on demeurerait , s'il le fallait, jusqu'à minuit : grande agitation; la gauche empêcha les siens de sortir; enfin les ministres se levèrent, la droite les suivit, et la gauche sortit la dernière , sans que le président eût prononcé la formule ordinaire. On s'est épié; aucun parti n'était sûr de la majorité ; voilà ce qu'il y eut de plus remarquable. Le lendemain^ la séance fut moins orageuse , et le ministère eut une majorité de dix voix ; mais le jour sui-* vant, le résultat fut dans un sens opposé à celui de la veille; ainsi il n'y a pas de majorité bien dessinée. Il y eut ensuite des rejets d'amendements favorables à la liberté de la presse , toujours à une majorité de lo à 1 1.

Il y a toujours, dans les assemblées nombreuses , une portion qui se laisse aller à l'impression du moment; l'art de celui qui veut obtenir tel résultat consiste à produire cette impression , et son adresse à ne pas manquer l'instant Favorable, qui quelquefois passe comme

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réclair ^ et ne revient plus; mais il faut un pré-» sideut adroit et prompt à saisir comme l'habile llavez : son successeur a d'autres n^érites^

Voici encore un incident dç celte discussion , qui fut quelquefois orageuse et toujours vive et animée.

Dans la séance du 2 juin, M. de Martignae fit un discours plein d'ironie, sur ce qu'il appelait la défection de M. Benjamin Constant ^ qui, disait-il, après avoir exprimé des dispositions bienveillantes pour le projet, venait de le combattre. 11 aurait pu même ajouter, avec une énergie victorieuse. M. Benjamin Constant a répondu avec beaucoup de bonheur, et sa réplique improvisée est une nouvelle preuve de son talent, et d'autant plus frappante, qu'il semblait être dans une fausse situation; d'abord il paraissait en contradiction avec lui-mèine, puis Tattaque était adroite et mesurée; c'est ce qui caractérise M. de Martignae. A celte occasion, l'on peut remarquer V empire des formes en France : dans ce pays, plus qu'ailleurs, elles emportent le fond. Cela tient à une civilisation perfectionnée qui met Vusage du monde et la politesse en première ligne dans les rapports sociaux : le vernis qui couvre une boiserie vermoulue plaît à l'œil, et l'on s'cft conlenle.

mémoir'es secrets. 145

Les journaux du parti qui veut être exclu-^ sivement rojaliste donnèrent de grands éloges à M. de Martignac; la Quotidienne seule mit dans les siens quelques réticences : (c M. Bea* fc jamin Constant ^ dit- elle ^ ne pouvait être (T attaqué avec plus de finesse sous le rapport a du pe'rsifflage et de la critique; mais vraice ment^ tout ne se borne pas aujourd'hui à des (c luttes académiques; et même dans le dis- « cours d'un ministre spirituel, on veut trouver (( de la politique : or; il faut en convenir , ici Il se montre la faiblesse de M. de Martignac, a malgré les murmures approbateurs qu'il a n obtenus des royalistes. »

Malgré les déclamations contre cette loi et ses véritables impeffections, on fut obligé de reconnaître et d'avouer qu'an milieu de ses dispositions fiscales et de ses.pénalités exorbitantes, elle renfermait un principe essentiel : c'était d'abolir le privilège dont les lois antérieures avaient investi l'autorité. La suppression de la censure et de la tendance ^ la plus absurde de toutes les dispositions législatives , est un avantage qu'on ne saurait trop apprécier.

Auparavant on pouvait empêcher de parler; à présent, on punira d'avoir parlé; mais on peut tout dire dans notre langue, et c'est notre faute si nous ne savons pas faire usage des

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ressourcés et des armes qu'elle nous donne.

Cette importante loi occupa l'assemblée de-^ puis le 29 mai jusqu'au 19 juin, qu'elle fut adoptée par :a66 votans contre 116^ sur 382 présents. Les séances consacrées à la dissuasion de cette loi ne furent interrompues que par l'acte d'accusation contre les anciens ministres^ ' et par la présentation du budget.

20 mai.^^M^ Delavau. • — Nous n'avons pas, lorsque nous avons parlé de M. Delavau, exprimé une grande révérence pour sa personne , pas plus que pour ses talents. Quelque étriquée , maigrelette que soit la première , on la voit en la cherchant; mais c'est peine inutile que de chercher les seconds.

Le rire de M, Delavau e^t remarquable, parce qu'il a de belles dents, et qiie ce rire n^est qu'une grimace faite pour les montrer.

Il est mignard, doucereux quand il veut faire des frais de société. On sent f3n l'écomant que rien n'est pensé ni senti. ,

Il parait que sa religion est toute en dehors.

Il a pour caractère M# de Salaberry, son beau*«père, véritable tète de linotte , et dont l'esprit sautille comme l'oiseau privé de ses ailes, et poursuivi par Mn chat. Quant au cœur, c'est autre chose Mais nous en sommes ^u

MÉMOIRES SECRETS. l/^J

gendre y et quoiqu'il soit difficile d'assigner à chacun des deux sa part dans tout ce que la police a fait depuis 1820 jusqu'en 1828, que Paris fut débarrassé de l'un et de l'autre , nous devons les séparer autant que possible*

M. Deiavau donc, maintenait des jeux sur la voie publique moyennant finances. Du 20 juillet au 4 août y ils rapportèrent 4f^G^ francs : c'était l'argent des ouvriers et des apprentis. Ce pieux magistrat conciliait les fonctions de banquier de ces jeux avec celles d'agent de police. Le i3 jlEinvier 1825, il rendit un arrêté ainsi conçu : « A compter de ce jour, les sieurs Drissen et « Ripaudy précédemment autorisés à tenir sur ce la voie publique un jeu, feront partie de la (c brigade particulière de sûreté ; ils continuece ront à tenir ce jeu, mais il leur sera adjoint « six autres personnes qui feront également le (c service d'agents secrets. Signé, C. Deiavau ^ K et contresigné L. de Fougères (i). m

Ainsi l'établissement de jeux de hasard sur la voie publique est une des institutions de ce magistrat.

t^mmi^imm»

(i) L. de Fougères, c'est-à-dire Lambot, fils d'un notaire. Quelques journaux ont r>ecemmeht rapporté cet arrêté , que nous connaissions. '

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Dimanche \^^ juin 1828. — Les ministres. — Le discours qu'a prononcé M. Feutrier, évéque deBeauvais^ vendredi dernier^ sur le projet de loi relative à la liberté de la presse , se fait remarquer par un grand éloge du clergé , et particulièrement de» jésuites (1). Ordinairement les ministres se communiquent entre eux les discours qu'ils doivent prononcer à la tribune. On assurait que Tabbé Feu trier avait esquivé cet usage , et ses collègues se doutaient d'autant moins du tour qu'il leur jouait^ que dans ses propos , cet abbé Jurais et rose, est le plus libéral du conseil. Il est vrai qu'à la cour il tient un langage entièrement opposé. Hier au

(i) On veria que nous changerons de langage par la suite, parce que ce ministre en changera lui-même, ainsi que de conduite. Nous écrivons sous l'impulsion du moment : de cette manière on peut suivre et remarquer toutes les nuances, et le passé se retrace et se ravive. Du reste , le lendemain du jour où. ce discours était prononce'., on assurait gene'ralement que ce n'était qu'une tactique du prélat pour donner plus de force dans le conseil à son avis qui , dans cette supposition , serait opposé à celui qu'il a exprimé à la tribune. Si cette conjecture est fondée, les jésuites pourront l'inscrire sur leurs tablettes ; mais comme il n'emprunterait leurs armes que pour s'en servir contre eux, ce serait de bonne guerre.

MÉMOIRES SECRETS. ï^g

soir les ministres se sont trouvés réunis^ et Ton a fait quelques observations à M. Feu trier qui a répondu qu'il se croyait en conscience obligé de défendre non«seulemen t le clergé , mais les jésuites. Un de ses collègues lui a dit : (c Monseiia gneur^ ce n'est ni comme évèque ni comme cf pcêtre que vous faites partie du conseil des «r ministres, mais comme minisire du roi. m Cet avis- approuvé de tpus> moins le prélat, a fait faire la grimace à celui-ci. L'on prétend même qu'il, a murmuré Iç mot démission , mais bien bas, bien. bas.... En attendant, ce qu'il a dit à la tribune parait être au publie l'expression de tout le ministère , parce qu'on sait qu'ordinairement celui; qui parle est censé L'interprète de la pensée de tous;

M. de^ Vatimesnil, ministre de l'instruction publique, s'occupe d'un, rapport sur les petits séminaires. Il propose d'en supprimer une douzaine : c'est une mesure hostile contre les jésuites. Le ministère n'a pas pris cette couleur; M. de Yalimesnil a déclaré que, si ses collègues n'adoptaient point son rapport, il donnerait sa démission. M. de Yatimesnil a trente-huit ans^ et sa fortune à faire. Il voit qu'elle ne se ferait pas avec les jésuites : il sent que leur règne ne peut être qu'éphémère. S'il tombe, il a le temps d'attendre , et comme sa chute ne sera pas sans

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gloire, il »e relèvera. Peut-être le fait suivant a-t-il influé sur le parti qu'il prend. Il est allé faire des visites avec sa femme dans le faubourg Saint -Germain. Il a partout été reçu avec une froideur impolie parce qu'elle était silencieuse. Dans une maison, il a rencontré un archevêque et un évêque qui lui ont tourné le dos. Il a bien résolu de ne pas recommencer ses visites. La cour n'aime pas M. de YatimeS'nil qui n'a pas ces formes, ce vernis d'urbanité que possèdent les courtisans. On le trouve trop avocat. Il y a donc contre lui deux obstacles con-^ sidérables à la cour de France : l'un est sans remède; c'est sa naissance : l'autre ne s'y pardonne, ou ne s'y tolère que lorsque cette naissance est du premier ordre ; c'est le ton. Ainsi la manière dont les poupées du faubourg Saint- Germain ont reçu M. et M"** de Yalimesnil , pourrait bien avoir des suites graves, et ce serait un chapitre de plus au gros livre des grands événements produits pour de petites causes.

M. de Vatimesnil, par cette conduite, effacerait l'impression produite par sa conduite antérieure , autant que permettrait de l'effacer le souvenir de la chanson de Béranger un proço^ cateuret J^atimesnil. A propos de ce ministre, il faut jeter un coup d'œil sur les autres^ non

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pour savoir si quelqu'un d'eux manque à V appela mais pour voir l'état positif de leur opinion. Depuis plusieurs mois^ nous avons dû acquérir des données (i). M. de Martignac adonné tant de preuves des ressources de son esprit qu'il n'inspire pas une grande confiance. M. de Caux ne s'occupe que de son ministère et peu ou point de jésuites* M. Roy, des finances et point de politique. M. Feutrier doit être mis f^ côté de M. Martignac. C'est la chauve - souris qui caehe, suivant les circonstances , ses ailes ou ses pattes. M. Hyde de Neuville vise à l'efFet, et M. Fortalis est avec M. Feutrier, sauf l'agrément delà figure et des manières; avec M. de Martignac, sauf l'esprit et lé talent. Il faut attendre pour juger M. de Vatimesnil, d'après ce que nous venons d'en dire. On ne parle pas plus de M. de Saint-Cricq que s'il n'y avait pas de commerce ; et c'est peut-être pour cela qu'on n'en parle pas. Quant à M. de La Ferronnays, c'est le seul qui soit dans .son rôle, qui n'ait pas d'antécédents qu'on puisse accuser de contradictions, qui représente avec dignité et qui

(i) On verra ces jugements graduellement réformes ou modifiés, mais on remarquera que ce n'est pas nousqui aurons changé, et la différence de notre langage ne prouvera que notre amour pour la vérité.

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donne Tidée ( in tantum quantum ) de la perfection ministérielle.

M. de Chateaubriand est ( dans le Moniteur de ce jour) nommé ambassadeur à Rome:

place ou emploi qu'il a été très-difficile, dit-on y de lui faire avoir. On prétend qu'elle était la suite ou la condition de la convention passée entre les Débats et le ministère. Les concessions du journal consistent à n'être plus hostile; mais il reste avare d'éloges : celles du ministère , à prendre un certain nombre d'abonnements (qu'on ^orte à six mille ), et à donner une ambassade au noble vicomte.

Voici un projet qu'on veut faire arriver près du trône. La Charte dit que pour être électeur , il faut payer 5oo francs ; mais- elle ne dit pas que tous ceux qui paient 3oo francs seront électeurs. On en conclut que le roi peut choisir les électeurs parmi les payants. En vertu de l'article 14» il déciderait que les collèges d'arrondissement n'éliraient que des* candidats parmi lesquels le grand collège choisirait les députés , comme faisait le sénat-conservateur.

5 /tun* — Conflits. — Les conflits dont nous avons déjà parlé , et qu'on pourrait définir l'art d'éluder l'obligation de rendre justice, furent, dans les premiers jours de ce mois, l'objet d'une

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ordonnancé. On ne les perdait de vue d'aucun côté : les uns, c'étaient les amateurs du pouvoir, y voyaient un moyen commode d'être injuste , en ayant l'air d'être juste; moyen qui convient toujours au pouvoir , et conséquemment bon à conserver. Les autres trouvaient avec raison, dans cette doctrine des conflits, un code inique de vexations, imaginé pour faire avorter toutes les réclamations , et que l'hypocrisie rendait odieux, parce que l'arbitraire était consacré en quelque sorte par les formalités de la justice.

Cette ordonnance du 2 juin régla donc les conflits , et fit disparaître une partie* des inconvénients de ce système , mais il en conserva le vice radical en maintenant dans les attributions du conseil d'État, la connaissance des conflits, ce C'est toujours un corps irresponsable et dépendant qui prononce dans l'ofnbre et dont les décisions ne sont même pas publiées, de peur qu'elles n'éveillent la sollicitude publique. »

4 juin. — Journal des Débats. — Il n'est question dans les journaux que de la défection du Journal des Débats ; c'est ainsi qu'on appelle son changement de couleur. Comme, incontestablement , il a (en général) été le mieux

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rédigé de toutes les feuilles quotidiennes , ce qu'a prouvé pendant long-temps le nombre de ses abonnés (i), ses confrères ne le ménagent pas. Avant de rappeler leur mercuriale , voyons quel est le système du Journal des Débats. Il a dû sa réputation au choix des collaborateurs; en laissant à chacun la liberté d'exprimer son opinion, sans leur en imposer aucune. Cette indépendance y nécessaire au développement du talent, ne pouvait être, par cette raison , que favorable au succès de l'entreprise ; et, sous le l^pport littéraire , ce succès a été remarquable. Mais en politique, l'indépendance est diflScile à conserver; aussi l'opinion a-t-elle là, comme ailleurs , éprouvé des variations. Pour voir jusqu'à quel point les reproches seraient fon* dés, il faudrait savoir si, lorsque l'opinion changeait, c'était le même écrivain qui tenait la pUime ; circonstance que le système dUano^ njfime rend difficile à connaître ; ou si le cEangement était motivé par toute autre cause. Par exemple, dans le moment où nous sommes, le journal ne peut plus tenir contre le minis-

(i) Ce nombre n'est surpassé maintenant que par celui 4tt Constitutionnel , qui doit sa fortune à son nom et les vingt mille abonnements dont il jouit.

MÉMOIRES* SECRETS. l55

tére actuel y le langage dont il stigmatisait les précédents ministres^ à moins d'être souverainement injuste.

Nous devons convenir que rhommc impartial doit, à l'égard du ministère , s'interdire également le blâme et la louange : plus on examinera les circonstances dans lesquelles il se trouve depuis cinq mois qu'il exisie, plus on se persuadera qu'il devait attendre au lieu d'agir , et se taire au lieu de parler.

Nous n'assurerons point que le Journal des Débats ait eu cette opinion, et que cette manière de voir soit la cause de son silence, parce que nous n'en savons rien ; mais voici les conjectures dont il est devenu l'objet. La nomination de M. de Chateaubriand à l'ambassade de Rome est l'occasion qu'on a prise pour attaquer le journal qui passe pour être sien , par la place qu'il y occupe et le rôle qu'il y joue, mais dont il n'est pas propriétaire (r).

(i) M. le comte Sébastian! a, dans les actions de ce journal, une proprie'té de 40O9O00 francs, et conséquemment une part d'influence proportionne'e. Certes, * ce n'est pas un des rapprochements les moins remarquables ope'rés depuis dix ans que celui de MM. Se'bastiani et Chateaubriand, ambassadeurs, le premier (jadis) auprès du Grand-Turc , et le second auprès du

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La Gazette s-emparant de eette nomination s^exprime en ces termes : ce Les comptes avec le Journal des Débats ont été réglés et Tarriéré même soldé. Le publie a pu suivre les progrés de cette négociation. Dès les premières ^promesses 9 ce journd fit l'apologie de la loi; puis il se rétracta. Il était né quelques obstacles. Puis enfin , cette feuille se décide ouvertement en faveur du. ministère et de la loi de la presse. M. de Chateaubriand donne aux archevêques dé Paris y l'hospice de Marie-Thérèse^ el son journal livre les journaux libéraux au ministère. »

En rapportant ce passage , le Journal du Commerce dit qu'il s'était gardé d'ajouter foi à ces allégations y mais qu'il y croit^ puisque le Journal des Débats déclare lui-même que son opposition eut pour motif la disgrâce de M* de Chateaubriand, a Sa réintégration dans les bonce nés grâces du roi, ajoute -t- il ^ parait une (c réparation suffisante pour tout le mal qu'a u produit l'ancienne administration. De ce mo-

^int-père. Il ne faut désespérer de rien; c'est un des miracles du dernier ministère qui a réussi , par sa conduite odieuse , à réunir contre lui des personnages étrangers les uns aux autres, et auxquels il a inspiré le même sentiment.

MÉMOIRES SECRETS. l5j

<r ment 9 teut va bien! Qu'y a- 1- il donc de. u changé en France depuis ce bienheureux (c événement^ sinon que l'opposition compte un « organe de moins? On se demande : dans quel a dessein M. de Chàteaubriant accepte- t-^il <( l'ambassade de Rome? Va- 1 -il attaquer le (( jésui tisme dans ses foyers? Comment le croire « s'il livre Thospice de Marie - Thérèse à l'arec chevêque de Paris, c'est-à-dire aux jéc< suites ?. >i

Quoiqu'il soit difficile de ne pas compter M. de Quélen parmi les jésuites, il ne s'ensuit pas que ses successeurs le seront, ni même que ce bon archevêque le paraîtra toujours ; et l'on doit avouer que de tous les établissements pour la direction desquels on a cru devoir appeler une congrégation religieuse, les liospices, sans aucun doute, sont ceux que l'on pouvait confier aux jésuites avec plus de sécurité , et en courant le moins de risque.

. Revenant sur l'explication du Journal dès Débats j la Gazette (mardi 3) fait ces réflexions : f( On voit, dit-elle, avec quelle ingénuité, cette feuille raconte la cause toute personnelle des oscillations de sa politique. Royaliste pendant que M. de Chateaubriand était au conseil; révolutionnaire après qu'il en fut sorti; opposant depuis i824> et redevenu ministériel au-

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jpurd'hui ;^ cette polémique n'a eu qu'une mission, celle d'élever M. de Chateaubriand sur un piédestal. Placé depuis long-temps au-dessus de la honte des palinodies , ce journal fait, au besoin^ des arguments de ses intérêts et de ses passions. »

Passant tour à tour du journal à M. de Chateaubriand^ elle ne quitte celui-ci, à qui elle porte une haine bien nourrie, qu'après avoir épuisé sa rage.

« he noble pair, dit-* elle, est aujourd'hui l'un des hommes les plus discrédités dans tous les partis : car, pour les révolutionnaires, c'est l'auteur du Génie du christianisme , l'homme du Conservateur f celui qui demandait sept fonctionnaires par département pour gouverner la France; pour les roj-aUstes, c'est le père de la défection , c'est un transfuge. Us ne peuvent lui pardonner d'avoir dit que , ijuiconque croyait en Dieu , était de sa religion. Il a terni les quatre années de sa retraite par de pâles discours de tribune , par de violentes diatribes de journaux (i). Son esprit n'a pris aucune maturité

(i) Je ne sais si Fauteur ne croit -çd^ faire de diatribe, mais il y a une inconvenance choguante eu mêlant l'expression de noble pair à celles dont il fait, usage. MM. Yillèle et Peyponnet, pairs dé France, maîtres de

MÉMOIRES SECRETS. iSg

avec l'âge. Si jamais il était possible que sa majesté pensât à le replacer dans son conseil ^ toutes les voix seraient contre le noble pair^ excepté les cinq voix qu'il a toujours comptées dans la chambre des pairs. On ne doit pas trop compter sur la durée de son éloignement; il pourra bien revenir à Paris , s'il y a quelque occasion de désordre , et s'il y est rappelé par les intrigues et les espérances de ses amis* »

Cette accusation est heureusement faite dans un journal qui n'inspire aucune confiance, et qu'il est rare de pouvoir lire sans éprouver l'iadignation que causent l'envie et la mauvaise foi* Quant aux craintes de l'admission de M. de Chateaubriand dans le conseil , les propriétaires de la Gazette savent mieux que personne qu'elles ont peu de fondement , car ils n'ignorent pas les sentiments de la cour (dont ils font partie) envers M. de Chateaubriand.

la Gazette , qui souvent même est dépositaire de leurs élucuhrations, auraient-ils dû souffrir que leur M. Genoude , seul et unique propriétaire de VÉtpile et de /a Gazette (c'est ainsi qu'il signe) tînt sur leur collègue un pareil langage? Quand on écrit contre Ml de Chateaubriand , il faut avoir dix fois raison , et lie le combattre qu'avec d^s faits.

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12 juin. — Mort du maréchal Lauriston. — M. le maréchal Laiiristoa est mort le lo ou ii de ce mois, d'apoplexie , s'il faut en croire tous les journaux qui lui ont fait administrer les sacrements. Un bruit assez généralement répandu y mais dont rien ne garantit l'authenticitéy a entouré les derniers moments du noble pair de circonstances assez singulières ^ et qui rappellent le trépas du régent. Quoi qu'il en soit, le maréchal a été porté dans une boutique f où l'on a dit qu'il avait été frappé d'un coup de sang dans la rue. Comme on n'a jamais pu venir à bout de lui remettre ses bottes, on a envoyé chez lui chercher des bas et des souliers ; puis de la boutique on l'a porté dans son hôtel.

i^jum 1-828. — Législation unis^ersitaire. — Feu de personnes connaissent l'état de la législation universitaire. Comme nous sommes tous, dans nos enfants, intéressés à cette connaissance , il n'est pas inutile de l'avoir.

La constitution républicaine de l'an m, proclama, comme étant de droit commun, la liberté illimitée de l'enseignement. Par l'article 5oo de cette constitution : a Les citoyens (c ont le droit de former des établissements parce ticuliers d'éducation et d'instruction , etc. »

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On comprit cependant la nécessité de réunir les citoyens, et d'élever la génération autour d'une doctrine commune , au moyen d'un enseignement national y sans porter atteinte au principe de liberté reconnu par la constitution.

Ce principe fut respecté par la loi du 3 brumaire an IV, qui organise des écoles publiques, depuis les écoles primaires jusqu^à V Institut , éP après un plan parfaitement rationnel et m^thodique, si ton en juge par la discipline et la matière de l'enseignement. Des jurys d^instruc-^ tipn furent établis dans chaque département* Les jurés nommés par les administration^ départementales examinaient et présentaient les instituteurs primaires, et les professeurs des écoles centrales , aux autorités locales qui les élisaient; mais ces autorités étaient elles-mêmes élues par les citoyens ; il en résultait que l'instruction publique avait toujours la direction que les départements voulaient lui donner.

Ici , point de hiérarchie administrative, militaire ou cléricale.

La matière de l'enseignement institué par la loi indiquait une direction fermé , libérale et philosophique. Les écoles centrales ou de département avaient des professeurs d'histoire, de langues modernes, et de législation. Les écoles spéciales qui devaient être érigées dans

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les grandes villes, étaient à peu prés ce qu'elles sont aujourd'hui à Paris.

La contre-révolution commencée le 18 brumaire détruisit cette organisation vraiment libérale, et la seule philosophique que renseignement public ait jamais eue en France. L'institut fut recomposé, et la classe des sciences morales et politiques disparut. 11 fut défendu de s'y occuper désormais de métaphysique , d'économie politique et d'histoire. L'article 3oo de la constitution de l'an lu fut rapporté, ^t le gouvernement s'empara violemment du monopole de l'université.

Ces changements furent introduits dès 1802 ^ mais ce n'est qu'en 1808 que l'université les consacra sans retour. Un séna tus -consulte de 1806 avait déclaré qu'une université impériale serait organisée par une loi. L'^npereur se passa de loi, et rendit un décret, le 17 mars 1808, dont les articles 2 et 3 soumirent au grand maître de l'université l'établissement de toutes les écoles et la nomination de tous les professeurs, instituteur^ et maîtres d'école de l'empire. Nul ne put enseigner quoi que ce soit sans un brevet qu dût être renouvelé tous les dix ans : voilà pour le moaopole.

Quant à la discipline , le cprps. universitaire est une armée ayapt ses grades, sa hiérarchie ,

MÉMOIRES SBGRBTS. l6S

sa subordination absolue, despotique , depuis le maître d'école jusqu'au chef suprême de l'institution. Cette armée a un code à part, infligeant depuis les arrêts jusqu'à la radiation du tableau ; et cette radiation rend incapable de remplir aucune fonction publique. Aucune ga« rantie n'est offerte aux accusés qui sont jugés à buis clos et sans défenseurs.

Lés principes et la matière de l'enseignement correspondent à cette organisation. L'article 58 déclare qu'on prendra pour base les préceptes de la religion catholique , et AeJîdéUté à la dynastie napoléonienne , dépositaire du bon^' heur des peuples y et consen^atrice de toutes les idées libérales. L'article Sg exige des membres de l'université obéissance au grand maître, dans tout ce qv^il leur commandera pour notre ser^ (^fbe. Enfin par l'article 100/ proviseurs, censeurs, principaux, régents et maîtres d'étude, seront astreints au célibat et à la vie commune.

Quant à l'instruction , elle fut sévèrement épurée et réduite aux proportions du cloître et de la caserne.... Toute connaissance ten«* dant à développer la raison des jeunes gens et à les mettre en rapport avec les choses de leur pays et de leur temps, fut proscrite comme un délit. C'est ainsi qu'on supprima les chaires d'histoire et de langues vivantes.

l64 NOUVEAUX

L'économie politique et la législation furent jugées dangereuses. La morale fut remplacée par un catéchisme où était établi le droit divin de la nouvelle dynastie.

Un décret du i5 novembre 1811 protégea les lycées contre la concurrence des pensionnats , en défendant à ceux-ci d'élever leur enseignement au même degré que les écoles impériales, et en obligeant leurs élèves à prendre l'uniforme y et à suivre les cours des lycées. La moindre infraction au monopole de l'université fut punie , et des amendes de Sooo francs établies.

Voilà l'ordre de choses qui a traversé l'empire, les cent jours et les deux restaurations.

Il dure- encore (juin 1828), à l'exception de la dynastie napoléonienne qu'il n'a pas conservée, et à la place de laquelle a été mise celle-ci , qu'il ne contribuera pas à maintenir.

i5 fuin» — j^cte d'accusation contre le der^ nier ministère. — Origine et conduite de ce ministère* — La séance d'hier a été l'une des plus orageuses qu'on ait vues; c'était à propos de l'accusation de M. Labbey de Pompières contre les anciens ministres.

Il les accusait d'avoir tenté d'isoler le roi du peuple , et de séparer le peuple du roi.

C'est ainsi qu'il avait lu sa proposition.

Mais la première rédaction ^ celle qui a été examinée dans les bureaux , remplaçai i tentative par le fait. Elle portait ces mots : < voir isolé.

M. de Martignac a demandé une seco

lecture^ et fait remarquer la différence

existait entre les deux rédactions , puis il i

écrié : que le roi n'était pas isolé de son peu]

qu'un divorce si déplorable serait le plus gr

des malheurs , que c'était un blasphème ,

Delà, belle occasion de faire des phrases

dévouement et d'amour , occasion saisie pa

côté droit y qui, comme de raison, a crié <

le roi; cri répété dans toute la salle. Fuis '

lents débats sur cet isolement, sur l'injure ,

l'intention , sur la rédactioa , sur l'embai

qu'on éprouvait; demande de question pi

lable qui , après la plus violente agitation

été décrétée. Ordinairement la question pr

lable écarte l'objet dont on s'occupe; ma

n'en a pas été ainsi. La séance a été suspend

les membres se sont retirés dans les burea

où M. de Popipiéres a remplacé sa premi

rédaction par celle-ci : Je demande que

chambre accuse les derniers ministres de t

hison et de concussion. Cette demande a

prise en considération.

l66 NOUVEAtlX

La tentative d'isolement^ quoique suivie de plus que d'un commencement d'exéoption ^ ne signifiait rien , parce qu'évidemment les ministres ne pouvaient avoir eu le projet désoler le roi et d'en détacher le peuple. S'ils avaient produit cet effets c'eût été sans intention.

Comme nous nous tiendrons au courant de ce procès y il faut nous rappeler l'origine de ce ministère^ et le but qu'il semblait se proposer.

Par une ordonnance du i4 décembre 1821 ^ M. de Peyronnet fut nommé ministre de la justice; M. le vicomte de Montmorency y ministre des affaires étrangères ; M. le duc de Bdlune, ministre de la guerre; M. de Corbière, de Fintérieur; M. de Clermont-Tonnerre, de la marine ( d'où plus tard il passa à la guerre ) ; et M. de Yillèle fut chargé du département des finances. Ce dernier devint président du conseil , et du 14 décembre iSni au 6 janvier 18289 fut inébranlable ainsi que MM. Peyron* net et Corbière. Ils formèrent un triumvirat, autour duquel grattèrent les autres ministres qui éprouvèrent des variations et des changements (i).

(i) Ils remplaçaôent MM. de Serres (justice), La-

OrdinaireiDeiit nos rois , danè le choix de leurs ministres , étaient mus par quelque motif de préférence personnelle , ou d'intérêt public. Une maîtresse ^ une intrigue de cour présidaient quelquefois à ce choix , et le prince trompé faisait le mal avec les meilleures intentions du monde. On lui représentait toujours le candidat au ministère comme capable ou vertueux : il n'était souvent ni l'un ni l'autre.

Dans un gouvernement représentatif , l'opinion générale a toujours été d'une influence décisive ; il n'en peut être autrement. Il faut ou miarcher avec elle ^ ou l'enti^ainer avec soli. La dédaigner^ c'est donner la preuve d'une au« daee présomptueuse , ou d'une aveugle incapacité : et dans l'un comme dans l'autre cas, on oflre à résoudre un problème nouveau.

Ce prc^lème pourrait être posé dans ces termes :

Trouver le moyen de gouverner un peuple ^ en lésant ses intérêts , en heurtant ses idées, en blessant ses affections. Ce moyen caché , il faut le découvrir , en faire la démonstration.

Le dernier ministère s'était chargé de ce

tour-Maubourg (guerre), Simeon (intérieur), Portai (maiine), Pasquier (affaires étrangères), et Roy (finances). -* '

l68 NOUVEAUX

soin. La démonstration a eu plus de durée qu'on ne devait le présumer , et la solution n'a pas répondu à son attente.

Pendant la durée de ce ministère ^ le département des affaires ecclésiastiques fut créé, ce qui fait qu'à sa chute il était composé de sept secrétaires d'État à porte-feuille qui, comme à toutes les époques de la monarchie (i)^ étaient dirigés par un seul : c'est \evir gregis, et M. de Yillèle jouait ce rôle. Il laissait à ses collègues une grande indépendance dans les affaires aux* quelles il prenait peu d'intérêt. Le ministre qui avait le plus d'influence après lui^ parce qu'il est entreprenant et grand provocateur de mesures acerbes ^ c'estM. Peyronnet; vient ensuite M. Corbière^ qui partageait son .goût pour les -mêmes mesures , mais qui n'ayant pas laméme activité , se contentait de les adopter : tout son crédit consistait dans l'amitié de M. Vil* léle.LesautreSy à l'exception de M. Frayssinous^ avaient peu d'influence : celle de ce dernier n'était pas bien définie , parce que V esprit^ prêtre (2), qui le meut, était quelquefois corn-

(i) Nous disons de la monarchie, car sous Tempire le vir gregis était Napoléon.

{%) Expression de M. de Montlosi^r s expression heureuse qui restera, parce qu'elle indique cette influence

primé par l'esprit d'intrigue et d'ambition au^ quel il tend à s'unir pour l'absorber (en raison des affinités chimiques )••

Ce ministère fut, comme nous venons de le dire , formé sous Louis XYIII : il appartenait au parti uJim^-roj-aUste ^ dont ce prince n'était pas^ et dont son frère ( aujourd'hui sur le trône ) était le chef : ce qui fit dire à M. de Bénévent ( pour qui l'occasion d'un bon mot n'est jamais perdue); que ilfo/i^/eur venait d'escompter son règne ; mais il aurait fallu pour que ce présage s'accomplit ^ que le premier ministre cohtinuât ^être de son parti. Uescompie du règne entraînait celui du mi* nistére , et ni l'un ni l'autre n'étaient dans les intérêts de AL de Yillèle. Une revirade y passez^ moi ce terme , faisait ajourner le danger. Il est étonnant que M. de Bénévent , pour qui ce moyen était familier , n'ait pas eu l'air de le prévoir. M. de Yillèle en fit usage , non brusquement/ mais par degrés; et sans le dépit que

occulte qui existe depuis si long-temps , et qu'on sen* tait sans pouvoir la définir : comme en médecine , certaines maladies affligent l'espèce humaine bien avant qu'elles ne soient connues , ou que nos docteurs ne leur aient donné un nom, et surtout trouvé un reniède. L'esprit-prêtre est une gangrène morale incurable»

170 HOUTBAUX

causèrent tant d'ambitions déçues, tant de projets avortés, cette œuvre politique se serait con-* sommée insensiblement. Mais on cria bientôt à la trahison, à la perfidie, et le masque, au lieu de tomber lentement, fut arraché en partie, et les liens qu'on dénouait furent rompus de la secousse. Les amis dès -lors passèrent dans le camp ennemi , et se mirent au premier rang. Un principal ministre doit avoir pour lui le monarque , et la majorité dans les chambres. Toujours certain du premier, M. de Villèle n'avait qu'à s'occuper des moyens d'acquérir et de conserver la seconde. Les diners sont, comme on sait , l'un des plus efficaces. Le parti dont était son excellence , et qui venait de l'abaindonner, avait coutume de se rassembler chez le député Piet, que j'appellerais le Gri^ gnon du ministère, si je ne craignais le ressentiment de ce restaurateur. Chacun d'abord payait son écot, puis la table fut défrayée, mieux servie , et l'on y but de meilleur vin. M. de Villèle jugea que le restaurant serBÏt toujours à sa disposition : c'était connaître M. Piet. La Commère, c'est le sobriquet qu'on lui donne , se prêta complai^amment à tout , peupla ses salons de vrais compères. Tout s'arrangea à souhait.

Le roi se mourait. Sa miraculeuse existence

MÉMOIBES SECRETS. I7I

faisait honneur à la médecine. Songeant au suc-* cesseur, M. de Villèle lui ménagea savamment un moyen de rallier tous les cœurs autour de sa penionne. Commencer un règne par un bienfait qui excite l'enthousiasme, c'est un trait d'habileté qu'un roi n'oublie pas. Faire établir par le prince mourant une mesure odieuse que le nouveau roi se hâterait d'abolir y tel fut le moyen qu'employa le ministère. La censure proscrite reparut donc pour disparaître ensuite; mais plus vexatoire, plus tyrannique, plus absurde dans sa courte durée qu'elle ne l'avait jamais été (i). Il en devait être ainsi pour donner plus de prix au premier acte du nouveau roi, qui commença par la supprimer. M. de Villèle se sacrifia dans ce calcul y car il n'eut l'air que « d'avoir provoqué , tandis qu'il ne faisait un mal que pour donner au prince le mérite de le détruire. Il fallait qu'il rendit ce mal insupportable , il. le fit par le choix des censeurs. On prétend que c'est à peu près la seule mesure ^qui démontre de l'habileté. L'acte d'accusa-

(1) Mais XLOXk pas plus que celle qui Ta suivie 9 et dont était M. Leyacher Duplessis, aticien entrepreneur des prisons de Paris, censeur sans lettres, sans connai»sances, sans goût, sans jugement, mais non pas si^ns passions.

tion dont nous parlerons fera suffisamment connaître la conduite des ministres précédents , jusqu'au moment où^ par leur retraite , le repos et la sécurité furent rendus à la France.

19 juin. — Ordonnances. — Depuis trois jours, tout était remis en question; l'ordonnance sur les petits séminaires était arrêtée, lorsque les évêques ont réclamé contre l'intervention de l'autorité dans ce qu'ils appellent V exercice de leurs droits , et déclaré qu'il faudrait recourir à la violence. Ces cris firent peur à M. Feutrier (i), qui ne voulut pas d'abord signer l'ordonnance. Enfin il se ravisa, et elle parut dans le Moniteur du 17.

Le langage que tinrent les journaux mérite d'être remarqué. La Gazette el la Quotidienne

(i) M. Fabbé Feutiier a été secrétaire da cardinal Fesch , oncle de Napoléon. A cette époque , une figure i^réable, un teint rose et blanc, des joues veloutées, une grande fraîcheur, une phy^onomie ouverte et gaie, et surtout une grande tolérance , disposaient en sa faveur , et faisaient présager son élévation. Gomme ministre, il s'est, ainsi que ses collègues, trouvé dans une fausse; position. Mais, pour cet évêque, sa position se complique par ses rapports avec le haut clei^é^ qui voudra qu^îl soit plus évêque que ministre, tandis qu'il ne doit être que ministre.

MÉMOIRES SECRETS. Ij5

crièrent à l'impiété , à la destruction de la religion. Les Débats applaudirent, ainsi que le Constitutionnel. Le Courrier français fit voir que les concessions obtenues par ces ordonnances étaient fort peu de chose; il les qualifia de violation manifeste de toutes garanties religieuses y parce qu'on allait donner à une partie de la population , aux frais de l'Etat , une éducation exclusivement catholique; il fit ressortir la disproportion entre les 1,200,000 fr. accordés aux petits séminaires, et 5o,ooo fr. donnés à l'instruction primaire. Un autre journal prétendit que les contribuables payaient 1,200,000 fr. de. frais pour un procès ajourné.

La formalité de la déclaration exigée, et par laquelle on assure ne faire partie d'aucune congrégation non autorisée, est illusoire : i"* parce que les congrégations ont la prétention de pouvoir se former sans autorisation ; 2^ parce qu'elles seront relevées de cette obligation par les supérieurs ; 5® enfin parce qu'elles peuvent mentir ad majorem Dei gloriam. '

Du reste, le parallèle qu'on a fait entre cette déclaration et le fameux formulaire manque de justesse. Les propositions condamnées comme hérétiques, mal sonnantes, etc« , n'étaient pas si clairement énoncées dans le livre de Jansénius qu'à moins de mauvaise foi, l'on ne pût

1^4 NOUYEAUX

a'empécher de convenir de leur existence. Le sens n'en était rien moins que précis , et de fort habiles gens ont prétendu que l'isolement de ces propositions , nécessairement liées à ce qui les précède ou les suit, les modifiait et les altérait. Exiger que Ton comprenne ce qui est obscur, que l'on n'admette qu'une interpréta* tion dans ce qui est susceptible d'en recevoir plusieurs, c'est une véritable tyrannie, c'est une injustice; c^est supposer une égale dose d^intelligence dans les hommes. Il fallait donc s'en rapporter aux'supérieurs, et dans ce cas, au lieu de croire à l'existence de ces propositions , on croyait à la véracité , et même à l'infaillibilité d'un autre : c'est croire sur parole. Mais la déclaration prescrite par l'ordonnance n'a aucun point de ressemblance^ avec celle4à. Chacun sait bien s'il fait ou s'il ne fait point partie d'une congrégation , s^il y est ou non affilié; c'est un fait personnel dont on est juge , et qui ne demande aucun effort d'intelligence. On ne peut point s'abuser sur ce fait. Qu'on prétende que la condition ne devait pas être imposée, c'est une autre question qui serait prpmptement décidée, car un gouvernement a toujours droit de mettre à ce qu'il donne une condition , pourvu qu'elle soit raisonnable; or il n'est pas douteux que celle-là

Min 01&B8 ''SBCEBTS. lyS

ne le soit. Quand on se met d'une congrégation, on contracte des devoirs spéciaux , on reçoit une direction; et ces devoirs peuvent ne pas être en harmonie avec ceux qu'on doit remplir en se consacrant à l'éducation.

32 juin. ^^Pairs.'^W QSt de temps en temps question de £aire une promotion de pairs pour obtenir la majorité voulue quand on craint de la perdre. Ce bruit se renouvelle depuis quelques jours. A cette occasion , un pair a prétendu que cette promotion était impossible, «r L'enceinte s'y oppose, a-t-il dit, il n'y a plus fr de place; les murailles de la chambre des c( pairs sont les limites actuelles de la pairie, n

26 juin 1828. — ^ F'isite à la Malmaison. — ' Nous sommes allés hier à la Malmaison ; nous avions un billet annulé depuis quatre ans , et l'on nous refusait la porte,. lorsqu'un monsieur seul se présente avec un bon billet pour lui et sa compagnie : il nous ofFre d'entrer avec lui , ce que nous acceptons avec reconnaissance.

La Malmaison est en vente depuis la. mort du prince Eugène Beauharnais. On en. veut 2 millions, ce qui ne serait pas cher, s'il est vrai qu'elle ait 1,700 arpents de terre , soit bois ou. prairies.

Ce lieu ofFre tant de souvenirs^ qu^il est douteux que le propriétaire puisse user du droit de le vendre; par reconnaissance^ il en devrait surveiller la conservation; mais ce sont des enfants d'un prince de fortune ^ qui lui-même ne fut pas très - reconnaissant envers Napoléon/ et prouva qu'il aimait l'argent : deux motifs suffisants pour annuler toutes les convenances.

J'ai vu cette fois la Malmaisoû avec des yeux ^observateur^ avec des masses de souvenirs imposants, avec les leçons de l'histoire.....

Dans les données qu'on a pour juger un homme célèbre y il ne faut pas oublier celles que fournit le choix de sa demeure, et la ma* nière dont il y vit quand il est livré à lui-même, à ses goûts naturels, dont l'exercice est suspendu par quelque circonstance dominante, telle que l'ambition , etc., etc»

Le choix et l'arrangement de la demeure prouvent que Napoléon avait des goûts simples , quoique la propreté , l'élégance se remarquent partout. On sent qu'il voulait être lui, et abdiquer la représentation : bien différent en cela de Louis XIV, qui voulait toujours être Louis XIV, et dont l'amour du faste, du pouvoir , des grandeurs , se retrouve dans les actions les plus secrètes de sa vie, et dans les

ilÉHOIRBS SECRETS. I77

coins le8 plus reculés de ses palais, que toujours il peuplait de courtisans.

La maison est simple , c'est une véritable retraite d'un particulier aisé. La galerie que Joséphine y fit construire en 1804 est belle, mais ce n'est pas celle d'un prince; elle est mieux, sans être aussi riche.

«Vous avez vu là, dis -je au concierge, bien des souverains. -^ Oui , et ils étaient bien petits garçons. « Cette réponse me fit voir que mon homme était resté fidèle à Napoléon.

La chambre à coucher de Joséphine, située au premier, entre un boudoir et une petite salle de bains qui ne sont toujours que d'une élégante propreté, est en forme de tente; le plafond est formé d'un beau tableau au milieu, autour duquel régne une magnifique draperie d'un drap rouge parsemé de broderies d'or en bosse ; les plis vont finir à des bâtons d'or qui figurent les soutiens de la tente : c'est d'un très-bel effet. Le meuble est en rapport, c'est la plus belle pièce de la maison. « Le lit où mourut Joséphine est là, sous vos yeux..... Napoléon couchait toujours avec elle.

ic — Est- elle morte de sa mort naturelle, c'est - à - dire d'un catarrhe , comme l'ont dit , en 181 4 1 1^8 journaux? — Tout, ce que je

puis V0U8 dire, monsieur , me répond le concierge, c'est qu'elle se portait comme le Pont- Neuf la veille de sa mort. » Quelqu'un prononça le mot de poison , le concierge répéta qu'elle se portait la veille comme le Pont- Neuf; il était visiblement ému ; le ton de cet homme est brusque; il y a plus de vingt-cinq ans qu'il est à la Malmaison.

On sait que l'empereur Alexandre vint faire une visite à Joséphine : celle-ci, qui était pleine de grâce, d'adresse, d'amabilité, tâcha de lui plaire , et réussit. Alexandre était l'Agamemnon de cette foule de rois et princes confédérés pour renverser Napoléon; il pouvait le remettre sur son trône; il n'avait et ne pouvait avoir aucun attachement pour les Bourbons , qui n'avaient rien fait pour lui inspirer de l'intérêt. Joséphine vit qu'il était possible de foire changer ce prince, qu'on trompait, d'ailleurs, par de faux rapports, et qu'elle pouvaitjouer le plus beau rôle que jamais reine eût encore rempli : faire rendre la couronne à Napoléon, qui, par une ambition blâmable , l'avait fait descendre du trône! quel événement! Les confédérés, les partisans des Bourbons, les ennemis de Napoléon en virent la possibilité... ils frémirent, et le catarrhe vint les rendre à leur sécurité

MEMOIBES SECRETS. I79

Les jardins sont négligés; tout y rappelle Joséphine 9 tout y dit qu'elle n'est plus.

1 1 juillet. — M. Feutrier. — Les ordon^ nances. — M. de Bonald. — Il y a eu, le premier de ce mois^ un diner chez M- Feutrier; il ayait invité plusieurs archevêques et six évèques, aucun n'y est venu. Quelques-uns avaient répondu malhonnêtement; te pauvre ministre a paru vivement affecté; un de ses convives a tâché de lui rendre le courage; il lui a représenté l'honneur et la gloire qui résulteraient de son rôle , lui faisant observer qu'en paraissant fort indifférent à la conduite de ces prélats, qui auraient toujours besoin de lui , comme ministre des affaires ecclésiastiques, il triompherait immanquablement, et lui assurant que dans deux années il aurait le chapeau de cardinal .

Les ordonnances qui lui causent ces désagréments seront fécondes en résultats; elles ont placé le ministère dans une position qui le forcera à prendre une physionomie; il faudra qu'il soutienne son ouvrage. Il ne se doutait probablement pas du déchaînement du haut clergé, de la Gazette et de la Quotidienne. Rien ne montre mieux \ indifférence en matière de religion ^ que la manière dont ces déclamations

l8o NOUVEAUX

sont accueillies; elles n'ont excité d'un côté que le mépris et la pitié; de l'autre , qu'une froide surprise , une indignation vraie ou simulée y ou le dépit, suivant le degré de bonne foi et d'instruction des partisans du jésuitisme. Les meneurs et les initiés manquent de la première, que les autres possèdent aux dépens de la seconde . Quant au dépit, il a été général dans le parti. On parle d'une brochure que M. de Bonald doit publier à cette occasion , et, en attendant, voici ce qui lui est arrivé dernièrement. Il était chez M. le comte D'....*, et s'y trouvait avec plusieurs personnes , entre autres , le père Tabaraud, de l'oratoire, qui, à près de quatrevingt an$ , conserve une bonne tète bien meublée, et un esprit jeune et vif» On parlait du collège de Juilly : le maître de la maison a toujours un tendre souvenir de cet établissement (i), dirigé, à l'époque où il y était, par les oratoriens. M. de Bonald , qui voulait faire

sa cour à M. le comte D' , fit l'éloge âe

l'institution de l'oratoire , des principes qu'on y mettait en pratique; il en parlait avec con-

(i) Il vient d'être réorgaaise'. D'après les éloges que font d€S nouveaux règlements, la Gazette, et la Quoùdierine, on peut présumer que le jésuitisme remplacera le jansénisme à Juilly.

MÉMOIRES SKGRETS. l8l

naissance de cause, puisqu'il avait été élevé à Juin y. Le père Tabaraud prêtait une oreille attentive; quand M. de Bonald eut cessé de parler 9 le malin vieillard dit : « Il y en a d'au- « cuns qui ont sucé d'excellents principes à a l'oratoire, mais qui, plu& tard, sont allés se « dégorger dans la rue du Pot-de-Fer. » Cette saillie fit alonger la mine au. noble pair , l'un des habitués du nid de jésuites de cette rue, et rire les témoins. Le maître de la maison fit un signe au père Tabaraud qui , usant de son privilège, et quoique opéré de la cataracte , ne vit rien, ou ne voulut rien voir. Le moment de silence et la contrainte donnèrent plus de prix à la malice oratorienne. M. de Bonald eut pitié des rieurs, et sortit pour les mettre à l'aise.

i5 juillet i8a8. — Garde nationale. '^hK séance d'hier a été l'une des plus tumultueuses de celles de la session. Il s'agissait de la pétition relative à la gardç nationale : M. de Martignac désirait qu'on passât à l'ordre du jour; M. Royer- CoUard, qui lui avait promis (sa conduite pendant la séance l'a prouvé) de favoriser ce désir de toute son influence de président, a commencé, fort maladroitement, par demander la clôture. Dans cette intention,, il a fait une

l82 NOUVEAUX

rédaclion de sa demande tellement équivoque , que les deux côtés et le centre se sont levés, chacun inlerprétaot à sa manière le sens de la question du président : celui-ci s'est vu dans la nécessité d'annoncer qu'il allait employer la forme ordinaire j et il l'a fait; il a été compris. La première épreuve a été douteuse; un député a demandé que l'on continuât, conséquemment, la délibération; le présideht a dit qu'il fallait une seconde épreuve. Il a décidé Yordre du jourp d'après cette seconde épreuve , qui était aussi douteuse que la première.

Voici la tactique employée par le côté droit. M. de La Boulaye et quelques autres courent se placer au centre à l'approche des épreus^esy et se lèvent avec leur parti. Les secrétaires , qui les prennent pour des membres du centre , en concluent que ce centre est de l'avis de ces éclaireurs, et prononcent en conséquence.

Cette . décision de V ordre du jour a ' causé beaucoup de tumulte ; le côté gauche exprimait hautement son indignation. Ce résultat inattendu met la chambre en contradiction avec elle-même; car, d'un côté, elle a donné suite à l'acte d'accusation contre le dernier ministère, et la dissolution de la garde nationale est un des principaux chefs de cette accusation; de l'autre, en adoptant l'ordre du jour, elle dé-

MÉMOIRES SECRETS. l8?)

clare c^e cet article ne mérite aucune attention.

Après cette séance , on a tenu un comité secret pour écouter la proposition de M. Eusèbe Salverte, qui a demandé qu'on sollicitât du roi ]e rétablissement de la garde nationale de Pa* ris y ce qui a été pris en considération. Il est possible que le moyen dont on s'est servi pour obtenir Tordre du jour influe sur cette question, intimement liée à L'autre , de manière qu'après avoir été écartée par l'assemblée en séance publique y elle soit accueillie par la même assemblée en comité secret.

Les ministres paraissaient inquiets pendant la séance , ils ont vu que leur majorité tenait à bien peu de chose ; ils font présumer qu'ils prennent le parti de leurs devanciers, et ne sentent pas que c'est le plus sûr jnoyen de perdre leur popularité , et de se faire renvoyer. J'ai entendu, ce matin, des députés qui ne leur donnaient pas plus de deux mois d^'existence. Ils prétendent qu'on reviendra au projet de réduire le corps électoral d'après çej.te interpi:étation que û Charte , eu disant qu'il faut payer 3oo fr. pour être électeur, ne dit pas que tous ceux, qui paient 5oo fr. seront électeurs. En conséquence, réduction, choix, etc., le tout par ordonnance royale; nous verrons, c'est bon à noter en passant.

l84 liOUYEAUX

Le lundi , la proposition de M. Salrarle fut écartée.

Le respect et le sentiment des convenances ont empêché de présenter à la tribune le licenciement de la garde nationale (i) sous son véritable jour, pour faire sentir combien les ministres furent coupables envers le roi. C'est le rôle qu'ils ont fait jouer à ce prince^ et la position dans laquelle ils l'ont placé ^ qui constituent un des plus grands crimes que des ministres puissent commettre envers lesouverain, parce qu'ils courent' risque d'altérer le respect et la considération qu'on lui doit. Leur inconséquence fut telle y qu'on cherche , sans pouvoir le trouver, quelque motif raisonnable.

Comme les circonstances de cet événement ont été diversement racontées, il importe donc de fixer les idées à cet égard. Voici des détails sur lesquels on peut compter.

Le i6 avril 1827, le roi passe en revue la garnison de Paris, y compris les Suisses. La curiosité pousse au Champ-de-Mars une partie de la population. Le roi parait, est accueilli par un morne silence, s'y montre sensible^

(i) Le 29 avril 1827, Le même jour, 1828, M. de La Fayette rappela cet événement. Plus que tout autre U ep avait le droit. '

MÉMOIBES SECRETS. l85

rentre^ demande la cause de cet accueil glacial , et retire la loi de la presse , qu'on désigne à sa majesté comme cause du mécontentement général, lllumindition partielle y mais spontanée , dans la nuit du 17 au 18 (parce que le retrait ayant eu lieu dans la journée du 17 à la cour des pairs ^ n'était que 4)artiellemefit connue ), générale, et toujours spontanée le soir du iS^ parce que la nouvelle était sue de tout le monde.

Il y a toujours des ressources avec un roi qui se montre affecté du silence du peuple ; il doit être sensible aux vivat, seule manière d'exprimer sa reconnaissance. Toute la population se propose de le faire à la première occasion, conséquemmenty le 39 avril, jour de la revue de la garde nationale de Paris. On annonce d'abord qu'elle aura lieu au Carrousel, ce^qui contrariait les Parisiens , qui n'y pouvaient entrer. On soumet au roi l'ordre du jour dans lequel , en effiet, ce lieu était indiqué : Charles X raie de lui-^ même cette désignation, et la remplace par celle du Champ -de -Mars. Dans cet ordre du jour, étaient et des compliments à celle garde nationale, et le rappel de la manière dont elle avait reçu Monsieur en i8i4» le 12 avril, et lorsqu'il avait grand besoin d'elle.

Le dimanche, 29 avril, est donc choisi; il

ld6 NOUVEAUX

émît impossible de jouir d'une plus belle journée.

L'enceinte du Ghamps-de-Mars est inondée d'une foule innombrable. A l'arrivée du roî, toutes ces bouches, muettes le i6, se fatiguent de vive le roi répétés, mais accompagnés çà et là de quelques cris à bas les ministres ou les jésuites y étouffés cependant par les vii^at.

Dans quelques légions (on en cite trois sur douze) le même mélange se fait remarquer; au total, le roi fut et parut content. Il rentre aux Tuileries, fait venir les douze colonels, les prie ^'exprimer, chacun à sa légion , la satisfaction qu'il éprouvait, en attendant que l'ordre du jour du lendemain en rendit l'expression officielle et publique.

L'une des légions passant, au retour,^ rue de Rivoli, devant l'hôtel du ministre des finances, s'arrête, lui donne une sérénade terminée par le cri à bas ViUèle ; ce ministre s'évade, et se réfugie au palais.

Les douze colonels s'étaient acquittés de leur commission, et la garde nationale put s'endormir persuadée de la bienveillance du roi.

Le roi portait, ce jour, l'uniforme de ladite garde. C'est dans cet uniforme, à onze heures du soir , à la suite d'un conseil des ministres , que ce prince signe une ordonnance ainsi con-

eue : Article unique : La garde nationale de Paris est licenciée.

A minuit 9 on met à la porte le poste de Tintérieur du palais , et Ton jette en dehors les fusils de ceux qui ne s'y trouvaient pas.

Le lendemain, le Moniteur jfdiriit tard , parce qu'il avait fallu retrancher un article louangeur de ladite garde, et le remplacer par la ligne de licenciement.

On ne revenait pas de cette nouvelle, on ne pouvait se l'expliquer : on regarda cet acte comme un trait de folie de la part des ministres; c'jétait bien pis.

On sut bientôt que M. Boudeauville, ministre de la maison du roi, s'était opposé, dans le conseil, à cette mesure. Le malin, il donna sa démission , comme preuve de la si;)cérîté de son opposition. Son (ils, M. Sosthène de La Rochefoucauld , témoigna l'envie de suivre cet exemple, priant son père de lui obtenir du roi une audience dans laquelle il dirait au prince qu'il n'avait plus maintenant que trois personnes pour le défendre, Villèle, Corbière et Peyronnet (i).

(i) Nous ignorons jusqu'à quel point cette fanfaronnade est fondée, mais on n'en doutait pas dans le

l83 NOUVEAUX

Le lioenciement de cette garde nationale à qui Paris avait dû sa tranquillité lors de Tinvasion, et le prince, lors de sa rentrée, un accueil dont S. A. R. avait alors senti tout le prix, était si dénué de fondement et tellement en contradiction avec le langage du prince et la satisfaction qu'il avait exprimée, qu*on ne dotrta point du prompt rétablissement de cette milice; le bruit en courut : le roi, disait-on, ayant eu le droit de la licencier^ avait celui de la recomposer.

Dans un gouvernement représentatif, on ne doit point examiner les droits du roi. Le roi est comme Dieu, inaccessible à la haine, à l'amour, aux passions des hommes. Malheureusement, il n'est pas doué de la faculté de lire dans l'âme, et de connaître les plus secrètes pensées.

C'est pour concilier cette justice royale qui ne doit faire acception de pei*sonne, avec les intérêts de ceux sur lesquels elle s'exerce , et pour suppléer à la prescience qui ne lui a point été accordée, qu'il choisit des ministres sur le rapport desquels il juge : c'est pour que ces

^ démentir.

temps , et le caractère du héros n'est pas propre à la

ministres fussent ce qu'ils devaient étre^ qu'on les a rendus responsables.

Mais en plaçant le roi dans l'arche sainte , on s'est réseTTé le droit de discuter avec ses minis-^ très. Nous devons écarter avec respect le manteau royal dont ils prétendent 6é couvrir^ et ce n'est pas notre faute si ce respect fait place au sentiment contraire quand le manteau royal est écarté.

Le ministère n'ayant pas eu le droit de licen^ cier sans motif la garde nationale ^ n'avait pas celui de la recomposer.

L'ordonnance y monument de la colère mi-* nistérielle, n'était précédée d'aucun motif , d'aucun considérant ; elle faisait mention d'un rapport qui n'existait pas^ et l'on voyait qu'é*videmment cette mention était une formule.

Nous n'étions ni ne pouvions être aux ordres d'un ministre bizarre ^ emporté , capricieux, et qui prouvait tous ces défauts par l'acte le plus irréfléchi qu'on se ëoit permis. Si ce ministère eut voulu former une nouvelle garde na-« tionale, il aurait trouvé partout un refus formel de concourir à ses vues. Ceux qu'il avait licenciés avaient un motif dans l'acte qui les renvoyait y et les autres, dans la manière dont les premiers venaient d'être traités; on ne devait plus se mettre à la disposition d'un ministère qui trompait le prince.

190 NbUVEADX

La garde nationale ne pouvait donc être recomposée que sous un nouveau ministère : on yient de voir qu'il n'est pas probable que ce soit sous celui-*ci.

Nous avons oublié de dire que , depuis long-temps, cette milice avait dû s'apercevoir du peu d'estime que le triumvirat avait pour elle, et M. Corbière s'était chargé de dissiper toute illusion à cet égard.

Le i^' janvier, l'état-major de la garde nationale, conduit par M. le duc de Ghoiseul, s'était présenté chez ce ministre. M. de Corbière recevait au bout d'une galerie : le dos au feu, les basques de son habit ramenées par-devant, il se chauftajt fort à son aise ; c'était sa posture favorite quand il était de bonne humeur. Il aperçoit le duc et son état- major qui s'avancent vers lui : il ne bouge pas , et les laisse arriver; le duc s'approche, salue , et présente ses officiers. M. de Corbière ne quittant point sa position, ne rend aucun salut; et d'un air d'abandon, dit : Ah! la garde nationale ^c^ est bien ! Choqué de cette réception , monsieur le duc s'écrie : « C'est ainsi que vous recevez a l'état •* major de Paris! c'est ainsi que vous « recevez un Choiseul! je donne ma démisa sion. n En disant ces mots, il se détourne et s'en va. M. Corbière continua de ce chauffer.

21 juillet. -^Accusation contre le ministère ViUele. — Hier, 20 juillet, la séance a été consacrée au rapport de M. Girod de TAin , sur la proposition de M. Labbey de Pompiëres.

Plusieurs personnes ont été frappées de l'extrême timidité de la marche de la commission , et de l'excessive circonspection des procédés qu'elle a cru devoir employer pour accomplir sa mission. Elle témoignait, disaient -elles, de l'aversion pour lés accusations constructives . Dans tous les procès du monde, on examine la conduite de l'accusé, l'ensemble des faits, leur, liaison, soit entre eux, soit avec le but. Le système d'isolement rend la découverte de la vérité impossible , et l'évidence douteuse ; car si l'on isole le fait, il n'est pas de raison pour ne pas isoler les circonstances du fait , qui déslors perd toute son authenticité.

Quoi qu'il en soit de ces remarques, voici le résumé le plus succinct de ce long rapport.

La commission d'accusation est d'avis qu'il y a lieu d'instruire contre les anciens ministres. Sur l'accusation de trahison et de concussion , la majorité de la majorité a reconnu en fait :

i*" Que des religieux n'avaient pas été rappelés en secret en France par le dernier ministère.

2** Qu'il y avait des jésuites en France.

193 NOUYEAUX

5° Que ces jésuites avaient été tolérés par le dernier ministère.

4*^ Que cette tolérance était contraire aux lois^ en ce que les jésuites avaient manifesté, par des signes et des actes extérieurs , leur existence comme corporation.

5** Qu'il y avait de la part du dernier ministère protection des jésuites^ comme corporation religieuse.

6"" Qu'il y avait eu fraude dans un certain nombre d'élections en 1824 et i82y.

7° Que le rétablissement de la censure en 1824 et 1827 n'avait pas été déterminé par des circonstances graves qui rendissent momentanément insuffisantes les mesures de garantie et celles de répression inutiles.

8° Qu'il n'y avait pas eu défaveur de la part du dernier ministère à l'égard des protestants.

9** Qu'il y avait eu des destitutions arbitraires et blâmables.

10° Qu'il y avait eu dilapidation de la fortune publique à l'occasion de la guerre d'Espagne.

11° Que le conseil de créer 76 pairs, en 1827, était contraire aux intérêts de la couronne et du pays.

1 2° Que la conduite de l'administration relativement aux troubles des 19 et 20 novembre 1827 était blâmable.

MEMOIRES SECRETS. ig3

i5'' Que des habitanls de la Martinique avaient été détenus arbitrairement, et déportés illégalement au SënëgaL

i4^ Que l'envoi des pièces au greffe de la cour de cassation avait été illégalement retardé pen-* dant plusieurs mois.

lô"" Que Tarrestation du colonel Garon à Bat*tenheim, dans la nuit du ^ juillet 182a ,. avait été précédée I accompagnée et suivie de faits blâmables. . .

16® Concessions de droits et jouissancèa appartenant à rÊ(at.

17® Garde nationale.

La faction Yillèle a tiré le meilleur parti possible de la situation dans laquelle le rapport de la commission mettait les ministres accusés. Elle disait ; ils ne peuvent accuser, ils ne veur lent point absoudre. Cependant l'un de ses or-ganes, M. de Monbel, qui^ n'ayant pu prononcer un discours tout préparé dans l'espoir, que la discussion commencerait de suite , l'a fait insérer dans la Gazette, reconnaît l'impartialité du rapport de M. Girod de VAin.

Pour faire le procès aux ministres ,. on n'a d'autre donnée que la Charte > qui ne spécifie que concussion el trahison.Toui ce qui De peut se classer dans l'un de ces deux chapitres est nul ; or beaucoup de graves sujets d'accusation

ig4 KODYEAUX

ne sont point susceptibles de ce classement. La trahison suppose l'intention : ce n'est donc pas trahir le roi que de n'avoir pas l'intention de le faire. On peut compromettre la majesté du trône par incapacité ; ainsi la dissolution de la garde nationale^ quelques heures après \q9 éloges donnés par le roi, la plaçait dans une ûtuation critique y. en ce sens que ce prince se contredisant sur le même objet , dans le même instant, avait l'air de ne savoir ce qu'il faisait, ce qui^ en France , est ce qu'il y a de pis, à cause du ridicule : c'est là le vrai crime du ministère, mais il n'y a pas trahison.

L'ajournement après le budget, voté par la gauche, tandis que la droite voulait commencer la discussion sans délai, est, comme le disait M. de Monbel, un renvoi aux calendes grecques, parce qu'aussitôt après, la plus grai)de partie des députas abandonnera Paris, et il n'en restera plus assez pour délibérer.

Il y a et il y aura toujours, tant qu'une loi ne sera pas faite, un vice radical dans toute accusation contre les ministres. Si l'on fait la loi après l'accusation, on ne peut la leur appliquer; c'est ce qui explique l'ajournement de la gauche , qui veut sincèrement les mettre en cause, mais comme elle en sent l'impossibilité, elle ajourne»

MÉMOIRES SECRETS. ig5

Le même motif explique aussi la conduite de la droite, qui ne voulait aucun délai , parce qu'elle était sûre du résultat ^^ c'est-à-dire de la non - condamnation. Cependant, si la discussion s'était engagée sérieusement, il y aurait eu probablement des révélations curieuses.

L'ajournement laisse les choses in statu quo , c'est-à-dire les anciens ministres sous un soupçon accusateur, avec une déclaration par la-* quelle ii j a lieu a suivre avec, blâme , si la Charte le permettait; mais la commission , en faisant remarquer le silence de cette loi fonda-? mentale, déclare que les ministres méritent le blâme.

De plus, il y a ce tribunal auquel on n'échappe pas , grâces à la publicité, c'est celui de l'opinion. Il sera pnouvé que si les ministres ne sont point mis en jugement, c'est par suite de l'insufiisance des lois, et nullement à: cause de leur innocence*

27 juillet, -r— Expédition de Morée. -^ Mahmoud. — ' Conjectures. ; — ibf. Capo d^Is^ tria. — Nous allons enfin sortir de chez nous pour faire la guerre, et quoique ce soit pour empêcher une pc^ulation d'être égorgëe, il est possible que cette guerre, tout-«-à-fait inofien-^

igG Nt>uyËAUx

sive I donne lieu , par la suite , à de grands événements.

Le gouvernement envoie douze mille hommes en Morée pour en chasser Ibrahim-Pacha , d'où nos grands politiques concluent que nous nous emparerons de l'Egypte. Nous ne nous emparerons de rien; le temps des conquêtes . est passé pour nous.

Parmi les faiseurs de conjectures^ plusieurs prétendent que cette expédition se fait d'accord avec Ibrahim^ qui, voulant avoir un prétexte pour rentrer chez lui sans que Mahmoud eût rien à lui dire^ se serait arrangé secrètement avec nous pour se faire chasser de. la Grèce. Cette supposition est faite par ceux qui craignent la guerre. En attendant^ Ibrahim y va bon jeu bon argent avec les Grecs , qu'il tue, qu'il vend> et dont il dévaste le pays.

Ce n'est pas la seule conjecture que l'on fasse : le but de l'expédition n'est pas positif, et toutes les fois qu'il y a plus d'une chose à faire , on peut épuiser toutes les chances possibles jusqu'à ce que le secret soit connu. Voici. ce qu'on dit de plus remarquable : faire la guerre aux. Turcs; émanciper la Grèce; sans faire cette, guerre , établir des colonies ; telles sont les possibilUés. La France ne peut être indemnisée de ses frais par la cession de quelques crêtes de

MÉMOIRES SBCBBTS. IQ7

rochers dans l'Archipel, dont elle serait obligée de nourrir les habitants.

« Pourquoi, dit un diplomate, la France ne s entendrait-elle pas avec les populations grecques de Suiyme, et en général, de toutes les côtes^ d'Asie mineure sur la Méditerranée? Ces populations sont dans une disproportion trop forte avec les Musulmans qui les entourent pour pouvoir s'émanciper sans appui au dehors. Dans tous les temps > les efforts qu'elles ont tentés pour être indépendantes ont presque toujours été infructueux. Ce fut dans Tlonie qu'éclata la guerre contre les Perses; mais tandis que la liberté triomphait dans la Grèce occidentale, elle était vaincue dans la Grèce asiatique. La France pourraitdoncs'entendrefacilementavecleschefs des populations chrétiennes de l'Asie mineure ^ et leur offrir de se placer sous son protectorat , qui leur serait indispensable, au moins pour }ong-temps. De cette manière , nous fonderions un empire d'Asie beaucoup plus rapproché , et qui offrirait des avantages moins contestables que l'empire des Anglais dans l'Inde. Le territoire des anciennes républiques de l'Ionie, les monarchies de Priam, de Grésus, des Attales, une partie de celle de Mithridate s'y trouveraient incorporées. Ce serait une magnifique compensation pour la perte de l'Egypte; Que

igS NOUVEAUX

de richesses dans ces belles plaines couvertes de cotonniers, et ou la culture d'autres produits des tropi(|ues s'acclimaterait sans peine! en même temps, que de trésors pour la science! que de villes superbes décorées de toutes les splendeurs de l'art antique dont on retrouverait les débris dans ces grasses campagnes, situées dans la portion la plus belle, la plus riche, la plus féconde de toute l'Asie ! Mais si un peuple européen ne vient pas à son aide, elle restera bien long- temps encore dans des mains barbares, et la nature continuera de s'y parer d'une pompe stérile. »

L'Asie mineure est en effet le jardin de ce globe; la richesse et la fertilité du sol , la douceur constante du climat, en font un paradis terrestre auquel il ne manque d'autres trésors que ceux de la civilisation. Smyrne, qui en est la capitale, réunit tout ce que le commerce peut désirer.

Mais l'idée, ou plutôt le projet mis en avant serait^^il, s'il était exécuté, à l'avantage de ses habitants? il est permis d'en douter. Il faudrait^ pour le succès, s'en servir pour la culture, ou bien augmenter la population par des colonies d'émigrants. Dans le premier cas, le rôle de la France se bornerait à une protection militaire; mais les usages, les habitudes, les mœurs

MÉMOIRES SECRETS. ïQQ

des Grecs asiatiques^ ne s'opposeraient^lls pad à rétabUssement des institutions nécessaires? £n supposant la population actuelle assez nombreuse , queU moyens emploierait-on pour la rendre laborieuse et libre, soumise aux lois^ et non asservie au joiig ?

Dans ie second cas, c'est-à-dire dans l'by-* pothése d'une émigration pour accroître la population , insuffisante dans le but qu'on se propose /n'a-t-on pas à craindre ce qui arriva aux croisés qui, au commencement du treizième siècle (de 1204 à laSo), au lieu de secourir les Grecs et de faire la guerre aux Turcs, la firent aux premiers, se la firent entre eux, et fondèrent d'éphémères empires? résultat auquel personne n'avait songé. Quels arrangements faire entre l'ancienne et la nouvelle population ^ soit pour rendre leurs intérêts communs, soit pour empêcher que la seconde qui, dans cette hypothèse, ne viendrait que pour faire fortune, ne sucoombâi à la facile tentation de se servir de la première, déjà façonnée au joug, poul* arriver à son but? L'idée de retrouver les dér bris des arts est belle, mais ce n'est qu'après un long établissement qu'on peut s^en occupery et certes, on ne commencerait point par là.

Revenons à l'expédition. Envoyer des troupes dans UQ pays appartenant à tin souverain avec

lequel on n'est point en guerre , sans avoir son agrément, c'est, quoi qu'on en puisse dire, une véritable hostilité. Pour bien jnger cette question , il faut jeter un coup d'oeil sur l'état de la Grèce , les droits des Turcs sur ce pays, et les devoirs des puissances de l'Europe ; car quand INine d'elles est en guerre, toutes les aUtres ont des dei^irs à remplir : c'est la conséquence rif;oureuse des traités passés entre elles , quand elle ne le serait pas de leur propre intérêt.

Il semblait , lorsque les Grecs se réveillèrent il y a neuf ans (1820), que la bonté de leur cause ne dût être l'objet d'aucun doute.

En effet, il s'agit d'un peuple chargé de chaînes par un autre qui, moyennant un tribut annuel, lui fait grâce de la vie : d'un peuple qui, secouant enfin ces honteuses chaînes, lève la tête , et demande à ceux qui les lui imposent, en vertu de quel droit ils lui permettent de vivre ; d'un peuple à qui les nations de l'Eu*rope doivent, les unes leur langue, leurs arts, leurs usages, les autres leurs richesses littéraires; toutes, le degré de civilisation auquel toutes sont parvenues. Qui donc peut blâmer les efforts que fait ce peuple pour rentrer dans rhéritage commun, dans le droit des gens?...

Si la morale permet de tenir ce langage , l'autorise même et l'approuve, la politique a senn

blé rinterdire jusqu'à ce jour; mais comme ses intérêts varient, elle subit comme eux la loi qui les change ou les modifie.

Plusieurs questions importantes ont été mises à Tordre du jour, à l'occasion de la Grèce, et suivant le point de vue où l'on se plaçait.

Les puissances de l'Europe ne voyaient (pour la plupart) dans les Grecs que des révoltés, et dans Mahmoud qu'un souverain légitime; et comme elles doivent en principe soutenir les souverains , elles pensèrent que tout ce qu'elles pouvaient faire en faveur de l'humanité outra* gée y était de ne pas se mêler de la querelle. C'était la question de la légitimité ^ mot devenu par le fait, pour quelques-unes, synonyme de pouvoir absolu , ce qui réduit la questioif à celle du moi souverain.

Elles laissèrent donc massacrer les Grecs, vendre les femmes et les enfants, et faire le commerce des blancs; elles qui proscrivaient celui des noirs ! Ici l'on voit compromis également et sacrifiés aux intérêts de la légitimité , ceux de l'humanité et de la religion.

Jusqu'ici Mahmoud est le seul conséquent à ses principes. La loi du sabre n'a besoin ni de tribunal ni d'interprétation. Il ne lui faut qu'un bras. On connaît la force de celui de Seaoderbeg. Lorsque Mahomet lui fit remettre

8on cimeterre ^ après Tavoir vainement essayé , il adressa ces paroles à Témissaire du despote : (c Dites à votre maitre qu'en lui envoyant te sabre , je ne lui avais pas envoyé le bras. » Ce mot révèle tout le secret de la puissance turque.

Mahmoud repousse toute intervention. Il a publié un manifeste remarquable par sa franchise. La doctrine du pouvoir absolu y est ex-^ posée dans sa naïve simplicité ^ et comme telle* ment incontestable, évidente, naturelle, et donnée par la Providence , qu'elle n'a besoin que d'être rappelée.

(c Pour tout homme doué d'intelligence et M de pénétration, dit Mahmoud, il est évident « que , conformément aux décrets de la divine « Providence, l'étal florissant de ce monde est u dû à la réunion des hommes en société; que « cette réunion ne pouvait avoir lieu que par u P asservissement des différentes nations ; que u la sagesse du Tout-Puissant, en divisant l'u-*- « nivers en différentes contrées, a assigné à « chacune un souverain entre les mains duquel ce sont placées les rênes de l'autorité absolue u sur les nations soumises à son empire , et que f( c*est de cette manière que le Créateur a réglé ic et établi l'ordre de l'univers. »

Ainsi voilà l'esprit humain intéressé, comme 4oué d'intelligence et de pénétration^ à conve^

nir que Fétat florissant de la société ne j[)ouvait avoir lieu sans Tasse rvissement des nations.

Du reste^ c'était peut-être la seule manière de faire établir l'absolutisme par le Grand- Turc ^ contre ses dogmes^ sa doctrine, et sans observer le costume et les mœurs. En effet ^ il couvre du. plus souverain mépris tout ce qui n'est pas de sa religion, et le terme le plus honnête dont il se serve , en parlant de ceux qui ne professent pas l'islamisme, est de les trai*ter de chiens; il nous croit des gens abandonnés de Dieu , bien convaincu que ce Dieu ne se mêle que des affaires des Turcs. Ainsi il ne peut ni penser ni convenir que ce Dieu ait assigné aux nations des souverains incirconcis. « Il est de notoriété publique , dit-il dans son « manifeste, que toutes les affaires de la Sui< blime Porte ont pour base la religion/ et cf que tous ses règlements nationaux s'cnchai- « nent étroitement avec les préceptes de sa re- (c ligion. » Cette religion étant la seple vraie , Dieu n'a pas pu assigner des souverains aux peuples sans leur donner l'islamisme ; ce sont donc les principes d'un diplomate européen, et non du ministre de sa hautesse qui n'y voit pas de si loin, et n'entend pas de si haut. Les journaux anglais ont attribué cette pièce au prince de M ; ce qui nous parait certain ,

304 VOUVEAUlt

c'est que son auteur n'est pas Turc, et qu'elle n'est pas dans l'esprit de cette nation, quoiqu'elle soit dans les principes de son gouvernement ; mais ce gouvernement sait mieux manier le sabre que la plume , et il tue avant de prouver qu'il faut tuer ; ce dont il se dispense ensuite, comme chose inutile pour le mort , et dangereuse pour les vivants*

Nous n'entendons parler dans ces observations que du système et de la doctrine du Grand^- Turc; non de sa personne, de ses talents, de ses qualités, dont nous nous occuperons peutêtre un jour. Mais avec un pareil système , ua tel peuple , et une semblable religion , on ne sait point jusqu'où pourrait aller un grand homme , et l'on doit craindre que Mahmoud ne soit en chemin de le devenir*

Les Grecs divisés entre eux , parce que la liberté est une pomme de discorde quand on la jette au milieu d'esclaves faits pour l'être, se seraient peut-être fait plus de mal qu'ils n'en recevaient des Turcs; ils avaient besoin d'un régulateur. L'autocrate de Russie, probablement d'accord avec les autres puissances , s'est chargé de le leur donner. Il a choisi un Grec de naissatice, M. le comte Capo d'Istria, d'une amabilité rare, remarquable par Xatticisme de sa conversation, la politesse de ses manières ,

ce ton d'urbanité , cet usage du grand monde que personne ne possède à un si haut degré.

On n'entend pas long-temps parler M. Capo distria , l'on ne cause pas long-temps avec lui , sans s'apercevoir de la finesse de son esprit. Elle est telle qu'elle inspire de suite une cer-* taine méfiance ^ et qu'on est sur ses gardes.

Je le vis en 18:26 chez le duc de..... Je crois qu'à cette époque il était nommé in petto président de la Grèce. Il nous conta plusieurs cir* constances de sa vie. Fort jeune , et , je crois , en 17889 il passa y ou fut envoyé en Amérique. A son départ , un homme d'un grand nom lui dit que lorsqu'il reviendrait , il ne trouverait plus de roi en France; prédiction que l'événe^ ment avait gravée dans sa mémoire ^ en. traits ineffaçables.

La conversation instructive , agréable et variée de M. le comte Capo d'Istria; son adresse; Tart avec lequel il élude toute question directe, sans que vous puissiez vous apercevoir qu'il n'y répond pas , prouvent qu'il doit être consommé dans la diplomatie ; et toute sa vie en est , du reste I une démonstration*

Depuis qu'il est à la tête du gouvernement de la Grèce , il s'est montré peu favorable à la France. D'après une correspondance confidentielle de M. J. D. S. que j'ai vue, il voidail

qu'on levât , pour lui , des régimeiits composés de Français et de Suisses, désirant que ces derniers fussent en plus grand nombre. Comme les troupes qui vont partir pour la Morée ne répondent pas à ses vues , on doit présumer que Texpédition ne lui plaira que médiocrement.

Il est à craindre qu'il ne mette Fabvier dans là nécessité d^abandomner la cause des Grecs , et qu'il ne soit jaloux dé l'inflaence et du crédit que lui donnent , dans ce pays, sa cotiduite, son dévouement et ses services.

Zo juillet* — Bizarrerie remarquable. - — Tout le mois de juillet a été rempli par la discussioù sur le budget, et cette discussion à été quel^^ quefois orageuse. Vers la fin un singulier ha-« sard a donné lieu à l'une de ces questibbs telles ment douteuses et tellement im prévue» qu^etles ne sont point susceptibles d'une solluliûa salis^ faisante. Il s'agissait d'une réduction de 12,000 francs proposée sur le traitement des adminis^* traiteurs de la poste. Cette réductipq a été mise aux voix. Deux épreuves successives! ont fait voir qu'il y avait un partage égad dand;ra3sem-^ blée. Le scrutin a pleinement confirmé cette conjectiire en donnant pour résultat 161 voix pour, et 161 voix contre la réduction. C'était poilu* la première fois que se présentait cette

MÉMOIRES SECRETS. ^Oj

combinaison; et comme elle n'avait point été prévue par les règlements , il semblait que le scrutin devait être nuL Mais M. Royer-Collard en a jugé autrement. <« Il n'y a point de majo^ rite, a-*t*il dit, par conséquent la réduction n'est point adoptée, d On pouvait également conclure qu'elle n'étaix pas rejetée. M. Benjamin Constant a rappelé que la Charte exigeait que les résolutions de toute nature fussent adop^ tées par une majorité quelconque. M. Royer- Collard a répliqué qu'une réduction proposée était un véritable amendement, et que> pour l'adoption d'un amendement , il fallait qu'elle fût votée par la majorité. M. de Lameth a fait observer que la chambre se trouvait dans lat même position où elle était avant le scrutin , et conclu que ce scrutin, n'exprimant que le doute, devait être renouvelé. M. Royer-Collard, après avoir approuvé le raisonnement de M. de Lameth , s'en empare , et conclut que la réduction n'est point adoptée puisque la chambre se trouve dans la même position qu'avant le scrutin, et qu'elle ne L'était point. Cette subtilité a causé beaucoup de rumeur, étant approuvée par les i6i députés à qui elle donnait gain de cause , et blâmée par le même nombre qui perdait la partie. Mais ce qui a succédé n'est pas moins extraordinaire que cet incident. M. Benjamin

Constant, pour obtenir un second scruiiii^ a proposé une réduction de io^oog fr., mais elle a été rejetée, et une bonne partie des membres qui avaient voté pour Téconomie de 1^2,000 fr. se sont levés contre celle de lo^ooo. Cette contradiction a paru inexplicable.

Elle prouve avec quelle promptitude l'opinion d'une grande assemblée change , et ajoute une nouvelle donnée aux observations que nous avons faites sur VimpressionabiUté des hommes réunis en masse. Cinq minutes de réflexion auraient £ut voir que l'argument de M. Royer- Collard n'était que subtil , et qu'en combinant la concliision qu'il en tirait avec la conclusion opposée ; et qui était aussi naturelle , il renouvelait en quelque sorte le fameux argument d'Épiménide , en conduisant à deux résultats contradictoires.

La véritable situation de l'assemblée était l'occupation à laquelle elle se livrait pour savoir si la réduction proposée aurait lieu. Il fallait donc recommencer cette opération , c'est-à-dire le scrutin. La proposition de M. Benjamin Constant en donnait bien le mayen , et l'on a droit de s'étonner de la différence des résultats.

La coaclusion à tirer de l'argument de M. Royer-CoUard est qu'il n'avait point voté pour la réduction.

MÉMOIRES SECRETS. 20g

i6 aoûi» — Mémoire des évtêqués. — ; Le dénombrement des membres de l'épiscôpac qui ne se sont point encore prononcés contreles ordonnances (jusqu'à présent) ^ n-est pas' difficile à à faire. lien est jusqu'à trois que P on pourrait compter^ et ce n'est point une plaisanterie. On y doit ajouter M. le cardinal Isoard qui fait le quatrième; on le présume parce qu'il est le seul qui se soit montré dans le. salon de M. l'évéque de BeauYais , depuis que les ordonnances ont été rendues. Il vient d'être promu à l'archevêche d'Auch; et comme la pairie est un accessoire obligé du cardinalat, ce prélat ne peut encore dévier de la ligne minislérielle; Tels sont les motifs qu'on. a donnés à sa conduite. Nous aimons mieux croire , jusqu'à présent ^ au contraire y que S. Em. n'a conâulté que sa conscience.

Les archevêques ou évêques de Rouen / de Cambrai, du Puy, de Cbàlons, de Gharti*es, de Langres, se sont signalés par des mandements ou des lettres pastorales.* D'autres prélats y moins fougueux, correspondent clandestin nement avec Im Quotidienne qui dît (6aoùt)> « qu'elle a reçu des témoignuges de tout ce (( qu'il y a dans l'épiscopat de plus honorable (( et de plus fervent. Nos lettres nous restent, (( ajoute cette sainte feuille, et nous les prdduî-

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