‹ Nouveaux mémoires secretChapitre 8 sur 16 · NO0VEAUX · texte numérisé non relu

NO0VEAUX

nài^ance en approchaient , s'en tint toujours éloigné. Il y place « l'ambition dans Toisiveté , (( la bassesse dans l'orgueil^ le déair de s'enri- « ebir sans travail, l'aversion pour la vérité, u la flatterie, la trahison^ la perfidie, l'abanu don de tout engagement, le mépris des dec< voirs du citoyen, la crainte de la vertu du u prince, et l'espérance sur ses faiblesses. » Voilà bien des raisons, en effet, pour se détourner d'un pareil séjour.

« Courtisan, dit encore ce grand homme, (c est Tépithète que l'on donne à cette espèce « de gens que le malheur des rois et des peu- « pies a placés entre les rois et la vérité pour u l'empêcher de parvenir jusqu'à eux, même a lorsqu'ils sont expressément chargés de la « leur faire connaître. Le tyran imbécile écoute, i< aime ces sortes de gens ; le tyran habile s'en cf sert et les méprise ; le roi qui sait l'être , les -« chasse et les punit; et la vérité se montre alors, « car elle n'est jamais cachée que pour ceux « qui ne la cherchent pas sincèrement. »

Suivant La Bruyère , un homme qui fait la cour, est maître de son geste , de ses yeux , de son visage ; sourit à ses^ ennemis , contraint son humeur, déguise ses passions, dément son cœur, parle et agit contre ses sentiments.

En général , ces traits sont communs à toutes

les cours y mais nous ne devons nous occuper que de celle de France. Un coup d'œil rapide sur ce qu'elle fut nous mènera brusquement à ce qu'elle est. On la vit tour à tour ou tout à la fois dévote^ galante , polie , fastueuse^ libertine et corrompue. A des époques, heureusement rares ^ des crimes odieux s'y commirent, et l'on y fabriqua des poisons; à d'autres, l'hypocrisie ou le fanatisme la rendirent cruelle. Â toutes les époques , elle ne cessa jamais d'être un foyer d'intrigue et de corruption. Quoique distincte du prince et du gouvernement , elle eut toujours sur l'un et l'autre une influence désastreuse. On peut donc l'attaquer, non^seulement sans être hostile envers le prince et le gouvernement, mais dans leur intérêt; et ce qui prouve combien cette influence qu'elle, exerce est grande , pernicieuse y inévitable , c'est que cette double puissance prend toujours fait et cause pour la cour qui a l'art de l'envelopper, de l'identifier avec elle; et de dominatrice qu'elle est, qu'elle doit être de sa nature pour le bien de la société, elle devient souvent un instrument docile dont cette cour odieuse dispose à son insu. On peut lui appliquer cet avis devenu proverbe ; Noli moi^ere camarinam.

Le cercle dans lequel elle se meut est plus | ou moins agrandi; mais il devient immense

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quandie masque religieux^ la galanterie, l'amour des plaisirs et des fêtes, y sont remplacés^ par la politique ; alors elle s'associe au gouvernement. Alors elle a plus de (brce, plus d'énergie que l'institution la mieux combinée. Celle-ci reposé sur des lois;- celle-là sur le» passions des hommes soumises au calcul de l'intérêt, modifiées l'une par l'autre, comprimées dans leur essor, et forcées de changer leur impétueuse ardeur en un mouvement lent, mais irrésistible, et plus dangereux qu'.un choc, parce (fue son action n'est aperçue que lorsqu'on ne peut plus s'en garantir. Les lois sont faites pour réprimer les passions , pour les régler; mais quand ces passions qui, de leur nature, s'excluent .et se combattent , tendent à se réunir, à se concerter, aucune puissance ne leur est comparable, et cette union n'a jamais, lieu que dans un seul endroit...; c'est à la cour. Elle se compose d'une agrégation d'individus non liés entre eux, mais agissant , ou dirigés comme s'ils l'étaient. Prêts à se diviser, ils sont d'accord dans un seul but, tromper le prince; et lorsqu'ils ne. s'entendent point pour y parvenir , chacun agit à sa manière dans cette intention; c'est un mouvement général, imprimé de tout temps à la à masse; chacun le suit, mais avec un mouvement distinct de celui-là.

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^Prétendre, je le répète, que c'est être hostile contre son gouvernement que de démasquer la c(mv, ce serait une inique absurdité. Tout ce que font les grands appartient à l'histoire, et doit servir de leçon ou d'exemple ; c^«st aux grands à ne faire que ce qui peut servir d'exemple.

Mais avant d'indiquer l'état ou l'esprit de la cour, telle qu'elle est aujourd'hui, nous aurions dû la faire voir dans les différentes périodes qu'elle a parcourues; car elle fut à peu prés toujours ia même (i) pendant les deux derniers siècles, puisque les enfants y succédaient aux pères, en modifiant seulement leur allure, pour se conformer a^i principe fondamental de tout sacrifier à la faveur du prince , après avoir tout fait pour l'obtenir. Â défaut de cette revue qui nous entraînerait trop loin, contentons-nous de quelques aperçus et de quelques anecdotes qui répandront de la variété sur ce sujet.

Une singularité digne d'être notée, parce qu'elle a trait à une qualité recherchée en général par les souverains de notre temps, c'est que ce sont les rois de France les plus puissants qui eurent le plus de popularité; François !•', Henri IV et Louis XIV. Ce dernier.

(i) Mais non pas toujours de même.

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