‹ Nouveaux poèmes de l'AnjouChapitre 20 sur 92 · AUJOURD'HUI RUE DU PORT-LIGNY · texte numérisé non relu

AUJOURD'HUI RUE DU PORT-LIGNY

A Lucien MIGNON

L époque s'esl enfuie, elle est déjà lointaine. Où Saint- Pierre, l'Ecu-de-France, l'Ancre- L'opuleni Pigeon-blanc, d'autres logis encor. Se miraient drôlement dedans la verte Maine.

Tout près d'eux les marteaux de fer des charpentiers Résonnaient ; les rabots sifflaient et faisaient rage, Se plaisaient à mêler leur multiple tapage

.rbe gargantuesque et gras des bateliers.

ANDEGAVl

Et les vieilles maisons avaient l'aspect paterne Des bonnes gens défunts du radieux passé. Quand la joie était franche et le cœur point glacé, Quand le Rire sonnait comme une rime en terne.

Ah ! dans ce passé plein d'originalité, « L'architecteur » osait, sans fantaisie étroite, Mais sans merci, briser l'horrible ligne droite, Préférant le zigzag à l'uniformité.

Aussi, les gais pignons, les tourelles, les faîtes, S'enchevêtraient les uns dans les autres, joyeux, Cascadaient, ricanaient, faisaient la nique aux cieux Et semblaient prendre part à d'hilarantes fêtes.

Ils avaient l'air d'avoir une âme et de penser ; D'être des Tabarins et déjouer un rôle Au milieu d'une farce énorme et vraiment drôle, Et simplement pour le plaisir de s'amuser.

Oh ! l'imprévu lointain des vieilles silhouettes, Tranchant l'azur lunaire ou les couchants rougis ! Le rictus giirr.açant des gothiques logis ! Leur poème vibrant d'éloquences muettes !

Oh ! leur belle façon de se causer entre-eux, De se conter tel conte ou teUe histoire tendre Naïfs et se penchant un peu prjr mieux s'entendre, Comme des vieux ou bien comme des amoureux.

Maintenant l'ancien port, n'est plus qu'une ruelle Sans vie et san-; soieil. sans joie et sans chansons, Derrière une épaisseur de banales maisons, Qui lui versent une ombre éternelle et cruelle.

Sa verve de jadis, rude et spirituelle, Quand d'homériques chants l'emplissaient de frissons, Dut se taire devant la morgue de maçons, Esclaves du cordeau, pleutres de la truelle.

Alors, les doux logis, soudainement rêveurs, Tristes de n'ouïr plus le rire des « beuveurs » Sentant la froide mort s'infiltrer dans leurs moelles,

Acceptèrent le grand dormir et, peu à peu, Oublièrent la Maine et les barques à voiles, Et la vie et l'éclat splendide du ciel bleu !

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ANGERS

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