‹ Nouveaux poèmes de l'AnjouChapitre 60 sur 92 · MESNIL · texte numérisé non relu

MESNIL

A M. René BAZIS

Après s'être vêtus des hardes du dimanche, La bonne métayère et le grave fermier, Ont ensemble quitté la ferme calme et blanche, Où poules et canards picorent le fumier.

Un tas blond de moisson se dresse près de l'aire : Sous le fléau rustisque il gémira demain. Le fleuve éblouissant roule son onde claire

Et suit, sans murmurer, son éternel chemin.

Le soleil matinal inonde de lumière Chaumières et guérets qui sommeillent encor: Cependant qu'invitant les gens à la prière, Une cloche au loin chante et vibre comme un cor.

Un cri joyeux de coq, soudain, se fait entendre, Suivi bientôt d'un cri pareil, non moins joyeux. Un gras troupeau rumine, épars sur l'herbe tendre. Et l'aboiement d'un chien trouble la paix des cieux.

La terre se réveille et rit. Une odeur fraîche Qui fait aimer la vie en pénétrant les sens, Et se fond aux parfums venus de chaque crèche, Monte de la vallée ainsi qu'un pur encens.

Oh îjcomme la nature est jeune et qu'elle est belle Dans toute la splendeur de ses aubes d'été, Et qu'il est bon alors de s'absorber en elle, Et de mêler un rêve à sa sérénité !

AU HASARD DE LA ROUTE l8<

Et là-bas, tout là bas, la cloche vendéenne, Appelle éperdurr.ent les rudes paysans ; Elle exalte, sonore, au-dessus de la plaine, La gloire du Seigneur, triomphante des ans.

Car là. dans ce milieu de vallée angevine, L'homme observe humblement le jour dominical Son orgueil ne fléchit que sous la loi divine, Et son cœur tout entier reste patriarcal.

Et le grave fermier, et la bonne fermière, Délaissant pour un temps les champs luxuriants, Le soc luisam, l'éiable et la blanche chaumière, Marchent auslèrement, marchent en vrais crovants.

Ils vont par le sentier, frais encor de rosée. Bordé de halliers verts, sinueux et montant, A travers la campagne exquise et reposée : Ils savent que l'église ombreuse les attend.

Ils veulent assister à la première messe, Où, tout en feuilletant son gros paroissien, Chacun à Dieu fera, sans phrases, la promesse De lui rester fidèle et de lui rester sien.

Alors, agenouillés à la place où leurs pères Invoquaient, autrefois, ardemment l'Eternel, Ils entendront, fervents, les paroles sévères Que le prêtre prononce et scande, solennel.

Et puis, la messe dite, et l'âme mise en joie, Ils serreront les mains des autres laboureurs Heureux de sui\re t' us une identique voie. En cessant, ce jour-là, leurs champêtres labeurs.

Enfin, ils reprendront, car l'étable réclame. Silencieusement le chemin raboteux Que le chaud soleil d"août réjouit de sa flamme Le même qu à l'aller, ils firent tous les deu\.

Et, tandis qu Elle, habile aux choses du ménage, S'emploiera tout le jour aux seuls travaux permis, Et que ses fils prieront, à leur tour, au village, Lui, reverra ses champs aimés, ses champs amis.

Il restera longtemps appuyé contre un arbre, Les yeux tantôt à terre et tantôt vers le ciel, Dans la rigidité magnifique d'un marbre, Simple, et n'ayant en lui rien d'artificiel.

Et, quand le soir, les feux rouges du crépuscule, Annonceront la fuite immense du soleil, A cette heure où, devant la nuit, le jour recule, Courbant l'univers las sous le poids du sommeil :

Le grave métayer, la bonne métayère,

Inclinés au milieu de leurs nombreux enfants,

Adresseront ensemble, une même prière

Au Maître des saisons, des moissons et des vents.

l8R AI HASARD DE I.A ROUTE

Et contents d'exhaler vers lui leurs âmes pures, Animes seulement par le désir du bien.

Pleins d'espoir en songeant aux récolles futures, Ils le remercîront du pain quotidien !

— O vous qui labourez en paix votre vallée. Et resterez rivés au sol de vos aïeux, Jusqu'au jour où la Mort, simstrement ailée, Glacera pour toujours vos cœurs religieux;

Soyez fiers paysans de ma terre angevine. Car votre âme. en gardant sa vieille austérité. Cette âme que mon rêve admire et qu'il devine, Met à vos fronts hâlés un rayon de beauté!

®em

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