COMMUNE DE LA. ME1GNANNE
A Maurice LEV AILLANT
Au centre d'un dédale inextricable et vert De sentiers égayés par la pourpre des mûres, Délicieusement moussus, pleins de murmures. Mais où plane, pourtant, une paix de désert ;
Au fond d'un val perdu, fantastique et sauvage ; Tout près du Brionneau sinueux et discret Qui va, cachant ses eaux, comme on cache un secret, Sous le bruissement inquiet du feuillage ;
En un site troublant, semé de blocs rugueux, Où n'arrive jamais le moindre son de cloche, Apparaît le peulven antique de la Roche, Qu'à la gloire du Chef dressèrent les aïeux.
Il est là, granitique et superbe, et sa masse, Qui fascine l'esprit rêveur du voyageur. Nargue immuablement, sous le lichen rongeur, La faux du Temps, le feu du ciel, le vent qui passe.
Il est là. Ses trois blocs audacieusement Superposés ont vu des aurores sans nombre, Et la lune joua souvent avec leur ombre Sur l'herbe où parfois pleure un triste bêlement.
Il raconte, orgueilleux, la race opiniâtre,
La volonté de 1er et le torse d'airain
Du Celle chevelu, de l'ancêtre serein,
Qui n'avait qu'une hutte ou la forêt pour âtre.
Il dit son âme simple et hautaine à la fois ;
Ses aspirations où n'entrait rien de mièvre;
Sa vie antique et libre; il évoque sa fièvre,
Quand, désertant ses champs, il chassait dans les bois.
Il fait passer devant les yeux la silhouette
Du héros qui dort là depuis plusieurs mille ans :
— « L'aïeul s'avancealors comme en rêve, à pas lents,
« Sa moustache est pendante et sa bouche muette ;
« Ses cheveux longs et roux voilent son col altier; « Son bouclier est plein d'ornements symboliques ; « Sa main tient un silex; de ses regards obliques, « Il observe l'entour, scrute chaque sentier...
« L'ennemi poind!... Farouche, il rassemble ses «braves»: « Le val s'emplit de bruits métalliques, de chants « Guerriers... horreur ! le sang ruisselle dans les champs., « Tous Volent à la mort, nul ne connaît d'entraves...
« Las! il chancelle, il tombe, il n'est plus!., son corps froid « Gît sur le sol aimé, meurtri, couvert d'entailles... « Magnanime, il s'éteint, victime des batailles, « Fier de tomber vaincu pour sa terre et son droit. »
« Maintenant qu'à jamais est close sa paupière,
« Afin de rappeler aux siècles à venir,
« Que le « brenn » est mort là. qu'il y sut bien finir,
« Ses frères dévoués dressent l'énorme pierre...
« Et le peulven surgit, sans contours définis,
« Rude comme le cœur du mort qu'il perpétue.
» Et dont l'âme chemine au-delà de la nue.
« Au milieu de l'azur et des astres bénis ! »
— Vous aviez bien raison de garder la mémoire
De vos chefs, guerriers torts dont nous sommes les fils,
Et de jeter au Temps d'impossibles défis
En élevant des blocs montagneux à leur gloire :
Des blocs que le rêveur voit, sous le firmament, Au centre des sentiers égayés par les mûres, Près des ruisseaux discrets, dans l'envol des murmures Que la nature exhale harmonieusement.
LA POSSOXXIERE