‹ Nouveaux poèmes et balladesChapitre 11 sur 46 · POUR LA FÊTE DE GIORDANO BRUNO PHILOSOPHE ET MARTYR · texte numérisé non relu

POUR LA FÊTE DE GIORDANO BRUNO PHILOSOPHE ET MARTYR

Fils de l'éclair et de la lumière qui brille au delà de la lumière de l'éclair ou du matin, âme resplendissante de l'amour souverainement juste pour le droit, toi dont l'ardeur du feu consuma et purifia toutes les espérances, et les craintes et les misères, toi qui surgis de leurs cendres transfiguré, intolérable à voir, excepté pour les yeux purifiés dont les paupières ont rejeté toute nuit, lorsqu'ils se ferment sur les visions de l'amour et de la sagesse, et qu'entre eux, les embrassant et embrassée d'eux en même temps, se dresse fermement la vérité, — toi qui posas le pied sur la terre anglaise, lorsqu'elle était encore l'Angleterre, toi qui es notre ami, et qui fus celui de notre Sidney, cœur qui te révélas plus hardi qu'aucun autre parmi les hommes d'autrefois; renonceronsnous à te louer parce que les tiens t'oublient?

Elève ta lumière sur nous et sur les tiens, ô âme dont sur la terre l'âme tut comme une verge pour chasser les prêtres, une épée pour percer leur Dieu, un bâton grâce auquel la libre pensée de l'homme pût marcher seule, une lampe pour le diriger loin du sanctuaire et du trône, sur les voies non encore foulées que foulèrent ses pères avant que le cœur de la terre ne se flétrît sur un signe du grand-prêtre, et que la bouche de tout homme qui n'exhalait pas de prière exhalait un gémissement. Au-dessus des chaînes et des tortures et de la flamme dévorante, sûrement ton çsprit de bon sens s'éleva pour saluer Lucrèce, là où se rencontrent seulement de tels esprits, et pour l'isoler avec lui jusqu'à ce que vînt Shelley, pour donner aux cieux une douceur plus céleste, et mêler à votre nom un troisième nom qui n'avait pas encore pris un corps.

Page 1