‹ Nouveaux poèmes et balladesChapitre 38 sur 46 · LE TZAR BLANC · texte numérisé non relu

LE TZAR BLANC

Gehazi par la teinte qui gèle ta joue, et Pilate par la couleur qui brûle ta main, et de laquelle toutes les eaux de la terre ne sauraient effacer la marque qui désigne ton âme comme celle d'un meurtrier, quoique tu aies

toujours le Christ aux lèvres, sur tes lèvres toujours meurtrières et toujours doucereuses, tu mettrais ton pied là où l'Angleterre avait l'habitude de se tenir debout ? Tu étendrais ton bâton jusque sur la terre indienne ! Esclave des esclaves qui t'appellent maître, et faible

autant que sont impures leurs langues qui te louent, fils de ceux dont la présence fait honte aux neiges et aux étoiles dans des siècles morts et damnés qui fument là- bas

consacrés par la malédiction, couronnés de crime et de flamme, retourne à ceux qui t'engendrèrent pareil à eux-mêmes, et loin de là où vivent les hommes, en lépreux blanc comme la neige.

Demande de l'eau pure, lave tes mains, sois propre, crie : « Qu'est-ce que la vérité? » O Pilate ; tu sauras peut-être bientôt et tu grinceras des dents en ta souffrance avant que les ténèbres extérieures ne t'enveloppent à ton insu,

elles qui voilent les rouges fantômes de ta race obscène, enchaînés par neuf tours des plus douloureux fleuves de l'enfer ; et dans ses marais ta tête découronnée sera ensevelie profondément par cet Espagnol qui brava une reine d'Angleterre

à la tête de la moitié d'un monde, afin de se donner du cœur au combat, jusqu'à ce que le vent jetât ses guerriers et leur puissance au naufrage et à la mer comblée par les cadavres.

Mais toi prends garde, avant même que tes lèvres deviennent blanches, qu'il n'en soit de toi comme il en fut pour Philippe, ô toi qu'on appelle blanc et dont la main est rouge.

RIZPAH

Paru dans le Glascow Univcrsily Magasine.

RIZPAH

Combien de fils, combien de générations, combien de longues années as-tu pleuré, sans connaître de fin ni de répit à ton gémissement, Rachel ou Rizpah, la plus infortunée des nations,

toi qui portes au front la couronne des désolations, toi qui ne pouvais pas même écarter de la main ou d'un cri de plainte ces oiseaux mangeurs de cadavres qui dévoraient os par os les enfants de tes mille tribulations ?

Tu fus notre guerrière jadis, tes fils morts depuis des siècles tinrent tête à un ennemi moins impur que celui-ci, ô Pologne, en des temps qui retentissent et resplendissent au loin,

avant que l'Orient contemplât, au lieu de l'éclat de ta lame d'épée, la lumière phosphorescente et cadavérique de l'étoile russe, qui guide vers l'enfer ses peuples d'esclaves et leur Tzar ?

Page 1