‹ Nouveaux poèmes et balladesChapitre 4 sur 46 · UN JARDIN ABANDONNÉ · texte numérisé non relu

UN JARDIN ABANDONNÉ

Dans un repli de la falaise, entre les hautes et les basses terres, au bord de la dune marine, entre le coté d'où vient le vent et celui où il va, muré de rochers comme une île en pleine terre, le fantôme d'un jardin fait face à la mer. Une ceinture de broussailles et de ronce enferme la pente rapide au contour carré du sol sans fleurs, où les herbes sauvages, après avoir nourri leur verdure dans les tombes de ses roses, gisent mortes maintenant.

Les terres descendent vers le sud, abruptes, ravagées, jusqu'au bas, jusqu'à l'extrême bord de la région qui s'étale solitaire. Si un pas résonnait, si un mot était prononcé, est-ce qu'un fantôme ne surgirait pas à portée de la main de l'hôte inattendu ? Si longtemps les allées grises et nues restèrent sans hôte, si, à travers les branches et les églantiers, quelqu'un se fraie passage, il ne trouvera rien de vivant que le vent de mer, qui ne se repose ni la nuit, ni le jour.

Le chemin, à travers l'épaisseur impénétrable qui l'aveugle et l'étouffé, n'est qu'un sentier tortueux,

que nul ne cherche à gravir, il rampe jusqu'à l'espace étroit et dévasté que les années ont dépouillé de tout, excepté des ronces que le temps ne peut atteindre. Les épines, il les épargne, alors qu'il coupe la rose, les rochers survivent quand il dévaste la plaine. Le vent qui vagabonde, les herbes sauvages que le vent secoue, voilà ce qui survit.

Pas une fleur que n'écraserait un pied en s'y posant ; comme le cœur d'un mort les plates-bandes sont desséchées. Du fourré d'épines, le rossignol ne lance point d'appel, et quand il en lancerait, nulle rose ne serait là pour répondre. Sur les pelouses qui fleurissent et se flétrissent ne retentit que la note du chant d'un oiseau de mer. Seuls le soleil et la pluie passent tour à tour sur cet endroit, pendant tout le cours de l'année.

Le soleil, de son ardeur, dévore, la pluie dépouille, de son haleine sans parfum, une maigre et pâle fleur. Ici le vent seul plane et s'ébat en une ronde où la vie semble stérile comme la mort. Ici jadis il y eut des rires, là il y eut des larmes, peut-être, d'amants que nul ne connaîtra jamais, et dont les regards allèrent vers la mer, voici cent années de sommeil

Les cœurs étroitement unis comme les mains, ils étaient là. € — Regarde de ce côté, murmurait-il, détourne tes yeux de ces fleurs et porte-les vers la mer,

car les fleurs de la vague écumante durent encore quand les fleurs de la rose se dessèchent, et les hommes qui aiment à la légère, peuvent mourir... Mais nous? » Et le même vent chantait, et les mêmes vagues blanchissaient, et avant même que le jardin eût. laissé tomber ses dernières pétales, sur les lèvres qui avaient parlé bas, dans les yeux qui s'étaient illuminés, l'amour était mort.

Ou bien ils aimèrent pendant leur vie, et alors où allèrent-ils? Et ils ne furent qu'un jusqu'à la fin, mais cette fin, qui la connaît ? L'amour profond comme la mer doit se flétrir comme la rose. Les morts auront-ils une pensée pour les morts, afin de les aimer ? Quel amour fut jamais aussi profond que la tombe. Et ces hommes sont maintenant sans amour comme le gazon qui croît sur eux, ou comme la vague.

Tous en sont au même point, roses et amants, ignorés des falaises, et des champs, et de la mer. Pas un souffle du temps de jadis ne plane dans l'air qu'adoucit l'approche de l'été. Là, pas un souffle n adoucira désormais les saisons pour les fleurs, ou les amants qui aujourd'hui rient ou pleurent, lorsque, comme ceux qui sont maintenant affranchis des pleurs et des rires, nous dormirons.

Ici la mort peut ne pas compter comme un fait

éternel; ici la chute du jour peut ne point venir, jusqu'au jour où cesse toute chute du jour. Des tombes qu'ils ont bâties ils ne se lèveront jamais, ceux qui n'ont rien laissé de vivant à ravager, à mettre en pièces. De la terre, des pierres, des épines poussées dans le sol inculte, pendant que vivent le soleil et la pluie, ils seront cela jusqu'à ce qu'enfin le dernier souffle du vent s'abatte sur tous ces êtres et les roule à la mer.

Jusqu'à ce que la lente mer se lève et que les âpres falaises s'émiettent, jusqu'à ce que les abonnes profonds boivent et terrassent pelouse, jusqu'à ce que la force des vagues, dans les grandes marées, domine les champs diminués, les rochers qui reculent. Là, maintenant, dans sorr triomphe, où toutes dioses vont s'abattre, couchée sur les dépouilles qu'elle a semées de sa propre main, comme un dieu qui s'est lui-même égorgé sur son étrange autel, la mort est étendue morte.

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