RELIQUES
La fleur qui répand le parfum du miel et de la mer, le blanc laurier-thym, paraît dans ma main une blanche étoile faite de souvenir, il y a bien longtemps allumé dans le ciel d'un temps cher qui est mort pour moi.
Une étoile venue des cieux que l'amour était habitué à connaître, voilà ce que je tiens dans ma main, comme une relique que je. conserve encore, pour montrer de quelles fleurs mon cœur était plein, dans les jours que, depuis bien longtemps, a emportés le flot de la mémoire morte.
Mémoire morte qui revis en des formes douteuses, écoutant à demi les propos que les saisons ensevelies rapportent du monde des morts invisibles, où sont les avril perdus, les mai perdus.
O fleur, jadis je connaissais tes sœurs nées et grandies là où la dernière des terres faisait tête contre la mer, promontoire au profil tranchant, fleurs nourries de vent salé et d'une pluie de rosée marine.
Leurs cœurs étaient contents dans leur glorieuse et libre situation. Le vent qui leur chantait toute son orageuse histoire, avait parlé pendant tout l'hiver à l'écume qui n'a jamais de repos, et leurs teintes, comme celles de la nier, étaient dures et chenues.
Pareilles aux choses nées de la mer et du jour brillant, elles riaient des années qui ne pouvaient les détruire, vivantes et joyeuses filles des heures qui ne s'arrêtent pas., et plus fortes que tous les ouragans en quête d'une proie.
Et dans ces fleurs indomptables d'un tissu serré, une odeur coupante de soleil et d'ondées était comme l'odeur du frais gâteau de miel, rendu plus doux pour les seules bouches des amoureux.
Se détachant eti pluie, d'une solide muraille de verdure, on eût dit des fruits qu'eût laissé tomber l'écume molle comme la neige, ou les plumes de l'aile fatiguée des vents, pures comme l'écume qui les apportait sur le rivage.
Et toi, blanche comme elles, quelle parole viens-tu m'apporter? Si mon cœur t'écoute, attentif, quel chant me feras-tu entendre ? Car certainement tu as aussi quelque signe à me porter, quelque parole t'a été enseignée dans le lointain sud par le printemps.
Blanche comme une rose blanche, tu ne ressembles
pas à celles qui forent instruites par la bouche du vent et de la bise hivernale, pauvre tendre créature née au doux souffle de l'Italie, où jadis tu grandis, la seule chose qui là-bas ait grandi pour moi.
Quel printemps te vit naître, et sur quelle cité dans la tombe ; quelle main s'étendit vers toi., et pour qui t'a-t-elle cueillie ? Il flotte autour de toi, et le sens de l'âme pourrait le dire, comme une odeur d'amour, et d'amour condamné par le destin.
De jours pius doux que ne le fut à respirer ton parfum, de pensées douces conime des fleurs, et qui fleurirent et tombèrent, d'amours qui vécurent la vie d'un lis et moururent, de rêves qui habitent maintenant le séjour des roses mortes.
O blanche fille des pentes dorées des montagnes, toi qui ouvres largement ton sein aux amours du soleil, dès l'aube, et qui avec tous ses bois et ses fleurs séduis le cœur orgueilleux du matin.
Tu as une parole de cette unique terre qui soit nôtre, et de la belle ville qui tire son nom de ses belles tours, un mot venu pour moi de mon San Gimignan, un mot des heures d'avril qui ceignent les feuillages les plus verts.
Des murailles ébréchées où couraient les ravenelles
appelées fleurs de Sainte Tina, et que maintenant n'ébrèchent plus les hommes, quoique le temps aux pas amortis les ébrèche pierre à pierre, lui qui abat d'heure en heure l'enceinte de son propre royaume.
De la falaise ensevelie, enfouie sous la verdure, et que toute une floraison revêtait comme la chair couvre les os, ce vêtement d'acacias fait pour moi, et duquel ne survit qu'un témoin défleuri.
Les beaux et nobles arbres, avec toutes leurs fleurs qui se jouaient, comme ils avaient l'air royal, dressés dans le plein jour. Comme elle était douce la journée ou la nuit passée parmi eux. Telles sont les paroles des messages que disent les fleurs mortes.
Elle à qui l'hiver et le vent donnaient de l'éclat, elle a vécu de la lumière italienne, avant que je les rejette au loin, eux et leurs paroles, elle qui sait, aussi bien que moi, que les souvenirs aussi s'enfuient.