‹ Nouveaux poèmes et balladesChapitre 44 sur 46 · ODE · texte numérisé non relu

ODE

Quelle fleur, ô Mort, quel joyau, quel chant, Quel vent, quel rayon de soleil couchant, Sur ton front penché, sur ta main avide, Sur l'âpre pâleur de ta lèvre aride

Vibre encore et luit ?

Ton sein est sans lait, ton oreille est vide,

Ton œil plein de nuit.

Ta bouche est sans souffle et ton front sans ride ; Mais l'éclair voilé d'une flamme humide, Flamme éclose au cœur d'un ciel pluvieux, Rallume ta lèvre et remplit tes yeux

De lueurs d'opale ; Ta bouche est vermeille, et ton front joyeux,

O toi qui fus pâle.

Comme aux jours divins, la mère des dieux, Reine au sein fécond, au corps radieux, Tu surgis au bord de la tombe amère ; Tu nous apparais, ô Mort, vierge et mère,

Effroi des humains, Le divin laurier sur ta tête altière

Et la lyre aux mains.

Nous reconnaissons, courbés vers la terre, Que c'est la splendeur de ta face austère Qui dore la nuit de nos longs malheurs ; Que la vie ailée aux mille couleurs

Dont tu n'es que l'âme, Refait par tes mains les prés et les fleurs,

La rose et la femme.

Lune constante ! astre ami des douleurs Qui luis à travers la brume des pleurs !

Quelle flamme au tond de ta clarté molle Eclate et rougit, nouvelle auréole,

Ton doux front voilé ?

Quelle étoile, ouvrant ses ailes, s'envole

Du ciel étoile ?

Pleurant ce rayon de jour qu'on lui vole, L'homme exècre en vain la Mort triste et folle ; Mais l'astre qui fut à nos yeux si beau, Là-haut, loin d'ici, dans un ciel nouveau

Plein d'autres étoiles, Se lève, et pour lui la nuit du tombeau

Entr'ouvre ses voiles.

L'âme est dans le corps comme un jeune oiseau Dont l'aile s'agite au bord du berceau ; La mort déliant cette aile inquiète, Quand nous écoutons la bouche muette

Qui nous dit adieu, Fait de l'homme infime et sombre un poète,

Du poète un Dieu.

IN OBITUM THEOPHILI POETVE

Paru dans le Tombeau de Théophile Gautier.

IN OBITUM THEOPHILI POETiE

O Lux Picridum et laurigeri deliciae dei, Vox leni Zephyro lenior, ut veris amans novi. Tollit floridulis implicitum primitiis caput, Ten' ergo abripruit non rediturum, ut redeunt novo Flores vere novi, te quoque mors irrevocabilem ? Cur vatem neque te Musa parens, te neque Gratia:, Nec servare sibi te potuit fidum animi Venus ? Quae nunc ipsa magis vel puero te Cinyreio, Te desiderium et flebilibus lumen amoribus, Amissum queritur, sanguineis fusa comam genis. Tantis tu lacrymis digne, cornes dulcis Apollini, Carum nomen eris dis su péris atque sodalibus Nobis, quis eadem quae tibi vivo patuit via Non aequis patet, at te sequimur passibus haud tuis A t maesto cinerem carminé non illacrymabilem Tristesque exuvias floribus ac fletibus integris Una contegimus, nec citharâ nec sine tibia, Votoque unanimae vocis Ave dicimus et Vale.

O lumière des Piérides, délices du dieu qui porte le laurier, voix plus douce que le doux zéphyr, lorsque, amoureux du printemps nouveau, il lève sa tête enguirlandée des prémices des jeunes fleurs, elle t'a donc enlevé sans espoir de retour, alors que

reviennent au printemps nouveau de nouvelles fleurs, elle t'a donc enlevé, la mort, sans qu'on puisse te rappeler ? Pourquoi ni la Muse ta mère, ni les Grâces, ni Vénus n'ont-elles pu sauver leur poète au cœur si fidèle. Et celle-ci maintenant, les cheveux épars sur ses joues rouges de sang, déplore la perte de celui qui lui fut plus cher que l'enfant de Cinyras, de celui qui fut une lumière pour les lamentables amours. Toi qui mérites tant de larmes, doux compagnon d'Apollon, tu seras un nom cher aux Dieux d'en haut et à nous tes camarades, à qui s'ouvrit la même route que tu suivis pendant ta vie, cette route s'ouvre à nous qui ne sommes point tes égaux, et nous ne te suivons pas du même pas que le tien. Mais du moins nous recouvrons ta cendre qu'il nous est permis de pleurer, nous recouvrons tes tristes dépouilles à la fois d'un chant attristé, et de tous nos pleurs, et non aux sons de la harpe et de la flûte, et avec les souhaits répétés d'une voix unanime, nous te disons salut et adieu.

AD CATULUM

Cette pièce parut pour la première fois dans The Academy, du 12 décembre 1874, sous le titre : Wàlter Savage Landor : 21 lignes de vers latins.

Walter Savage Landor (1775-1864) est un des poètes les plus prisés par l'école poétique anglaise nouvelle.

AD CATULUM

Catulle frater, ut velim cornes tibi Remota per vireta, per cavum nemus Sacrumque Ditis haud inhospiti specus, Pedem referre, trans aquam Stygis ducem Secutus unum et unicum, Catulle, te, Ut ora vatis optimi reviserem, Tui meique vatis ora, quem scio Venustiorem adîsse vel tuo lacum, Benigniora semper arva vel tuis, Ubi sirenus accipit suos deus, Tegitque myrtus implicata laureâ, Manuque mulcet halituque consecrat Fovetque blanda mors amabili sinu, Et ore fama fervido colit viros Alitque qualis unus ille par tibi Britannus unicusque in orbe praestitit Amicus ille noster, ille ceteris Poeta major, omnibusque floribus Priore Landor inclytum rosa caput Revinxit extulitque, quam tuâ manu Recepit ac refovit integram suâ.

Catulle mon frère, comme je voudrais porter mes pas en ta compagnie, par les bosquets lointains, par la forêt spacieuse, et la caverne consacrée à Pluton,

dont l'accueil n'est point farouche, t'avoir pour seul guide et ami au delà de l'eau du Styx, pour que je puisse revoir les traits du souverain poète, de ton poète et du mien. Car je sais qu'il est parvenu à ce lac plus enchanteur que le tien même, à ces campagnes plus charmantes que les tiennes mêmes, où le Dieu serein accueille les siens, et les couronne de myrte mêlé au laurier, ou les caresse de sa paain, les consacre de son souffle en son sein ami, la tendre mort ; ces hommes que, d'une bouche ardente, célèbre la Renommée, et tels qu'il n'en fut qu'un seul égal à toi, un Anglais, unique au monde, cet ami qui fut aussi le tien, ce poète plus grand que les autres; Landor ceignit et embellit la tête de cet homme illustre d'une première rose qu'il reçut de ta main et qu'il fit revivre tout entière dans la sienne.

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