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LE TEMPS DES ROSES

Des profondeurs des vertes enceintes de jardin, là où l'été sommeille dans l'obscurité, jusqu'à ce que l'automne lui prenne de la main un sablier qui ne retient plus un grain ; de l'épais massif que ceint une ceinture de fleurs, jusqu'aux pierres et aux herbes ' marines sur le rivage, comme il était rouge le règne des roses, sur la terre couronnée de roses.

Le temps des roses est court, depuis le premier brin qui s'élargit jusqu'au faisceau, depuis la mince feuille verte jusqu'à l'or, elle a le temps d'être belle et de vieillir, de triompher et de ne pas laisser un pétale comme souvenir, aux yeux de l'hiver, du temps où les amants jadis, dans la lumière, mêlaient leur haleine à son haleine, et où son âme n'était point étouffée par la nuit, comme l'amour n'est point subjugué par la mort.

Dans le pays rouge de roses, pas un mille de prairie, de barrière en barrière, de vallée, de ruisseau

en ruisseau, où l'air ne fut pas un long et doux rêve, la terre un doux et vaste sourire épanoui sur ses rouges lèvres de déesse, revenue de la mer qui, après lui avoir donné le jour, l'avait brûlée et qui, avec un prompt sourire de sa bouche, regarda droit vers le nord, où elle aspirait, et le nord était plus que le sud.

Car le nord, alors que l'hiver était long, dans son cœur lui avait fait un chant, et l'avait revêtu des ailes du désir, et l'avait chaussé de souliers en quelque sorte de feu, pour porter le récit de ses doléances au vent du sud-ouest, près de la mer. Car, qui pouvait le porter, sinon lui, aux oreilles de la déesse inconnue, qui attend jusqu'à ce que son heure arrive de prendre le monde pour trône ?

Ici-bas sur terre, et là-haut dans le ciel, où son nom est amour, elle réchauffe par la lumière de ses yeux, les saisons de la vie à mesure qu'elles se lèvent, et ses yeux sont comme les yeux d'une tourterelle, mais les ailes qui la soulèvent et l'emportent sont comme celles de l'aigle, et toute sa chevelure, comme une flamme ondulée au souffle du vent ; et quand elle traverse l'air, son passage est un chant, et sa présence, est un printemps qui passe sur le monde.

Elle tourna donc sa marche vers le nord, et vint, et la terre de l'épine blanche fut en flamme des

feux que répandaient ses pieds, si bien que le nord, embelli par son amour, fut nommé d'un nom de rouge rose. Et Ton entendit comme un murmure de tourterelles, et les premières mesures d'une musique d'amours, dans la lumière que faisaient les roses, cette lumière comme l'aime la musique, la musique de l'homme avec la jeune fille.

Mais les jours tombent un à un ; doux et glacial, un vent a surgi au cœur du massif de rose rouge, qui pleure sur les jours des feuilles de roses, sur le règne détruit de la rose, qui régna si longtemps dans la lumière, et par l'esprit, non par la vue, à travers l'obscurité vibrante de son haleine, commandait silencieusement dans la nuit sans yeux, comme l'amour pourrait commander sur la mort.

Le temps des amants est court ; depuis la première belle joie, jusqu'à la peine qui nous apprend quand l'amour a vieilli, depuis l'ardent et chaud baiser jusqu'au baiser de glace, depuis la feuille de rose rouge jusqu'à la blanche, ils n'ont qu'une saison pour paraître des pétales de rose perdus sur un ruisseau, qui ne se séparent pas, ne voyagent pas isolément, comme un esprit, de rêve en rêve, comme un chagrin de cœur au cœur.

De la fleur et de l'obscurité qui entourent le lit de mort de l'amour, où il sommeille jusqu'à ce qu'il ne

reste plus un atome de sable au sablier qui se brise dans sa main, depuis l'aurore dans les grises clôtures de jardin, jusqu'à la dernière herbe égarée sur la rive, c est une pluie et une ruine de roses, sur la terre de rose rouge.

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