‹ Nouveaux prétextes; réflexions sur quelques points de littérature et de moraleChapitre 16 sur 41 · Lef idées «ont celles que Cherbuliez prête au prtne* Vi · texte numérisé non relu

Lef idées «ont celles que Cherbuliez prête au prtne* Vi

lie, son héros.

j2g NOUVEAUX PRÉTEXTES ^

eu entre les mains, car le lapsus que je signalai* plus haut se trouvait dans la Revue Hebdomadaire où d'abord ont paru ces conférences, et se retrouve dans le volume. ,

Mais ce paragraphe, Jules Lemattre a du le récri '; j'y^seJson style ; le mot déUaeux es de lui. : Cet ouvrage d'un prêtre dét^c^eux » drt- U en parlant du Traité de l'éducation des M^ (p 87), et aiUeurs : * le quiétisme est une here- £ dàcieu^e » (p. 201), ou : «les commencemen du quiétisme sont donc délicieux » (p. 209) et encore : * le Manuel de Piété... est un l.vre del> deux > (p. 257).

J'ai peu pratiqué Cherbuliez et j'avoue que l'avais garde de mon enfance quelque prévention ioltre lui. Je ne connaissais pas le pnnce Vitale C'est un très curieux Uvre, intéressant precsant même par endroits - que je remercie M. Lemat- Ze de m-avoir invité à lire. A labn de son appiobation je m'en vais en copier quelques passages; ils aideront sans doute à préciser la thèse que M. Lemattre esquissait :

Trop souvent la pensée religieuse <lf 'a^/"^''^- «anceaélé méconnue, ravalée, tj-^^esl e. L emvre ment des sens, l'exaltation de la chair le culte fr Tole de la forme, l'adoration profane de la beauté, 1 paganisme ressuscité, c'est sous ces traits qu on .

point le siècle de Léon X. Eh quoi 1 connaîL-on le génie d'une époque, quand on n'en considère que les dôviations et les excès? Et quel principe n'a été altéré et faussé par les passions humaines? Dans le platonisme chrétien des Ficinet des Pic, je reconnais l'épanouissement complet de l'idée catholique, qui a pris toute sa croissance.

Je ne nie pas que cela ne soit séduisant. Continuons :

Les créations de Dieu comme les œuvres de l'homme sont soumises à la lui du développement graduel, elles suivent un cours ordonné. La douceur de Dieu est sa violence; il ne biusque rien... Il a donc voulu que la révélation eût son histoire; qu'à Texemple de tous les êtres animés elle se développât et s'accrût avec le temps. C'est pour cela qu'il a institué son Eglise, divine couveuse chargée de féconder et de faire éclore l'un après l'autre, aux heures marquées par léternelle patience, tous les germes de vérité que renfermait l'Evangile.

L'Église a deux manières de réagir, en présence de l'hérésie : repousser ; absorber. Durant les périodes de calme, elle tend plutôt à se relâcher de ses rigueurs défensives. 11 est certain que cette dernière manière, qui fut celle plus ou moins méthodique, inconsciente parfois, de certaines époques, celle encore (très consciente) de Léon XIII, ferait bien mieux le jeu de Lemattre et de Barrés qui dès lors pourraient se laisser

absorber sans douleur, et sans rien dépouiiier de leur « renanisme >. M. Lemaître songe qu'il y eut un temps où < les hommes les plus intelligents, je crois, du xvi* siècle: Erasme, Habelais et Montaigne », malgré toute leur libre pensée, firent bon ménage avec l'Eglise, de sorte que le mourement de la Réforme put les laisser iiuîifTérents ; et que l'Eglise accueillait de même volontiers tous les arts, sans même trop les enrôler; et, partant admettait, tolérait du moins maintes licences.

Oui, vraiment la religion catholique a bien failli devenir délicieuse ! à cette époque où Nietzsche contemple « un spectacle si significatif, et en même temps si merveilleusement paradoxal, que toutes les divinités de l'Olympe auraient eu l'occasion d'un immortel éclat de rire ».

A ce moment, moment unique où TEglise semblait enfin se dissoudre, surgit Luther. Je laisse parler le prince Vitale :

Dans cette rencontre, [l'Église] semblable à un général dont l'armée occupait un front trop étendu, et qui, abandonnant à regret des positions impossibles à détendre, ramasse toutes ses troupes dans un lieu fort, on la vit laisser en proie à l'ennemi qui la menaçait toutes ses récentes conquêtes, encore mal affermies, et se vouer tout entière à la défense de son antique héritage. Par le concile de Trente, elle réduit sa doctrine au vieux dogme traditionnel,

(même attitude avec le < modernisme » d aujourd'hui)

déo^agée de toute al'iance avec la philosophie et de ces lumières noavelles qu'elle avait puisées dans l'anliquilé rajeunie, elle renonce à ces au^r^ndissemenls dont elle taisait gloire, el e se renferme el se retranche dans sa vieille eoceinle, où elle est sûre que l'ennemi ne pourra la forcer. En môme temps, par l'institution des Jésuites, elle rélublit la discipline dans sa propre armée, dont les mutineries l'effrayent, elle combat la licence des opinions et fait rentrer dans le devoir ces intelligences hasardeuses qui, se réclamant d'elle, U compromettent par leurs aventures.

Plus abruptement Nietzsche écrira : « Et Luther rétablit l'Église : il l'attaqua. »

Il ne s'agit que de s'entendre, entre gens de bonne volonté. Ainsi le grand crime de Luther n'est pas tant d'avoir institué un protestantisme exécrable, dont, somme toute, on eût fait son aff.iire ; le crime est d'avoir réveillé l'Eglise, de l'avoir réduite à se ress lisir et si étroitement que, d ^- Kabeldis, Kenan ou Lcmaîire, elle ne fait p us son afTaire du tout. Et tant pis pour ceux-ci, cai' « que sont les soulVraucosd'un homme au prix des destinées de l'Église ? continue ie prince Vitaie. Luther avait paru. Pour lui résister et pour le vaincre, il fallut au'aux nanes ohilosonhes

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succédassent les papes rigoristes ». Et de même aujourd'hui...

C'est en luttant que TÉglise prend conscience de sa force — « La force naît par violence et meurt par liberté », dit Léonard de Vinci. C'est au contact successif de chacune des hérésies que se révèle successivement chacune de ses vertus latentes et qu'elle sent tour à tour opportunes de nouvelles sévérités.

Barrés, Lemaitre, Maurras sentent tout l'avantage d'une religion unique dans TEtat ; mais ayant le malheur de ne pas « croire », ils peuvent caresser le rêve ou le regret d'un catholicisme qui n'aurait pas exclu de lui-même la libre-pensée, d'un catholicisme qui aurait rendu le « modernisme » impossible en prévenant tous les modernismes, d'un catholicisme dont Renan n'aurait pas eu à sortir, non plus que n'en étaient sortis Erasme, Rabelais ni Montaigne, d'un catholicisme dont eux-mêmes ne sortiraient pas.

Mais, s'il peut paraître souhaitable pour la bonne santé, le bon équilibre de l'Etat que tous ses sujets se soumettent à une seule religion, M. Lemaître sait de reste qu'il ne suffit pas d'être bon Français pour être bon catholique, bon catholique pour être bon Français. Il faut en prendre son parti : il y a une orthodoxie catholique ; il n'y a pas d'orthodoxie française. — Rejeter de

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Bon sem des éléments hétérodoxes, voici qui n'appartient qu'à TEglise ; car il ne peut y avoir hétérodoxie s'il n'y a pas orthodoxie. Et rien n'est plus piquant que de considérer ceux-ci prétendre nous assujettir à leur orthodoxie arbili">ire, qui n'ont pas su se soumettre eux-mêmes à la geule orthodoxie qui soit.

DAUDKLAIRE ET M. FAGUET

M. Faguet a écrit dans la Bevtie du i" septembre un important article sur Baudelaire ; un article si important qu'il est fâcheux qu*il ne soit pas meilleur. Citation faussée, vers cités en désordre, phrase incompréhensible*, par négligence d'écriture ou négligence dans la correction des épreuves... l'article nous paraît tout de même important à nous qui tenons pour important Baudelaire ; mais précisément M. Faguet tient Baudelaire pour un poète « de second ordre » à qui l'article de vacances, l'article bâclé suffisait.

Je suis loin de professer, à l'égard des normaliens, sorbonniens, professeurs et critiques, à 1 e^ard de M. Faguet eu particulier l'indifférence

1. « Et puis, enfin, .]e suis peut-être sensible au sublime, ce pourquoi je suis iiisenfiihle à ceci, qui est bien connu, mais que je ne veux pas mr dero er le plaisir de tran-^crireisut^ U cité. tion; puts reprend M. Faguet : il n'y a pas à dire ; cela, c'en incomparable. >

et le mépris que certains poètes affectent *. Si ces portraits du xix" siècle m'ont rarement paru d*une perspicacité suftisante, ses portraits du xviii* siècle, par contre, restent et resteront, je crois, des meilleurs. Ajouterai-je que M. Faguet s'est montré naguère à moa égard d'une gentillt3sse subite et réitérée à laquelle les critiques officiels ne m'ont guère accoutumé. Ma reconnaissance, auj >urd*hui, m'invite à examiner soigneusement et patiemment son article. Et puisque M. Faguel naguère voulait bien accorder quelque attention à mes écrits critiques, quelque crédit à mon jugement, peut-être ne me trouvera-t-il pas trop mal qualifié pour parlcLT.

Suivons-le pas à pas :

Je suis contemporain de Baudelaire, déc!ar©-t-il au

début de son article ; je commençais à lire les poètes nouveaux quand les Fleurs du Mal n'avaient que cinq ans d'exislence ; j'avais vingt ans quand il mourut. Or, pendant toute ma jeunesse je me disais ; « Il est parfaitement digne d'occuper l'attention el d ^'' veiller l'intérêt; mais il ne survivra pas; c ei-t aHaire d'une généralioa. »

1. Je ne puis partager la foie un peu hargneuse qui s'empart de quelques lyriques à enLdudre M. F^^^jujI dcola er qu'il na coinnissait pas Pdul Claudel. Qu'ils attendent pour s'iiidijçn^r que M. Faguct le connaisse ; ils n'ont aucun droit de conclure, en attendant, que M. Fa^uet n'y verra que du feu.

Brunetière, qui en 1887 écrivait sur Baudelaire, à la suite de la publication de ses œuvres posthumes, quelques-unes de ses plus injustes pages, pensait de même :

... Toutes les sources d'information étant maintenant épuisées, toutes les Œuvres publiées, toutes les Correspondances aussi, toutes les anecdotes et tous les documents, c'est une garantie qu'on ne nous reparlera plus de l'illustre mystificateur dont Tuaique excuse est d'être lui-même la dupe de ses propres mystifications.

Il avait dit auparavant :

...ce qui m*étonne^ et ce qui ne fait guère d'honneur à notre perspicacité (1), c'est que l'on se soit laissé prendre à cette rhétorique et que4'on n'ait pas vu qu'elle ne servait, môme dans les Fleurs du Mal, surtout dans les Fleurs du Mal^ qu'à déguiser la banalité môme.

Héritant cet étonnement, M. Faguet dit aujour- j d'hui:

Une génération a passé, — hélas ! — une autre est au milieu de sa carrière et Baudelaire n'a pas sombré il a parfaitement surnagé; il n'est pas populaire; il ne l'a jamais été; mais il a bien, à peu près, autant d'admirateurs que de son vivant. Je me suis trompé dans mon diagnostic. Vous ne me croiriez pas, si je vous disais que cela ne m'étonne pas un peu.

PHETEITES

Ce qui devrait étonner M. Faguet plus encore que le nombre, c'est la qualité de ces admirateurs, musiciens et poètes, que Baudelaire recrute dans tous les pays cultivés à chaque génération nouvelle. On ne peut le nier, c'est l'élite. Décidément, il a raison d'écrire: « Je me suis trompé dans mon diagnostic ». Mais qu'entend-ii par là? Qu il avait méjugé Baudelaire? Non; point 1

Je relis Baudelaire et je suis encore surpris qu'n « en ait eu » pour plus d'une génération ; je le trouve, comme autrefois, un bon poète de second ordre, très loin d'être négligeable, mais essentiellement de second ordre.

Comment explique-t-il dès lors cette faveur de persistance si gênante ? Affaire de mode, disaiton d'abord. Les modes passent ; les critiques aussi; Baudelaire reste. Ne serait-ce pas, tout de même, qu'il y a dans les Fleurs du Mal quelque chose de plus que ce que MM. Brunetière et Faguet y ont vu ?

MM. Bourget et Barrés, académiciens pourtant eux aussi, ayant su voir en lui davantage, ont autrefois parlé beaucoup plus judicieusement de Baudelaire ; l'un en tête de ses Essais de Psi/chologie^ViiUire dans les deux premiers numéros des Taches cTEncre. Mais, pour justes qu'aient pu paraître leurs appréciations à leur heure, il ne

m^. piraît pis que le point de vue en soit demeuré bien actuil. A de nouvelles attaques (si tant est que celles de M. F «guet soient nouvelles) il sied aujourd'hui d'oppusor de nouvelles raiaons.

Si peut-être c'était avant tout un reflet d(* T(*nrs « spleens », une approbation à leurs mélancolies qu'ont cherché dans les Fleurs du Mai les condisciples de M. Boupget (contre quoi nous louerions M. Faguet de réagir), il ne me paraît pas que ce soit aujourd'hui ce que demande à Baudelaire une génération, non plus rêveuse mais active, retrempée par l'AfTaire, galvanisée par l'exemple de Barrés, et prenant au contraire le déliquescent et le morbide en horreur. Si cette génération nouvelle sait goûter toujours Baudelaire, c'est apparemment que Baudelaire lui offre autre chose. — Car il en va de Baudelaire comme il en alla de Rousseau et comme il en ira de Barrés ce qui fait le premier succès n'est pas ce qui sert à la gloire. Que dis-je ! ce qui sert le plus au succès est souvent ce qui nuira le plus à la gloire. La durée n'est promise qu'à ceux des écrivains capables d'offrir aux successives générations des nourritures renouvelées; car chaque génération apporte une faim différente.

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