‹ Nouveaux prétextes; réflexions sur quelques points de littérature et de moraleChapitre 17 sur 41 · rj · texte numérisé non relu

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Quoi de plus rebutant, de plus fastidieux dans Rousseau que les théories sur le retour à la Nature, l'allaitemeut des enfants, la musique itilioiiTie, etc., par où la faveur du grand nonihre s einpar i de lui tout d'abord — ou si Ton préfère : par où il s'empara dabord de la faveur du grand nombre. C'est malgré cela, non à cause de cela qu'il est grand. De même, il apparaît aux clairvoyants que les célèbres doctrines de Barrés, d'un si excellent ellet pratique aujourd'hui, et pour lui-même et pour la France, pèseront d'un poids mort bien fatigant sur son œuvre, bientôt. De même l'on peut déjà dire que ce par quoi la poésie de Francis Jammes vivra, ne sera sûrement pas ce qui paraît le plus à fleur de ses vers aujourd'hui. Une œuvre ne survit que par des qualités profondes ; ces qualités secrètes sont ce qui fait paraître l'œuvre d'abord incertain© un peu, trouble parfois, mystérieuse, inquiétante pour ceux qui prétendent découvrir d'un coup tout « ce que l'auteur a voulu dire »,énigiiiatique entiii et lAchons le mot affreux : ^ maisai/te ' » !

Ce qui fit paraître en son temps l'œuvre de Baudelaire inquiétante et malsaine est précisé-

1. radmiro que ce soit le même root dont égal mnnt on s'esj le plus servi pour qualifier — disqualider — la musiqu.- da Chopin, dont U perfection précisément présente avec celle des poèmes de Baudelaire de ai subtils el cunstants rapports.

KOUVIÎAUX PRETEXTES

ment ce qui la maintient aujourd'hui si jeune et toujours si prégnante.

En art, où l'expression seule importe, les idées ne paraissent jeunes qu'un jour. « Notez que ce novateur (c'est Baudelaire que M. Faguet appelle ironiquement ainsi) n'a aucune idée neuve. // fauty de Vigny attendre jusquà Sully -Prudhomme, pour trouver des idées nouvelles dans les poètes français. » (C'est M. Faguet qui souligne.) Bien mal dit ; mais bien vrai ; et c'est là ce qui fait un poète si médiocre, hélas ! de Taimable Sully- Prudhomme ; et la grande erreur de Vigny avait bien été précisément de croire que la nouveauté poétique consistait à « mettre en poésie » des idées neuves; et Chénier pouvait bien écrire :

Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques

mais n*était grand poète que dès qu'il oubliait ce précepte.

Dès lors, ne s^attachant qu'à la nouveauté de Vidée, M. Faguet pourra penser : « Jamais Baudelaire ne traite que le lieu commun fripé jusqu'à la corde. Il est le poète aride de la banahté » ; puis il énoncera le € sujet » de quelques-uns de ces poèmes : « La beauté : la beauté rend les choses belles. Confession : il n'y a rien en ce monde à quoi Ton puisse se fier. Les Phares : les

artistes sont Jes lumières de rhumanité * », etc. ; et conclura : « Voilà les nouveautés que Baudelaire a répandues par le monde l »

Dès lors, aussi bien, je m'étonne moins que la 'profonde nouveauté de Baudelaire lui échappe ', de sorte que l'expression l'en désoriente et lui en apparaisse presque partout fautive :

Passe pour cela [la banalité] ; car il y a de très grands poètes qui n'ont jamais fait autre chose que de déployer des lieux communs comme des étendards ; seulement il y a la manière et il y faut la forme. Baudelaire est souvent très mauvais écrivain... 11 abonde en impropriétés, en gaucheries, en lourdeurs, en platitudes. Il est rare qu'il y ait chez lui quatre vers de suite qui soient d'une langue sûre.

La forme 1 comment oserons-nous, après de telles déclarations, proposer à M. Façuet la seule explication plausible du mystère qui l'étonné tant aujourd'hui: c'est à la perfection de sa forme que Baudelaire doit sa survie. L'artiste la doit-il jamais à rien d'autre ?

1. €... poésie» détachées, courtes, «ans %Tï]ti appréciable (comme les autres, lesquels faisaient un sonnet pour raconter quelque chose poétiquement, plaider un point, etc.) >. crayonne Laforgue en marge des Fleurs du Mal.

2. « On n'analyse pas des émotions comme on ferait des phénomènes intellectuels », écrit sagement Barrés, à propos de Baudelaire précisément.

Perfection très différente évidemment de celle des sonnets de Heredia par exemple, toute latine celle-ci, logique et qui se puisse expliquer. C'est de cette perfection que s'est contenté?ftrop souvent notre langue ; non point qu'on ne pnisse décousTiT de-ci de-là, dans les vers de Racine principalement, parfois détériorant la perfection extérieure, une perfection plus cachée, musicale déjà, mais comme à son insu — et je ne crois pas très exagéré de dire qu'on vient seulement de s'en apercevoir. — Baudelaire le premier, d'une manière consciente et réfléchie, a fait de cette perfection secrète le but et la raison de ses poèmes ; et c'est pourquoi la poésie — et non seulement la française, mais l'allemande et l'anglaise tout aussi biep — la poésie européenne, après les Fleurs de Mal, n'a plus pu se retrouver la même K

11 y avait dans ce petit livre bien autre chose et bien plus que l'apport d'une « idée nouvelle > ou même de beaucoup d' < idées » : la poésie désormais ne s'adressait plus aux mêmes portes de l'intelligence, se proposait un autre objet

Insensible à la perfection secrète, c'est l'autre perfection seule, rhétorique, logique, oratoire, que cherchera M. Faguet ; et, par bonne volonté, il louera d'y avoir à peu près atteint, selon lui,

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