L&rt romantique, p
Mais un article de l'Action Française me rassure, et la lettre de M. Bergounioux écrite au nom de quatre-vingts étudiants es lettres qui < ne veulent pas être confondus avec les Camelots du Roy »,
< Avec ce dédain généreux qui n'appartient qu'aux âmes supérieures quand elles s'attachent à un dessein qui les pousse et qui les conduit, nos jeunes amis ont soigneusement évité de mêler la politique à leur ardente manifestation racinienne de rOdéon », dit Charles Maurras (5 novembre).
Car il faut en avoir le cœur net : lorsque Jean- Marc Bernard, dans ies Guêpes^ écrit : « Politique d'abord ! » je crois en effet volontiers que nombre de ces jeunes littérateurs ont des mœurs qui rappellent beaucoup plus celles du Palais-Bourbon que celles du Parnasse. Barrés a fort bien fait sans doute de rappeler la littérature au vivant souci des contingences ; mais, tout de même, estce à ces jeunes traditionalistes outranciers qu'il sied de rappeler les dangers de la confusion des genres? Faire de sa bibliothèque une panoplie, voici qui ne vaut rien pour les livres. Sans doute la politique nous presse aujourd'hui d'une manière très urgente ; mais la politique se développe sur un plan, la littérature sur un autre ; sous prétexte de s'intéresser aux deux, certains jeunes gens ne quittent plus des yeux la ligne où ces deux
plans se coupent... Décidément Maurras a bien fait de nous rassurer.
J'avais lu r Action hrançaise avant de m'endormir ; j'ai fait un cauchemar affreux .-TO dé on, mal défendu par Antoine, conquis par les Juifs, rebâti sur le modèle de la Bourse, n'abritait plus que des gens de finance qui faisaient de la littérature et des arts l'objet de leurs spéculations. Sur chaque auteur en vue on jouait à la hausse, à la baisse ; on criait tant et si fort que je ne pus comprendre d'abord comment de la matière intellectuelle pouvait être exploitée à la manière d'une entreprise industrielle ou d'une mine dont on jetât les actions sur le marché ; certains auteurs, reconnus d'utilité publique, étaient « rachetés par l'Etat » ; assimilés aux fonds d'Etat la spéculation, d'ordinaire, les laissait progresser tranquilles; parfois pourtant, galvanisés par un événement politique, leur brusque soubresaut déconcertait tout le marché... Le jour que j'assistais à cela, après le coup de théâtre Fauchois, certains qui vendaient Racine au comptant, sous main le rachetaient à terme. Quand, à propos de Baudelaire, je compris qu'on attendait « la réponse des primes », l'angoisse trop forte me réveilla.
Mais, ce matin, je continue mon rêve: La Nou^ telle Revue Française est transformée en une revue d'information financière; on y lit, par exemple, dans ce hideux jargon des gens de bourse :
Le Racine a été un peu nerveux sur le marché ; à la suite d'une hausse précipitée quelques réalisations ont amené un léger tassement.
Puis deg réflexions :
Nous ne saurions trop énergiquement protester contre la tendance de certains financiers à considérer en valeurs de spéculation les valeurs les plus tranquilles et les plus sûres. Les hausses subites provoquées artificiellement, toujours suivies de dépressions également injustifiées, aCfolent les petits rentiers qui cherchent avant tout la sécurité. Beaucoup de réservesdemeurent infructueuses parce que, dans le doute elles n'osent plus se placer. Les spéculateurs trouveront ailleurs d'assez nombreuses provocations : ils devraient respecter la marche lente et régulière vers la hausse de certaines valeurs dont l'excellence est depuis longtemps reconnue et ne Das chercher à leur communiquer une allure qu'elles ne peuvent pas maintenir.
Puis de la correspondance :
Non, Madame, n'accusez pas notre journal. S'il est
exact qu'au moment de Cyrano nous ayons appelé
attention de nos lecteurs sur la hausse probable du
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Rostand que nous annoncions sous ce titre : « Un nouveau Rio Tinto », depuis longtemps nous avons mis en garde nos lecteurs contre l'excès de cette hausse que plus rien ne justifiait.
La nouvelle de la découverte de nouveaux filons a été presque aussitôt démentie.
Pttis d«s» annonces :
Le dernier emprunt de Gabriele d*Annunzio a été couvert quinze fois.
Puis des oûuaeils:
Nous avons déjà mis en garde notre public contre les valeurs de caoutchouc : Bernslein, Binel- Valmer et similaires, dont les rendements énormes éblouissent surtout ceux qui ne sont pas sur la place. Nous avons déjà fait remai'quer que :
1° Le caoutchouc répond à un besoin subit et urgent qui peut n'être point de longue durée;
20 La résolution d'exploiter les concessions à la manière intensive, sans aucun respect ni du sol, ni de la plante à caoutchouc, laisse la ruine partout où l'exploiteur a passé. Cette entreprise d'extraction de la matière première est également une entreprise de déboisement; de sorte que les éblouissants rendements ne sont obtenus qu'aux dépens du fonds même. Ne s'assurant d'aucune réserve, ces entreprises confondent fonds et revenu et se ruinent à mesure qu'elles s'enrichissent. Un beau jour on apprend que l'exploitation est à bout; les titres, si reluisants la veille, ne valent plus que le papier.
Et en dernière heure :
Nous annoncions hier que le directeur de la Banque Futuriste venait de se tuer, laissant un passif de plus dô vingt-cinq millions ; la nouvelle a été démentie.