Ce qui m'aurait parfoi» rendu bien malheureux
< Si nous reconnaissons avec M. Ghéon et
nous y sommes bien obligés — que « l'art littéraire a pu réaliser son maximum de perfection et 'équilibre sous Louis XIV », nous devons conkre que le classicisme est le sommet de nos lettres françaises. Une seconde conclusion, fatale celle-là, s'impose ; c'est qu'il n'y a pas deux points littéraires de la même hauteur dams l'histoire d'une laigue. Nous sommes donc condamnés à ne plus pouvoir dépasser le xvii* siècle. Nous n'écrirons pJus désormais que quelques belles pièces d'anthologie. A une autre littérature de devenir classique, de reprendre, poursuivre et développer l'œuvre d'Athènes. — Sachons alors mourir dignement. Que nos derniers ouvrages aient au moins l'apparence de la solidité et de la proportion. »
Ainsi c'est tout ce qu'ont à proposer à leur valeur ces jeunes débutants dans la vie : une digne mort I Contre de telles conclusions il ne me suffit pas que mon cœur trop vivant s'insurge; je nie encore, Jean-Marc Bernard, qu'elles découlent nécessairement de vos prémisses ; examinons mieux celles-ci :
Equilibre ; mesure.., oui, ces qualités admirables, et imitables si profitablement, le xvii* siècle
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Une expression revient sans cesse sous leur plume : haute littérature, disait M. Glouard ; haute littérature, dit à son tour M. Bernard. « La solidité des mœurs s'impose pour le développemeat d'une haute littérature », écrit-il dans VAme Latine du mois de mai. — Si du moins ces mots le voulaient rien dire 1... Mais dans quel sens appliqueront-ils leur toise ? Estiment-ils que la littérature ne se développe que sur une dimensioi ?
Sans doute entendent-ils par: haute littérature le pendant de cette « haute > peinture qu'Ingres appelait « historique > ; que Rubens et Van Dyck devaient, selon lui, renoncer à prétendre atteiLdre et à laquelle il pensait en écrivant : « Point de couleurs ardentes ; c'est anti-historique. Tombez plutôt dans le gris. »
Sans doute c'est Tespoir d'atteindre à cette haute littérature qui conseilla à Ronsard sa hranciade !
Sans doute, de cette haute littérature, Boileau Dannissait-il La Fontaine et La Bruyère, les Fables et les Caractères demeurant de genre inférieur l
Sans doute Boccace travaillait-il à cette haute littérature en écrivant ses Discours en latin, pour compenser le défaut d'altitude de son Décaméron!
Sans doute, notre xvni* siècle dut-il son européenne faveur à la hauteur où Voltaire et Grébillon surent maintenir la tragédie française l
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Sans doute enfin nous faut-il renoncer à tenir pour 4( haute littérature » la Divine Comédie et le Paradis Perdu, fruits d'époques affreusement troublées, puisque M. Jean-Marc Bernard a reconnu que « la solidité des mœurs s'impose pour le développement d'une haute littérature » !
Abandonnons cette querelle assez vaine. La question reste des plus importantes : c'est Tancienne lutte des anciens contre les modernes qui renaît ; il s'agit proprement de savoir si « tout est dit > et si « l'on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu'il v a des hommes, et qui pensent », ainsi qu'écrivait L i Bruyère en tête d^ ses Caractères ; si, comme l'écrit M. Jean-Marc Bernard aujourd'hui, 4L nous n'écrirons plus désormais que quelques belles pièces d'anthologie ». Aussi bien le petit article des Guêpes n'est-il ici qu'un prétexte à exposer quelques idées qui me sont chères. Je reprendrai la question de plus loin.
Ce» jeunes traditionalistes connaissent sans doute la théorie de Ricardo ; du moins, si je l'expose ici, la reconnaîtront-ils pour la leur ;
Dans un domaine depuis assez longtenr i exploité, déjà toutes les bonnes places sont prises. Les premiers cultivateurs s'étant approprié les terres les meilleures, les puînés s'attaquent à d^s terres moins bonnes, et par ordre de qualité ; il ne reste bientôt, inexploitées, que les terres les plus mauvaises, et l'ambition des tard-venus peut bien en proposer la conquête ; ces terres n'offriront, en récompense à de plus en plus grands efforts, que de plus en plus maigres rendements. Les plus sages et les plus chanceux, héritant le territoire de leurs aïeux, s'en tiendront aux champs cultivés par eux, dont le sol, non trop appauvri, quoique depuis si longtemps laboufé, permet encore aujourd'hui les moissons iêJ moins décevantes.
L'illustre juif anglais ne songeait qu'aux moissons tangibles. Nous ?era-t-il pernis de reporter dans le domaine intellecuiel les propositions qu'il énonce? La double acception du mot Culture no is y invite, M. Barrés également avec sa thé oYÏeàxxdéracme/?2e/i^ et son éloquente iormule, rien qu'à demi métaphorique : « la terre et les morts ». Les morts nous enseignent la n^éthode de culture applicable à cette terre que nous héritons d'eux. La beauté des récoltes d'hier nous est un sûr garant de Fexcellence de la terre et de la méthode. Ces terrains, ibrement et délibérément choisis, comment ne
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seraient ils pas les meilleurs? 0 élastiques grecs, latins, français! vous avez pris les bonnes places. Le sol ingrat qui nous demeurerait en partage risquerait d'abîmer vos outils ; la moisson qu'on y peut espérer ne paiera jamais notre peine ; mieux vaut, reprenant de vos mains la charrue, la ramener dans le sillon profond que vous traçâtes. < Tout a été dit » ; l'on ne peut que moins bien redire. < On vient trop tard. »
Cette doctrine, qu'en économie politique on nomme « pessimiste >, eut assez longtemps gain de cause. L'enseignement que chacun tirait des propositions de Ricardo pouvait, selon les tempéraments, varier ; certains se débattaient contre les conclusions du raisonnement ; les prémisses du moins en semblaient pour toujours admises... C'est à ces prémisses mêmes que s'en prend la théorie de Garey.
Non, vint-il dire, ce n'est pas aux torresles meilleures que la première industrie de l'homme s'attaqua. Les premières terres cultivées, ce sont les terres les plus faciles, cultivables le plus commodément — et c'est-à-dire non les plus riches, mais les plus pauvres au contraire, celles qu'il atteint aussitôt, et qui, durant longtemps, pourront suffire à ses besoins. Ce sont les terres des hauts plateaux (je songe à votre « kaute littérature >),
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au sol sans grande profondeur, à la végétation naturelle assez raréfiée et dont la charrue (ou le style) aura facilement raison.
Les autres terres, les terres riches, les terres basses, il ne les consMérera que plus tard. Longtemps elles resteront comme en marge de la culture, « barbares > et méconnues. Le civilisé ne s'avisera que lentement de leurs promesses; si par fortune il s'aventure à travers elles ce sera d'abord pour n'y voir qu'incommodité, que danger. « La terre la plus riche dit Carey, est la terreur du premier émigrant. »
« Qu'est-^e qu'uae terre fertile? C'est une terre qui, à l'état de nature, est envahie par une végétation exubérante qu'il faut défricher, ou qui, terre d alluvions, doit être conquise par les eaux *. > Forêts luxuriantes et ténébreuses, où Tenchevêtrement des ramures fatigue la marche du pionnier ; terres peuplées d'animaux sournois et féroces ; terres marécageuses, mouvantes, aux exhalaisons délétères.,, ces terres inexpérément fécondes sont les dernières exploitées. Longtemps l'homme reculera devant les dangers et les fièvres des terres basses ; longtemps de plus d'un lac Stymphale, les rives incertaines attendront en vain leurs héros..,
(, Ch. Gide et Ch. F?:, t; lU.'oire des idoctrines économiques.
Pourtant, si meurtrières qu'elles aient été d'abord, nos généreuses plaines de la Metidja et du Sahel désonn lis sont apprivoisées. Bon ou médiocre, le sol est à la fin conquis ; Thomme a mis en exploitation à peu près tout l'espace dont il pouvait espérer tirer parti. Les forêts vierges à débrousser, les marais à drainer deviennent toujours plus lointainement rares. — C'est en agronomie que la théorie de Carey épuise le plus tôt sa vigueur.
Elle la conserve plus longtemps s'il s'agit de forces oaturelles. « L'ordre de leur domestication est en raisoninversedeleurpuissance*. > L'homme a commencé par utiliser les forces des animaux, puis celles du vent et de Feau ; l'asservissemeat de la vapeur, puis la redoutable électricité n'a été tentée que plus tard...
Mais que sert d'insister ? Il me tarde d'en venir aux passions, aux forces de l'intelligence. Je me persuade qu'en psychologie la théorie de Carey garde sa signification toute pleine ; peut-être éclairerait-elle d un jour neuf l'histoire des littératures — ou tout au moins ce point précis qui nous occupe aujourd'hui.
Sur quoi peut s'exerccrlapremièrevellôité poétique, opérer le premier effort ae stylisation ? Sur