PRET A
nabie qui n'avait encore vu que les plaines sablonneuses ou les sombres forêts de l'Allemagne du Nord.
Après avoir traversé lentementla Pologne, la Moldavie, la Bessarabie, il arrive à la fin de l’hiver à l'embouchure du Dnieper, sur les confins de la Crimée. Des troupes de cigognes ouvrent leurs ailes blanches sur les lacs dont la glace est fondue. Des tulipes et des jacinthes fleurissent dans les vallées.
IL traverse par une porte mouumentale les remparts de Pérékop, et le voilà sur cette terre de Crimée, sipetite par l'espace qu’elle occupe entre la mer Noire et la mer d'Azof, si grande par sa poésie et son histoire, la terre d’Iphigénie et de Marie Potocka, de Mithridate et de Catherine IL, la terre féconde occupée successivement par les Scythes, les Grecs, les Goths, les Huns, les Tartares, les Génois ct les Vénitiens, puis par les Russes
et, en une dernière dramatique invasion, par les Français’
et les Anglais.
En s’acheminant vers la zone méridionale de cette glorieuse Crimée, à tout instant le jeune officier de Frédérie s’arrète surpris par quelque nouveau point de vue : ici, les ruines d’un temple antique ; là, les arceaux d’un manoir féodal; plus loin, les tours élancées des minarets, les habitations des Tartares construites dans les excavations des collines ; les vallons arrosés par des ruisseaux limpides, éclairés par un beau soleil, ombragés par des forêts d’amandiers et d’abricotiers, et, à l'horizon, les chaînes de montagnes au-dessus desquelies s'élèvent comme deux lances d’acier les deux pics du Tschadir-Dagh.
« Magnifique contrée, “’écrie le poète Pouschkine, charme des yeux! Là, tout est enivrant : collines et forêts, ambre et raisin doré, beauté solitaire des vallées, fraicheur des eaux et des peupliers. Tout exalte