‹ Nouveaux récits de voyage [microforme]Chapitre 11 sur 57 · PSS MG CAT TASSE · texte numérisé non relu

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le sentiment du voyageur quand, par une riante matinée, il s’en va à cheval, du rivage au pied des montagnes et que devant lui l'onde seintille et murmure autour des rocs de Riou-Day.

Par ces forêts, par ces collines, on arrive à Baktschiseraï dont le nom signifie palais des jardins, palais luxueux, en elfet, et longtemps ville belliqueuse.

Des conquêtes faites en Europe par Gengiskhan et par ses généraux. les Tartares au milieu du dix-huitième siècle ne possédaient plus guère que la Crimée et Baktschiseraï était la capitale de cette principauté.

Là, dans une étroite valiée à la limite des steppes et des montagnes, résidaient ces khans dont la rapacité ou les colères répandaient encore l’effroi sur les rives du Dniéper et du Dniester, du Volga et de la Vistule. Là, se réunissaient ces légions de cavaliers sauvages, ces hordes barbares qui, au loin, chassaient la charrue des plus fertiles contrées.

Atlaquée à diverses reprises par les Russes, subjugée en 1756 par le maréchal Munich, conquise de nouveau par Dolgorouki sous le règne de Catherine Il, la Crimée a été définitivement, en 1784, annexée à l'empire russe.

Les Tartares ont conservé une vive prédilection pour la capitale de leurs aïeux, et les Russes, n'ayant plus rien à craindre de leurs anciens ennemis, encouragent ce penchant. À part les fonctionnaires du gouvernement, quelques milles arméniennes et un millier de juifs, il n'y a à Paktschiserai que des Tartares. Cette ville semble être leur propriété.

Jadis les Tartares ont incendié, pillé Moscou. Au lieu de détruire leur repaire, Catherine IT et ses successeurs l'ont doté de plusieurs privilèges, ont favorisé son industrie, embelli son palais.

Dans l'enceinte de Baktschiserai on ne voit point

(1 NOUVEAUX RÉCITS DE VOYAGE de ruines. Ses rues sont très peuplées, pleines de vie, animées sans cesse par le chant par les instruments de musique, et ont une physionomie aussi tartare que si le khan siégeait encore [à sur son trône.

Resserrée à droite et à gauche par deux chaines de rocs calcaires, une rue étroite sillonnée par un clair ruisseau se déroule dans la vallée sur une longueur de deux kilomètres. C’est la partie essentielle de la ville. Là, sont les cafés avec leurs galeries, les marchés, Îles boutiques, les ateliers où l’artisan poursuit au niveau du sol dans sa maison sans fenêtres son travail journalier et donne aux passants le spectacle ‘le son industrie. Là, près du sellier qui brode ses trousses et ses harnais avec des fils d'argent, campe -une famille de forgerons bohémiens avec ses grossiers ustensiles Par là arrivent les chevaux alertes des montagnes, les chameaux pesamment chargés, et les lourdes troïkas.

Au milieu de cette rue s'élève le palais des khans entouré de hautes murailles qui lui donnent au dehors l'aspect sévère d’un couvent. Il se compose de plusieurs bâtiments rangés autour d’une vaste cour. Devant ces appartements s'étend une large terrasse couverte de fleurs, ombragée par des berceaux de vignes. Deux galeries voütées rejoignent ces jardins aériens à d’autres cours, à d'autres jardins, et à l’ancien harem.

Cà et là s'élèvent des fontaines limpides. IT en est une où l’eau jaillit de cascade en cascade dans plusieurs bassins, puis se divise en menus filets jusqu’à ce qu’elle tombe goutte à goutte, dans des conques étroites, avec un son plaintif. On l'appelle la fontaine des Larmes, Elle est devenue célèbre par La dramatique légende de Marie Potocka et par le poème de Pouschkine.

Marie était fille d’un riche seigneur polonais, Jeune, belle, gracieuse, elle réjouissait le cœur de ses parents

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