‹ Nouveaux récits de voyage [microforme]Chapitre 13 sur 57 · PHASE · texte numérisé non relu

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puis une somme de 100 000 piastres pour lui-même. Enfin, après tant d'hésitations ct de difficultés, tout est résolu. Le khan fait ses préparatifs de guerre. Il doit se mettre en marche prochainement, et M. de Goltz va l'attendre à Jassy.

Boskamp reste à Baktschiseraï, ravi de l'éloignement du jeune officier dont il est obligé de reconnaitre la supériorité, ravt d’être près du prince, le seul représentant du roi de Prusse.

Toutes les choses étant ainsi réglées, Frédéric doit s’applaudir de la patience qu'il a gardée en ces longues négociations. Car, par à, 1la obtenu un puissant secours et tout à coup un événement inattendu lui donne un bien autre secours ct renverse, sur différents points, bien d'autres combinaisons.

« Messieurs, dit-il gaiement un matin à ses officiers, le diable à enfin pris la vieille coquine. »

Celle dont il faisait ainsi l'oraison funèbre était l'impératrice Élisabeth son implacable ennemie. Il l'avait outragée par une épigramme comme il avait outragé Mme de Pompadour.

Qui pourrait dire ce que ces deux épigrammes ont coûté de sang et d’argent à l’Europe?

Élisabeth était morte à cinquante-deux ans sans pardonner à Frédéric, et son neveu, son successeur, l’infortuué Pierre IF, professait pour ce même Frédéric une admiration sans bornes. « Le roi mon maitre, » disaitil hautement en parlant de lui. I n'avait pu empêcher sa tante d’armer contre lui de nombreuses légions. Mais à diverses reprises il atténua les rigueurs de cette guerre par son influence de grand-due. Les ministres et les généraux, en obéissant à leur souveraine, ménageaient en même temps les prédilections de son héritier. Le lendemain de la bataille de Kunersdorf l’habile Soltikoff

CNE IS APR

UNE AMBASSADE PRESSIENNE 11

répondait à ceux qui le pressaient de profiter de sa victoire : Je n’ai nulle envie d'écraser le roi.

En montant sur le trône, Pierre HE commença par publier un armistice entre les troupes de la Russie et celles de la Prusse. Puis il rendit la liberté aux ofliciers et soldats prussiens qui avaient été faits prisonniers par les généraux d'Élisabeth. Il leur donna de l'argent pour retourner dans leur pays, distribua des secours aux Poméraniens, fit évacuer la Prusse royale que les Russes occupaient depuis trois ans et enfin contracta avec Frédéric un traité d'alliance offensive et défensive.

Krim-(erai apprit, en s’acheminant vers la Bessarabie, qu'il n'était plus appelé à combattre les Russes mais les Autrichiens. Douloureusement surpris de ce changement, il ralentit sa märche, puis s'arrêta près de Bender dans un château qu'il avait, selon ses habitudes de luxe, magnifiquement bàti. Boskamp l’accompagnait avec le médecin berlinois, et six mille Tartares campaient autour de lui.

M. de Goltz le rejoignit avec de nouvelles instructions.

Le prince lui dit d’un ton amical : Grâce à l’habile homme que mon frère le roi de Prusse m'a envoyé, j'ai recouvré la santé et j'en ai une grande joie. Ce qui me fait une peine inattendue, c’est de penser que vous êtes réconciliés avec les Russes, mes perpétuels ennemis, et que je dois faire la guerre aux Autrichiens, une brave et honnête nalion. Ce qui me fait une grande peine, c'est d'être détourné de mon chemin au r1oment même où il me conduisait droit à mon but, où j'allais frapper Les ftusses d'un coup terrible. Mais j'aime votre roi. Je eède à ses vœux. S'il accepte les conditions que je lui ai proposées, Je lui enverrai huit mille hommes en Silésie,

et jen conduirai eimquante mille en Hongrie.

Pour mettre à la disposition de Frédéric ces deux

corps d'armée, Krim-Geraï demandait avant tout un nouveau subside de quatre cent cinquante bourses. 11 demandait formellement aussi que la Russie s’abstint de toute manifestation hostile envers la Turquie ; que les forteresses construites par les liusses sur les frontières de la Tartarie fussent démoties et les Cosaques obligés de quitter immédiatement les domaines lartares qu'ils avaient envahis.

— J'espère, répondit M. de Goltz, que mon auguste maitre fera bientôt avec vous un bon et solide traité.

— Oui, répliqua le khan d'un ton acerbe, un con- (rat par écrit, n'est-ce pas? Nous autres enfants de la nature, nous n'avons pas besoin d'écrire nos promesses. Notre religion nous ordonne de les accomplir, et notre parole suffit pour faire la paix ou déclarer la guerre. Mais les gens de l'Occident ne se fient point les uns aux autres. Pour toute chose il leur faut des écrits. Le papier porte sans rougir le mensonge, tandis que le mensonge ne peut sortir des lèvres d’un croyant. Vous aurez foi en ma parole, et moi, je serai obligé d'étudier vos écrits nuit et jour, à la clarté du soleil, et à la clarté de la lune.

La réponse de Frédéric fut apportée par un courrier. Très nette sur certains points, elle était un peu moins précise sur d’autres, et la chose essentielle, le payement des quatre cent cinquante bourses, Frédéric ne voulait l’accorder que lorsque les arn ements offerts par le prince seraient plus avancés.

Le prince n’était pas content.

Ce Frédéric, ce vaillant roi dont il s'était fait une image idéale, lui semblait bien méticuleux et bien économe. En même temps qu'il faisait cette mélancolique réflexion, 1l recevait de Constantinople une nouvelle fort peu encourageante. Il apprenait que les négocia-

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