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Magnifiques sont les maisons des fortunés mineurs. Plus magnifiques encore leurs églises.
A Irkoutsk, dit M. Meignan, nul riche marchand n'entreprend un long voyage sans faire une offrande à la chapelle d’un monastère. À Kiachta, au milieu d’un groupe de maisons, qui, dans notre pays, recevrait à peine le nom de hameau, s'élève une église dont l’autel est en or et en argent massifs, et dont l’iconostase est soutenu par quatre colonnes en cristal de roche d’un pied de diamètre.
À Krasnovyarsk, un jour des négociants s’étant réunis pour fêter la naissance du fils aîné de l'e: mpereur, lun d'eux dit qu'en mémoire de cet événement ils devraient construire une église. Aussitôt une souscription est ouverte et en un instant elle
s'élève à la somme
de 1,500,000 fr.
Dans toutes les villes E: gouvernement institue des écoles élémentaires et des écoles d’un ordre supérieur où l’on enseigne le latin, le français, l'anglais, Pallemand, l’histoire et la gé graphie, la physique et Les mathematiques. De là, les élèves qui veulent faire de plus hautes études entrent au gvmnase, puis à PUniversité, L'importance de ces établissements s’accroit constamment par des dotations individuelles.
La plupart des riches industriels de Sibérie sont Russes par leur naissance où par leur culte. L'idée de nationalité et l’idée de religion sont ici, comme nous l'avons déjà fait remarquer, tellement identiques qu'on dit de celui qui professe la religion grecque Russe. Les Allemands.)
La plupart des ouvriers qui descendent dans les profondeurs des mines appartiennent à ces légions de déportés qui de diverses provinces de Russie sont éunis à
: c'est un autres on les appelle des Niemetze (des
Moscou, et de là, partent la chaîne aux pieds, sur des charrettes, pour s’en aller de station en station dans leur lointain exil.
J'ai assisté, près des murs du Kremlin, au départ d'une de ces malheureuses bandes de condamnés et j'en ai gardé une triste impression. Le rude travail avec les regrets de la terre natale est leur châtiment de chaque jour. La Sibérie est leur prison. Au sein de cette immense contrée leur captivité est plus assurée que dans les remparts d'un présidio, les murs d’une bastille, ou les récifs d’une Nouvelle-Calédonie.
A diverses reprises un grand nombre d’entre eux ont essayé de s'évader. Avec une inébranlable résolution, en subissant les plus cruelles souffrances, presque tous, dans leur audacieuse tentative ont échoué.
Pour reconquérir réellement sa liberté, il faut que le proserit arrive en pays étranger. Et comment? Du côté de la Chine, sauf la grande route de Kiachta où il n’oserait se hasarder, il ne trouve que des plaines arides et désertes, une chaîne de montagnes sauvages infran- ls chissables. Un si vaste espace et nul guide, nul refuge, nul aliment. Du côté de l'Oural un plus vaste espace Mi encore et le désert aussi en dehors de la grande route de Moscou et des rives des fleuves, puis par delà l'Oural, toute la Russie à traverser pour atteindre la Suède ou l'Allemagne, Quel rêve! N'est-ce pas impossible ?
Parmi les déportés, 11 y a des hommes de noble race M et de noble cœur que nul arrèt judiciaire ne peut flétrir. Is ont été égarés dans quelque projet de réforme révolutionnaire, entraînés dans quelque complot politique. La loi les condamne au bannissement à per- M pétuité et au travail des mines. Mais ils ne subissent M guère cette peine cruelle.
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faire une maison agréable. Ils qui peut les aider à se coivent des visi gréable. Is donnent des diners, re “a Les visites. Quelquefois même, ils sont rl aux soiIrers à < ; ( à )euv rées officielles du gouverneur, seulement ns peuvent, sans une permission spéciale, s’écar Fr de leur exil. S écarter du lieu Selon le code r ee ar A russe, le condamné à perpétuité est peut immédi ; ses biens sont confisqués, a fmn | Fra a ement contracter une autre unio Pas ( Re n. Pas , dans la categorie des condamnés politi . s politiques, qui
4, De Paris à Pékin, p. 200.
152 NOUVEAUX RÉCITS DE VOYAGE pour la plupart appartiennent à la bourgeoisie ou à l’aristocratie, pas une n’a usé de ce droit.
La Bible dit : « L'homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme » la même solennelle sentence ne s’applique-t-elle pas à la femme envers son époux ?
Dans la Russie chrétienne subsistent encore ces saintes lois. Quand un arrêt de proseription atteint un homme marié, la femme sollicite la permission de suivre jusqu'au rude escalier d'autrui le pauvre exilé. Si elle a quelque fortune personnelle, elle lemploiera à lui procurer les choses qu'il aime. Dans les glaces du nord, au milieu d’un monde inconnu, à mille lieues de distance du sol natal, du foyer de la famille, elle lui reforme par sa tendresse un nouveau foyer. Autour de lui, selon l'expression de M. Chateaubriand, elle suspendra les fleurs de la vie, si bien que tous deux en viendront peut-être à bénir la destinée dont ils ont gémi et à se complaire en cette contrée dont le nom seul était pour eux une épouvante.
Dans les annales de cette terre d’exil il y a des 4 traits d'affection conjugale vraiment admirables, et É. d’autres actes de dévouement qu’on ne peut entendre À raconter sars émotion. En voici un que M. X. de 1 Maistre aurait pu Joindre à l'histoire de la Jeune sibé- M rienne. 4
«Un jour, dans la maison du comte S..., un noble banni, arrive une femme du peuple vieille et fatiguée, Elle veut voir la comtesse, et se jette à ses pieds en pleurant de joie et remerciant le ciel. à
« C'était la fille d’un serf appartenant aux parents de la généreuse exilée volontaire. Elle l'avait vue naître dans un riche château, celle dont elle venait embrasser les genoux dans une sombre cabane; elle l'avait longtemps
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portée dans ses bras, bercée dans une jolie couchette, promenée dans le jardin, servie à toute heure avec amour. Puis, elle l’avait vue grande et belle, mariée avec un digne et beau jeune homme; puis, dans son village s'était répandu le récit de la catastrophe : le mari, impliqué à Pétersbourg dans un procès politique, banni à perpétuité, etsa femme, Le suivant dans la lointaine région. La brave servante avait alors pris la résolution de re- Joindre sa chère maitresse; mais ceux à qui elle crut devoir confier son projet avec l’espoir d'obtenir leur appui, la traitèrent tellement comme une extravagante, qu'elle n’osait plus rien leur dire. Mystérieusement, elle s’en alla chez l’Ispravnik solliciter un passeport pour la Sibérie. L’Ispravnik lui demanda si elle avait plusieurs centaines de roubles à dépenser, et comme elle n'avait que quelques kopecks il la mit brutalement à la porte.
« Sans argent, sans protection, sans guide, comment faire ?
« Cependant, sans cesse, elle se représentait dans sa naive imagination, sa bonne maitresse isolée, appauvrie, souffrante; et en dépit de tous les obstacles, elle voulait aller de nouveau la servir.
QUn matin, elle se mit en marche, à pied, mal vêtue comme une vagabonde, ayant entendu dire que les vagabonds étaient conduits en Sibérie. Elle fut, en effet, arrêtée dans un district, où personne ne la connaissait, mise en prison, puis condamnée à la déportation. C'était tout ce qu’elle désirait. Son principal espoir ne devait pourtant pas être si promptement réalisé. La déportation pour les minimes délits s'arrête à Tobolsk. L’honnète créature était là, bien loin de la ville où elle voulait se rendre. Elle passa l'hiver à Tobolsk, et grâce à une personne charitable, obtint enfin les moyens d'atteindre
son but. Elle était en route depuis deux ans, lorsqu'elle entra dans la maison de la comtesse. »
Par les migrations forcées et volontaires, d'année en année s'accroit la colonisation des Russes en Sibérie, et les peuplades primitives de cette contrée graduellement refoulées de côté et d’autre, se modifient ou s'amoindrissent. L’ethnographe peut cependant encore les étudier. On en compte une vingtaine de dilférentes races.
4 Güu dans les montagnes, est le Vogoule. Il ne possède pou le pâturages, et la rigueur du climat ne lui permet pas de cultiver la terre. La sauvage fôret est son domaiue; 1 cha «2 son unique occupation. Avec quelques pieux et queiques bandes d’écorce de bouleau, il se construit une cahane, facile à démolir et à transporter d’un endroit à l’autre. Habitué dès son enfance au métier qu'il fera toute sa vie, 1l est habile à manier l'arc et le fusil, à tendre des pièges aux vigoureux animaux qu'il tuerait difficilement avec une balle ou une flèche. C'est pour lui une bonne journée, quand il rapporte dans sa tente quelques zibelines ou quelques renards bleus; 1l ira les vendre à Obdorsk, et en cet heureux voyage, boira plusieurs verres. Meilleure Journée encore, est celle où il capture l'ours ou l'élan; de leurs peaux il fait ses vêtements, de leur chair son aliment habituel; 1l la coupe par tranches et l’expose au grand air pour la dessécher. J'ai vu ce même procédé de dissécation employé en diverses régions du nord, notamment aux Feroë ; mais on y joint du sel et le Vogoule ne possède pas cette substance qui semble pourtant si nécessaire à l’homme.
Le pauvre Vogoulel! Il appartient à la race ungrofinnoise et 1l est l'un des fils les plus déshérités de cette race nombreuse, Dans son isolement, il n’a rien
qu’elle
née en rie, et raduelent ou encore férentes
ne pos- {ne lui , est son ee quelau, 1l se nsporter ance au manier reux anle ou une quand il quelques et en cet ure Jourélan; de r son ali- :xpose au e prorédé du nord, Let le Voble pour-
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appris et rien acquis, pas le moindre élément d’art ou
de science. Les missionnaires qui s'efforcent de le convertir n’ont pu le Gétourner d’une grossière idolàtrie ‘ Dans la vallée de l’'Ob est la tribu des Ostiaks descendant aussi de cette race finnoise d’où sont sortis les Madgyars de Hongrie, Les Ostiaks sont aussi ignorants, aussi dépourvus de toute ressource agricole, aussi pauvres que les Vogoules, et ils ne chassent guère ; 1ls pêchent. Tout l'été, 1ls sont à l’œuvre et ils amassent tant de poisson qu’ils peuvent en faire sécher une assez
grande quantité pour leur consommation journalière
pendant l'hiver, pour celle de leurs chiens et même assez pour pouvoir en vendre à Obdorsk, un sombre comptoir établi par les Russes à l'embouchure de FOb. Sur les collines qui l’environnent, on ne voit pas la moindre végétation, et la température de cette terre boréale est si rigoureuse que nul animal domestique, excepté le chien, pas un cheval, pas une vache ne peut y vivre. Une compagnie de Cosaques est là cependant à poste fixe pour recevoir les tributs en pelleterie des Ostiaks et des Samoïèdes.
A la vie nomade appartiennent encore les Yénisseins, les Yakoutes, les Tehouktchis, les Tongouses et d’autres tribus d’origine tartare comme les Tongouses, derniers restes de ces innombrables légions d’Attila, de Gengiskan qui, au cinquième et au treizième siècles, des parages de l'Océan glacial, des frontières de la Chine, se précipitaient vers l'Occident par les plaines qui se déroulent entre les monts Ourals et la mer Caspienne, par cet espace que les historiens ont appelé la grande porte des nations ?
{The native racs of the russian empire, by Latham, p. 99. ? Onésyme Reclus, Géographie, p. 188.
Les contempteurs du passé proclament avec enthousiasme les progrès des temps modernes ct les œuvres de la civilisation. C’est de toute justice. Qui oserait nier les bienfaits de cette civilisation? Elle peut produire à la fois instruction obligatoire et les livres réalistes, le suffrage universel et les jeux de biribi, le gouvernement démagosique ct l'huile de pétrole?
Cependant il est des hommes de cœur et d'esprit qui, après avoir vécu avec les pasteurs de l'Orient et des trappeurs du Far-West, éprouvent une peine réelle à rentrer dans les habitudes du monde civilisé. Il en est qui préfèrent le mocassin à la botte vernie, le libre espace à l’enceinte des salons, l’indolente paresse à la
fiévreuse agitation des ambitieux, et le diner patriarcal MS sous la tente ou la feuillée au banquet patriotique, avec 4
le tapage des verres et des harangues. Il en est qui voudraient retourner aux forêts sauvages quand ils entendent raconter les chroniques des grandes villes, et il en est qui, dans les débats des assemblées parlemenlaires, regrettent le silence du désert.
Pour certaines peuplades, la vie nomade a de singu- 4 liers charmes. 3 Il faut dire aussi que plusieurs de ces peuplades em M
raison de la nature de leur soi ne peuvent avoir un autre mode d'existence. Le troupeau, qu'il faut conduire de pâturage en pâturage, la chasse ou la pêche M sont leurs seules ressources. Mais 1l y en a qui ont À une terre fructueuse et se décident difficilement à la cultiver. L'homme, condamné à gagner son pain à la sueur de son front, n’est généralement guère enclin au travail. L’une des tâches les plus pénibles est celle du laboureur. La vie pastorale, au contraire, dit M. Wallace est une fête perpétuelle ; la crainte de mourir de faim peut seule asservir au labeur agricole
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LES RUSSES EN SIBÉRIE 157 ceux qui sont habitués à vivre du produit de leurs bestiaux !.
ar leurs leçons et leurs exemples les Russes ont cependant déterminé des tribus errantes, notamment celle des Baschkirs à défricher et ensemencer certaines portions de terre. C’est un progrès qui de divers côtés doit nécessairement s’accroitre.
Il y a des gens de ces mêmes primitives peuplades sibériennes, que le commerce ou le travail industriel attire dans les villes. Là, à côté des Russes on rencontre aussi des Juifs, des Suédois, des Allemands, et ce qui nous intéresse le plus particulièrement des Français.
À Krasnoïarsk, la nouvelle église a été bâtie par un architecte français, M. Dentu.
À Kiachtka, sur les frontières de la Chine, à 4000 lieues de Paris, Mme de Bourboulon entend dans une salle de bal la plupart des femmes de la ville parler français. Elles ont, dit-elle, beaucoup d’aménité et d'instruction, ce qu'il faut attribuer au recrutement de la population par des familles d’exilés politiques qui ont amené de prime abord l’urbanité et la politesse de la haute société russe au milieu de ces déserts ?.
M. Meignan raconte aussi qu’en pleine Sibérie, il fut invité à un souper où l’on ne parlait que français.
Tant s’épanche au loin et de toutes parts notre bonne et claire langue aimée.
M. de Chateaubriand, voyageant en Amérique, rencontra au milieu d’un village d'Indiens, un Français qui jouait du violon et donnait poliment des leçons de danse à messieurs les sauvages et mesdames les sauvagesses.
À Irkoutsk, Mme de Bourboulon trouve une mar-
1 Russia, t. Il, p. 46.
? Voyage en Chine et en Mongolie, p. 597.
chande de modes française, qui offre à ses clientes des montagnes polaires, les plus beaux rubans de Lyon et les plus jolis chapeaux de Paris.
Près de là était une excellente maison d'éducation fondée par un Français,
Quelques années auparavant, dans cette ville d’Irkoutsk, il y avait une Française honorée et bénie, une Parisienne, la noble femme du noble comte Murawief, souverneur général de la Sibérie orientale.
En épousant le vaillant soldat, elle pouvait lui dire en toute sincérité comme Ruth à Noëmi : Là où tu iras, j'irai, Elle abandonnait les rives de la Seine, traversait l'Allemagne, la Russie, les chaînes de l’Oural, et arrivait sans crainte sur la terre sans fleurs, sous le ciel glacial. Là, elle à fait aimer par tous les gens de la ville, riches et pauvres la maison du gouverneur et tous les voyaueurs étrangers qui avaient l’honneur d'entrer dans ses salons, étaient émerveillés de voir à l’une des ext: 6mités de la Sibérie, dans l’ancienne région des Tar- (ares, sur le chemin du Kamtschatka cette grâce et cette beauté du pays de France.
A de grandes contrées, 11 faut de grandes voies de communication et de grandes issues. La Sibérie a de nombreux cours d’eau, et des fleuves, ces chemins qui marchent, dit Pascal, trois puissants fleuves, l'Ob, l'Yenessel, la Léna, mais tous trois coulant au nord dans la mer glaciale. Au centre de la Sibérie, 11 est un autre fleuve qui, sur un vaste espace, sépare la Russie de la Chine el va se jeter dans le golfe de Tartarie, dans les
eaux du Japon, dans l’Océan pacitique. C’est l'Amour.
Pour la Chine, qui en voulait garder l'exelusive possession, 11 n’y avait à qu'un tribut à percevoir parmi des peuplades de pêcheurs et de chasseurs. Pour les Russes, là était le complément de leur empire sibé-
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rien, la grande voie nautique d'Occident en Orient, l'élément d’une nouvelle œuvre de civilisation. Rapidement, par quelques cohortes de Cosaques, la Sibérie avait été conquise. En 1578, Jermak traversait l'Oural ; en 19587, Tobolsk était fondé, puis, quelques années après, Tomsk, Yeniseisk, Yakoutsk, Okhotck!. Par quelques Cosaques aussi la conquête de l'Amour fut vaillamment entreprise, mais elle à été longue et pénible. Commencée en 1645, elle était à peine achevée en 1809.
Au mois de juillet 1645, par l’ordre du Voivode de
Yakoutsk, un officier, nommé Poyarkoff, partait avec cent trente-deux hommes pour explorer les rives du grand fleuve qu’on entrevoyait confusément dans un vague espace d’après de vagues récits, C'était un voyage de découvertes. Poyarkoff s'y engagea résolument, mais imprugdemment, sans une sérieuse indication, sans ouide, sans boussole, sans avoir même suffisamment songé aux provisions qu'il devait emporter, En-hiver, il arriva dans un village de Daoures à la fois pasteurs ct laboureurs qui l’accucillirent avec confiance. Au eu de se montrer envers eux amicalement reconnaissant, comme il devait l’être, il les outragea et 11 expia crucllement cette faute. Ces bonnes gens qui lui avaient donné “énéreusement le produit de leurs sillons et de leurs pâturages et qui auraient pu lui être d’un grand secours
devinrent ses ennemis. Ils le harcelèrent avec leurs
flèches, et lui firent sans merci subir une disette à laquelle cinquante de ses compagnons succombèrent. Cependant il parcourut une grande partie de l'Amour. En 1646, il rentrait triomphant à Yakoutsk et faisait un pompeux récit de son voyage.
1,The Russians on the Amour, by L. G. Ravenstein, p. 9,
Après cel aventureux pionnier, voici senir Khabaroff, le vaillant soldat, l'habile stratégiste. Les légendes et les chants populaires ont glorifié son nom; au foyer des Cosaques souvent encore on raconte ses hardies navigations, ses valeureux combats. Mais malheureus ment il commit d’effroyables cruautés.
En exploitant une ferme, puis une saline sur les bords de la Lena, il avait amassé quelque argent, et il voulait subjuguer à ses frais au nom du Tzar la contrée nouvellement découverte. Avec soixante et dix hommes il s'en alia en droite ligne vers un district habité par des Laoures, et gouverné par un prince nommé Lavkai, t'èsriche disait-on, et très-puissant.
L'invasion des Cosaques de Poyarkoff avait épouvanté cette province, et pour les arrêter dans lew marches s'ils osaient encore revenir, Lavkai avait f ériger à quelque distance lune de l’autre cinq forteresses, (étaient des murailles en bois surmontées de plusieurs tours, environnées d’un fossé et d'un rempart en terre. Sous les tours il y avait des portes couvertes et des passages secrets qui conduisaient à la rivière; dans l'enceinte des murs, plusieurs habitations en bois avec des vitres en papier. Chacune de ces habitations pouvait contenir cinquante à soixante personnes.
Les Daoures n’osèrent pourtant rester dans ces citadelles construites avec tant de soin. [ls s’enfuirent à l’aspect de la nouvelle bande de Cosaques abandonnant les provisions qu'ils avaient amassées dans de larges citernes. Khabaroff s’en empara, mit le feu aux quatre coins des tours et des palissades, explora le pays qui lui parut fertile et agréable pour s’en retourner à Yakoutsk satisfait de sa première expédition.
L'année suivante, il entra dans une autre principauté où s'élevait une triple forteresse construite en
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bois comme celle de Lavkai, et occupée par sept cents Daoures et par cinquante cavaliers mandchoux qui allaient au nom de l’empereur de Chine percevoir de divers côtés les tributs annuels,
Khabaroff n'avait avec lui que cent soixante-dix hommes. Les Daoures, encouragés par la présence des soldats du Céleste-Empire, marchèrent fièrement à sa rencontre. À la première décharge de la mousqueterie moscovite, les superbes Mandchoux s’enfuirent à travers champs, et leurs confiants alliés rentrèrent en toute hâte dans la citadelle, très-humiliés de leur échec, décidés cependant à combattre encore.
Khabaroff les ayant vainement sommés de se rendre, ouvrit à coups de canon une brèche dans les murs en bois et s’y précipita. Les Daoures étaient vaincus. Quelques-uns réussirent à s'échapper; les autres furent, sans miséricorde, égorgés.
Après cette horrible exécution, Khabaroff continua tranquillement sa marche. Les innocentes peuplades de pasteurs, naguère si paisibles et tout à coup st effarées, fuyaient à son approche, ou s'inclinaient timidement devant lui. Les princes, à sa première requête, se déclaraient les dociles serviteurs et les tributaires du Tzar.
Au milieu de ces actes de soumission, il entrevoyait un danger. Tout en manifestant un souverain mépris pour les soldats mandehoux et leurs fusils à mèche, tout en disant que quelques centaines de Cosaques suffisaient pour mettre en déroute de: milliers de Chinois, il pensait que ces Chinois ne laisseraient pas aisément entamer leurs domaines, et il voulait avoir de solides moyens d'action. Sur la rive gauche de la Chilka, dans le village d’un prince daoure nommé Albaza, il construisit un fort qu’il appela Alba-
zin, et qui devint un des postes principaux des Russes dans cette région. Plus loin, il en construisit un second ; plus loin encore un troisième, au confluent de lOussoure et de l'Amour. Il achevait cette dernière corstruc {ion, quand il apprit que les Mandchoux se coalisaient pour venir à la fin de l'hiver l'attaquer en grand nombre.
Non moins prudent que brave, 1l élargit alors ses fossés, fortifia ses retranchements, visita ses magasins, songeant à toutes les précautions qu'il devait prendre pour soutenir un long siège. Les eaux du fleuve lui donnaient du poisson ; les forêts, du gibier. Le pain lui manquait. I<e souvint des silos de la race mongole, des citernes pleines de grains après la récolte. On élait en automne, la moisson finie, Khabaroff arme à la hâte des bateaux et avec les plus résolus de ses Cosaques, remonte lOussoure. I allait enlever à l’ennemi les provisions dont il avait besoin dans sa lutte contre cet ennemi, Ainsi fut fait. Une partie de ses Cosaques, le fusil à la main, teneit en respect les habitants des villages, les autres portaient le seigle et l'orge sur les bateaux, Quand son chargement fut achevé, il vira de bord. À un endroit où lOussoure se resserre entre deux collines rocailleuses, il vit devant lui une ligne compacte d'embarcations. Les plus hardis des gens qu'il avait dévalisés s'étaient réunis pour Parrêter au passage et le punir de ses flibusteries. Il enjoignit à ses soldats de se pencher sur leurs rames et de ne faire usage de leurs armes que quand il en donnerait le signal. Arrivé près de la flotulle ennemie, 1l commanda le feu, Alors éclata presque à bout portant une terrible mousqueterie. La digue menaçante fut rompue et Khabaroff favorisé par le vent et les courants, reutra dans sa forteresse avec sa cargaison.
Russes cond ; l'Ous- »struc :
isaient grand
ors se$ gasins, rendre ave lui € pain ongole, Ite. On arme à de ses à l’ensa lutte de se:
»s habi- { l'orge achevé, 'esserre lui une dis des
RS SAS ee RÉ SG TRE, nr ot
A la fin de l'hiver, il vit venir l'armée vengeresse qu'on lui avait annoncée, des légions et des légions de Mandchoux avec une quantité de canons.
Avant de commencer les hostilités, le général en chef, par l'entremise d’un parlementaire, engagea les Cosaques à se rendre, déclarant qu'ils auraient tous liberté pleine et entière de retourner dans leur pays et que leur chef seul serait prisonnier.
Aux fidèles compagnons de Khabarolf, cette proposilion apparut comme une injure. Ils la repoussèrent avec fureur. Les Mandchoux alors cernérent et assiéserent la citadelle. Is n'étaient ni habiles mineurs, ni habiles artilleurs, et ils avaient devant eux une diabolique cohorte qui ne perdait pas un grain de poudre. A toute heure, ses balles et ses boulets faisaient dans leurs rangs d'effroyables trouées. Mais 1ls avaient Laat de batteries et sans cesse 1ls recevaient de nouveaux approvisionnements et de nouvelles recrues.
Khabaroff, au contraire, ne pouvait attendre aucun secours du dehors. I ne pouvait remplacer l'homme tué, le canon démonté, la gargousse épuisée. De jour en Jour il comptait 2e douleur ses pertes irréparables, et le moment vint où 11 fut obligé de reconnaitre qu'il essalerait vainement d’expulser l’armée qui le bloquat de toute part. Il devait cette fois renoncer à la lutte et
: 3 5 x & : ‘il # :
RAT PA er De A DE ne
’arrèter ne voulait pas se rendre. Une de ses soudaines comb'joignil naisons le délivra de ses perplexités. À F'de de t de ne | quelques-uns de ses intrépides soldats, un sou 1l mit derait le : le feu au camp où l’on espérait bientôt l’anéantir, Tanamanda dis que les Mandchoux couratcnt de côté et d'autre, afloterrible lès par cet incendie, les Cosaques se jetaient dans des et Kha- 1 embarcations rapidement préparées. Comme le capira dans | taine d’un navire en détresse, Khabaroff descendit le 5 dernier dans sa chaloupe de sauvetage, Puis, à force de FE
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b 144 NOUVEAUX RÉCITS DE VOYAGE # É rames, au milieu de la nuit, l’active escadre remonta | D le cours du fleuve. Quand ses ennemis entrèrent dans ù l'A la forteresse déserte, 1ls n’y trouvèrent pas un brin À 1.14 d’étendard, pas un sabre, pas une cartouche. Khabaroff i 14 n'avait pas voulu leur laisser cette satisfaction. Il empor- | Ne tait tout dans les remparts d’Albazin son autre forte- | 4 resse !, 4 Hs Le gouvernement de Moscou, pour le récompenser k un de ses services, lui donna un titre de noblesse et lui 4 DU confia l’administration de plusieurs villages surles bords |} 1% de la Lena. f.
Le gouvernement voulait élargir son empire sibérien (4 eten même temps vivre en paix avec les Chinois. Il 1 û armait des soldats pour soumettre à son autorité les à "à peuplades riveraines de l'Amour, et il envoyait des pi Fe ambassadeurs en Chine pour démontrer ses intentions 1 sn amicales. i 4 Un de ces ambassadeurs, Nicolas Spafarik, en reve- 1 111 nant de Pékin où 1l avait eu de graves conférences avec è à 4 | les ministres de l'Empereur, annonça aux Russes qu'ils Ms s’exposaient à de formidables colères, s’ils contimuatent U à naviguer vers l'Amour inférieur, et à percevoir les | nur tibuts des Tongouses. Cet avertissement n’arrèla pas \ une seule expédition. Le fort abandonné par Khabaroff et détruit par les Mandchoux fut reconstruit plus | Li 1 solidement et dans de plus vastes proportions. IE était ‘L'ATIERE entouré d’un rempart garni d’une double palissade, +00 défendu par une ceinture de pointes en fer et de À fe chausse-trappes. En 1682, quelques années après la ! mission de Spalarik, la Russie avait encore d’autres b forts près de divers affluents de l'Amour. Elle avait û dE Dr ! Travels in (he regions of the upper and lowcr Amoor, by, ÿ 4 HO Atkinson, t, 1, p. 470, % a RFF il
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