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Voici d’abord, au sixième siècle, la topographie du monde chrétien composée par Gosmas, le moine d’Alexandrie. Cosmas connaissait quelques écrivains de l’antiquité. Mais il rejetait comme des erreurs la plupart de leurs opinions, etcomme une monstrueuse hérésie la sphéricité du globe.
C’est dans la Bible qu’il a pris pieusement l'idée de sa cosmographie :
« Nous devons, dit-il, reconnaître avec le prophète Isaïe que la forme du ciel qui embrasse l’univers est une voule, avec Job que le ciel fut joint à la terre, et avec Moïse que la terre est plus longue que large. »
Pour lui, le tabernacle ordonné par Dieu, construit par Moïse, décrit dans l'Exode, est l’image de notre monde. Sur l'Arche sainte s'étend un voile, comme sur notre monde l’azur du firmanemt. Ce voile tissu d’hyacinthe, de pourpre de lin et d’étoffe écarlate, représente les quatre éléments. Les pains de proposition représentent les douze mois de l’année, les quatre angles de l'édifice les quatre saisons, le candélabre à sept branches les sept planètes et les sept jours de la semaine.
La terre est un immense plateau soutenu dans le vide par la volonté de Dieu, entouré par l'Océan, échancré par la Méditerranée, la mer Caspienne, le golfe Persique et le golle Arabique. Au nord de ce continent qui a. comme le Tabernacle, la forme d’un parallélogramme, s'élève une haute montagne dont le soleil fait quotidiennement le tour, et derrière laquelle, chaque soir, à nos yeux il disparait. Ses mouvements, ainsi que ceux de la lune et des autres astres, sont réglés par des anges à qui Dieu a confié cette tâche de chaque jour !.
! Selon divers auteurs du moyen âge, chaque pays est placé sous la protection et le gouvernement d’un ange.
Un savant astronome, le père Ricasoli, dit que chaque ange qui règle
A l'Orient, au delà des vagues océaniques, sombres, orageuses, infranchissables, est une autre région où florissait le Paradis d'Adam. De là descendent quatre fleuves qui traversent l'Océan et répandent sur notre eontrée leurs eaux bienfaisantes. C’est le Phédon (l’Indus), le Gehon (le Nil), le Tigre et l'Euphrate.
Fleuves et golfes, plaines et montagnes, tout est contenu entre des murs qui s'élèvent dans les airs comme les parois d’un temple, et de chaque côté se rejoignent à la voûte céleste au-dessus de laquelle résonnent les chants des anges.
Rêve religieux, rêve poétique ! Pour une telle cosmographie, les savants n’auront qu’un froid dédain. Elle cst touchante cependant la pensée qui, par ces images bibliques, idéalise le monde terrestre, et Cosmas n’était pas seulement un rèveur. Il avait visité une partie de l'Inde et l’île de Ceylan. Les observations qu’il a faites sur ces deux contrées lui ont valu l'honneur d’être cité dans l’histoire de la littérature grecque de Schæll comme un des plus importants géographes du moyen âge.
Avant d'entrer dans les ordres, Cosmas avait été associé à une maison de commerce et, en cette qualité, avait fait son voyage dans l'antique Taprobane,
Les Arabes avaient aussi des rapports avec de lointaines contrées. Les Scandinaves, dans leurs courses aventureuses, découvraicnt les Feroë, l'Islande, le Groënland, l’une des plages d'Amérique, vraisemblablement le Massachussets. Hardis comme ils l’étaient, avec la boussole, ils auraient fait le tour du monde. Leurs découvertes dans les parages du Nord, celles des Arabes les mouvements d'une étoile a grand soin d'observer ce que font les
autres anges, afin que les distances entre les astres soient toujours telles qu'elles doivent être,
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lei les hommes qui, les premiers, ont aidé à la rénovation des connaissances géographiques n'étaient point entrainés hors de leurs foyers par une idée de lucre ou par quelque autre mondaine ambition. Ils n’avaient que de pieux désirs et n’agissaient que par un sentiment de foi chrétienne.
C'étaient les hommes qui, dans une généreuse pensée de prosélytisme, se résignaient à toutes les fatigues, bravaient tous les périls pour enseigner l'Évangile à des peuplades barbares : saint Boniface, l'apôtre des races teutoniques; saint Otlion, qui combattait audacieusement le culte des idoles sur les côtes de la Poméranie ; saint Ansgard, qui de son cloître de Corbie, au temps de Louis le Débonnaire, s’en allait jusqu’en Danemark et en Suède, ces contrées hyperboréennes, ces Ultima Thule.
C’étaient les hommes qui aspiraient à voir la terre biblique, les flots du Jourdain, les murs de Jérusalem. Jérusalem ! La cité sainte! Que c’était loin ! Par la pensée, on l’entrevoyait vaguement du côté de l'Orient dans une sorte de pénombre. Personne ne pouvait en préciser la situation ni en indiquer le chemin. On disait seulement que, pour ÿ arriver, il fallait longtemps naviguer sur une grande mer, puis traverser de vastes déserts, puis des provinces habitées par des païens féroces.
Cependant les fervents pèlerins se mettaient en marche sans escorte, sans appui, sans la moindre recommandation, sans savoir la langue des pays où ils s’aventuraient,.
Avec leur religieuse intention et leur confiance en Dieu, ils allaient de station en station par leur via dolo-
rosa vers la divine via dolorosa où ils voulaient s’agenouiller et prier.
Ces voyages remontent jusqu’au temps où la Syrie était encore soumise à la domination romaine. Le premier dont le récit nous ait été conservé est celui d’un Bordelais qui, en l’année 333, se rendit à Jérusalem par le midi de la France, l'Italie, la Hongrie, la Serbie, Constantinople et l’Asie Mineure.
Vers la fin du même siècle, ces mêmes pèlérinages sont fréquemment relatés dans les vies des saints, surtout dans les chroniques des solitaires de la Thébaïde. D’âge en âge, l’ardeur des pieuses pérégrinations ne fait que s’accroître, et lorsque les Sarrasins eurent envahi la Palestine, les nouveaux périls auxquels les pèlerins étaient alors exposés, loin d’attiédir la ferveur, lui donnaient un ferme élan. Un jour, en Orient, arrive un étrange voyagenr. C'était un gentilhomme breton, nommé Frotmond, qui, ayant commis un erime, voulait l’expier par une rude pénitence. Il se fit river une chaîne à la ceinture, une chaîne aux bras, et les pieds nus, la tête couverte de cendres, le corps vêtu d’un grossier sarreau, il parcourut la Syrie et visita tous les saints lieux. Quand ilrevinten France, ses chaînes lui entraient dans la chair. La légende rapporte qu'il en fut miraculeusement délivré au monastère de Redon, en s’agenouillant devant le tombeau de saint Marcelin.
Un désir d’expiation entraînait aussi vers la terre du Rédempteur le marchand anglais Sewulf !. Son avarice lui faisait commettre des actes de rapacité dont il gémissait et demandait pardon à Dieu. Puis, de nouveau, il succombait aux tentations. À la fin il abandonna son funeste métier et se fit moine.
Sa narration a été publiée par M. Davezac dans les Mémoires de la Sociélé de géographie.
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LÉGENDES GÉOGRAPHIQUES DU MOYEN AGE il
Au commencement du huitième siècle, un religieux nommé Adamman présenta au roi Alfred de Northumberland la relation d’un voyage en terre sainte, qu'il avait écrite sous la dictéc d’un évêque français, Arnulph. Les biographes n’ont pu découvrir qui était cet évèque. Il a dù faire sou voyage vers l’an 701, environ soixante-trois ans, après la conquête de Jérusalem par les Sarrasins.
Vers l’an 727, un autre prélat, l'évêque Willibald, entreprend le même voyage, et à son itinéraire succède à celui d’un religieux du Mont-Saint-Michel.
À leur retour, ces bons pèlerins ne songeaient point à faire de pompeuses descriptions des pays qu’ils avaient parcourus, ni de graves dissertations sur les gouvernements de l’Europe et les lois de l'Asie. Ils racontaient simplement ce qu’ils avaient vu ou entendu, ne discutant pas, ne doutant pas. Dans le-silence de leur monastère, ils se reportaient par la pensée vers de lointains rivages où la grâce de Dieu les avaient conduits. Ils se réjouissaient d'inscrire dans leurs chroniques les lieux consacrés par la Bible ou l'Évangile, les sanctuaires où 1ls s'étaient agenouillés, les reliques qu’ils avaient eu le bonheur de contempler.
Au quatrième siècle, dans l’église du Saint-Sépulcre, sainte Paule se prosterne devant la vraie croix et baise la pierre du tombeau que les anges avaient eux-mêmes soulevée au Jour de la résurrection .
Arculphe a passé neuf mois à Jérusalem et dans les environs, et il raconte avec une inexprimable candeur ce qu’il a vu :
Près des ruines d’Hébron, le chêne sous lequel Abraham reçut la visite des anges.
Dans la ville de Jéricho, trois fois rebâtie, trois fois détruite, la maison de Raab, qui protégea les envoyés de Jusué,
À Cana, l'église où l’on conserve un des vases que le Christ remplit de vin.
Sous la voûte du Saint-Sépulcre, la veille de Pâques, dit un autre pèlerin, après les Malines, on chante le Kyrie eleison. Alors un ange vient allumer les lampes suspendues au-dessus du tombeau de Notre-Seigneur.
Les anciens peuples ont mis leur orgueil à considérer leur pays comme le centre du monde. Pour les Indiens c’est le mont Mérou ; pour les Égyptiens, Thèbes ; pour les Grecs, Delphes; pour les Scandinaves, le Midgard, et les Chinois appellent leur empire l’empire du Milieu. Mais nos pieux voyageurs ont remarqué à Jérusalem une colonne qui, à midi, au solstice d'été, ne projette pas d'ombre, ce qui prouve bien, disaient-ils que là est le centre de la terre.
Au temps des croisades, voici venir en Orient un voyageur d’un autre aspect, non plus un pauvre moine solitaire, non plus un marchand contrit, mais un valeureux guerrier, un prince fastueux comr e notre Jean de®aris, un roi de Norvége, Sigurd, frère d'Olaf. Son histoire est racontée au long dans la Heimskringla. Elle est curieuse à lire après le naïf récit des Arculphe, des Willibald, des Saewulf.
Entrainé par tout ce qu'il entendait raconter des splendeurs de Constantinople, des miracles de Jérusalem et par cette aventureuse ardeur qui, pendant plusieurs siècles, emporta les hordes des Vikings sur les côtes de la France et d'Italie, Sigurd part avec soixante navires, aborde en Angleterre , puis en Espagne, assiège dans son château le prince de Gallieri, qui avait manqué à une de ses promesses, lui enlève ses trésors, puis se remet en route, pourchassant les Maures et les pirates, faisant du christianisme à coups de sabre. Ici, il s'empare de huit navires appartenant, disent
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Près de là une légion abritée dans une grotte au sein des montagues escarpée le harcelait, le bravait; Sigurd furieux fait transporter deux chaloupes au sommet de la montagne. Là elles sont remplies de soldats et descendues avec des cordes jusqu’à l'entrée de la caverne maudite. Les païens sont punis comme ils le méritaient,.
Aux îles Baléares, nouveau succès. Rien ne résiste à la valeur de Sigurd, et s’il ne convertit point par la persuasion les infidèles, il en envoie par la puissance de son glaive un grand nombre à l’autre monde.
Enfin le voilà en Palestine. Il débarque à Saint-Jean d'Acre, et de là se dirige par terre vers Jérusalem. Le roi Baudouin voulait Le mettre à l'épreuve. IT fit répandre sur la route de riches étoffes, de magnifiques vêtements, et dit: Nous allons voir venir un prinee qui s’est signalé en diverses rencontres par son courage; s’il vientici en droite ligne sans s'arrêter aux richesses dont j'ai parsemé son chemin ; 11 nous montre par là qu’il est de bonne race. Sinon Je n'aurai pas une haute opinion de sa dignité.
Sigurd s'avance en droite ligne, foulant aux pieds
de son cheval, tapis et vêtements, et ordonnant à ses
soldats de suivre son exemple.
Il accompagne Baudouin au siège de Sidon et, la ville prise, s’embarque pour Constantinople. Il entre dans la capitale de l'empire d'Orient monté sur un cheval superbe, portant des fers d’or massif à peine
clouës pour qu'ils se détachent le long du chemin. L'empereur Alexis lui a fait préparer un riche palais et lui envoie des bourses d’or et d'argent. Sigurd, sans même les regarder, les fait remettre à ses soldats. L'empereur lui envoie des cofires pleins d’or. Sigurd les livre aussi à ses soldats.
Le magnifique souverain d'Orient croyait éblouir par sa générosité ce petit prince du Nord. Le petit prince le subjugue par la sienne. Il lui fait présent de ses soixante victorieux navires et lui abandonne une partie de ses vaillants compagnons, qui sont prompteinent enrôlés dans la garde impériale.
Par la Hongrie, par l'Allemagne, Sigurd retourne dans ses forêts de Norvège, et les Scaldes chantent ses exploits.
Du douzième siècle date la narration d’un long voyage, écrite par un juif, en vue surtout des juifs, très intéressante par les notions qu'elle nous donne sur leur situation à cette époque lointaine et sur les divers pays où ils ont été dispersés. Nous voulons parler de l'itinéraire de Benjamin de Tudelle qui, des rives de l'Espagne, s'étend jusqu’en Perse et en Arabie.
Dès la première page de ce livre remarquable, nous avons des détails sur notre vieille ville de Narbonne. I ya là, dit le studieux rabbin, une éminente université qui répand au loin la science des lois.
À Beaucaire, il compte quatre cents juifs, qui ont une grande école dirigée par un talmudiste de premier ordre; à Rome, deux cents juifs, très respectés, et ne payant de tribut à personne. Plusieurs, dit Benjamin, sont au service du pape.
De Rome, il nous conduit par la Grèce à Constantinople, dont il décrit avec un naïf enthousiasme les richesses. L'empereur Manuel s’est fait construire au
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Les tributs en étoffe de soie et de pourpre qui, de toutes les parties de l'empire, sont envoyés chaque année à Constantinople, remplissent plusieurs grandes tours. L'impôt perçu dans la cité sur les hôtelleries, les bazars, les navires, s'élève chaque jour à vingt mille florins. Les Grecs sont très riches. À les voir dans les rues, montés sur des chevaux superbes, vêtus de robes en soie ornés de broderies en or, on dirait autant de princes. Mais ils sont d'une nature efféminée et ne peuvent faire la guerre eux-mêmes ; ils prennent à leur solde, pour se défendre contre les Turcs, des étrangers qu'ils appellent des barbares.
En quelques pages, le discret rabbin, qui n’a pas la prolixité des voyageurs modernes, nous raconte son trajet de Jérusalem à Damas, à Alep, à Mossoul, puis s'arrête à Bagdad.
C'est la grande métropole du calife émir Al-Mumerin, de la famille du Prophète. Tout les mahométans, dit Benjamin, reconnaissent sa suprématie, comme les chrétiens reconnaissent celle du pape. I lit et écrit parfaitement l'hébreu et parle plusieurs autres langues. D'un caractère affable et bienveillant envers les étrangers, il affecte de se rendre invisible aux musulmans. Souvent les pèlerins de la Mecque s’approchent de son palais els’écrient : « Oh! Notre Seigneur, lumière des mahométans, splendeur de notre religion, laisse-nous voir l'éclat de ton visage! » Mais il ne leur répond pas.
Alors ses officiers s’avancent, et ils lui disent : « Oh!
Seigneur, manifeste ta générosité envers ces hommes qui viennent des loitaines régions et désirent se reposer à l'ombre de ta gloire. » Alors, il se lève, pose un pan de sa robe sur le bord de la fenêtre, et les pèlerins la baisent avec ardeur. Puis un des hauts fonctionnaires du palais leur dit : « Allez en paix. Notre maitre, la lumière des mahométans, vous donne sa bénédiction. » Tous les frères du calife, tous les membres de sa famille baisent avec le même respect ses vêtements.
Sous sa protection subsiste paisiblement une colonie d'un million de juifs; parmi lesquels on compte plusieurs savants d'un grand mérite. Au-dessus d'eux tous et au-dessus de tous les israélites s'élève un personnage honoré du titre mélancolique de Prince de la captivité. IL descend en droite ligne du roi David et porte le même nom que son glorieux aïeul. Devant lui doivent se lever tous les sujets de l'empire de Bagdad sous peine de recevoir cent coups de fouet. Son pouvoir s'étend sur la Mésopotamie, la Perse, l’Yémen, l’Arménie, et jusqu'aux frontières de l'Inde et du Thibet. Toutes les congrégations juives de ces contrées reconnaissent sa suprématie, et c'est lui qui nomme leurs rabbins et leurs ministres. Il possède des maisons, des jardins, de vastes terres dans la province de Babylone et perçoit une taxe sur les hôtelleries et les boutiques juives en différents pays.
Parmi les congrégations israélites auxquels ce prince préside, il en est une qui garde une touchante pensée de deuil : ses membres s'appellent les pleureurs de Sion. Ils pleurent sur les ruines de Jérusalem et la dispersion de ses enfants. Ils ne portent que des vêtements noirs, vivent dans des grottes obscures et s'imposent des jeünes rigoureux.
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suit sa route du côté de la mer, recueillant chemin faisant tout ce qu'il entend raconter sur le pays qu'il traverse et sur ceux qui l’environnent. Des plages voisines
de l'archipel Indien, il se rend en Nubie, après en Égypte, où il visite pieusement les lieux consacrés par
la Bible, puis il s’embarque pour la Sicile et rentre en “… Espagne, ayant passé dans son voyage quatorze années. … Avant de clore son immense périple, il ne peut s’em- “ pêcher de jeter encore un regard sur la France, et il signale une des précoces distinctions de Paris. « Cette ville, située sur la Seine, appartient, dit-il, au roi Louis'. Elle renferme un grand nombre d'hommes si savants qu'on peut dire qu’ils n’ont pas leurs pareils sur la terre. Ils emploient leur temps à l'étude des lois et sont très hospitaliers envers les étrangers. »
» Au cinquième siècle, sur les bords du Mineio, près : de la ferme de Virgile, les fureurs d’Attila s'apaisaient
devant la sereine majesté du souverain pontife, saint
Léon.
Au treizième siècle, Innocent [V entreprit d’apaiser “l'ambition des nouveaux Attila, des successeurs de “Gengiskan. Par l’ouest et par le nord, il envoya vers eux deux ambassadeurs ; d’un côté, Ascelin, Simon de “Saint-Quentin; de l’autre, Jean du Plan de Carpin. . Tous ces délégués appartenaient à la plus humble des “congrégations, à l'ordre des Frères mineurs. A cet ordre d'aussi appartenaient Guillaume de Rubruquis, l’ambassa- “deur de Louis IX et, au siècle suivant, Oderie de Frioul, k« bon homme de l’ordre des Frères mineurs, qui, par “le commant du pappe alla oultre mer preschier aux …mécréants la foy de Dieu*. »
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… 1 Louis le Jeune qui régna de 1137 à 1180.
n * La narration d'Oderic de Frioul, écrite d'abord par lui en latin l'an 1550, fut traduite vingt ans après en français par frère Jean le Long, ‘ ?
Telle était en ce temps la candide ardeur de la foi chrétienne. Notre saint roi, guerroyant en Syrie contre lesinfidèles, songeait à cet autre infidèle dont il entendait raconter les conquêtes, à ce souverain dont la domination s’étendait du centre de la Chine jusqu’en Pologne, jusqu’en Hongrie. Il s’affligeait de penser que le maitre d’un si prodigieux empire fût encore livré à l'idolâtrie, et tout simplement il lui écrivait pour l’engager à se convertir au christianisme et à reconnaître la suprématie du pape. Tout simplement le zélé Rubruquis prenait la royale missive, et dans un pays inconnu, à travers des terres incultes et désertes, ou de sauvages campements, s'en allait à mille lieues de distance chercher le maître des hordes tartares, le grand khan.
De la pérégrination d'Ascelin en Mésopotamie et en Perse il n’y a eu qu'un récit très bref et très peu instructif.
Mais du Plan de Carpin et Rubruquis pénétrèrent l'un après l’autre au fond de la Tartarie, et ils ont révélé à l'Europe occidentale cette immense contrée. Les observations qu'ils ont faites sur la physionomie, le caractère, les mœurs de ces diverses peuplades, sont maintenant encore fort intéressantes, et aux souffrances qu’ils ont subies dans leur long voyage, on ne peut songer sans une sympathique émotion.
En vertu de leur titre d’ambassadeurs, ils étaient admis aux audiences des chefs mongols. Mais les Tartares regardaient avec un singulier dédain ces hommes mal vêtus, sanse valets et sans escorte, n’étalant ni or ni argent, montant mal à cheval et cheminant à pied.
moine de Saint-Bertin ou Saint-Aumer. Cette traduction, insérée dans un beau manuscrit de notre bibliothèque nationale, a été récemment publiée par M. L. de Backer dans son très curieux et très intéressant livre intitulé : L’Extrème Orient au moyen âge. Paris, Ernest Leroux, 1877.
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