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sollicitait et il obtenait ce qui lui était nécessaire pour les réaliser : des hommes et de l'argent. L'année suivante, une brigade d'infanterie, un régiment de caval'rie descendaient l’Amour et’ formaient sur sa rive guuche de nombreuses stations. Par le fleuve aussi descendaient les émigrants et les approvisionnements destinés aux possessions de la compagnie russo-américaine ; par là aussi le comte Putiatin qui allait accomplir une mission diplomatique; par là encore l’Américain Collins, qui avait conçu l’idée d'un télégraphe électrique, rejoignant San-Francisco à Saint -Pétersbourg, à travers l'Amérique russe, le détroit de Behring et la Sibérie orientale.
Le long du fleuve M. Muravieff notait les points où 11 voulait établir des postes militaires, bâtir des villages, organiser un entrepôt de marchandises ou un travail d'agriculture.
À son premier voyage, avec son bateau à vapeur ct ses nombreuses embarcations, il s'était arrêté dans la rade d’Aigun la principale ville des Chinois au bord du grand fleuve. Il avait vu là un millier de pauvres soldats, les uns armés de vieux fusils à mèche; d’autres n'ayant qu'un grand pieux en bois noirei à sa pointe pour figurer un fer de lance, et il s'était bien promis d’honorer son pays autrement que par ces vicilleries de deux siècles ".
Cependant les Chinois accusatent Les Russes de violer outrageusement le pacte de Nertschink et voulaient à quelque prix que ce fût le faire intégralement respecter.
Mais au lieu de combattre pour la possession de quelques terres incultes, de quelques plages désertes, soudain ils furent obligés de réunir leurs forces pour défendre, contre l'invasion des barbares de l'Occident,
1 Ravenstein, The Russians on the Amoor, p. 119.
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les plus belles campagnes, les plus riches comptoirs, les plus grandes villes de l'empire céleste.
La déclaration de guerre de la France et de l’Angleterre écarta des provinces sibériennes le conflit qui les menaçait, Le gouvernement chinois, très désireux de ne pas accroître ses embarras, de ne pas augmenter le nombre de ses adversaires et comptant peut-être obtenir par cette crise si grave l'appui des Russes, conclut avec eux presque en même temps deux traités de paix, l'un à Aïgun, l’autre à Tien-Sen.
En 1861, nouveau traité plus explicite et plus décisif encore que les deux autres. Il annule en termes formels les conventions de Nertschinsk, livre à la Russie toute la côte de Mandchourie jusqu'aux frontières de la Corée, tout l’est de l’Oussoure, et enfin toute la libre navigation de l'Amour.
Ce fleuve, inutilement possédé par la Chine pendant des siècles, est tout simplement un des principaux fleuves de l'Asie. Il parcourt un espace de plus de six cents lieues, et par ses affluents occupe une étendue de deux cent soixante mille lieues carrées.
Claire est son onde, calme et régulier son cours. On n’y rencontre point les bancs de rocs qui ont si longtemps entravé la navigation du Danube près de la Valachie, ni les cascades du Muonio, ni les snags du Mississipi, ni les rapides des rivières de l'Amérique du nord qui imposent un si rude labeur aux bateliers canadiens.
Dès sa première formation par la jonction du Kerlon et de la Ghilka, il est navigable pour les embarcations d'un poids modéré, et il s’en va à travers les vastes forêts, les collines pittoresques, les plaines silencieuses, il s’en va vers son océan, paisible et majestueux recevant de distance en distance ses tributaires. De plus en plus il grandit. « Auprès de l’Oussoure, dit M. Collins, il se
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divise en deux branches, l’une dans laquelle se jette cet affluent à létendue de l'Ohio, l'autre parsemée d'iles a l'aspect du Mississipi au-dessous de Memphis!
Plus loin, il s’élargit encore et parfois apparait comme une mer sans bornes ?,
Quel beau fleuve! Tous ceux qui l'ont vu ont été frappés de la grâce de ses ondulations et de sa majesté.
Malheureusement ilest chaque année subjugué par
l'hiver, un si long et si rude hiver! Dès le mois de novembre son eau hmpide est couverte d'une glace épaisse, Lerne et rugueuse qui ne fondra pas avant la fin d'avril, Parfois même çà et là sur ses bords, elle ne fond jamais, Au mois de mai, dit M. Russell, nous avons vu sur la plage au pied des forêts, des blocs énormes des glaces de lhiver empilés les uns sur les autres à hauteur d'homme, Dans les ravins des monlagnes 11 y avait de pelits glaciers cachés sous Îles inélèzes, les pins et les rhododendrons *.
Cependant dès que la neige a disparu, tout reverdit et refleurit avec une rapidité merveilleuse, L'air est subitement inondé de parfums, la température est très chaude pendant les mois de juin et de juillet; la moisson mürit vers le milieu d'août, moissan de seigle, d'orge, d'avoine. On ne peut eulliver d’autres céréales, et on ne réussit dans cette culture secondaire qu'à : longue distance du cruel demi-cirque ouvert sur P glacial, loin encore des froids marécages, d et des {argas. & Là, dit M. Onésime Reclus il est 0 contrées plus vastes que certains royaumes où le sol est incapable d'animer autre chose que des bois, et ces
1 A voyage down the Amoor, p. 252
? Seite mille lieues à travers l'Asie el l'Océanie, par M. le comte Russel, t. I, p. 183.
5 Seite mille lieues à travers l'Asie et l'Océanie, p. 169.
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Mais vers le haut du fleuve, dans les vallées méridionales, dans l'Italie sibérienne, la récolte de l'orge, du seigle et de l'avoine est parfois très abondante, Il y a là aussi de riches herbages et du bois et d'autres végétaux en quantité : bois de charpente et de menuiserie, pins et mélôzes, chônes et bouleaux, érables et tilleuls ; aussi quelques arbres fruitiers, voire même des tiges de vigne sauvage; puis le chanvre, le lin, le tabac, et au sein des forèts du haut Oussoure, dans les ravins guohids aux rayons du soleil, le fameux ginseng.
Le ginseng (un petit arbuste de trente à quarante centimètres de hauteur), aromatique et amer, par conséquent tonique et stimulant, voilà tout ce que nos rigoureux botanistes en disent. Is lui donnent pourtant, dans leur langage scientifique, le nom de panac et le rangent ainsi dans la famille des panacé es. Mais, pour les Chinois, c’est vraiment la panacée universolle. C'est un remède de premier ordre dans les maladies des entratlles, de l'estomac, des poumons, un antidote souverain dans les empoisonnements, un puissant auxiliaire du corps et de Pesprit, un régénérateur de l'homme dans les décrépitudes de la vicillesse.
Cette merveilleuse plante est rare. Heureux celui qui, après de longues recherches, parvient à en découvrir une belle racine. Elle vaut dans la Mandchourie 7000 francs et 0 000 en Chine.
I n’y a plus de mastodontes dans la froide Sibérie, ni d'éléphants. Mais là se perpétuent encore plusieurs re :s d'animaux des chaudes régions : l’antilope, Île
«, la panthère et le tigre du Bengale, non moins
La terre à vol d'oiseau, p. 425.
| nur.
féroce dans les forêts de bouleaux que dans les jungles. I s’avance jusqu’au 95° degré de latitude. Les chasseurs de zibelines et d’écureuils n’osent l’attaquer avec leurs flèches ou leurs mauvais fusils, et ils en ont grande peur. Ils ne parlent de Lui qu'à voix basse et avec toutes sortes de courtoises circonlocutions, songeant qu'il a l'oreille fine et craignant de l’exciter par un mot mal sonnant, Pour se préserver de ses griffe® ils emploient diverses amulettes qu’ils portent sur leur poitrine ou qu'ils placent au pied des arbres. Quand ils sont parvenus à en tuer un, ils le suspendent près de la porte de leur maison. Leurs parents et leurs amis viennent successivement le saluer et s’inelinent devant lui en lui disant d’un ton sardonique : « Mon seigneur. » Puis enfin ils le dépècent et les hauts fonctionnaires de la Mandchourie se font un précieux ornement de sa peau.
Très redouté aussi est l'ours arctique avec ses dents aiguës etses pattes écrasantes. Les Tongouses et les Goldi l'attaquent avec une forte lance garnie d’une pointe de fer. Quelquefois 1l le prennent vivant d’une façon étrange. Dix ou douze chasseurs cernent le gite de la terrible bête. Dès qu’elle apparait l'un d'eux lui saute sur le dos et lui saisit fortement les oreilles. Un autre lui lance un lasso et lui serre violemment le col. Puis elle est muselée, enchainée, conduite solennellement au village et enfermée entre de solides barreaux pour divertir, dans son emprisonnement, ceux qu'elle a longtemps effrayes dans sa liberté. Enfin on l'égorge et l’on mange sa chair avec la conviction qu'elle donne aux chasseurs plus de force et d'adresse. Sa tête, proprement découpée, est suspendue à un arbre pour écarter les méchants esprits.
Curieuse est la fauve de cette région où l'on trouve
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à la fois les animaux qui terrilient le pauvre sibérien et les animaux dont la soyeuse fourrure est pour lui un don providentiel, la panthère et la martre, l'ours et l'écureuil, le tigre et le renard bleu.
Curieuse aussi est son ornithologie. Très peu d’animaux des plus huppés et des mieux emplumés sont en élat de supporter l'hiver de Sibérie. À l'approche du peil, prudemment, ils émigrent. Mais à la fin de l'hiver, ce ne sont pas de petites volées des environs, ce sont des phalanges lointaines, des nations d'oiseaux qui se répandent sur les rives de l'Amour. Il en vient de la Chine et du Japon, de l'Afrique et de l'Australie, des tropiques et de l'équateur, tous si beaux et si mélodieux ! N'est-ce pas la divine bonté qui les envoie sur cette terre ensevelic depuis si longtemps dans son froid linceuil pour célébrer son renouveau, pour enchanter pendant plusieurs mois ses habitants, et leur laisser, en s’en allant, un doux souvenir avec un doux espoir ?
Les hommes expérimentés qui ont parcouru le bassin de l'Amour, mesuré l’étendue de ses pèturages, de ses terres labourables et de ses forêts, ont signalé encore dans celte immense contrée d'autres richesses, des sources d'eaux minérales, des houillères excellentes, des lits d'onyx, d’agathe, de cornalines, des mines d’or et d'argent.
A l'exploitation de ces métaux, les ouvriers ne manquent pas. Mais ce qui vaut mieux encore c’est le travail agricole et dans certains districts, surtout dans celui d’Aigun, il a pris une très grande extension.
«Là, dit M. Ravenstein, nous voyons de vastes champs ensemencés d'orge, d'avoine, de plantes légumineuses. Dans les prairies paissent de nombreux troupeaux. Près de chaque maison est un jardin où l’on cultive du
158 NOUVEAUX RÉCITS DE VOYAGE tabac, du maïs, des choux, des jaitues et plusieurs autres sortes de légumes *.
Chaque année les habitants de cette province peuvent vendre une partie de leurs denrées. Leur tabac est très estimé, Is lemportent jusque dans le district de Transbaïkal, ou l’échangent dans leurs villages contre des fourrures.
Si peu habitée que soit encore celte nouvelle conquête des russes, telle est pour eux son importance, qu'ils l’ont divisée en deux provinces : province de l'Amour et province de la Sibérie orientale. Dans lune et dans l’autre, sans cesse on constate de nouveaux progrès de défrichement et de culture par les Cosaques, par les émigrants allemands et surtout par les menouiles, ces excellents agronomes dont M. Wallace à si bien loué les labeurs et les vertus ?, progrès commercial par l’action de deux puissantes compagnies et de plusieurs riches maisons, par des constructions de bateaux à vapeur, de chemins de fer, de télégraphes, par de nouvelles entreprises industrielles, par une organisation militaire qui assure une efficace protection à ces parages.
«Des postes de Gosaques, dit M. Atkinson, ont cté placés sur différents points et les établissements aussi se sont faits sans opposition. Dans dix ans d'ici l'esprit de cette région sera bien changé. Des villes Horissantes s’elèveront sur les rives de l'Amour. Par ses navires on verra l’activité de la population; par ses églises l'empire de la religion et de la civilisation à la place de l'idolätrie et de la superstition. Une région comme celle-ci qui peut aisément produire toutes les choses nécessaires
1 Thè Russiaus on the Amoor, p. 295.
? Russie, t. p.101.
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à la vie, et accroitre ses produits agricoles dans des proportions infinies, une telle région si elle a le benheur de conserver une juste et sage administration est appelée à un grand aventr ! »
Telle est la pensée d’un très sagace et très conscien- Cleux voyageur.
Bien plus exaltée est celle de M. Collins qui à peu près à la même époque que M, Atkinson, parcourait les bords de l'Amour.
«Un jour, dit:l, sur ce fleuve superbe flotteront des navires plus riches et plus puissants que ceux de Tarsis : sur ces rives on trouvera des mines plus précieuses que celles d’Ophir, et dans ses forêts des bois plus beaux que l'Almug de FÉcriture sainte. Ses plages, ses vallées seront occupées par une puissante nation, À son embouchure s’élèvera une vaste cité ou se réuniront les princes inarchands de la terre traliquant avec des nulliers de sens ?,
Les Russes ne parlent point de leur conquête de l'Amour en termes si pompeux. Mais sur ce sol qui enfanta la puissance de Gengiskan, la terreur de leurs aïeux, ils plantent fièrement leur drapeau. À Pune des rades de la côte de Mandchourie, ils donnent le nom de Pierre-le-Grand, à un autre celui de Fladivostock. Domination de l'Orient.
! Travels in the regions et upprer and lower Amour, p. 455. * Voyage down the Amour, p. 65.
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L'antiquité n’a point pénétré dans les profondeurs de l’Asie centrale. Le moyen âge à été épouvanté par celte patrie des Gengiskan et des Timour. Au selziôme et au dix-septième siècle, même après les observations de plusieurs intelligents voyageurs : Jenkinson, Burrough, Oléarius, les géographes retraçaient encore les bords de la mer Caspienne selon la carte de Ptolomée.
Maintenant ces anciennes erreurs géographiques ont cté corrigées, les points obscurs éclaircis, les {erra in-
! Une visite à Khiva, par M, Burnaby, (1 vol, in-18. Librairie E. Plon. Paris, 1877.) — Les Russes dans l'Asie centrale, par M, P. Du Quesnoy, Correspondant, janvier 1877. — Russia’s advance eastward, par M. Hugo Stumm. Londres, 1874, —… L'expédition de Khiva, par M. Weil. Paris, 1874, — J. Abott. À narrative ot à Journey from Herat to Khiva. 9 vol., Londres, 1843. — I, Rawlinson. England and Russia in the east, 1875, Vambéry, — Voyages d'un faux derviche, Paris, Hachette, 1865. — Mouravief, Voyage en Turcomanie et
à Khiva, 1823. — The Russians in central Asia by, F, van Hallwald. " À vol., 1875.
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cognila découvertes, les principales questions d’ethnographie, de physique et de philologie, sinon complètement résolues, au moins fort élucidées.
C'est là réellement le progrès, non point le mensonger et fatal progrès des utopies révolutionnaires, mais l’incontestable, le pacifique, le salutaire progrès des lettres et des sciences.
Au sein des vastes régions de l'Asie centrale, savamment étudiées par les orientalistes de diverses écoles, patiemment explorées par de sagaces et courageux voyageurs, surtout par les Anglais et les Russes, il est une ville étrange que les Européens désiraient connaître, et dont nul d’entre eux, pendant de longues années, n’a pu franchir les murs.
C'est Khiva, la capitale de l'antique Chorasmia, qu'on appelle aujourd’hui le Khanat de Khivie.
Cette petite principauté solitaire a du nord au sud, soixante-dix lieues d’étendue, et quarante de l’est à l'ouest.
L’Amou-Daria lui donne la vie, comme le Nil à l'Égypte. Il descend de la chaine du Belour-Tagh, d’une de ces montagnes sur lesquelles pèsent, dit Klaproth, des couches de glaces de cinq cents pieds de profondeur. Il parcourt, en s’élargissant peu à peu, un espace de quatre cent cinquante lieues, et va se jeter dans la mer d’Aral, avec le Sir-Daria, l’ancien Jaxarte franchi par Alexandre.
L'eau de L’Amou-Daria se répand par une multitude de canaux à travers la Khivie, et fertilise tout le sol qu'elle arrose. De là, le phénomène qui surprend et charme les regards du voyageur, les jardins fleuris, les champs dorés ou verdoyants, au sein d’une zone aride, l’oasis dans le desert, l’île féconde dans un océan de sable. j
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Grâces à ces ingénieux travaux d'irrigation, et à son soleil d'Orient, la Khivie fait de bonnes récoltes de froment, d'orge, de riz, de dioghan, une espèce de sorgho qui sert à la nourriture des chevaux. Elle récolte aussi des plantes textiles et des plantes oléagincuses, des raisins excellents, des melons d’une grosseur et d’une saveur sans pareille.
Les pâturages de la Khivie sont peu étendus et peu nutritifs. Les belles vaches de Franche-Comté, qui font si joyeusement résonner le carillon de leurs cloches, dans les prés-bois, dans les hautes herbes des collines et des montagnes, seraient bien douloureusement surprises si elles étaient transportées dans ces régions d'Asie, où elles ne trouveraient à grapiller que des touffes de gazon et des feuilles d’'arbustes. Mais les animaux ont leur destinée. Ceux de l’oasis orientale doivent s’habituer à un rude régime, et maluré l’exiguité des herbages, 1l y a là des troupeaux de bœufs et de mou tons, des chevaux d’une étonnante agilité, des chameaux, des ânes sauvages, et une espèce d’antilope, vive et gracieuse, qu'on appelle la daïga.
Sur ce sol sablonneux, fécondé par les eaux de l’Amou-Daria, la pierre à bâtir est rare, et rare aussi le bois de charpente. De à, des constructions d’une
nature toute primitive, des maisons en terre glaise sans vitres et sans cheminée comme les cabanes des fellahs de l'Égypte. Nulle fabrication d’adobes, comme dans l'Amérique du sud, ou de briques comme dans les plaines humides de la Holl:ade, pour élever de plus solides habitations, nulle industrie pour les embellir ; nulle œuvre de luxe indigène comme on en voit dans la froide et aride Islande, nulle autre fabrication que celle de quelques tissus grossiers, principalement de feutre, qui sert à recouvrir le treillage de la Kibitka.
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Tel est l'état matériel du Khanat de Khivie. On y compte environ quatre cent mille habitants divisés en quatre peuplades de race différente : les Sartis, les Kara- Kalpacks, les Usbacks, les Turcomans. Toutes quatre mahométänes et représentant, comme les castes de l'Inde, quatre professions différentes : le commerce par les Sartis, l’agriculture par les Kara, l'administration par les Usbacks, Ja guerre par les; Turcomans. Le tout est gouverné par un absolu despote, portant ainsi que le terrible Gengis, le titre de khan.
Comment donc cette petite principauté est-elle deve. nue assez importante pour occuper sérieusement plusieurs fois la diplomatie anglaise, assez audacieuse pour exciter et braver les colères’de la Russie ?
C'est sa position géographique qui fait désirer son alliance; c’est sa zone de sable qui lui donne sa témérité.
Au milieu des steppes, au nord de la mer Caspienne, c’est La seule terre qui, dans un immense”espace, offre un point de relâche et de ravitaillement'aux voyageurs. Là se rejoignent les routes commerciales de la Tartarie ; là passent les caravanes: d’Astrakan, d’Orenbourg, de Bokhara. Un grand nombre de Sartis prennent part à ces expéditions; la ville d'Ourguenje est un entrepôt considérable de marchandises, et tout le Khanat gagne beaucoup d'argent à ce commerce de transit. Il en aurait gagné bien davantage s’il avait été mieux gouverné, s’il avait aidé au développement de ces relations mercantiles entre l'Occident et l'Orient, entre la Russie et la Perse et les régions de l'Inde, s’il avait protégé les caravanes au lieu de les épouvanter par ses exactions et ses eruautés, comme il l’a fait jusqu’au jour où le tzar a étendu sa griffe de lion sur ce repaire de chakals.
Dans le long conflit de l'empire moscovite avec le
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" hi Khanat de Khivie, les Cosaques ont été cependant, il faut ét le dire, les premiers aggresseurs.
Au commencement du dix-septième siècle, des cosa. atre I
ie a ques de l'Oural, qui vivaient surtout de pillage, ren- » par contrent dans une de leurs vagabondes eXCUrSIONS une on troupe de marchands khiviens et les dévalisent. Puis ils coût veulent voir le pays d’où provient ce butin inespéré. | Ils y arrivent en été, lorsque les troupes khiviennes,
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avides aussi de rapines étaient en campagne. Ils sacdie cagent Ourguenje, plusieurs autres villes, et ils s’en plu- retournaient gaillardement vers leur pays avec les denpour rées qu'ils avaient enlevées, et les femmes qu'ils emme- | naient captives, quand tout à coup ils sont rejoints par ao la cavalerie khivienne, qui les attaque avec fureur. La FA plupart d’entre cux furent tués sur le champ de bataille ;
d’autres, fuyant au hasard et ne pouvant regagner le tte: chemin des puits, périrent dans les tortures de la soif. , offre L'année suivante, des mêmes montagnes de l'Oural; sers. des cosaques descendent encore dans les plaines de nier Khiva, se livrent aux Joics du pillage de même que re, de leurs devanciers, puis sont de même arrêtés, égorgés
ou enchaînés.
Plus malheureuse encore fut la fin d'une autre ten-
tàaces
consi- ere à bédills tative d’invasion. Cette fois les audacieux aventuriers, nt surpris par l'hiver, égarés dans les neiges, Sans vivres, nl sans abri, sans secours, moururent de froid et de faim. antiles Plusieurs en vinrent à dévorer les corps de leurs com- RS pagnons.
avanes Pierre le Grand avec sa merveilleuse compréhension, AY . N Uà LE .
autés voyait à travers le Turkestan et la Khivie la route qui
RU devait rejoindre la Russie à l'Inde. Pour frayer cette route, pour vaincre la résistance des peuplades sauvages, il organisa un corps de troupes qui, au moyen
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