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de la mer Caspienne, devait, rester en communication avec Astrakan. |
Au mois de juin 1717, le prince Bekevitch, commandant de l'expédition, s’avance vers Khiva avec trois mille cinq cents hommes, six canons, deux cents chameaux, trois cents chevaux. L'armée khivienne l’attendait à une trentaine de lieues de sa capitale. Le combat s'engage. Les Khiviens, après une vigoureuse résistance, sont mis en déroute.
Alors le maitre de la principauté, l’Inakh, comme on l’appelait en ce temps-là, s’humilie, s'incline, demande grâce selon la maxime proverbiale des Turcs : baise la main que tu ne peux couper. Par ses rusés émissaires, par ses belles promesses, 1l séduit, fascine, aveugle Bekevitch. D’abord il le décide à disséminer dans le pays ses soldats, afin qu'on puisse, disait-il, pourvoir plus aisément à leur entretien. Ensuite, il l’attire à Khiva. Bientôt les soldats dispersés de côté et d’autre sont massacrés, ou condamnés à l'esclavage et leur général qui se réjouissait d'accomplir sa mission en signant un noble traité de paix, fut livré aux plus affreux supplices, écorché tout vif et empaillé.
Cette horrible trahison, cette effroyable barbarie ne furent point châtiées.
De longues années s'écoulent pendant lesquelles la Russie semble avoir abandonné la lumineuseidée de son grand empereur.
Pendant ce temps, l’état de Khiva se fortifie par une révolution.
I était divisé entre plusieurs tribus qui se disputaient le privilège de ommer le régent du pays, l’Inakh, Affaiblies par leurs rivalités, par leurs collisions souvent sanglantes, elles étaient soumises au souverain de la Boukharie, elles invoquaient parfois l'appui de leurs
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voisins les Turcomans, et de leurs autres voisins, les Kirghises.
Un homme vient qui tout à coup entreprend de fonder un autre gouvernement, un homme de la race tartare, audacieux, résolu et féroce, Mohammed Rahim de sanglante mémoire. Nulle considération humaine, nul lien de famille ou d'affection ne pouvaient l'arrêter dans l’ardeur de son ambition.
Généreux envers ses partisans, il était sans pitié pour quiconqueluiinspirait lemoindre sentiment de défiance. Il fit égorger ses frères et leurs femmes et leurs enfants. Il réussit enfin à maitriser son pays par la terreur. Il se proclama Khan de Khiva, souverain absolu.
Avec son pouvoir autocratique, il eut l'honneur, on doit le dire, d’affranchir les Khiviens de leur état de subordination envers la Bokharie, et de subjuguer plusieurs légions nomades des Kirghises et des Turcomans.
De son règne date la compression des désordes et des guerres intestines dans son oasis, mais de son règne aussi l'accroissement d’un régime de rapacités et de cruautés,
Aux impôts qu'il avait augmentés, et dont il gardait pour lui-même la plus grande part, Mohammed Rahim ajoutait le produit des confiscations arbitraires et les bénéfices du crime quotidien, qu’on appelait tranquillement le commerce des esclaves.
Les Schelcher et les Beccher-Stowe ne l’ont-ils pas connu, ou ne veulent-ils pas s’en occuper ? Ils ont si bien propagé le roman de l'Oncle Tom, ils ont versé tant de pieuses larmes sur le sort des nègres dans les colonies ; ils ont trouvé tant de philanthropiques raisons
pour abolir par tous les moyens possibles la traite des noirs! Leur fontaine de commisération est-elle
épuisée, et sont-ils insensibles à la traite des blancs, qui se fait non point à la dérobée, avec crainte, mais en pleine lumière, avec le concours de plusieurs populations, avec l'appui ostensible de leur souverain? Cet affreux trafic subsiste encore dans des contrées régies ou protégées par la pieuse Angleterre.
«Dans la Turcomanie, au sud de l’Oxus, entre la mer d'Aral, la mer Caspienne et les ruines de l’ancienne ville de Balkh, voici, disait naguère un écrivain sérieux, ce qui se passe journellement.
« Les Turcomans n’ont point, comme leurs frères les Turcs, conquis de beaux royaumes. Ils se consolent de leur pauvreté par leurs brigandages.
« Quand un Turcoman est fatigué de conduire ses troupeaux dans les steppes arides, il organise une chasse à l'homme, ct d’abord, il y prépare son cheval. Il l'habitue par une longue abstinence à supporter la faim et la soif, Il ne lui donne pour l’endureir que du fourrage see. Enfin, 11 le fait transpirer abondamment pour le faire maigrir. Quand il l’a ainsi façonné, 1f prend son vieux fusil à mèche, sa longue lance, et se met en route, non point pour tuer, mais pour capturer hommes, femmes et enfants, tout ce qu'il pourra. Rarement 1l s'en revient sans avoir rien pris. Parfois, avec quelques compagnons, ïl fait des razzias superbes. M. Burnes a vu arriver à Sharreck une troupe de Turcomans qui trainaient à leur suite cent quinze prisonniers !.
« Un autre jour, dit le même voyageur, nous rencontrâmes sept persans qui avaient été pris dans les champs où ils travaillaient, à quelque distance de leur village. Ils étaient enchaînés deux à deux et marchaïient péni-
1 Travels inlo Bokhara, t. TI, p. 57.
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blement, fatigués par la chaleur, torturés par la soif, ils tournaient vers nous des regards suppliants. Je m'arrêtai près d'eux et leur donnai tout ce que je pouvais leur donner, un melon. Ils le reçurent avec une vive gratitude !. »
Le cinquième des razzias appartient de droit au Khan, le reste est divisé entre ceux qui ont pris part à l'expédition. Les prisonniers sont mis en vente dans une grande salle, où chacun peut aller les voir, les palper et les interroger. Leur prix naturellement varie selon leur âge et leur force. Le Russe, jeune et vigoureux, vaut un millier de francs; le Persan beaucoup moins: le Kurde encore moins. Celui-là se vend cher qui a des parents riches, et l’on a pour lui des ménagements particuliers, car on espère en tirer une forte rançon ?.
Les autres, les ilotes que personne ne réclame, sont réduits au plus complet esclavage, assujettis aux plus rudes travaux, traités constamment comme des bêtes de somme. Leur maître a sur eux droit de vie et de mort. 11 ne les tuera point, ce meurtre lui enlèverait un capital, mais il les fustigera furieusement et parfois les mutilera.
Si l’un d’eux fait mine de vouloir s’évader, on le cloue à une potence par une oreille, et on le laisse là trois Jours sans la moindre nourriture. S'il manifeste encore quelque fàcheuse disposition, son maitre lui coupe le nez ou lui déchire les joues.
Les esclaves persans sont les plus malheureux, ils appartiennent à la secte des Schites. Le turcoman qui est Sunnite® se fait un religieux devoir de torturer ces
1 Travels inte Bokhara, t. 1, p. 10.
? Mouravief. Voyage en Turcomanie el à Khiva, p. 342. 3 La différence entre les deux sectes, c'est que les Sunnites recon-
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chiens d’hérétiques, plus méprisables à ses yeux que les chiens de chrétiens.
Le Khan donne lui-même l'exemple de ces eruautés. De plus, comme il est riche, 1l ne se borne pas à prescrire la bastonnade ou les mutilations, 11 prononce aisément contre les capüifs qui lui déplaisent une sentence mortelle, Un mot, un signe lui suffit pour ordonner le supplice du pal où de la pendaison par les pieds, et ses gentils enfants, ses futurs héritiers se récréent, dès leur bas âge, à voir Pagonie des condamnés.
« Quelque temps après mon arrivée à Khiva, dit M. Mouravief, le Khan faisait pendre aimst quatre esclaves russes, accusés d’avoir laissé échapper un mouton qui leur était confié. »
M. Vambéry raconte dans son curieux livre une autre scène dont 1l fut t:moin.
« Dans la dernière cour du palais du Khan, je vis, dit:1l, trois cents prisonniers de guerre absolument déguenillés. Ces malheureux, dominés par la crainte de leur supplice, et livrés de plus à toutes les angoisses de ia faim, semblaient littéralement sortir du tombeau. On en avait formé deux sections. Dans la première étaient ceux qui, n'ayant pas atteint leur quarantième année, devaient être vendus comme esclaves, ou gratuitement distribués par le Khan à ses créatures. La seconde comprenait ceux qui, en raison de leur rang ou de leur âge, étaient soumis au châtiment infligé par le prince.
naissaient pour légitimes sueresseurs de Mahomet es trois premners califes Aboubekr, Omar et Osman, tandis que les Schiites regardent ces califes comme des usurpateurs, #t maintiennent qu'Ali, gendre de Mahomet, devait hériter de la puissance temporelle et srirituelle de son beaupère.
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