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retrouve de toutes parts dans l'Asie-Mineure sur les frontières de la Perse et de la Turquie, errant d'un lieu à l’autre avec leurs troupeaux et se livrant en toute occasion à toutes sortes de brigandages. D'un côté, ils se disent les sujets du sultan; de l'autre, ceux du shah. Mais, en réalité, ils ne payent aucun impôt et n'obéissent qu'à leurs propres chefs. On en compte environ 10 000 en Russie. Ceux-là sont plus paisibles. Il en est qui se civilisent. Il en est qui étudient et deviennent fonctionnaires du gouvernement.
Au pied de lPArarat, M. Bryce en a rencontré un qui avait un grade dans la compagnie des Cosaques et faiseit très bien son service.
De la vallée de l’Araxe, terme de son voyage, M. Bryce retourne vers l’Europe par le chemin de fer qui rejoint Tiflis à la mer Noire, à Poti, une très mauvaise rade. La Russie devait en avoir une meilleure; elle l'aurait depuis près d’un demi-siècle, sans un fatal malentendu. À quoi liennent les choses de ce monde! Une faute de copiste suffit pour changer la destinée d'une ville, d'un pays.
En 1829, dans les conférences qui préparaient le traité d'Andrinople, il fut convenu que le terrain cédé par la Turquie et la Russie du côté de la mer Noire s’étendrait jusqu’à Tchorok. Mais quand les actes diplomatiques furent signés et toutes les ratifications dûment échangées, on s’aperçut qu'au lieu de la Tchorok les scribes avaient inscrit dans le traité le nom d’une autre rivière : la Tcholok. Par la première délimi-
| tation, les Russes prenaient possession de Batoum. Par
la seconde, cette ville restait enclavée dans le territoire
- Lurc.
Si une crreur de cette nature se produisait dans un contrat entre deux particuliers, elle serait réparée par
254 NOUVEAUX RÉCITS DE VOYAGE l'un et par l’autre, à l'amiable, ou corrigée par les tribunaux.
L'erreur du traité d'Andrinople n’a point été rectifiée, et l'on sait avec quelle ardeur dernièrement, au Congrès de Berlin, les Tures ont demandé à conserver cette station maritime qu'ils abandonnaient il cinquante ans.
Par bonheur, elle leur a été enlevée, Là est l'un des meilleures ports du Pont-Euxin, le port profond des anciens Grecs, très fréquenté au temps des Gênois, dégradé et stérilisé par les musulmans.
Combien de cités, combien de provinces s’appauvrissent ainsi et gémissent sous la domination de cette race barbare et décrépite qui, en ses jours de vigueur, ne s'est agrandie que par le feu et le fer, le massacre et le pillage, qui n'a jamais pu humainement : ‘air les populations qu'elle avait violemment subju ?s, et n'a cessé de décroitre depuis qu'elle a cessé ue conquérir |
« La terre même, a dit le Père Lacordaire, n’a pu vivre sous l’adiministration de la race musulmane qui n'a pas appris de ses douze cents ans de vie à protéger un épi de blé, »
Aux observations faites en diverses parties de l’empire ottoman par divers écrivains, il faut joindre cette page toute récente de M. Bryce :
« Comment exprimer, dit-il, le sentiment de mélancolie qui, sur cette côte de l'Asie, saisit le voyageur, quelles que soient ses prédispositions politiques et religieuses ? Voici une contrée que la nature a comblé de | ses dons : le sol fertile, l'excellente exposition, un doux ! et régulier climat, des mines de fer, de cuivre, d'argent et de charbon dans les montagnes, une belle terre jadis occupée par une population imdustrieuse et par- |
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semée de villes florissantes. Et maintenant, de l'Euphrate au Bosphore, il n’y a plus que le silence la au vreté, le désespoir. À peine une voile sur la mer, à due un et la plage, à peine une route un peu plus loin. Vous demandez la cause d’un tel alfassement, et la réponse est toujours la même : marais gouvernement où pour mieux dire, pas de gouvernement, un pouvoir qui ne fait rien pour ses sujets el s’ oppose à ce qui peut être fait pour eux. Il n'est pas permis, par exemple, d'exploiter une mine sans en avoir reçu de Constantinople la concession. Pour obtenir cette concession, il laut passer des mois entiers à solliciter et à corrompre. Lorsqu'on pense que tout # ini, arrive dans la province un nouveau fonetionnaire qu'il faut aussi corrompre, et tout est à recommencer Mrs : mes amis, un ingénieur hongrois, qui avait plus de sympathi ‘les Turcs Ne nous de nd je A ù montagnes de la nanie, il y avait des mines déja connues des
4 nie et qu'on ne pouvait parvenir à exploiter. Ce 4" qu'il m'a raconté de la conditi ep Au n'a raconté de la condition du peuple dans ce
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| Nu est affreux. Les paysans, pressurés et pillés he L U , La] a r : r F4 :
par les fermiers du fise qui vont de maison en maison
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La quelques améliorations agricoles et s'en tiennent
EL travail strictement nécessaire. De vastes champs ‘restent incultes »s villages 1é L dé fast et des villages entièrement déserts.
e manufactures, si ce n'est de quelque gros- 4 s x 5 , np ï D
« sicre poterie et de quelques étoffes de laine; point de
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un peu de froment.
@ On n’a là nullement envie d'amasser une fortune, sachant qu’elle serait enlevée dès qu’elle serait connue. Celui qui a quelque argent doit, pour sa sécurité, se montrer en haillons. La propriété et la vie sont si peu protégées qu'on s'étonne qu'il n'y ait pas plus de vols et de massacres. Les Kourdes s’en vont jusqu’à Siva pillant et tuant selon leur Fon plaisir.
« La population musulmane est tout aussi opprimée et appauvrie que la population chrétienne. Le long de la côte, les chrétiens sont dans une meilleure situation, grâce aux consuls dont ils peuvent réclamer l'appui. Mais à l’intérieur, personne ne les défend. Ils n’ont point d’armes pour se défendre eux-mêmes, et ils sont à la merci du voisin qui convoite leur vigne, ou du fonctionnaire qui veut enlever leur fille. On ne sait pas tous les actes de tyrannie et de cruauté que | subissent sans cesse ces provinces inexplorées. Les | consuls eux-mêmes n’en ont qu’une notion incomplète. |
« Quant au massacre des chrétiens par les maho- | métans, c'est une question sur laquelle les opinions | varient. Le gouvernement n'aurait assurément pas une force suffisante pour l'empêcher, et les chrétiens, timides et sans armes, ne pourraient y résister. Mais les Turcs ayant quelque bien essayeraient de s’y opposer, sachant que de ce massacre résulteraient une confusion et un désordre dont eux-mêmes souffriraicnt. Nul doutc, pourtant, que la haine des mahométans contre les chrétiens ne soit plus violente qu'à l'époque de la guerre de Crimée. »
Ainsi dit le voyageur anglais, et l’on sait que les Anglais ont en général un très bon vouloir pour là Turquie. A la fin de la dernière guerre, le sultan, reconnaissant, n’a pu moins faire que de leur abandon-
é L'ARARAT 7 à . 257 ner l'ile de Lusignan, l'ile de Chypre. Il aurait pu
A is encore l’île de Rhodes où sont gravés tant cs ui et tant de noms des plus nobles familles de
Ce sera le solde d’un autre précieux contrat
Le récit de M. Bryce me rappelle ce que j'ai vu moimême en quelques principautés turques, sur les pentes du Liban, sur les rives du Jourdain. cs
Quelle oppression et quelle misère !
Autrefois les opprimés de ces régions musulmanes avaient un espoir et une consolation. Ils parlaient des rois de France, protecteurs des chrétiens d'Orient
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Un jour enfin on l’accomplira cette œuvre si difficile et si périlleuse; un jour on la verra telle qu’elle est, cette contrée si longtemps enveloppée d’un voile impénétrable, comme l'antique statue de Saïs ; un jour on la traversera dans toute son étendue, cette Afrique qui a défié tant de nobles ambitions et produit tant de deuls.
En 1826, M. Jomerd écrivait : « On ne connait
4 encore qu'une cinquième partie du continent africain, « une étendue de 28 000 lieues carrées sur 1 400 000. »
Depuis 1826, le cercle des investigations s’est prodi-
1 gieusement agrandi, Au nord, au sud, à l’est, à l’ouest, de tout côté, des trouées ont été faites dans les régions À d'Afrique, comme les fiords de Norvége par lesquels { la mer pénètre au loin dans l’intérieur des terres. Des
‘ Gabonais, Pahouins, Gallois, Okandas, par M. le marquis de + Compiègne. 2 vol. in-12, E. Plon.
problèmes vainement étudiés depuis des milliers d’an- | nées ont été résolus ; des fleuves, dont on ne connaissait | que l’embouchure, ont été explorés dans leurs diverses ! ramifications jusqu’à leurs sources. Baker, Speke, Burton, Duchaillu, Schweinfurth et Livingstone, l’immortel Livingstone, ont signalé des phénomènes, et décrit des peuplades dont nous n’avions pas la moindre notion. Une douane française et des maisons de commerce sont maintenant établies sur Les rives du Fernand Vaz, où, avant M. Duchaillu, nul blanc n'avait encore posé le pied. Un bateau à vapeur flotte sur le Niger, où périt Oudeney et, peu de temps après, son vaillant compagnon Clapperton.
Encore un Livingstone au milieu de l'Afrique, aux deux eôtés de la ligne équinoxiale, encore un effort, une heureuse campagne, et tous les doutes seront éclaireis, toutes les jonctions des lacs et des fleuves reconnues, toutes les routes sinon pleinement ouvertes, au moins indiquées. La victoire enfin couronnera les labeurs de la croisade scientifique si active depuis un demi-siècle.
A cette croisade, comme à toute œuvre hardie et généreuse, la France a pris une grande part. Au nord de cette immense contrée, trois fois plus vaste que l'Europe, la France a rendu de grands services à la science par l'expédition d'Égypte ‘, par la conquête et l'exploration de l'Algérie.