‹ Nouveaux récits de voyage [microforme]Chapitre 7 sur 57 · RAGE · texte numérisé non relu

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A diverses reprises, les Espagnols armèrent plusieurs navires pour retrouver à travers les brumes de l'Océan la plage miraculeuse.

Les Portugais avaient la même foi et la même ambi-

A la fin, l'imagination du peuple s'empara de l’idée de saint Brandan pour y mettre un personnage légendaire. Les Espagnols en firent le refuge de leur malheureux roi Rodrigue. Les Portugais se réjouirent de songer que là vivait leur glorieux Sébastien.

Cependant, selon les Ecritures saintes, le Paradis terrestre devait être à l’Orient. Selon les théologiens les plus célèbres, il fallait le chercher en Orient.

Mais sur quelle rive? Autre question. Les uns disent : dars l’Inde, sur les bords du Gange ; d’autres à Ceylan, 0 nvoitencore l'empreinte du pied d'Adam; d’autres encuie, dans l'empire du prêtre Jean, où coule un des fleuves du céleste jardin.

Des cartes du neuvième siècle placent le Paradis terrestre dans l’Inde orientale. C’est la situation admise par saint Isidore de Séville, saint Basile, saint Ambroise, par Gauthier de Metz, qui, au treizième siècle, composait son Image du monde, par Meffreth, un des hardis prédicateurs du moyen âge ?. Dès le troisième siècle, un géographe qui prend le titre de Philosophus

junior, faisait de l’Asie tout un Eden.

« Les habitants de cette contrée sont, dit-il, tous bons, pieux et heureux. Le pain qui les alimente leur vient chaque jour du ciel, et ils se désaltèrent avec du

1 Iles d'Afrique, par M. d'Avezac, * Baring Gould, Curious myths, p. 232.

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48 NOUVEAUX RÉCITS DE VOYAGE miel et des parfums. Autour d'eux nulle créature malfaisante ; leurs montagnes, leurs rivières sont remplies d’émeraudes, d’escarboucles, de perles et de rubis. Sans soucis et sans infirmités, ils vivent jusqu'à cent ans. Quant vient leur dernière heure, ils se font des sarcophages aromatiques, puis disent adieu à ceux qu’ils aiment et tranquillement s’endorment. »

La demeure que Dieu avait donnée aux premicrs hommes dans cette région idéale ne devait-elle pas être plus idéale encore? Les religieux poètes du moyen âge ont à qui mieux mieux essayé d'en faire la plus belle image. Tantôt le Paradis terrestre est représenté comme une montagne si haute que les eaux du déluge en baignaient seulement la base ; tantôt comme une ile rayonnante au milieu d’un immense océan; tantôt comme une douce colline où sans cesse éclosent les fleurs les plus pures, où sans cesse mürissent les fruits les plus savoureux; tantôt, enfin, comme un palais d'or et de rubis qui, semble selon lexpression de l'Arioste, embrasé d’une flamme éternelle, tant ses murs sont resplendissants !

Ile ou montagne, palais ou colline, tout est également inaccessible : « Un immense chaos, dit Jacques de Vitry, sépare maintenant notre terre de ce lieu de délices. D'innombrables serpents l'entourent. On dit de plus qu'il est fermé jusqu'à la voûte du ciel par une muraille de feu *. »

Maundeville, dont rien ne trouble l'assurance, dit à la fin de son récit de voyage : « Je ue puis parler du Paradis terrestre comme Je le voudrais, car Je n'y ai pas été. Il est très loin, et je n'étais pas digre de le voir.

1Orlando furioso. Sant. XXIV, * Alfred Maury. Essai sur les légendes pieuses du moyen âge, p. 86.

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