LA VICTOIRE IMPROVISÉE
Quand on a plaidé de mauvaises causes, Quand on a, vingt ans, appris les secrets De la politique en des cabarets Dont on tient parfois les deux portes closes ;
Quand on a noyé les soucis moroses Dans les flots mousseux du Champagne frais ; Quand on sait parler en prenant des poses Avant le repas, et surtout après ;
En sortant un jour d'une obscure salle Où Ton a joué sur un marbre sale, On croit posséder le don des Carnots ;
Et Ton ose alors, pour sa renommée.
Expérimenter sur un corps d'armée Le talent qu'on a sur les dominos !
Nos pressentiments ne sauraient nous tromper; les sympathies les plus profondes et les plus durables s'attacheront désormais à la mémoire du poète, à l'ensemble de son œuvre. Mais, on le comprend, la curiosité va se tourner de préférence vers les poésies inconnues que
Joseph Autran a écrites pendant les deux derniers mois de sa vie; flenrs écloses aa seuil d'un tombeau, dont M. Daubian nous dit que tous les prodiges antérieurs àe verve, de facilité, d'abondance, d'improvisation rapide et pourtant correcte, ne sont rien en comparaison. Nous ignorons à quelle époque et dans quel format sera publié ce volume supplémentaire. Sans l'avoir lu, nous sappoions que deux noies dominantes s'y croisent et s'y entremêlent ; que, si l'auteur, abusé comme tous lessiens par ce retour de santé, de quiétude, de bien-être intellectuel et physique, a plus que jamais afllrmé ses qualités de poêle comique, on reconnaîtra aujourd'hui, a travers ces joyeuses bouffées, je ne sais quels présages funèbres. Parfois, comme dans les Deux Archers de Viclor Hugo, on pourra se demander ce qu'il souffrait -pour rire ainsi.
Au surplus, grâce à une amicale confiance dont nous sommes bien fier, nous pouvons offrir ici à nos In:teurs la primeur de deux de ces pièces inédites. L'une est franchement spirituelle et sensée, et la verve satirique, rehaussée par un choix excellent de couleurs, n'y laisse pas de place à la mélancolie. Mais l'autre, [le Bleuel), trahit, sous des airs de badinage, cette pensée triste, profonde, quasi-prophétique, qu£ Chateaubriand a exprimée en ces termes: < Comment l'homme peut-il s'attacher à quelque chose ici-bas, lui qui doit mou rir? .
kg NOUVEiVUX SAMEDIS
Voici la première:
* BOILBAl)
mon yieux Nicolas! maître Ténérable !
Je Tiens faire à tes pieds nne amende bonoroble.
Dans nn jonr de dépit je t'aTais méconnu.
Le bon seiis de ton vera, toujoura froid, toujoura nn,
M'ennuyaità la Bn : — LaisBona là, me disais-je,
Ce limeur sarannè, ttiù pédant de collège,
Qui, d'un air doctoral et d'un accent hautain,
VBi toujours bougonnant, de Pradon k Cotin,
Et dont le vers, & qui l'école rend hommage,
Ne e'édaire jamais d'un rayon, d'une image ;
J'ai besoin de courir et de voir des conleurst —
Donc, je partis un soir, allant chercher ailleurs ;
Mail j'ai tu, depuis lors, dons mes courses errantes,
Un ai beau Hambolment de pages fulgurantes*
Tant de soleils couchants à voue crerer les ;em,
Tant de ville* d'Asie étalant sooa les cieui
Leurs amoncellements de 'tours et de pagodes.
Tant de coupoles d'or ans reflets incommodes,
Tant de femmes sortant du bain, sons les palmiers,
Et faisant à loisir, devant les costumiers.
Tout un choii de velours, de brocarts et de moires ;
J'ai vu, dis-je, aux manteaux des blondes ou des noires,
Tant d'ocre et de carmin, taut de vif indigo
Broyé par des rapine sûsis da vartigo,
Que je reviens & toi, l'Ame à jamais éprise
Do la ligne correcte et de la teinte grise.
Et que je suis semblable; 6 vénéré Boileaa,
A l'ivrogne guéri qi
Voici la seconde :