Par M. Tabbé P. Féret, aumônier du lycée Henri IV
li!iir influence, et les rangent d'emblée dans ce que l'on pourrait appeler la galerie du Luxembourg des célébrités provisoires. Mais il se trouve que l'époque où ils ont marqué leur place n'était qu'une phase de transition ; li.'ur soleil n'a été qu'une aurore, leur chapitre n'a été iju'iin prologue. A peine avaient-ils disparu, que l'on a vu iurgtr, dans tous les genres où ils se sont essayés, des supériorités si éblouissantes qu'elles ont absorbé tous les regards. La poésie crée des che&d'œuvre, la chaire r.iit des miracles, l'éloquence c^se de bégayer pour parler la langue immortelle ; le théâtre multiplie ses merveilles; la philosophie et la morale se débarrassent de leurs alliages ; le sentiment de la perfection se révèle dans les arts et dans les lettres, dans les imaginations et dans les âmes. Commenl garderait-on un souvenir bien iliïlinct pour les préfaces,quand ou a les livres? Pour les grains de blé, quand on a la moisson ?
Pour bon nombre de lecteurs modernes, le cardinal du Perron est un de ces disgraciés ou de ces déshérités de l'histoire. Les moins oublieux conservent, dans un petit coin de leur mémoire, le nom du diplomate, du négociateur dont les talents, l'autorité, l'habileté, la science Ihéologique concoururent si puissamment à réconcilier Henri IV avec la cour de Rome, et rendireut un immense service à la France en donnant pour patronnes il h légitimité royale, à la renaissance moaarchique, l'orthodoxie catholique et la liberté de conscience. Dans
ce cadre, la figure du cardinal du Perron n'était pas encore effacée, et M. l'abbé Féret lui-môme lui avait fait une large part dans son livre intitulé : Henri IV et VÉglise. Du Perron semblait prédestiné à cette mission bienfaisante. Tour à tour enfant prodige^ protestant, puis converti au catholicisme, la précocité de son savoir et de son génie avait fixé sur lui l'attention publique à un âge où le plus grand honneur de l'adolescent est de donner des espérances. Son tribut de jeunesse payé à ses origines huguenotes lui avait permis de comparer les deux religions, de peser le pour et le contre, de surprendre le défaut de la cuirasse chez des ministres qui se croyaient théologiens quand ils n'étaient que factieux. Il en avait gardé cet esprit de tolérance qui préfère la persuasion à la force et qui croirait démériter de la vérité en faisant appuyer ses arguments par des arquebuses.
Du moment que l'effroyable attentat de la Saint-Barthélémy n'avait pas exaspéré pour toujours et ulcéré le jeune calviniste de seize ans, il devait le mûrir, l'éclairer et le renseigner. Il lui montrait tout ce que les haines politiques, les raisons d'État et les passions populaires pouvaient mêler de barbare et d'atroce aux dissidences religieuses, tant qu'on n'apportait pas un peu de lumière au milieu de ces obscurités, tant que la conscience se désintéressait dans ce. conflit de violences et de colères. Il lui prouvait aussi à quel point il était désirable
que ces deni éléments hostiles pussent un jour s'apaiser et se fondre dans ua gouvernement tempéré, uationil et français avant tout, qui aurait ses motifs pour rissorer la vérité sans persécuter l'erreur et remplacerait l'astuce et le fanatisme de provenance italienne par une politique au grand jour, toute de patriotisme, (le modération et de sagesse.
Il ma semble que je louerais tout d'un trait le cardinal du Perron, si heureusement remis en lumière par M. l'abbé Féret, euTappelant le Henri IV de l'épiscopat ; mais c9 ne serait pas exact. 11 y avait, chez le Béarnais, . un jet de bonne humeur gasconne et méridionale, une veine d'esprit naturel et de verve primesautière, peu compatible avec le râle d'un orateur quasj-offlciel, d'un controversiste forcé de tenir constamment en respect ses c-ontralicteurs, d'un poète, applaudi par ses contemporains, mais sans autre originalité qu'une sorte A'intérim entre le libre épanouissement de la Renaissance et la perfection du grand siècle. Au surplus, ce n'est pas celte fais le négociateur ou le politique que H. l'abbé Féret s'est proposé d'étndier dans son excellent ouvrage. Il a vouli nous restituer toute cette imposante figure, qui fut trop de son temps pour avoir beaucoup de prise sur le natre, mais qu'il est facile de rattacher aux plus hautes questions bistoriqucs et religieuses. Si je ne me trompe, cette belle étude est destinée, dans la pensée de l'auieLr, à remplir une lacune, à rectifier bien des idées
fausses touchant cette courte période qui affermit et fixa la vérité catholique en France et l'aida à triompher de U*ois espèces d'ennemis et de périls : les arguties protestantes, le fanatisme de la Ligue, et les influences étrangères.
Nous nous sommes trop habitués, dans notre légèreté mondaine, à considérer la conversion de Henri IV comme^ un fait d'intérêt public, comme la clause d'un traité, comme le prix d'une couronne, absolument indépendants de la conviction intime, des droits sacrés de la conscience et de l'âme. Il fallait en finir avec l'ère des guerres civiles, des massacres, des prédications à main armée, avec ce régime des Valois qui ne fut, à vrai dire,' qu'un long et orageux interrègne. La France monarchique voulait un roi ; la France de saint Louis ne pouvait pas accepter un roi protestant. C'était à prendre ou à laisser. Henri IV prit. Il changea de religion comme il aurait changé, après une bataille, de pourpoint ou d'armure. Il eut le père Cotton pour confesseur ; il dit jafni Cotton! au lieu de;arnt Bieul et le tour fut joué. Il est résulté de cette légende que Henri IV catholique a été tour à tour réclamé par les fils de Voltaire et vilipendé par les fils de la Ligue. Eh bien! lisez le livre de M. l'abbé Féret; vous pourrez recomposer en idée les gradations par lesquelles a dû passer le roi Henri pour arriver peu à peu d'un protestantisme batailleur à une religion accommodante, et d'une religion d'expédient à une foi sincère, ré-
2iV NOUVEAUX SAMEDIS
Jlécbie et riisonnée. Sa vie se divise en deux parties, et la seronde, malgré d'amoureuses faiblesses beaucoup trop persisianies, est la meilleure.
Certes, il ne fat jamais, il nepouTail être ni un grand docteur, ni un grand saint. Soyons justes, même pour l'erreur. Comment le catholicisme s'éiait-il d'abord révélé à ce sinfrulier catéchumène î Une torche dans une main, un poignard dans l'autre, la menace à la bouche, el lui criant sur nn autel de cadavres : • Ta conversion ou ta vie I » — Puis, sous les traits, fort gracieux d'ailleurs, de sa première femme, de cette Reine Hargol, probablement calomniée par le roman et le théâtre, mais peu faite pour donner une haute idée de l'austérité catholique et pour convertir le mari qu'elle trahissait! Que serait-ce si naus songions à l'efTet qu'avaient dû produire sur lui — sans compter leur redoutable mère — ses deux prédécesseurs immédiats, Charles IX et Henri III ; l'un, faux comme un jeton, cruel à froid, loup^^ervier aux allures de renard, élève ou plutôt écolier de Catherine, carhapt sous un masque français un visage florentin, cap.iblc d'étouffer son ennemi en l'embrassant, sour-. nois, mielleux, patelin, de race féline plus que royale, heureux de caresser aujourd'hui sa victime de demain, équivoque dans sa démarche comme dans l'expression 1 de ces gros yeux verts qui ne regardent jamais la personne avec laquelle il s'entretient, ■ Machiavel de pacotille, type dégénéré de ces princes italiens qu'on se re-
présente portant du poison dans leur drageoir et souriant à leur interlocuteur» avant de le livrer à leurs sbires ; l'autre, dont les mœurs équivoques se compliquaient de dévotions ridicules, s*amusant à faire de sa vie une indé> cente mascarade, déshonorant Tamitié, dénaturant Tamour, profanant les cérémonies de TÉglise, oubliant de lire l'Évangile pour remonter aux pages \e^ plus scabreuses de la Bible, discréditant dans sa personne et dans son entourage une religion que ses adversaires accusaient déjà d'être plus indulgente pour les désordres des sens que pour les libertés de l'esprit; tel enfin que nous ne pouvons en parler honnêtement qu'en empruntant à M. l'abbé Féret ces quelques lignes : c Henri III s'abandonnait déplus en plus à ses habitudes
> extravagantes et licencieuses. S'il espérait un apaisement
> pour sa conscience dans les actes de la dévotion la plus
> fantasque, sa vie, depuis longtemps, l'avait rendu mé-
> prisable et ses pratiques de piété ridicule... On l'appe-
> lait : Père conscrit des blancs-battus. Cette qualification
> indique que déjà Henri III était affilié à la confrérie
> des Pénitents Blancs. Du reste, nous lisons dans Moli- » nier qu'à son retour de Pologne il prit à Avignon, où » il passait, le sac du pénitent pour assister à la procès-
> sion avec les autres confréries. >
Vous comprenez, n'est-ce pas ? tout ce que le contact ou l'antagonisme de pareils personnages devait entretenir
de préventions et même d'antipathies contre leur reli-
gion chez ud prince dont il ne faudrait pas exagérer la franchise, mais qui eut du moins le mérite de n'aimer que les femmes, de haïr l'intolérance, le fanatisme, les cruautés inutiles, d'aller droit devant lui, de préférer lus batailles aux complots et d'être parfaitement français. On peut croire que, pendant ces années sanglantes et néfastes, il éprouva une impression analogue à celle que décrit un auteur contemporain pour expliquer le scepticisme d'un de ses héros : — i Proiestant, je ne croyais pas
> au priicha ; catholique, je ne crois pas à la messe. Eh t
> morbleu ! les atrocités de nos guerres civiles ne suCfl- » raient-ellES pas pour déraciner la foi la plus robuste ? •
Nous n'avons rien dissimulé ; la dissimulation, d'ailleurs, était inutile. Une fois sur le trône, Henri IV prit sa conversion beaucoup plus au sérieux qu'on ne le pense ; les puerres civiles étaient apaisées ; la Ligue, pareille à un chien de garde battu par son maître, se couchait en grommelant. Le silence des passions donnait la parole aux discussions pacifiques, et la vérité, remontée au ciel iiendant nos discordes, pouvait en redescendre sans traverser des nuages de sang et des zones de feu. Le roi do France était quitte envers ses coreligionnaires. Aussi s[>Lrituel que brave, il comprit que ce qui avait été une condition politique de son avènement devenait une condition religieuse de son règne ; qu'il allait faire souche de monarques catholiques, elque sa religion faisait désormais partie de ses prérogatives et de ses responsabi-
lités royales. C'est à ce moment que le rôle de du Perron grandit, que son savoir et son éloquence, s'associant aux efforts de Henri IV pour effacer les dissidences, se confondent avec l'ensemble des restaurations monarchiques. Rien de plus intéressant que les pages qui nous font assister aux grandes conférences où du Perron, appelant à son aide tout un arsenal de textes authentiques, discute, réplique, argumente, réfute, combat Thérésie, et finalement sort victorieux de la lutte sous les yeux du roi, des princes de TÉglise et des plus grands seigneurs de la cour. Dieu merci ! ce n'est plus une bataille, mais un tournoi, avec le Béarnais pour juge du camp : < A une heure après-midi, la salle du conseil affectée à la conférence se remplissait. Au centre, était une table de grandeur ordinaire et plus longue que large. Le roi prit place à l'un des bouts, ayant à sa droite l'évêque d'Évreux (du Perron), et à sa gauche du Plessis-Mornay (le Guizot de ce temps-là). Les deux champions se faisaient face. A l'autre bout, s'étaient installés les secrétaires de la conférence, nommés par le roi, Pasquier, Vassaut et des Bordes-Mercier. Au milieu, sur la droite du roi, siégeaient le chancelier et les commissaires. Derrière lui étaient rangés l'archevêque de Lyon, les évoques de Nevers, Beauvais et Castres; à sa gauche, au-dessous de du Plessis, les quatre secrétaires d'État ; de chaque côté de la table, le comte de Yaudémont, les ducs de Nemours, de Mercœur, de Mayenne, de Nevers,
d'Elbeiiret d'Aiguillon, le prince de Joioville, les offlciers de la couroQiiii, les conseillers d'État et autres seigneurs caltioliques et prolestants. Puis apparaissaient debout, autour âa h salle, 'environ deux cents spectateurs, parmi lesquels un grand nombre de la religion réformée et mÈme plusieurs ministres.
» Les volumes nécessaires, tant manuscrits qu'imprimés, étaient pliicés près de là, dans la ctiambre des étuves, d'oCi on les faisait apporter à mesure qu'on en avait besoin.... >
On le voit, la scène ne manquait ni de gravité, ni de grandeur, et ctnx qui s'obstineraient à n'y reconnaître qu'une gasL'onnade auraient à en rabattre. C'était la conscience publique, et, pour ainsi dire, l'âme de la France que ses plus illustres représentants appelaient à se prononcer et à clore cet immense débatoii, comme toujours, quand les passions humaines s'en mêlent, on finissait par où on aurait dû commencer. Vous voyez aussi que ces conférences ne ressemblaient pas à celles qui, de nos jours, ont ravivé l'éloquence chrétienne et amassé une foule attentive sous la cbaire de Notre-Dame. Le conférencier ne choisissait pas lui-même les objections qu'il était sûr de déiruire; il ne se constituait pas tour à tour avocat du diable et du bon Dieu, en ayant soin que le diable, qui est très-fin, ne plaidât pas trop bien sa cause. Non, il t'tait en présence d'un contradicteur en chair et en os, décidé à lui disputer le terrain pied à pied et à ne
pas lui laisser le moindre avantage ; et quel contradicteur ! du Plessis-Mornay, Tami des mauvais jours, que Henri IV n'aurait pu récuser sans ingratitude ; l'homme intègre de qui notre sainte duchesse d'Angoulême disait, deux cents ans après, à un de ses descendants revêtu du costume complet de son aïeul au fameux bal de la duchesse de Berry : « Monsieur, il ne suffît pas de porter son costume, il faut imiter ses vertus ! »
Du Perron surmonta tous ces obstacles, triompha de toutes ces épreuves, et, pour la première fois depuis Tapparition de Luther, la doctrine catholique fut proclamée et glorifiée en France avec toute la solennité désirable, dans les meilleures conditions pour se faire aimer, avec un roi et des évêques pour témoins, majestueusement appuyée sur les Livres saints et les Pères de TÉglise. C'est là un des plus solides titres de gloire du cardinal, et M. Tabbé Féret Ta mis en relief avec toute la lucidité d'un bon historien et toute la chaleur d'un bon prêtre. Me pardonnera-t-il, si j'avoue que du Perron, poëte et littérateur, me trouve plus récalcitrant ? La versifîcacation, même élégante et habile, n'est pas la poésie, alors surtout qu'il s'y mêle un semblant de convention et, pour ainsi dire, d'apparat. Il faut au vrai poëte d'autres qualités : l'inspiration personnelle, le sentiment intime, l'émotion sincère, l'originalité, le charme, le naturel, le souffle, ce je ne sais quoi qui oblige une génération tout entière à se reconnaître dans les accents d'un de ces pri-
vilégiés de la Muse. En lisaniles vers de du Perron et de ses émules, on se sent en plein dans l'anificiel, et parfois on se demande si, avant d^accorder leur lyre, ils n'ont pas hésité entre le vers français et le vers latin. De Ronsard à Corneille il y a eu décidément un vide. Malherbe InîrnSme ne me subjugue pas. Il doit plus à un hémistiche de Boileau qu'à ses propres ouvrages. Nous ne sommes plus au temps de nos belles folies et de nos ardeurs romantiques, où nous regrettions que Malherbe fût venu. Néanmoins, ce regret paradoxal avait un sons ; il signilialt que, dans ce retour à la poésie régulière et à la tra-' dition classique, le génie de la France avait perdu quelque chose di! sa saveur primitive et de son caractère national. SeiiU'iiiiml, Racine, Molière et La Fontaine, Bossuet, Fénelo;i it madame de Sévigné, s'étaient chargés du dédommagement et de la réplique.
Si l'on m'accorde que du Perron, avec des facultés éminentes, ne s'est pas toujours préservé de la rhétorique versifiée, écrite ou parlée, ce sera une transition tonte naturelle pour rappeler l'anecdote que M- l'abbé Féret n'a pas cru devoir passer sous silence, qui a traîné dans tous les anas. et qui* si on y attachait trop d'iOtportance, suflirail à invalider la sincérité de sa conversion et de sa foi.' Il s'agit de l'épisode du vendredi 35 novembre 1583, où du Perron, bien jeune encore, dînant à la table du roi, < prouva l'es i sien ce de Dieu par des raisons si claires, évidentes et à propos, qu'il semblait bien qu'il
n*y avait lieu aucun d'y contredire; à quoi le roi montra qu'il y avait pris plaisir et Tembrassa. Mais du Perron, s'oubliant, va dire au roi : « Sire, j'ai prouvé aujourd'hui, par des raisons très-bonnes et évidentes, qu'il y avait un Dieu ; demain, sire, s'il plaît à Votre Majesté me donner encore audience, je vous montrerai et vous prouverai, par raisons aussi bonnes et évidentes, qu'il n'y a point du tout de Dieu... « (Lestoile.)
M. l'abbé Féiét a bien raison ; ceci était une exubérance d'avocat, une fanfaronnade rhétoricienne, rien de plus. Par un sentiment d'amour-propre qu'excusaient sa jeunesse, le plaisir de dîner avec le roi, l'attrait d'une gageure et l'entraînement d'un succès, du Perron exagérait cette manie de plaider le pour et le contre qui s'était introduite, à cette époque, dans les habitudes des controversistes, des discoureurs et des lettrés . Bien des intelligences sont accessibles à ce genre de séduction, soit pour y satisfaire une passion d'analyse, soit pour y déployer toute la variété, toute la souplesse de leurs ressources oratoires. Nous avons connu un homme excellent, éloquent, avocat incomparable avant d'être, sous Louis-Philippe, président de la Chambre des députés, qui s'amusait quelquefois à désespérer ses clients en leur prouvant que leur procès était détestable, qu'ils en seraient pour leurs frais, et qu'ils n'avaient qu'à transiger avec la partie adverse. Puis, quand son auditeur tout penaud se préparait à suivre son conseil, il reprenait
lf
\aillamnieat la thèse contraire, et démontrait d'une façon SI pi'latanle la justice de sa cause, que le plaideur enibantL' répétait, en allant à l'audience, la fable de Pm relie et ie Pot au lait. Du Perron fut, cejour-là,le Sanzet de la néologie e de la scolastique. Il n'eut que le tort d'appliquer à un sujet sacré ses prodigieuses facultés d'argumentation à deux tranchants, et notre frivolité n'a pas manqué de l'en punir, eu se souvenant de cette anecdote encore mieux que de ses remarquables talents et de SOS inoubliables services.
En bomiae, M. l'abhé Féret a écrit un bon et beau livre, recommandé à notre attention, à noire tristesse, par le contraste des grandeurs qu'il retrace avec les misères et tes humiliations de notre époque. On est heureux de voir nos prêtres, les aumôniers de nos lycées, répondre par des œuvres sérieuses et excellemment françaises aux calomnies ou aux menaces de gens intéressés à nous persuader que rien n'a existé en France avant la prise do la Bastille. Pendant que j'écrivais cet article, je lisais sur li couverture du volume, à la suite du nom de M. l'abbé Féret : « Aumônier du lycée Henri IV, • et je me disais:' Il ya d'heureuses aftlnités entre ce beau nom et l'oinTags où nous retrouvons le plus populaire de nos rois. Les aiimdniers 4e nos lycées, en un temps comme te nôtre, ne sont pas précisément sur des roses; ils <mt à dissiper bien des préventions, à vaincre bien des méfiances, '.{ lutter contre des sentimenis hostiles que ne combat-
tE CARDINAL DU PE
tent pas toujours les [amitiés des élèves. Pourtant, ti j'en juge par mes vieux souvenirs universita le lent ne nous trouvait jamais insensibles. On lu pa d nait même de porter la soutane, quand il nous m n la religion associée aux gloires de la patrie, n 1 né le berceau de nos grands hommes, inspiran d h f d'œuvre ou fortifiant de ses leçons la politique na n Eh bien I l'historien du cardinal du Perron mé e q ces jeunes esprits acceptent ses enseignements et respectent son autorité bienfaisante. Son livre est digne â<' Henri IV ; Henri IV lui a porté bonheur, et, avant dr lui refuser leur entière confiance, leurs respectueuBR.-; sympathies, les élèves auraient à débaptiser ce noble collège, illustré par tant de succès.
14iBiiTierl8'77.
11 y a des noms magiqaes, et Venise est un de ces iiums . Il sufTil de le prononcer pour être assailli de visions terribles ou cbarmantes où s'entremêlent la poésie et l'art, la tantaisie et le drame, la légende et l'hisloire. Titien et Paul Vëronëse tendent la main à Sbakspeare. George Sand et Alfred de Musset cherchent sur le sable du Lido les traces de lord Byron. Le gondolier chante soas la fenêtre des Desdemona, et donne la réplique à la romaiict du Saule. Hoffmann se dérobe un moment aux fuinéos de sa taverne allemande pour aspirer la brise du grand canal et mettre un rayon de soleil sur le jeune front d'Annunziata. Le mystère ajoute son vague pres-