‹ Nouveaux samedis (volume 3)Chapitre 2 sur 22 · PROSPER MÉRIMÉE · texte numérisé non relu

PROSPER MÉRIMÉE

Dans un chapitre de sa charmante Chronique du règne de Charles IX, Mérimée parle • de la sensation d'un homme qui, après avoir bu d'excellent vin do Mal;iga, avale, par la dislraclion du domestique qui le sert, un verre d'une bouteille de sirop anti-scorbutique, oubliée depuis do longues années dans la cave. » — Assurément, il serait injuste d'appliquer ce souvenir aui Lettres dunu ttuire inconnue. Pourtant, remplacez l'amertume du sirop par la fadeur d'une tisane quelconque, vous rendrez assez exactement l'impression des lecieurs de Colomba, attristés par les visibles efforts de ce singulier secrétaire d'une Cour d'amour pour rester dans le ton de son rôle

1, lellrts à une autre ii

agréable regain. J'irai même plus loin. La position do Uérimée vis-à-viâ la seconde inconnue étant beaucoup plus Délie qu'avec la première, son amour-propre d'bomme d'esprit vieux et malade ne pouvant se méprendre sur la nuance des sentiments et la valeur des mots, tout se bornanl, entre sa belle présidenie et lut, a un éléganl badinage qui se prolonge peut-être un peu trop, mais qai ne saurait ni le troubler ni la compromettre, il . en résulte que, sans rien pcrdrede ses qualités piquantes, il s'y révèle, miHux que dans ses premières lelires, tout à lad gentleman et liomme de bonne compagnie. J'avai:i ou je croyais avoir de vives ruisons pour contester le mot de U. Cousin : • Suvez-voos la véritable supériorité de Mérimée sur Sainte-Beuve? Mérimée est gentilhomme, n Mais ici je me range à l'avis du pbilosopbe. Eu écrivant à sa présideile, le respectueux et malin secrétaire nous offre i^ et là le modèle de ce que peut risquer, sans être jamais de mauvais goùl, un homme du monde infiniment spirituel, sûr de son fait, silr de son style, sachant ce que parler veut dire, et proQlunl de toutes les souplesses, de toutes les élasticités de la langue frani^aise en matière de galanterie.

Ci Ions quelques-uns de ces traits heureux: < J'ai vu madame votre sœur; nous avons causé, de mille sujets, mais pas de vous , Pourquoi ? Mot, je ne parle jamais de vous ; mais j'y pense beaucoup. Je n'en parle pas, parce

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— < Les jambes de madeoioiselle Schneider paraissenl avoir produit beaucoup d'elTel sar le princo Vladimir. Son auguste père, après la visite aux Variétés, s'est promené tout s«ul dans le passage de» Panoramas, suivi par quelques messieurs de la troupe de H. Ilirvoix, chargé de le préserver des Polonais de mauvaise humeur. On a été quelque temps à se méprendre sur ses inientions, jusqu'à ce que, découvraut des cabinets particuliers mais publics, le czar y est entré d'un air de grande satisraction. >

Voilà l'extrême limite ; un millimètre de plus, et nous serions de mauvaise compagnie.

'' Cependant, tout col ensemble est, en somme, si peu dé chose, — une bouchée du Figaro, aurait dit Sainte- Beuve, —qu'il m'eût paru inutile den parler, H le volume n'était précédé d'une préface de Henri Blaze de Bury; préface pleine de cet ingénieux dilettantisme, de cette curiosité narquoise dont il a le^secrel, et d'autant plus remarquable que toutes les finesses du critique y contrôlent toutes les sympathies du panégyriste.

J'y rencontre même deux passages oit le brillant écrivain, a Force de vouloir être Impartial et pénétrant, à force de chercher et de trouver les dessous de Mérimée, est presque Injuste et presque inexact.

— « Lisez, nous dit-il, dans la Chronique de 1572, le moment où Charles IX entre en scène, et voyez avec quel air de parti-pris l'auteur évite do mettre au jeu : —

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mée, eut besoin de se contraindra pour ne pas éclater de

rire. »

J'ouvre, en elTel, ]a Chronique du règne deCfutrles IX à la page indiquée, et je trouve cette plirase caraciéristirjue dans le chapitre Inlilulé ie Catéchumène; mais ce chapitre, antérieur a la Saint-Baribélemy, n'est pas celui que devait transfigurer cl immortaliser la mnsiquc de Meyerbeer. Il fautallerle chercher plus loin.page 191, sous ce lilre : • Dernier effort. ■ — Là, Mérimée, malgré toute son envie de rester le digne élève de cetaffretut Stendhal, de conserver son sang-Froid cl de ne pas parâiire dupe des sentiments qti'il peint, ie flegmatique, sceptique et ironique Mérimée cède à l'eiitratnement de lasilnaiion; il est Franchement passionné ; et lorsque Diane résume cette scène pathétique en mots entrecoupés qu'on dirait écrits pour madame Dorval:

— s Bernard ! je t'aime mieux ainsi, que si tu te Faisais catholique '.... Reste ici, mon seul amour! reste avec moi, mou brave Bernard ! |je supprime des détails un peu trop viFs, mais tout a fait exempts de persiflage ;) ils ne viendront pas le chercher ici, jusque dans mes bras ; et il faudra me tuer pour parvenir jusqu'à ion sein... Pardonne-moi ! je t'aime... ! »

C'en est fait, la glace est rompue ; nous sommes en pleine zone lorride, el Meyerbeer n'a plus qu'à se mettre à son pijnopourtrailuire cette scèneardente, dont Scribe, Emile Deschamps el Adolphe Nourrit ont à peine

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que fa brûle t HiTimée, écrivant à an célibataire de bonne composition et de bonne hameur. a-l-i) lâché bride èses manies rabelaisiennes, et devancé de vingt ans le phylloxéra en snpprimant tontes les feniUes de vigne dn Comlal Venaissin ? Ce qui est certain, c'est que les vénérables administrateurs de la Bibliothëqueetda Musée, nonseulement résistent aux offres les plus séduisantes des éditeurs. maisreraseQtexpressémentdetaisserpreitdrecapie de ceséptires.etpeuTentâ peine dissimuler leurcoDlrariété lorsqu'un ami de la maison leur demande la permission de les lire.

Pourtant ou ne m'ôiera pas de la tôte qu'il y a beaucoup d'exagération dans les rumeurs malséantes qui ont détermine ces mesures de rigueur. Requien, dont la mémoire est demeurée chère à tous les Avignonnais, ne haïssait pas le mot pour rire ; mais il n'était ni un cynique, ni un athée. Aussi bien que Chateaubriand, il méritait d'être qualifié d'épicurien catholique. Il ressentit dès 1845 les premières atteintes de la maladie dont il mourut six ans plus tard. Très-sincèrement religieux, II aurait sans nul doute, pendant ces dernières années, détruit, sinon la correspondance tout entière, du moins les pages les plus scabreuses. Quoi qu'il en soit, je n'insiste pas, et j'aime mieux finir celte causerie par une réminiscence personnelle. Je me souviens que, dans les premiers jours de mars 1836, Requien me montra une lettre de Mérimée, qui lui racontait la première repré-

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scëDes.onl loutrameoé uux conditions vulgaires el peulélre nécessaires de l'opéra-comique el de la tragédie lyrique. Diane de Turgis, dans le Pré, devient une provinciale innocente qui demande qu'on lui rende sa patrie et son fiancé. La Sainl-Bartfaélemy, dans les Huguenots, reprend sa grosse physionomie dulaurimne de complot

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