X. DOUDAN
vaincu qu'il tire parti du bien pour séduire les gens qu'il ne peut mener ouvertement à mal. Il leur met une idée, une seule idée saine dans resprit,et, avec cette chaleur dont il a le secret, il dilate cette idée jusqu'à ce que les pauvres gens qui en sont dominés deviennent comme les vaches qui ont mangé trop de trèfle.,,: c'est le ver qui est au fond de cette rose mousseuse que vous nommez M. de Montalembert et au fond de celte ^eur de coloquinte que vous appelez M. de Maistre... »
Voyons! il est avéré, dans la petite église où Doudan a commencé par se contenter du rôle de sacristain et où on l'élève au rang de grand-prêtre, queson goûtétait d'une délicatesse inouïe, que la moindre dissonance était pour lui ce qu'une fausse note est pour un mélomane, une tache de boue pour une hermine, un soulier ferré pour une sensitive. Ça été là sa spécialité, tant que son génie a gardé ^incognito. Eh ! bien, êtes-vous d'avis, en dehors môme de la question de doute ou de croyance, que cette possession de Joseph de Maistre par un démon quelconque, que cette vache qui a mangé trop de trèfle et que cette^eur de coloquinte soient de bien bon goût? Quant à ce démon qui a possédé l'auteur des Soirées de Saint-Pétershourg^ je voudrais bien le connaître; je lui demanderais une petite part dans ses maléfices.
Au surplus, M. de Montalembert n'en est pas quitte à si bon marché : « Je ne comprends pas comment vous n'avez pas aimé ces belles pages, sur la vie militaire.
de M. de Moatalembert. C'est là qu'on trouve les pures doctrines religieuses dans leur éclat. On y voit un paroissien et des pistolets d'arçon tout armés pour ceux qui diraient le contaire, etc., etc. » Est-ce sérieux ? Est-ce du persiflage, ou seulement du badinage? Nous voici revenus à un des péchés mignons de Doudan. Lorsqu'il s'occupe de tel ou tel de ses contemporains, on ne sait pas toujours s'il pense ce qu'il a écrit. On se demande si ses opinions ne sont pas des sous-entendus, si ses phrases les plus simples ne cachent pas d'invisibles finesses, s'il ne sied pas de gratter le mot pour découvrir l'idée véritable. L'inconvénient de ce procédé, nous l'avons dit ou fait pressentir. Il discrédite ou rend problématiques les pages vraiment senties, émues, vécues et convaincues. Lorsque l'on passedecette ironie un peu artificielle et cherchée aune veine de franchise, on ressemble à ces valseurs novices qui, après]avoir cessé de valser, voient encore tous les objets tourner autour d'eux . Quand on arrive, par exemple, de cepo.isédê, de ce trèfle, de cette vache, de cette fleur de coloquinte et de ces pistolets d'arçon, à la mort de Louis-Philippe, et lorsqu'on lit: « Voilà l'avenii* commencé pour ce pauvre excellent roi; on commence à en parler comme on aurait dû en penser toujours: il est bien temps, après l'avoir chassé avec le fer et le feu, de dire que ça été un des meilleurs princes que les peuples aient jamais connus ! ...» le premier mouvemeniest d'opposer à cet éloîre si sincnrî des velléités dubitatives. « Avec