‹ Nouveaux samedisChapitre 11 sur 38 · X. DOUDAN · texte numérisé non relu

X. DOUDAN

ce diable d'homme, se dit-on, il faut être continuellement sur le qui-vive. 11 nous montre le comte de Maistre en intimité avec le malin esprit... qui sait si cet esprit malin n'a pas présidé au panégyrique de Louis-Philippe ? » Doit-on du moins chercher dans les Lettres et Mélanges de Doudan ce qui en triplerait la valeur ; un tableau ou seulement une esquisse de la société contemporaine. — et des jugements littéraires sur les écrivains, les orateurs ou les poètes présents ou passés? Oui et non ; cette réponse quasl-pyrrhonienne ne s'accorde pas mal avec l'ensemble de ce recueil, avec l'impression qu'on garde de cette lecture. Ma vieille plume se briserait plutôt que d'écrire au sujet du groupe justement cher à Doudan un mot qui ne fût pas respectueux et sympathique; il y a là surtout un homme excellent et éminent, — le comte d'Haussonville — à qui j'ai voué une estime, une reconnaissance et une admiration indélébiles. Mais enfin ce milieu n'était pas la société tout entière. Par cela même qu'il était charmant, qu'il offrait à une nature délicate, fine, nerveuse, légèrement maladive, moins expansive que recueillie, une incomparable sûreté de relations et d'amitiés, une merveilleuse harmonie de sentiments et d'idées, et comme un nid de ouate et de duvet, Doudan ne songea jamais à en sortir ou à regarder au delà. Un poète du dernier siècle a signalé -l'erreur de ceux

qui prennent l'horizon pour les bornes du monde. Ce n'était pas même l'horizon qui bornait le monde de Dou-

dan. Je me le figure dans un jardin ou dans un parc délicieux, aux allées ombragées et sinueuses, aux gazons veloutés où des eaux vives entretiennent une incessante fraîcheur. Tout s'y combine pour le plaisir des yeux et Tagrément de l'esprit. Tantôt sous le vitrage d'une magnifique serre-chaude, tantôt parmi les corbeilles de fleurs et les tapis de verdure, il goûte les douceurs d'un Décaméron d'honnêtes gens. On lui dit : « Derrière ces murs si heureusement masqués par d'élégantes charmilles et de belles plantes grimpantes, il y a quelque chose; il y a des montagnes, des forêts, des lacs, des cités bruyantes, des fleuves grossis par les orages, un ciel immense où passent de sombres nuages, comparables aux fantômes des légendes Scandinaves. » — Il vous répond : « Que m'importe? Je suis bien ici, j'y reste, et je n'en demande pas davantage. » — Peut-être en dirions-nous autant à sa place; peut-être a-t-il pris le meilleur moyen pour arranger sa vie de façon à en extraire la plus forte somme de sensations et de journées agréables; ce qui pourrait bien passer pour le synonyme terrestre du bonheur. Mais, s'il s'agit de peindre à fresque une époque avec son mouvement, sa physionomie, ses grandes masses, ses personnages culminants, ses péripéties, ses catastrophes, ses généralités, ses antithèses, ses drames et ses comédies, le moyen n'est pas bon. L'horizon se rétrécit et s'abaisse autour de l'écrivain; le cadre se rapetisse au point d'empiéter sur la toile et

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