‹ Nouveaux samedisChapitre 12 sur 38 · X. DOUDAN · texte numérisé non relu

X. DOUDAN

de contrarier le pinceau du peintre. On s'aperçoit à chaque instant de ce désavantage en lisant les Lettres de Doudan. Bizarre détail! Il a le courage d'écrire (page 308), à propos des Lettres de madame de Sévigné : « C'est une image charmante et très-fausse de la société du xvn® siècle. Une petite société choisie s'est

peinte en beau dans la plus brillante imagination qu^ fut jamais; mais les Mille et une Nuits sont agréables à lire. » — Ici, non-seulement il n'a pas l'air de remarquer que chaque trait se retourne contre lui; mais, si on voulait le taquiner, on dirait: « Quelle différence l Plus madame de Sévigné arrivait à restreindre et à trier le personnel de sa correspondance, plus elle était ressemblante. En décrivant une société d'élite, elle décrivait en réalité tout son siècl^ ; car cette petite société choisie en résumait avec éclat ou avec charme les mœurs, les idées, les figures, les passions, les aventures, les noms, les anecdotes, les intrigues, les engouements, les préjugés, les douleurs et les joies, les sourires et les pleurs, l'Église et l'armée, la ville et la cour ; au-dessous et au dehors, il n'y avait rien. Chez Doudan, au contraire, grâce au nivellement moderne, on n'a qu'un fragment, une parcelle, une des fleurs du panier de la société de son temps; et cette fleiir, cette parcelle, ce fragment ne renseignent pas suffisamment sur le reste. J'apprécie de confiance les mérites. et les agréments de MM. Raulin, de Sahune, de Viel-Castel, d'Eclepens, CIé

mencet, Élysoe Mercier, Masson, etc., etc. Je m'incline avec vénération devant des femmes telles que la baronne de Lascours et la baronne Auguste de Staël, qui, bien que protestante, a fait de son neveu Paul de Broglie un saint. Mais, dans deux cents ans, aucun de ces personnages ne donnera aux lecteurs de Doudan une information particulière ou collective sur les années qu'il a traversées. Ses voisins et ses voisines en diraient autant. Je suis plus à l'aise avec les jugements littéraires du spirituel spectateur» — (Doudan n'a été et n'a voulu être que cela.) — Là encore il ne nous épargne pas les surprises, et, si j'osais, j'ajouterais que parfois, non content de nous étonner, il nous scandalise. Après une page ravissante sur Jouffroy, nous sommes stupéfaits d'apprendre, par la bouche ou la plume de ce lettré de 1840, de ce classique fidèle aux traditions du grand siècle, « que ^ Bourdaloue est un sacristain élevé au collège de Saint- Omer (page 166); que Doudan ne mourra pas content s'il ne voit tomber la réputation usurpée de ce jésuite; que Bourdaloue aurait dû être le valet de chambre et Massillon le [garçon de cuisine de Bossuet. » Bourdaloue et Massillon domestiques! Je suis bien votre serviteur. Après avoir éreinié Massillon et Bourdaloue, il porte aux nues l'absurde et assommante Profession de foi du vicaire savoyard, que personne aujourd'hui ne lit plus. Ailleurs, à propos de Luther et de saint Thomas, il écrit; « Puisqu'il ne s'agit que de supériorité d'esprit, pendant

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