Hélas
première jeunesse. Quand, à la fin d'une belle journée d'automne, vous voyez de petites colonnes de
fumée bleue monter du toit des hameaux à travers le feuillage rougi des peupliers, il ne faut pas que la première pensée soit pour le maire et l'adjoint de la commune. »
C'est très-spirituel, très-pittoresque, fort poétique, et même fort spécieux ; pourtant, allez au fond. De deux choses l'une : ou Doudan, écrivant à une jeune et charmante femme, a simplement voulu l'amuser un instant à l'aide d'un joli paradoxe saupoudré d'un léger persiflage; alors, nous aurions à lui répondre, d'abord que le paradoxe et le persiflage n'ont jamais mené bien loin ni bien haut le bel-esprit qui en abuse; secondement, que, par ses procédés continuels d'ironie plus ou moins voilée, l'auteur de ces Lettres fait un tort considérable aux pas sages où il veut paraître ému et convaincu. Ou bien il pensait sérieusement ce qu'.il écrivait ; et alors il est permis de remarquer que ces quinze lignes, d'allure si agréable et si engageante, contiennent en germe toute la théorie des révoltes juvéniles qui commencent par des émeutes et finissent par des révolutions. Supposez que Doudan fût encore de ce monde. Assurément son amitié pour le duc de Broglie n'aurait rien perdu de cette vivacité qui les honorait tous les deux. Que répliquerait-il si nous lui disions : « Votre illustre ami entreprend une campagne dangereuse.; il va s'efforcer de sauver une so*