‹ Nouveaux tableaux de Paris, ou, observations sur les moeurs et usages des parisiens au commencement du XIXe siècleChapitre 10 sur 22 · LES M EN DI ANS. I .^ I · texte numérisé non relu

LES M EN DI ANS. I .^ I

les lambeaux d'un cerf qu'un piqueur vient de leur abandonner.

Il est arrivé quelquefois que , indignés du ton d'autorité avec lequel les mendians présentaient leur requête , le père, l'époux et l'héritier ont salué les solliciteurs d'un refus positif; mais alors que d'épigrammes cet acte de courage leur a valu! « Dis donc, le père de l'enfant qui ne donne rien; c'est peut-être parce que le petit ne lui ressemble pas ; le cousin de madame serait plus généreux, j'en suis sûre. — Diable! vous êtes bien économe, monsieur le marié : votre femme n'aura pas toutes ses aises. — Dieu! Seigneur! le jour d'un enlerrement, refuser à des malheureux une pauvre pièce de deux sous! Il paraît que le chagrin ne vous a pas fait oublier Tarithmétique! i> etc. , etc. ; et nos mendians se consolent de la médiocrité de leur recette, en songeant qu'ils ont injurié des gens riches.

La mendicité , pour réussir à la porte d'une église , n'a pas besoin de science ; là, c'est moins la position du solliciteur que celle du sollicité qui commande l'aumône; mais dans les rues, sur les boulevarts et les places publiques , que d'art

Page 1