N'^ XIII
LA SALPÉTPvIÈPtE.
Ah ! si le ciel a rais la pitié dans votre ame, Pour ces inforlune's ma nuise la rt-c'ame ; Adoaci!>sons leur sort, irailons avec bonté Ces malheureux, bannis de la société.
De ces tnàDcs ^ exclus des scènes de la vie , Laissons errer en paix la libre fantaisie ; Par de durs trailcmens ne l'effarouchons pas, Que des objets rians se montrent sur leurs pas ; Entonrons-les de fleurs ; que le cours des fontaines Roule, nouveau Léthé, l'heureus oubli des peines ; Et , dans des prés C uris, sous des ombrages \erls, Offrons-leur l'Eiysée, et non pas les enfers. Delille , la Pitié, th. II.
Où sommes-nous, dira l'étranger que l'on aura conduit dans cet établissement et qui n'aura remarqué du chemin que sa longueur , et , du lieu où il se trouve , que son éloignement du centre de la capitale ? Au milieu de champs cultivés et de prairies , je vois des constructions qui ressemblent à une ville. Yoici des rues et
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(les places publiques ; cette belle église , surmontée d'un dôme, est sans doute la paroisse; cette place où sont étalées des denrées de toute espèce , est le marché public ; tout annonce une nombreuse population ; la belle grille que je vois est apparemment la principale porte de la ville ; de riantes prairies , des jardins émaillés de fleurs, encadrent ce tableau. M'a-t-on conduit à Saint-Germain ou à Versailles , à Saint- Cloud ou à Rambouillet? Kon, répondra son conducteur, vous êtes dans l'enceinte des murs de Paris , et le nom obscur de Poliveau est celui de la rue où nous nous trouvons. Rue Poliveau ! jamais nos riches sybarites n'ont appris qu'elle existait ; ils savent même vaguement qu'à l'extrémité du faubourg Saint-lMarceau est un établissement nommé la Salpétrière. Cet hospice est en effet une grande ville au sein de la grande cité. Deux belles chaussées plantées d'arbres y conduisent , et une population de six mille âmes lui donnerait des droits à ce titre, qui est usurpé en France par tant de petites bourgades. Là habitent l'indigent , les infirmes , la triste vieillesse, l'idiotisme, la démence. La religion et la charité veillent auprès ; la science s'efforce d'ar-
radier quelques victimes au néant intellectuel ; le plus grand nombre vit et meurt sans connaître ni la vie , ni sa fin. Ici Tétat civil n'a qu'un registre , celui de mort ; les passions qui fermentent dans un entassement de huit cent mille individus entretiennent cette population de femmes ; et, grâces à la philosophie moderne, à notre luxe , à la dépravation de nos mœurs , au systèmematérialiste et irréligieux qui pallie tous les égaremens et même tous les crimes , l'administration peut se préparer à agrandir l'enceinte de cet asile ; certes , les habitans n'y manqueront pas.
A la suite des troubles de la Fronde et du prodigieux accroissement de la capitale vers la fin du règne de Louis XIII et au commencement de celui de Louis XIV, le nombre de mendians et des gens sans aveu augmenta tellement qu'on en comptait environ quarante mille dans la seule enceinte de Paris. Il ne faut pas être surpris si Boileau écrivait , à Timitation de Juvénal , après les guerres civiles :
Le bois le plus funeste et le moins fre'quente Eit , au prix de Paris, un lieu de sùrelc.
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Le parlement fit des représentations ; elles furent accueillies par un monarque du règne duquel datent nos plus grands monumens , et tandis que Bicêtre , en attendant la construction des Invalides, recevait les soldats mutilés , un vaste éfablissement s'élevait à Textrémité du faubourg Saint-Marceau , pour servir de priso>n ou d'asile aux mendians , aux vagabonds , aux femmes de mauvaise vie. On le nomma l'Hôpital-Général ; mais , comme on avait autrefois fabriqué en ce lieu du salpêtre , le peuple continua d'appeler cet édifice la Salpétrière. Il est des dénominations qui sont ineffaçables , et , quoique depuis plus de quatre cents ans les fours à tuiles qui existaient non loin du Louvre aient disparu, k palais de nos rois porte toujours l'humble nom de Tuileries.
Depuis sa fondation , cet établissement, augmenté et soutenu par l'auguste protection de nos princes , et enrichi des dons de quelques personnes charitables , a éprouvé des changemens importans dans son étendue et sa destination. Uniquement occupé aujourd'hui par des femmes âgées , infirmes ou aliénées , il n'est plus un lieu de détention que pour celles que
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Tautorité fait enfermer, après leur interdiction , pour cause de sûreté.
Cinq grandes divisions, distinguant la population et le service de cette vaste maison , contribuent à entretenir l'ordre admirable qui y règne. Ce sont \°\ts reposantes , ou femmes qui ont vieilli dans le pénible ministère de l'établissement ; 2° les femmes infirmes et octogénaires ; 3° les femmes septuagénaires et affligées de plaies incurables ; 4" l'infirmerie , bâtiment isolé qui contient quatre cents lits; 5° les aliénées et les épileptiques. Une vaste cour , coupée par des prairies artificielles de forme triangulaire , conduit à la division des infirmes, composée de femmes indigentes que de graves infirmités ou leur âge avancé empêchent de pourvoir à leurs besoins. Sans autre peine que celle de descendre un escalier peu élevé , ces femmes peuvent ainsi respirer un air plus pur , et reposer leur vue affaiblie par les années sur un agréable tapis de verdure : aussi ce lieu est-il leur séjour habituel lorsque le tems le permet. Indépendamment de ce but de salubrité , on en retire , ainsi que des autres pièces de tciTC comprises entre les bâtimens , un autre avantage précieux : on les cul-
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tive avec le plus grand soin , et le fermier qui en
est chargé est obligé de fournir du laitage et des
légumes.
Quoiqu'on ne puisse de cette cour voir tout l'établissement , ce qu'on aperçoit néanmoins suffit pour donner une idée des augmentations qu'il a successivement reçues. Ainsi on retrouve dans Féglise, placée sous l'invocation de saint Louis , de forme circulaire , et surmontée d'un dôme , l'architecture du seizième siècle , tandis que plusieurs constructions qui l'environnent portent le cachet d'un tems plus moderne. On est frappé , en entrant dans les dortoirs des infirmes, de l'extrême propreté qui y règne. Ici , les soins les plus attentifs ont été mis en usage pour assainir des lieux dont tout le luxe est la salubrité. La petite maîtresse la plus délicate parcourrait ces longues salles sans aucune répugnance. C'est à la hauteur des plafonds , au grand nombre et à la disposition des fenêtres , et , par dessus tout , au dévouement des femmes respectables qui les soignent, que les habitantes de la Salpétrière doivent cette grande et utile recherche. Les soins les plus attentifs leur sont prodigués avec un zèle que rien ne rebute , et
leur régime est tel , que des personnes mêtne très-aisées pouiTaient difficilement en trouver un meilleur.
En descendant de ces dortoirs, on est dans le marché , où sont réunis des fruitiers , des marchands de vin, des épiciers, et jusqu'à un débitant de tabac. C'est là qu'il est permis aux malades de s'approvisionner de certaines douceurs que l'administration ne saurait leur procurer sans s'interdire les moyens de subvenir à des besoins plus réels. Une surveillance sévère prévient tous les abus qui pourraient en résulter, et préserve les acheteurs des spéculations intéressées et des fraudes des marchands.
Non loin de cette espèce de bazar si bien administré, dans le voisinage des appartemens occupés par quelques-uns des médecins habiles qui dirigent l'établissement , est le corps- de-logis occupé par ces jeunes élèves d'Hippocrate qui consacrent à la science et à Thumanité cette belle portion de la vis qui n'est , pour tant d'autres, que le tems de la dissipation et des vaines jouissances. Souvent la gloire accompagne leurs pénibles travaux , et il n'est pas rare de les voir, jeunes encore par les années , mais vieux par
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l'expérience , se placer à côté de leurs maîtres , et les surpasser même quelquefois.
Nous ne nous arrêterons pas à T amphithéâtre d'anatomie , qui se trouve près de là : rien ne le distingue de tous ceux que Ton voit partout où sont réunis des élèves en médecine. Nous ne décrirons pas non plus la pharmacie et Finfirmerie , oii se traitent les maladies accidentelles des infirmes ; elles n'ont de remarquable que Tordre et la propreté, qui leur sont communs avec les autres parties de l'établissement. Mais une vaste pelouse se présente bientôt aux regards ; elle est destinée aux infortunées affligées de cette cruelle maladie que les anciens regardaient comme une marque du courroux céleste. Elles viennent , pendant les douces soirées de l'été , y oublier , dans des rondes légères , leur triste position. Leur figure mélancolique , presque toujours altérée par le mal qui les tourmente , et leurs facultés intellectuelles , affectées par sa terrible influence , semblent justifier le préjugé populaire qui règne encore avec tant de force contre l'épilepsie.
La médecine , impuissante jusqu ici contre cette cruelle maladie, n'a pu parvenir encore
qu'à modérer ses effets et à rendre ses atteintes moins fréquentes : ce résultat se fait principalement sentir ici. Le soin que Ton apporte à éloigner des malades toute sensation trop vive , diminue la violence et le nombre des accidens. Il n'est point d'attentions minutieuses qui ne soient mises en usage pour arriver à ce but; et le succès de ces moyens est tel , qu'il n'est pas rare de voir un grand nombre de ces malbeureuses atteindre un âge assez avancé , exemptes de toutes les incommodités attacbées à leur état.
Le logement des aliénés , dans lequel on entre en quittant celui des épileptiqnes , consiste en plusieurs cours spacieuses et parfaitement aérées. Dans la plupart sont de petites maisons environnées de jardins qui offrent le plus agréable coup d'œil par leur alignement et la régularité des constructions. Les insensées dont la folie est la plus tranquille , et les idiotes qui ont besoin d'une surveillance de tous les instans , sont placées dans des dortoirs. Une défense qui nous paraît digne des plus grands éloges ne rermet pas de visiter cette partie de l'établissement , et il est utile sans doute de faire apprécier toute la délicatesse de cette mesure, qui délivre les fa- I. 8
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milles de l'idée pénible qu'une mère ou qu'une sœur est exposée à la curiosité publique , et soustrait ces infortunées elles-mêmes aux regards des oisifs , qui ne manqueraient pas de s'y rendre en foule.
Un liomme remarquable par son profond savoir, le docteur Pinel, qui a rendu de si grauds services à l'humanité par les heureuses innovations qu'il a introduites dans le traitement des affections mentales, fut long-tems à la tête de la Salpétrière. Avant lui , la rigueur était à peu près le seul remède qui fût employé. On emprisonnait les insensées , on les enchaînait ainsi que des bêtes féroces , comme si on eût voulu les punir de leur propre malheur ; leur frénésie augmentait en proportion des obstacles qui lui étaient opposés. Si une injuste captivité peut irriter l'être le plus paisible au point de lui faire perdre sa raison, que l'on juge quels résultats désastreux devait produire une sévérité que rien ne motivait aux yeux de celles qui la subissaient. A son arrivée à la Salpétrière , le docteur Pinel fit mettre en liberté toutes les folles qu'on pouvait y laisser sans compromettre leur propre sûreté et celle de leurs compagnes. Quant aux femmes
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qui étaient sujettes à des accès de fureur , il ne les priva de la liberté de leurs mouvemens qu'autant qu'il le fallait pour prévenir les accidens. Ce nouveau système , dont l'expérience ne tarda pas à confirmer l'efficacité , obtint le succès le plus complet , et fut sans doute l'une des causes qui , depuis un demi-siècle , ont rendu tant d'aliénés à leurs familles et à la société.
A cet homme habile , en qui l'humanité se joignait à une si rare pénétration , succéda M. Esquirol, distingué par ses hautes lumières et son noble desintéressement. Il serait trop long de raconter tout ce que sut inventer son esprit ingénieux pour le soulagement des infortunées confiées à ses soins. La musique et la danse furent au nombre des moyens qui lui réussirent le mieux. Ainsi nos musiciens les plus habiles , nos chanteurs les plus agréables firent répéter souvent aux échos de la Salpétrière les airs délicieux que nous écoutons avec tant de plaisir dans nos théâtres , et cet art divin , qui pouvait seul calmer la fureur de Saiil , exerçait la plus douce influence sur ces esprits subjugués par tant d'aberrations diverses. M. Esquirol ,
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jugeant aussi que la danse , amusement favori des femmes , qui si souvent leur fait tourner la tête quand elles l'ont bonne , pourrait produire un effet tout contraire sur celles qui ont eu l'e malheur de la perdre , organisa des bals où la grave faculté fournit seule des danseurs , et les espérances du savant docteur ne furent pas trompées ; les plus furieuses même retrouvèrent bientôt dans cet exercice si cher au beau sexe la gaîté qui fait son premier charme. Appelé à diriger un établissement d'un ordre supérieur , M. Esquirol aurait laissé celui qu'il quittait inconsolable de sa perte , si un homme dont l'esprit égale l'érudition; un de ces courageux amis de l'hunianité dont Barcelone conservera longtems le souvenir , n'eût été nommé pour le remplacer. C'est sous la direction de M. Pariset qu'on voit se perfectionner chaque jour les sages indications de ses prédécesseurs.
De tous les genres de folie que l'on renconlre ici, le plus affligeant, celui dont le spectacle produit la sensation la plus pénible , c'est l'idiotisme. Que l'on se figure des infortunées plus stupides que les animaux les moins intelligens , hors d'état de veiller à leur propre conservations
et tellement dégradées parTinsensibilité de leurs sens , que les personnes qui les soignent sont obligées de porter jusqu'à leur bouche les alimens qui doivent entretenir leur déplorable existence. Ce fut cependant dans cet état que mourut, en 181 7, à la Salpétrière, une femme également célèbre par ses crimes et sa beauté ; une femme incendiaire qui fut dans les jours horribles de notre révolution un des instrumens de ces monstres qui couvrirent la France de sang et de ruines. La fameuse Théroigne de Méricourt , cette Aspasie de nos grands démocrates , qui avait vu au nombre de ses adorateurs les membres les plus renommés de l'assemblée nationale et de la constituante, de qui Sieyes fut le héros, qui subjugua Pétion et présida aux massacres du 10 août, a vécu vingt ans à la Salpétrière dans un état d'aliénation auquel elle avait été amenée par son exaltation politique. Jamais un plus grand abrutissement n'a succédé à plus de grâces et de charmes. Le ciel, justement irrité, a voulu sans doute punir cette furie des honteux excès qui avaient souillé sa vie. Peu de maladies mentales proviennent chez les femmes de passions aussi opposées à leur caractère naturel.
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La perte de ia raison est causée chez la plupart d'entre elles par un excès de sensibilité ; c'est ainsi que l'on voit une jeune italienne , nouvelle Ariane , délaissée par un autre Thésée , ne sortir quelquefois du sombre silence auquel elle paraît s'être condamnée, que pour murmurer à voix basse le nom de son amant. Les talens et les attraits qui T embellissaient autrefois se sont évanouis comme ces ombres légères qui s'effacent dans une obscurité profonde; elle ne vit plus que pour pleurer , et sa douleur attendrirait les cœurs les plus insensibles. Une chose fort remarquable, c'est que ses compagnes d'infortune semblent lui témoigner une sorte de pitié.
Les aliénées , au nombre de quinze à dixhuit cents , ne sont pas toutes secourues par la charité publique. Les familles de plusieurs d'entre elles paient une pension ; mais la différence qui règne entre leur fortune n'en établit aucune dans les soins attentifs qui leur sont prodigués. Comme le Dieu qui l'inspire , la bienfaisance ne connaît que les titres du malheur.
La cuisine, la buanderie et la lingerie se font remarquer par une propreté extrême, La ménagère la plus soigneuse pourrait prendre
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dans cette dernière partie de rétablissement des leçons d'ordre et d'économie. Un état détaillé du linge à Tusage de la maison est gravé sur le mur. On y peut compter cinquante mille paires de draps , trente-cinq mille serviettes et une quantité prodigieuse de linge d'un usage moins fréquent.
Un corps de logis particulier est consacré aux invalides de la charité, désignées sous le nom de reposantes. C'est ainsi qu'on appelle les sœurs qui, après avoir passé toute leur vie à soigner des maladies incurables ou des infirmités dégoûtantes, jouissent enfin d'un repos si bien mérité par leurs pieux travaux. Le logement, la nourriture et le vêtement leur sont assurés pour le reste de leurs jours ; et il leur est enfin permis de goûter quelques-unes des commodités de la vie dont elles furent toujours privées pendant leur laborieuse carrière.
Il n'est sans doute pas au monde de dévoùment plus héroïque, plus sublime , que celui de ces saintes et pieuses filles; et l'aspect de leur résignation recueillie, de leur patiente sollicitude, de ces traits où se peint la méditation, où se réfléchit une ame confiante qui semble
goûter par anticipation le bonheur et les récompenses d'une autre vie , repose l'imagination fatiguée de tant d'objets tristes ou repoussans. Passer sa vie au milieu des plus hideuses infirmités et de tous les égaremens de la raison ; s'exposer sans cesse à la fureur d'êtres maniaques et délirans, n'est-ce pas, physiquement et moralement, attacher un corps vivant à un corps mort; n'est-ce pas porter au plus haut degré le sacrifice de soi-même ? Et ce sacrifice , par quoi est-il provoqué? Ce n'est point par l'intérêt, ce n'est point par l'ambition. Des biens temporels, des jouissances terrestres n'en sont pas le but. Il n'est pas excité non plus par ce sentiment vague que les sages modernes appellent philantropie. Nos philantropes donnent de l'argent pour qu'on éloigne de leur vue des maux qui les importunent. Mais leurs mains ne pansent point la plaie de l'indigent ; leur voix ne calme pas par des accens tendres et affectueux les transports de l'aliéné. C'est la seule religion chrétienne, et encore telle qu'elle est enseignée par les successeurs de saint Pierre , qui peut produire cette abnégation de soi-même, parce que son esprit est tout d'immolation , et
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que , plus le sacrifice est grand , plus il doit être agréable à celui qui en est Tobjet. De là, les plus hautes vertus qui puissent ennoblir Thumanité , le dévoûment au prince et à la patrie , l'héroïsme du guerrier, le zèle qui précipite le missionnaire au milieu des cannibales, la charité qui s'assied avec le prêtre sur le char du supplice, au chevet du pestiféré-, le courage et la force d'un sexe timide et faible, au milieu des mourans d'un hospice, des blessés recueillis sur un champ de bataille, des hideuses infirmités de la vieillesse et de l'effrayant délire de l'aliénation d'esprit. Orgueilleux philosophes! amis prétendus de l'humanité! Montrez-nous de tels exemples dans vos rangs , et l'on croira peutêtre aux vertus dont vous faites parade.