‹ Nouveaux tableaux de Paris, ou, observations sur les moeurs et usages des parisiens au commencement du XIXe siècleChapitre 20 sur 22 · N° XX · texte numérisé non relu

N° XX

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SAINTE-PELAGIE.

De ce séjour a tort on s'épouvante , J'y vis gaîment et j'y sommeille en paix , Nul embarras, nul soin ne m'y tourmenle. Et l'y suis libre, à la liberté' près.

Rot'GEMONT.

Je viens de mettre la dernière main à une brochure fort intéressante , qui aura trois ou quatre éditions avant la fin de l'été , si l'imprimeur veut faire quelquefois de nouveaux titres à vignettes , pour les exemplaires qui nous resteront en magasin; elle est intitulée Sainte- Pélagie ^ suite de VArt de faire des dettes et de VArt de promener ses créanciers. Tout le monde a lu ces deux ouvrages amusans : mon sujet Test un peu moins . mais il est plus moral : c'est peut-être pour cela qu'on ne l'a pas encore traité.

Les Hermites en prison , qui ont habité Sainte-

Pélagie, ne parlent avec connaissance de cause, dans leur description sentimentale de ce lieu de plaisance, que du corridor rouge ^ nommé le quartier de V Opinion : c'est la Chaussée- d' Antin de cette petite ville fortifiée , qui s'élève sur le penchant d'une colline, à i5o toises des bords fangeux de la rivière de Bièvre , et que défendent contre les vents de Test les murs de l'hospice de la Pitié. Ce côté privilégié renferme les éditeurs responsables que le tribunal correctionnel de la Seine , la chambre des députés , ou les pairs de France, punissent des péchés périodiques de quelque anonyme trèsconnu. Auprès de ces hommes d'esprit par procuration , se trouvent des publicistes plus ambitieux , qui , en payant de leur personne , se sont lancés dans la carrière de la brochure , oh. l'on rencontre toujours le danger sur le chemin de la gloire. Parmi les victimes , on voit souvent aussi un bon libraire qui n'a pas lu , et pour cause , l'oeuvre de génie qu'il a payée au docte voisin en billets à neuf mois de date , qui ne seront pas acquittés à l'échéance. Une loi judicieuse lui démontre que , sans le savoir , il a débité du poison , comme ces autres marchands

de drogues qu'on appelle pharmaciens, mais qui , plus heureux , préparent impunément , à Tahri d'une signature médicale, le mélange homicide prescrit par quelque maladroit disciple d'Esculape. Sous les mêmes verroux , avec les brocanteurs d'écrits oubliés , sont détenus les Catilina en plein vent, condamnés pour des cris séditieux , en l'honneur de quelque moderne Brutus , dont on ne se souvient guère , et peutêtre encore deux ou trois mécontens de vieille date , qui n'ont pas révélé des complots dont les chefs sont amnistiés depuis long-tems. Au total, cela fait aujourd'hui une population de i5 à i8 âmes, à une ame par tête, de divers états , de mœurs dissemblables , d'opinions disparates. Royalistes de l'opposition, libéraux de Textrême gauche , amis trop ardens des jésuites, commentateurs du baron d'Holbach, ils se rencontrent dans une allée obscure où l'on ne passe pas deux de front, outrant quelquefois l'éloquence du geste à l'appui d'une polémique improvisée, après avoir bien dîné avec les amis du dehors qui sont venus les visiter. Ces prisonniers forment une colonie à part, séparée du quartier de

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la dette par des murs épais et des portes condamnées.

Les dettîers , nom consacré dans le dictionnaire de Sainte-Pélagie, mais qui n'est pas encore admis chez les immortels du collège Mazarin , occupent trois étages de l'ancien couvent habité jadis par de pieuses recluses , à qui Ton confiait la conversion de quelques jeunes personnes trop adonnées aux joies de ce monde, et brouillées avec la police. Lors de la grande révolution qui consacra les droits de Thomme, on n'oublia pas ceux de la femme, et les murs intolérans du monastère furent livrés pendant plusieurs mois à la solitude. Mais bientôt ce bon ÎM. Robespierre' et ses philantropes collègues surent tirer parti d'un édifice national si avantageusement situé. Il fut agrandi sur une échelle mieux proportionnée aux besoins de l'époque. Madame Roland, femme du ministre de Tintérieur que le parti de la Gironde avait donné à l'infortuné Louis XVI, se trouva au nombre des aristocrates renfermés dans cette Bastille de l'égalité. Ses Mémoires nous en ont tracé un tableau fidèle : <f Pas dqi » soins pour la salubrité , dans l'ordre des cons-f. i

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" tructions on Tusage du local. On bâtit ac- » tuellement à Sainte-Pélagie sur un terrain » immense. Un architecte à petites vues et sans » ame fait des dispositions sans raisonnement; » et personne , dans les administrations supé- » rieures , n'a l'intelligence ou la volonté de » rectifier ses plans. i>

En effet , rien de plus humide , rien de moins aéré , d'aussi infect que les corridors, seule promenade permise , une grande partie du jour, aux reclus qui redoutent les cours intérieures , plus insalubres encore, et entourées de tous côtés par des édifices enfumés. L'usufruit du jardin est accordé en commun, mais à tour de rôle et à des heures différentes, aux justiciables du tribunal de commerce et aux parias de la liberté de la presse. Ce jardin est un grand carré sablé, où l'on trouve la boutique d'un marchand de fromage et de vin de Surêne , mais oii l'on chercherait vainement de l'ombrage et des fleurs.

Les trois étages de la dette sont peuplés , année commune , de deux cents à deux cent vingt-cinq locataires , logés gratuitement, presque tous à la requête de ces industriels que Ton

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nomme vulgairement usuriers. Il est rare qu'un véritable négociant ait recours à la contrainte par corps pour assurer la rentrée de ses fonds. Emprisonner un débiteur , c'est lui ôter ses moyens de subsistance , ruiner son crédit , et lui enlever la faculté de se libérer un jour. S'il est de mauvaise foi et qu'il soit doué d'une patience robuste , cinq années de séjour dans la citadelle entretenue par l'état pour le service des capita- //'5/^5,raffrancliissent à jamais de toute poursuite personnelle pour le montant, quelque énorme qu'il puisse être , des créances commerciales , devenues exigibles depuis son arrestation. Une heureuse fiction de la loi suppose que l'endosseur d'un billet non remboursé à l'échéance est entièrement dépourvu de ressources pour son entretien : l'incarcérateur est donc obligé de déposer chaque mois vingt francs pour les alimens du prisonnier , qui les reçoit en numéraire. Vingtquatre heures de retard dans le versement de ces fonds opèrent la mise en liberté immédiate ; et le débiteur est pour toujours à l'abri du danger. Si les alimens sont fournis avec exactitude, le créancier a l'avantage de dépenser , dans les soixante mois, douze cents fr. pour les menus-

plaisirs d'un débiteur , qui devient dès lors inattaquable, sans compter deux à trois cents francs pour le jugement par défaut, le débouté d'op[>osition, le commandement, les honoraires du garde de commerce et des recors, Técrou et les droits du greffe de Sainte- Pélagie, quand même la dette, en principal, ne monte pas à quatre cents francs. Aussi les capilalistes habitués à commander ces sortes d'exploits ne se retrouvent que sur la quantité, lorsqu'il y a des comités de bienfaisance qui paient le capital, les frais et surtout les intérêts.

En attendant l'heureux oubli de quelque formalité , les prisonniers cherchent à charmer leurs loisirs. Ici, comme dans le monde, il est des jouissances pour toutes les classes. L'un doit plusieurs millions ; c'est un ancien fournisseur ou un habitué de la Bourse et du café Tortoni; l'autre a spéculé sur les huiles et l'esprit de vin , d'une manière moins audacieuse ; il serait libre en payant cinq ou six cent mille francs : tous deux préfèrent de conserver leur aisance. Un maréchal-de-camp , un contre-amiral , trois colonels , un ancien préfet , des docteurs en médecine, l'aumônier d'une princesse,

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écroué à la requête d'un fabricant de chasubles, prêteur de fonds, paraissent très-étonnés de se voir déclarés négocians pour n'avoir pas connu la distinction entre une lettre de change et un billet à ordre. Les premiers jouissent d'une faible pension de retraite, que la loi a rendue insaisissable , et les derniers possèdent quelques petites rentes sur le grand-livre, également à Fabri d'un coup de main. C'est la haute aristocratie de la dette. Les financiers et les militaires jouent à l'écarté ; les paris sont presque aussi forts que chez un avoué de première instance. Les gradués à l'université s'abonnent au cabibet de lecture que tient , à côté de leur chambre , un commissaire des guerres à la demisolde, arrêté par son carrossier d'autrefois. Des maçons, des boulangers et des porteurs d'eau , contribuables patentés qui n'avaient pas étudié la loi de germinal an 6 , et que le sort ennemi a réduits à la portion congrue , établissent leur loto chez un boucher en faillite, ou vont tricher au vingt-un chez le maquignon exproprié qui est venu élever une guinguette dans la cellule de la prieure. Les matadors demandent un dîner splendide au restaurateur officiel ,

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accrédite par la préfecture de police , mais qui n'exerce pas le monopole ; ou bien ils s'adressent au célèbre M. Lenfant, le véritable Véry de la rue de la Clé. La carte de ces deux traiteurs expérimentés ressemble à l'affiche d'une vente de mobilier par autorité de justice ; on y lit, en gros caractère : Le tout expressément au comptant. La petite propriété prend son recours vers d'industrieux compagnons d'infortune , qui se sont constitués cuisiniers, exempts du droit de patente et de la contribution mobilière. Enfin , les moins heureux vont recevoir , chaque matin , autour d'une vaste marmite banale , une distribution gratuite de nourriture saine et solide , que la bienfaisante fondation du feu roi Louis XVIII accorde aux débiteurs indigens.

Soit par droit d'ancienneté , soit sur la recommandation d'un protecteur puissant, à peu près cinquante prisonniers, sans aucune distinction d'âge , de rang ou de fortune , sont en possession chacun d'une chambre particulière ; sept ou huit de ces appartemens ont été décorés avec un luxe élégant, aux frais de ceux qui les occupent. La foule est condamnée à s'entasser , au nombre de quatre ou cinq reclus, dans une

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pièce de douze pieds carrés , pendant les premiers mois de relsidence et en attendant le départ d'un des favoris du sort. Ces associés involontaires sont rassemblés au hasard. On met ensemble un jeune avocat stagiaire, une ex-clarinette de l'Ambigu- Comique, un savoyard maître - ramoneur , et un Anglais qui attend de Londres les fonds d'un billet protesté , qu'on lui avait fait souscrire pour le montant de tartelettes mangées par sa seigneurie , chez un pâtissier du boulevart. Ceci n'est point une plaisanterie : le gourmand insulaire a été connu long-tems à Sainte-Pélagie sous le nom de Mi- Îord-Pàté.

Les dortoii's communs et les chambres de la plupart des solitaires ne sont garnis que de lits de sangle et d'autres meubles tout aussi recherchés , fournis à loyer par l'administration, d'après un tarif qui rappelle un peu celui des chaises de paille de Longchamp , payées au prix de fabrique avec le produit d'une demi-heure de jouissance.

Moyennant un permis^ qui coûte quarante centimes dans les bureaux de la police, chaque personne qu'un prisonnier pour dettes a indi-

quée, dans un écrit visé par le gouverneur de la place , comme étant au nombre de ses parens ou de ses amis, peut Taller visiter deux fois par semaine et passer la journée avec lui. Ce nombre d'amis n'est pas limité. Avocats, avoués, agréés, conseillers oflicieux, femmes, enfans , frères et cousins arrivent en foule , et on n'ordonne jamais d'enquête pour vérifier la généalogie des cousines. 3rais , sans le passeport délivré d'après la demande expresse du prisonnier, nul n'est admis. L'administration a voulu épargner à ses pensionnaires toute entrevue désagréable et l'importunité des entremetteurs d'affaires. Une fois bien dûment écroué , on se trouve donc débarrassé des créanciers; pour eux, les cerbères du guichet sont inexorables ; on est mieux servi , à cet égard , que par tous les portiers de Paris , et sans qu'il en coûte le sou pour li^re ni la grosse bûche.

Il y a plus; quelque démarche que fit un habitant de Sainte-Pélagie , on ne lui accorderait pas la faculté de recevoir dans lintérieur, ou son créancier, ou tout autre individu porté sur les registres de la maison parmi ceux qui ont fait arrêter une personne actuellement détenuer

On s'intéresse trop à la sûreté des incarcérateurs pour leur permettre d'approcher d'un pareil guêpier. Le débiteur pacifique et bénévole peut les aller voir au greffe de la prison ; mais celui qu'on fait appeler n'est jamais obligé d'y descendre.

La consigne est encore plus sévère pour les huissiers et les gardes du commerce ; on craint les voies de fait, auxquelles pourrait se porter envers eux quelque détenu, peu flatté de renouveler connaissance avec des visiteurs qui ont acquis des droits si singuliers à son souvenir : aussi M. le Grip et ses confrères n'ont jamais dépassé le premier guichet.

Mais , peut-être , vous ne connaissez pas M. le Grip ? Tout le tribunal de commerce vous dira que ce nom si pittoresque n'est pas un nom de comédie. M. le Grip est le plus actif, le plus intelligent, le plus adroit des sergens que jamais porteur de jugemens exécutoires ait mis aux trousses d'un endosseur en retard. Sa charge lui coûte quatre-vingt mille francs payés en beaux écu«5. 11 est vrai qu'avec le titre et la clientelle courante, son prédécesseur, moins alerte, lui a cédé huit cents contraintes par corps en bonne

forme et dûment visées ; plus , tous les dossiers complets. Cependant les condamnés paraissaient introuvables ; un inspecteur de police y aurait perdu son latin. En moins de rien, ce digne appui du commerce déterre une foule de jeunes élégans caches avec soin, qui, pour six cents francs en or et une cargaison d'allumettes, de souricières, de poupées, de polichinelles et d'orfèvrerie plaquée estimée à mille écus, et reprise par un ami du bailleur de fonds moyennant cinquante louis en écus rognés de six livres tournois , avaient souscrit gaîment des lettres de change de trois mille six cents francs. Quoiqu'un écrou ne rapporte à M. le Grip que la bagatelle de cent francs, il y procède avec une politesse charmante, qu'on trouverait à peine chez le grand-maître des cérémonies d'une petite cour d'Allemagne. On dit pourtant qu'il a rencontré des ingrats. Tel serait sans doute , dans l'occasion, ce cocher de coucou^ conduit Taiitre jour à Sainte-Pélagie avec les attentions les plus délicates. 11 roulait sans cesse de Paris Ti Neuilly. Un garde du commerce et ses deux ailiers de camp venaient de pousser une reconnaissance jusqu à Courbevole. Fatigués de leur

il-jB SAINTE-PÉLAGIE.

course pédestre, ils prennent place dans la voiture de notre homme , qui devait les ramener jusqu'à la place Louis XV. Chemin faisant, on cause avec PAutomédon. Il est bientôt reconnu pour un négociant dont la signature se trouve en souffrance; les papiers qui le concernent sont dans la poche d'une des trois redingotes ofiicielles. A quoi bon une esclandre? Seuls passagers de Neuilly à Paris, les habiles tacticiens offrent chacun un bon pour boire en sus de la course, pour être menés jusqu'à leur porte, qui n'est pas loin du Jardin des Plantes. Excellente affaire! On arrive rue de la Clef, n". i4 : c'est là seulement qu'on cesse de parler du beau tems et de la pluie. On produit la pancarte timbrée, qui procure un nouveau gîte au cocher stupéfait ; et son pauvre cheval , fatigué de cette corvée extraordinaire, est reconduit au petit pas vers l'écurie.

Arrivé dans l'enceinte de la citadelle, qu'il habitera peut-être pendant cinq ans, le voyageur de Neuiliy , en débarquant de son char à deux roues , aura eu le plaisir de voir circuler , dans une cour qui lui est interdite , une population dont nous n'avons pas encore parlé. A côté

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àeldi dette et de V opinion^ Sainte-Pélagie donne asile à deux ou trois cents individus que la police correctionnelle a condamnés pour vol. Quand la peine prononcée par le tribunal excède une année de détention, le coupable est envoyé à Poissy , oii il revêt des habits de bure et se livre à un pénible travail. Mais le voleur en est-it^-quitte pour le minimum fixé par l'article 4oi du Code pénal, on le nomme clianoine de Sainte-Pélagie, et rien ne l'empêche d'adresser à un père de famille honnête et malheureux, qui vient respirer l'air du matin derrière les barreaux de sa lucarne , ce discours moral , qu'on a plus d'une fois entendu, pour la plus grande gloire de notre législation libérale : « Imbécille , tu resteras là pendant cinq ans pour cinq cents francs que tu dois ^ et moi je sais où retrouver l'année prochaine les cent louis que j'ai empoignés. »

Il est encore sous ces toits une quatrième classe de prisonniers. Je n'essaierai pas de retracer ici l'affligeant tableau qu'elle présente : il réclame d'autres pinceaux et un autre cadre. Ce triste réduit renferme une foule à'enfans qui n'avaient pas atteint leur seizième année quand

ils ont commis des fautes graves : un tribunal a déclaré qu'ils ont agi sans discernement ^ et ils sonl conduits dans cette maison de correction pour V être éla^és et détenus jusqu'à ce qu'ils aient accompli leur vingtième année. Tel d'entre eux V aura vécu huit ans! En vain de nobles et sages amis de l'humanité, dont j'honore les vertus , consacrent leurs soins et leurs veilles à cette éducation et cherchent à la rendre moins déplorable. Pour qu'elle devienne véritablement morale et religieuse il faut commencer par réformer cet article du Code.

iiii'fi!ii!i':|#awi!!!i;i

PREMIÈRE Ll-TTRE.

Dum vitant stuUi vitia , in contraiia Currunf.

HoRACK.

« Puisque vous faites la guerre aux ridicules du siècle et particulièrement à ceux qui abondent dans la bonne ville de Paris, ne pourriezvous faire justice de la manie des inventions nouvelles, qui s'est emparée de tant de personnes ? Chaque jour voit naître de merveilleux procédés vantés avec emphase dans une foule de prospectus ou de journaux consacrés à Tindustrie. Nous autres provinciaux, gens assez crédules , surtout pour ce qui nous vient de la capitale , sommes devenus les tributaires de tous les faiseurs de projets ; l'expérience ne nous gué-

28o LES INVENTIONS NOUVELLES.

rit pas toujours , et il est à craindre que le nombre des dupes ne diminue pas plus que celui des charlatans. Moi-même j'ai quelquefois cédé au torrent , non par engoûment , mais par trop de confiance dans les promesses des faiseurs de projets et les écrits des économistes. Mais ce qui a achevé de dissiper toutes mes illusions , c'est le hasard qui m'a fait retrouver un honnête homme qui s'est à trois quarts ruiné , en même teras qu'il est devenu à moitié fou , en adoptant depuis quelques années tout ce qu'il a entendu vanter comme nouveau et principalement comme économique. Vous ne refuserez sans doute pas d'accueillir les détails d'une visite que j'ai faite à cet homme singulier. Cela ne sera peut-être pas inutile pour l'instruction de quelques-uns de vos lecteurs qui apprendront comment on peut devenir pauvre à force d'économie et perdre la raison en pratiquant la sagesse moderne.

» Je crois vous avoir écrit que je suis venu à Paris pour mon indemnité , comme émigré. Grâce au ciel! j'ai obtenu ma liquidation, et je ne suis plus retenu, depuis deux mois, que par quelques menues formalités qui exigeraient tout au plus deux jours si MM. les employés vou-

laient s'en donner la peine. Enfin, n'ayant plus rien à faire , je me suis mis à visiter toutes mes anciennes connaissances , tant à la ville qu'à la campagne. Ce n'est pas ici le lieu de vous dire les changemens de fortune et de position, toutes les révolutions survenues depuis trente et quelques années dans le sort de ceux de mes amis que j'ai retrouvés. Il y aurait à écrire sur ce sujet une histoire plus curieuse que celle de Gilblas. Je ne veux vous entretenir en ce moment que d'un de mes parcns éloignés , nommé Deligny , que j'avais laissé , au commencement de la révolution , entrepreneur des vivres dans les armées, et dont je n'avais plus entendu parler , si ce n'est que l'on disait dans le pays qu'il avait fait une très-belle fortune , et qu'il habitait Paris. Saint-Léon, le grand politique du café ïortoni, dont je vous ai entretenu dans ma précédente lettre '^ , et que je rencontrai au commencement d'octobre dernier, m'apprit que Deligny ne passait dans la capitale que quelques mois pendant l'hiver, et qu'il résidait habituellement dans une maison de campagne, située

* Voyez la lettre sur la Politique et les Politiques.

sur le bord de la Seine, aux euvirons de Corbeil. Si vous voulez le voir, ajouta-t-il , venezy avec moi dimanche prochain. Je dois lui porter les fonds de rentes qu'il m'a chargé de vendre pour faire construire des silos. Vous ne pouvez lui procurer un plus grand plaisir , surtout si vous êtes disposé à causer économie rurale et domestique , perfectionnement et lumières. C'est un des principaux adeptes de Parmentier , Cadet-de-Vaux , Say et Charles Dupin. Celui-ci ne classera certainement pas notre ami dans la population de sa France obscure. A dimanche donc. Venez me prendre ; nous partirons par le bateau à vapeur. Ce serait risquer d'être mal reçu que d'arriver autrement.

» Au jour marqué , nous nous embarquâmes au port Saint-Paul. Je ne fus pas peu surpris, je l'avoue , de me trouver sur cette machine flottante toute nouvelle pour moi. Le cliquetis de l'appareil , le bruit des roues tournant avec rapidité , le bouillonnement de l'eau , refoulée avec la plus grande force , et une épaisse colonne de fumée , sortant comme de la bouche d'un volcan , donnent à cette navigation quelque chose d'étrange , qui étonne et qui émeut la pre-

mière fois qu'on s'y livre. Tout se passa très-bien jusqu'à la hauteur de Villeneuve-Saint- Georges ; mais , arrivés devant ce lieu , Fouvrier chargé de diriger la machine monta sur le pont en donnant des signes de la plus grande frayeur, et eu s'écriant que nous allions sauter , attendu que le jeu des soupapes était dérangé. En un instant , la consternation se peignit sur tous les visages , et j'avoue que, pour mon compte , peu tranquille sur les suites de cet événement , je me disposais à mettre en pratique les leçons de natation que j'ai reçues dans ma jeunesse. Cependant , je n'eus pas besoin de recourir à ce moyen de salut ; le patron du bateau , plus expérimenté que son ouvrier, se hâta d'ouvrir à la vapeur une issue de réserve. Le mécanisme s'arrêta , et on fut chercher des chevaux qui nous remorquèrent plus lentement à la vérité , mais au moins avec sécurité.

«< Vous voyez , dit ironiquement mon compagnon , lorsque nous fûmes remis de notre frayeur , vous voyez un des grands résultats de la civilisation moderne. L'homme s'est emparé de la puissance des fluides élastiques et s'est soumis par ce moyen un moteur des plus puis-

284 I^ES INVEISTIONS NOUVELLES.

sans. C'est peu pour lui d'avoir, dans les manufactures, supplée à l'emploi des bras de rouvrier et à la force des chevaux, il a voulu encore surmonter la violence des courans, voguer en pleine mer contre les vents et faire marcher seuls, sur des routes de fer, les plus pesans chariots. Il est vrai qu'à force de multiplier les machines à vapeur , on laisse sans travail et sans pain une foule de malheureux ; mais nous avons pour eux les sociétés philantropiques et les bureaux de bienfaisance. Il est vrai encore que , si la production de la vapeur est plus abondante que sa dépense et si la résistance qu'oppose la chaudière n'est pas en raison de la pression occasionée par le fluide, enfin pour peu qu'il y ait frottement dans les soupapes d'admission et d'émission , il peut se faire une explosion dont il est difficile de calculer les résultats et dont le plus probable est la submersion du bateau. Mais il est consolant de mourir avec connaissance de cause et en sachant pourquoi. »

» Nous arrivâmes enfin à bon port , et nous trouvâmes au lieu du débarquement mon ami Deligny qui nous attendait. Après les embrassades et les compHmens , j'eus tout d'abard ma-

lière à observation dans quelques singularités de cet amateur d'inventions nouvelles. Comme le chemin était boueux , il portait des soques à quatre articulations et à brisures transversales ; sa tête était couverte d'un chapeau imperméable , et une redingote de drap du Thibet le défendait des atteintes du froid. Sa main était armée d'une grosse canne , au milieu de laquelle un anneau retenait quatre sangles croisées et deux petits supports qui , étant déployés , fournissent un siège en forme de trépied. Nous admirions ce meuble ingénieux , et Deligny , qui nous en avait donné la description , désira que nous joignissions la pratique à la théorie. Saint- Léon voulut en faire l'essai; mais sa pesanteur spécifique étant en raison inverse de la résistance de ce frêle appui , les lois de la gravitation s'accomplirent ; et notre ami , après avoir brisé sous lui le ployant mal affenni , se laissa choir , heureusement sans se faire aucun mal. Ces sortes d'accidens sont en possession de faire rire ; nous avions déjà grande envie de nous moquer de l'invention; ce fut un honnête prétexte , et nous en profitâmes.

" Je regrette, nous dit Deligny, après avoir

ramassé les débris de sa canne , que vous soyez venus un dimanche ; je vous aurais conduits dans ma fabrique de sucre de betterave , qui est en pleine activité; mais je vous en ferai goûter à table les résultats. J'ai bien obtenu une assez grande quantité de sirop ; c'est le raffinage , Fépuration et le blanchiment auxquels je n'ai pu encore parvenir que par des procédés qui portent le sucre à quarante sous la livre. Encore sent-il le brûlé et a-t-il un arrière-goût de fruit. J'attends un membre de la Société d'encouragement qui doit m' enseigner un nouveau procédé pour obtenir une cristallisation plus complète ; c'est un ami de M. Chaptal. Avant le diner , nous irons voir ma laiterie où je fabrique de très-bon fromage de Hollande. Croirez-vons que la France, pour ce seul objet, paie deux millions à l'étranger! J'espère qu'avant peu nous serons affranchis de ce tribut, A propos , je dois vous prévenir que vous ferez un médiocre dîner : mon cuisinier a été blessé hier assez grièvement en faisant l'essai de la marmite autoclave. Le maladroit , à qui j'avais bien expliqué la théorie du calorique et de la compression , a trop poussé le feu de l'appareil , et l'accumulation de la

vapeur dans le vide a fait sauter le couvercle. Il a failli être tué ; mais il en sera quitte pour une oreille. C'est pourtant une excellente invention : faire son pot au feu en vingt-cinq minutes! — Ces diables de fluides élastiques , dit Saint- Léon, en ricanant, conspirent contre les plus belles découvertes ; ce sont des révoltés qui , comme les Américains et les Grecs , veulent à toute force s'émanciper ; mais il faut espérer qu'on en viendra à bout. »

» En parlant ainsi , nous approchions de la maison, et traversions la cour d'une ferme d'assez belle apparence. Notre hôte nous fit admirer sous les hangards une quantité d'instrumens d'agriculture ayant des formes inconnues , et dont il nous expliqua la destination. C'étaient des charrues à plusieurs socs , avec ou sans roues; des semoirs, des rouleaux, une herserateau , une machine à faner le foin, une autre à battre le blé. « Tout ce que vous voyez là , nous dit Deligny avec un soupir étouffé , m'a coûté beaucoup d'argent; mais je sème pour recueillir, et , avant qu'il soit un an, j'aurai presque doublé mon revenu. Croiriez-vous que mon fermier m'a quitté, et que j'ai été obligé de résilier son bail?

L'ignorant prétendait que je le ruinerais par l'emploi des nouvelles inventions. Je me suis décidé à faire valoir par moi-même; mais on a de la peine à trouver des journaliers intelligens et adroits ; car le succès de la plupart de ces instrumens dépend de la manière de s'en servir. Vous regardez , ajouta-t-il, cet approvisionnement de perches armées de pointes de laiton et ces cordes de paille tressée : ce sont des paragrêles que je vais faire établir dans mes champs, et surtout dans mes vignes. Une fois que Ton a fait la première mise, il n'y a qu'à pourvoir à l'entretien , et il m'en coûtera bien moins que de donner une prime à la compagnie d'assurance ; et puis les vieilles perches peuvent servir au chauffage. Les paragrêles font merveille sur les bords du lac de Genève. Il est vrai que quelques cantons , qui avaient adopté ce préservatif, ont été grêlés cette année; mais on avait placé les conducteurs à cent pieds les uns des autres ; moi je les mettrai à cinquante pieds , et puis viennent les orages! »

» Saint-Léon se contenait pour ne pas éclater de rire; moi je gémissais intérieurement du travers d'un honnête homme , qui , avec de Tins-

truction et de Fesprit , dissipait une belle fortune en adoptant, sans discernement et presque sans clioix, tout ce qu'enfante l'activité de notre industrie , à travers laquelle viennent se jeter une foule d'aventuriers que tourmente le désir de faire fortune. Cependant nous arrivâmes à la maison après avoir donné un coup d'oeil à la fameuse fabrique de fromages de Hollande, Il ne me fut pas difficile de juger qu'il faudrait encore beaucoup de perfectionnemens pour que ce comestible parvînt à égaler celui qui se confectionne chez les Bataves , et je pensai que rien n'était plus anîi-commercial que celte manie d'imiter toutes les productions exotiques et de supprimer .successivement tous les moyens d'échange. En entrant dans le salon, nous trouvâmes 1;^ maîtresse de la maison et sa fille, ainsi que plusieurs convives. Au nombre de ceux-ci était un vieux gentilhomme , camarade de col- ,lége de notre Amphytrion^ et qu'à son accoutrement, à ses manières, et surtout d'après un air moqueur et un rire sardonique en regardant tout ce qui l'entourait , je jugeai être l'antipode de Deligny. Mes pressentimens ne me trompèrent pas , comme on va le voir bientôt.

;îi§d les inventions nouvelles. ^

» Le salon était orné de lithocromies et de lithographies ; sur la cheminée, dans laquelle brûlait un feu de coak , on voyait une grande pendule dont le cadran , les rouages et tous les accessoires étaient en carton, et des vases de marbre factice. Les meubles, en bois indigène, présentaient un assez triste aspect et une singuhère bigarrure. 'Dans un endroit apparent était un cadre rempli de médailles en or , en argent et en bronze , décernées par des académies et des sociétés d'encouragement, d'agriculture et d'industrie, « Hélas! me disais-je, voilà ce qui restera peut-être un jour de plus réel à ce malheureux, de toute sa fortune. » Enfin , au milieu de la pièce , sur une table ronde en tôle vernie , s'élevait une grande lampe qu'un domestique vint bientôt allumer, carie jour baissait. C'était un éclairage au gaz. A peine le robinet fut-il tourné , qu'une odeur nauséabonde se répandit dans le salon en même tems que les jets de la lumière. Les flatteurs poussèrent un cri d'ad» miration et de surprise. Notre hôte , triomphant et prenant un air satisfait , s'approcha de la table comme un professeur qui va faire une démonstration. « C'est du gaz portatif, dit-il à la corn-

pagnie ; on me l'envoie tout préparé de Paris , et je ne veux plus avoir d'autre éclairage. Quant aux accidens , on y a pourvu et vous pouvez être sans crainte. j\îon récipient est construit pour résister à soixante atmosphères et je ne le fais charger qu'à quarante-cinq. A moins qu'une distraction d'un ouvrier ou une percussion violente.... — Encore des fluides élastiques, me dit tout bas Saint- Léon. — Oui, répliqua le vieux gentilhomme, s"il arrive un accident, puisse-t-ii ne faire sauter que les têtes sans cervelle qui sont devenues creuses à force de vouloir tout changer et bouleverser. Voire gaz est un empoisonnement qu'en bonne poHce on devrait proscrire. Et puis quelle belle invention que d'avoir chez soi une machine infernale à laquelle un domestique maladroit peut faire faire explosion! Nos aïeux s'éclairaient avec de la chandelle et ils voyaient tout aussi clair que nous. Laissez le gaz aux faiseurs de constitutions.... » L'annonce du dîner mit fm à cette sortie, qui devenait presque aussi originale que la manie de notre hôte.

» La salle à manger était aussi éclairée par le gaz portatif, dont mes yeux ne soutenaient

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lécîat qu'avec une grands fatigue. A peine eus- je goûté au potage que je posai ma cuiller en faisant la grimace ; mais , dans sa préoccupation , le maîîre de la maison crut apparemment que je me recueillais pour admirer. « Vous trouvez ce potage bon, me dit -il ; l'accident arrivé à mon cuisinier m'a obligé de recourir à mes comestibles conservés. Ceci est du terouen , mélange de pommes de terre , de carottes et de gélatine , desséchées par les procédés de M. Ternaux, qui en est l'inventeur. Ah ! quel bienfait pour rhumanité ! aussi est-ce avec raison que la reconnaissance publique a défini cette préparation par un mot qui présente la première syllabe du nom de ce philantrope éclairé et celui de Saiiit-Ouen, où il se livre à ses importans travaux. Avec une cafetière d'eau bouillante , et en moins de cinq minutes , on a , comme vous voyez , un excellent potage. — Cette soupe est détestable , dit le vieux gentilhomme avec sa brusque franchise ; j'aurais autant aimé que tu nous eusses servi une panade. »

» TSotre hôte regarda son interlocuteur en pitié, et fit servir à la ronde le vin de Madère. Je crus reconnaître au passage la présence d'une

liqueur alcoolique et un goût de miel assez fortement prononcé. « Vous trouvez ce viu bon, médit Deligny en souriant? » Je me contentai de m'incliner , n'osant pas permettre à ma bouclîc de proférer un mensonge. « Eii Lien! répliqua-t-il, je vous avouerai qu'il est de ma vigne blanche , et que de fins connaisseurs y ont été trompés. La cliimae a maintenant d'admirables procédés pour donner aux plus mauvais vins la couleur , le parfum et le goût que l'on veut qu'ils aient. Je vous ferai boire au second service du vin de Bordeaux et du vin de Champagne, que vous trouverez délicieux, et qui sont aussi de mon crû. Bientôt on ne. distinguera pas cette boisson par sa patrie ; on ne fait plus le vin, on le fabrique. » Afin de m'ôter le goût du faux liquide de Î^Iadère , j'avais rompu et mis sous mes dents un morceau de pain, auquel je trouvai une saveur extraordinaire. Altéré par ce nouvel incident, je devais avoir l'air de la stupeur personnifiée. « Ce pain, poursuivit notre homme sans se déconcerter, a été fait avec du blé de ma récolte de 181 9, conservé dans un silo. Vous lui trouvez peut-être une faible odeur de renfermé ; mais un économiste m'a assuré que

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le blé exposé à une forte ventilation , en sortant de la fosse, perdra ce mauvais goût. C'est encore au zcle d'un grand philantrope que nous devons les silos , qui seront notre salut en cas de disette. Par malheur, voilà dix années consécuB tives que nous avons des récoltes abondantes! Cela a l'air d'un fait exprès. Mais laissez venir une mauvaise année! Les cultivateurs des environs se moquent de ce procédé , et aiment mieux laisser manger le superflu de leurs denrées par les rats et les insectes. Mais je veux leur donner îm démenti en faisant construire trois nouveaux s i/o s. »

» Résigné enfm, faute de mieux, à manger ce pain philantropique et à boire le vin du crû, sous le nom de Beaune, j'acceptai comme dédommagement une tranche de gigot bouilli que m'envoya la maîtresse de la maison. Mais à peine en eus- je goûté que je sentis tous mes sens révoltés par des émanations de viande corrompue , auxquelles se mêlait l'acidité pénétrante d'un corps gras ranci. « Ce M. Appert est un habile homme , s'écria Deligny transporté ; voilà un gigot préparé et conservé par les procédés de M- Quinton, de Bordeaux, perfectioîjnés par

MM. Seguin , d'Annonay. Croiriez-vous que ce mouton a fait le voyage de la Martinique et en est revenu? Tout à l'heure je vous ferai manger d'un lièvre qui a été à la Nouvelle-Hollande, et des épinards qui ont fait le tour du monde sur le vaisseau de capitaine Freycinet. »

» Désappointé au dernier point , et osant à peine boire de l'eau , dans la crainte qu'elle ne fût aussi le résultat de quelque brevet d'invention , je me rejetai sur un turbot qui était devant moi , après avoir reçu l'assurance que , s'il avait fait le tour du monde , ce n'était pas dans les bocaux de M. Appert.

» J'ai l'honneur, etc.

» Le chevalier de B*** »

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