INDE OU HINDOUSTAN
553. Bornes : Au nord, le Thibet ; à Test, Flndo- Chine et le golfe de Bengale; au sud, la mer des Indes ; à l'ouest, le golfe d'Oman, le Béloutchistan et le Caboul.
L'Inde est une des contrées les plus ancieeunement peuplées du monde. Les livres de Moïse parlent déjà des bois d'aloès et d'ébène, de la cannelle, et des pierres précieuses qu'elle produisait Le livre de Job fait mention des toiles indiennes (Job, ch. 26
Géographie de l^Asie,
V. 16). Sésostris y pénétra vers l'an du monde 2700, et Aiexandre-le-Grand 327 ans avant l'ère cbrétienn". Cette dernière invasion fat suivie de treize siècles de tranquillité. L'an de J. C. 1000, les Afghans conquirent le nord de l'hide et y fondèrent une dynastie. Genghiskhan, en 1221» chassa Tempereur de sa capitale I Delhi, et donna, dit-on, le nom de Mogol au pays. Le fameux conquérant tartare, Tamerlao, détruisit, en 1308, la puissance des successeurs de Genghiskhan et ravagea tout l'Hindoustan, oii il commit partout les plus grandes cruautés. En 1526, son petit fils, Baber, éleva sur les débris de Fempire Afghan, celui des Mon» g-ols ou Mogols ; il fut le premier prince connu en Europe sous le nom de Grand-MogoU Pendant ces deux invasions, plusieurs tribus indiennes se retirèrent dans les montagnes ; c'est là l'origine des Seiks, des Mahrattes, et d'autres peuples indépendans. L'empire des Mog-ols, au plus haut point de splendeur sous Aureng-Zeb, ne fit que décroître après sa mort, arrivée en 1707. Le féroce Nadir-Schab, ou Thamasp-Kouli-Khan, usurpateur du trôae de Perse, lit la conquête des états Mogols en 1739, et emporta les immenses trésors de Delhi. Les Afghans et les Mahrattes se disputèrent ensuite l'empire de l'Inde, oii les Européens avaient déjà fjudé beaucoup d'établissemens.
La Compagnie des Indes, qui n'avait d'abord qu'un petit nombre de factoreries, devint bientôt très puissante, et donna à ses possessions un accroissement prodigieux. Elle profita des divisions intestines qui déchiraient FHindoustao; acheva de détruire l'empire Mogol en 1803; soumit les Mahrattes en 1812; et, par ruse ou par force, étendit sa puissance sur presque toute cette contrée. Les rois ou rajahs, à qui elle laisse quelque ombre d'autorité, i ne sont que ses vassaux.
554. Divisions : Tout FHindoustan peut se diviser ainsi : I . les possessions de la Compagnie des Indes ; 2®. lôs états alliés ou tributaires de cette Compagnie; 3 ® . les états indépendans ; 4 ® . les possessions, peu considérables, des autres puissances européennes.
Les possessions de la Compagnie des Indes se divisent en 3 grandes présidences; celle de Bengale, pour les provinces de l'est; celle de Madras, pour les provinces du sud ; et celle de Bombay pour les provinces de l'ouest.
Les états alliés ou tributaires sont, au nord, le Nepaul et Tétat d'Oude ; au nord-ouest, les possessions des Radjepoutes; au centre l'état de Nizam; au sud, le Mysore et le Trayancore.
Abrège de la
Les états indépendans sont l'état des Seiks, le Sindy, et le pays des Scindiens (partie du Malvah).
On donne le nom de Decan à la partie de l'Inde située au sud du fleuve Nerbudda; celle située au nord de cette limite est appelée Hindoiistan propre,
555. Climat et productions des deux Indes (a) : L'Asie méridionale, qui comprend les deux Indes, est située presqu'entièrement sous la zone torride ; son climat sera donc celui des autres régions tropiques, avec quelques différences caiisées par le voisinage des glaciers éternels du Thibet ou des nombreuses chaînes de montagnes qui la traversent du nord au sud. L'année se partage en deux saisons, la sèche et la pluvieuse, produites par les moussons du sud-ouest et du nordouest ; durant la première, les fleuves sont sujets aux inondations périodiques (No. 503). Dans la plus grande partie des Indes, on ne connaît point la neige ni la gelée ; l'hiver ne s'annonce que par des pluies froides et par un vent de nord ou de nord-ouest. Nul pays ne présente des spectacles plus terribles de tempêtes, d'ouragans, de grêles pesantes, d'éclairs et de tonnerres. Des sécheresses trop prolongées ou des déluges de pluies ruinent quelquefois l'espérance du cultivateur. Diverses maladies épidémiques, entre autres le redoutable coléra^ enlèvent subitement beaucoup de victimes. Il y a des déserts de sables, des chaînes stériles, des savanes dans les parties septentrionales, de vastes marécages à l'embouchure des fleuves, et quelques-uns dans l'intérieur. Mais en général le climat est délicieux, l'air pur, le sol couvert de belles plaines, de gras pâturages, de moissons qui se renouvellent deux fois par an, de vallées superbes où se déploie la végétation la plus riche et la plus brillante.
556. Toutes les plantes alimentaires et tous les fruits de l'Europe et des Antilles prospèrent aux Indes, outre
(aj. Afin d'éviter des répétitions inutiles, on a rassemblé ici quelques détails sur la géographie physique de toute l'Asie méridionale.
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le tanna, grain qui fournit beaucoup et dont la culture n'exige presque aucune peine ; l'arbre à pois, le plantain, le palmier, Tarbre à pain ; quantité de légumes farineux inconnus en Europe ; l'arbre à suif, le bétel, le sésame ; le jalap, la salsepareille, l'opium, le gingembre, le cardomome, la cassie, l'aloès, le camphre ; une foule d'autres fruits et plantes médicinales, ou teinturières ; une grande variété de bois précieux tels que le bois de teak, le bois de fer, le bois d'aigle, le bois de sandal ; le dragonnier, les gommiers à laque et à gomme-gutte, &c., &c., &c.
Le riz, dont il y a vingt-cinq variétés, est la principale nourriture du frugal Hindou; l'habitant de F Indo-Chine y ajoute les fruits du bananier, du cocotier, et du palmier sagou. Les diverses espèces de palmier fournissent de la farine, des légumes, des fruits, de l'huile, des cordés, des toiles, du papier, &c. Le bananier forme à lui seul un bosquet par l'abondance de ses larges feuilles. Le san* dal blanc et d'autres bois odoriférans parfument tous les palais de l'Orient. Des forêts de bambous couvrent une bonne partie du sol ; cette espèce de roseau, qui parvient quelquefois à la hauteur de 60 pieds, sert à construire les demeures légères des Indiens. Les meilleures oranges connues viennent du Tonquin oii l'on trouve communément aussi l'arbre à thé. La meilleure cannelle se tire de l'île de Ceylan.
557. Parmi les animaux propres à cette région, il faut placer d'abord les éléphans, dont les plus beaux viennent de l'île de Ceylan, et du royaume de Siam. Les autres sont le rhinocéros, le tigre, la panthère, le léopard, &c. ; une multitude de singes et d'ourangs outangs, qui, dans certains endroits, s'attroupent par milliers, dévastent les champs, pillent les vergers, ravagent même les villes ; beaucoup de chameaux et de dromadaires ; des brébis et des chèvres, dont la belle laine est employée dans la fabrication des schalls indiens — ceux de Cachemire sont les plus renommés (No. 542) ; &c., &c. Les chiens de l'Inde ont été de tous temps célèbres ; mais les meilleurs viennent du Caboul. Le bœuf et la vache jouissent d'une vénération religieuse dans l'Hindoustan. Les serpens fourmillent dans les forêts, les champs, les jardins, quelquefois même dans les appartemens ; le serpent royal, ou le boa, est adoré dans plusieurs cantons. Dans les fleuves, les lacs, et les marais, on trouve des crocodiles énormes ; les lézards sont très communs, ainsi que les tortues. Le poisson abonde dans les mers, les fleuves, et les lacs. On remarque, entre autres, le poisson doré, le poisson volant, e . la torpille, qui donne un choc électrique au baigneur imprudent.
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Les insectes sont d'une beauté merveilleuse, mais ils causent de o^rands dommag-es ; il y a beaucoup d'abeilles et de vers à soie. Les oiseaux sont admirables par leur taille et par leur plumage, surtout Faig'îe, le vautour, le faisan, le perroquet, dont il y a 60 espèces, et Je paon, qui est originaire de Indes. Plusieurs croient que le coq-i d'Inde, si connu de tout le monde, est indigène de l'Amériquei On peut citer encore le mango, qui se nourrit du fruit délicieux dont il porte le nom ; le petit oiseau du Paradis; l'ibis blanc dont les plumes servent de parrure aux Indiennes, &c.
558. Le règne minéral est très riclie. Beaucoup de fleuves charient de Tor, ce qui prouve qu'il en existe des dépôts dans les montagnes où ils prennent leurs sources. On vante les mines d'or et d'argent de Golconde, du Carnatic, d'Achem, du Bengale, et d'Ummérapoura dans l'empire Birman. Ailleurs ce sont des mines de mercure, de zinc, d'étain, d'acier, de fer, d'antimoine, &c. Il y a du marbre, de l'albâtre, du sel-gemme, du charbon, du soufre, du naphte et d'autres matières inflammables ; une grande quantité de sel et de salpêtre ; &c., &c.
Nulle part les diamans ne sont aussi beaux ni aussi nombreux que dans cette région, surtout dans l'Hindoustan ; outre les rubis, les saphirs, les a^méthystes, les onyx, les topazes, le lapis laznli, le cristal de roche, &c.
559. Commerce de VHindoustan (a) : Les articles d'exportation sont les indiennes et les autres cotons, les soiries, le sucre, le riz, les pierres précieuses, l'opium, le camphre et les autres drogues, les épiceries, surtout le poivre et la cannelle, les bois précieux et aromatiques, le zinc, le salpêtre, &c., &c. ; ceux d'importation sont les vins, l'eau'-de-vie, le thé, le café, les draps, les velours, la coutellerie, les articles de verrerie, les dentelles, les fils d'or et d'argent, les galons, les provisions navales et militaires, &c., &c.
560. Capitale de l'Hindoustan, Calcutta, dans une position malsaine, sur l'Ougly, l'une des branches occi-»
(a). Le reste jusqu'au No. 565, ne regarde que l'Hindoustan.
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dentales du Gange, à 100 milles de la mer. C'est le siège du gouvernement général de la Compagnie des Indes, et de la première présidence. Elle est divisée en deux quartiers, la ville Noire, habitée par des Indiens et d'autres nations asiatiques, et le quartier du gouvernement, habité par les Anglais et d'autres Européens ; la première est très basse et mal bâtie en maisons de bambous ; la seconde est magnifique. Parmi les édifices de Calcutta, on remarque le palais du g-ouvernement, une cathédrale anglicane, une église catholique et une arménienne, plusieurs mosquées, et une foule de pag-odes. Il y a une université, une société savante très célèbre, un superbe jardin botanique, un grand nombre de manufactures et de maisons de commerce, &c. Population 500,000 habitans dont un quart environ professe le christianisme. Le port ne peut recevoir que des vaisseaux de 500 tonneaux; les autres sont obligés de jeter l'ancre à 50 milles plus bas, au port Diamant.
561. Villes principales : Bénarès, la ville savante des Hindous, sur le Gange à plus de 200 lieues de son embouchure — ancien observatoire où l'on voit une sphère tracée d'après le système de Copernic, connu des Indiens long-temps avant cet astronome — pagodes magnifiques, dans l'une desquelles est un taureau taillé de pierres qui renferme un taureau vivant — les Hindous sont obligés de visiter cette pagode une fois dans leur vie — grande affluence de pèlerins dans les fêtes religieuses. — Principal marché de diamans et de bijoux.
— Surate, dans le Guzurate, grande ville de commerce, habitée par toutes les nations — ce fut ici que la Compagnie des Indes établit sa première factorerie en 161^, avec la permission du Grand Mog-ol — beaucoup de Parsis ou adorateurs du feu — hôpital pour les animaux malades, vieux ou estropiés, tels que chevaux, bœufs, singes, volailles, &c.
— Madras, siège de la 2e. présidence, sur la côte de Coromandel — très riche et très florissante — églises, couvons, missions, observatoire, fabriques nombreuses, &c.
— Putnah, sur le Gange à 105 lieues de Calcutta — fabriques très importantes — commerce de salpêtre et d'opium.
— Bombay, sur la côte de Concan, siège de la 3e. présidence — très grande, très forte — son port est un des meilleurs de l'Inde — entrepôt des marchandises arabiques, persiques, et indiennes.
Delhi, ci-devant capitale du Grand-Mogol, que ses descendans, soumis aux Anglais, habitent encore. — Palais impérial en granit
Abrège de la
rouofe, long de 1,000 aunes et large de 600, dont les écuries peuvent contenir 10,000 chevaux, et dont les cuisines ressemblent à des salles de parade.— Bel observatoire construit en forme de sphère.
-^Ag-ra, autre capitale des Grand s-Mogols — on y admire le palais et la mosquée de l'empereur Akbar, deux des plus beaux édifices de TAsie. — Lahore, ancienne résidence des Grands Mogols — on y voit un des plus beaux palais du monde. — Ja^^-g-ernaut ou Jagrenat, terre sacrée des Hindous, fameuse par les pélérinsges qu'y attirent trois grandes pagodes — l'une d'elles renferme une idole dont les yeux sont de gros diamans — Golconde, ville forte, connue par les mines d'or et de diamans qui se trouvent dans ses environs. — Seringapatam, où périt, en 1799,1e dernier roi de Mysore, le brave Tippoo-Saïb, en la défendant contre les Anglais, — Masulipatam, célèbre par ses toiles peintes et ses manufactures ; — &rc,, &c.
562. Le clief-lieu des possessions françaises est Pondichéry, sur la côte de Coromandel, ville manufacturière, mais située dans un pays stérile ; celui des possessions portugaises est Goa, sur la côte de Concan, grande ville, très commerçante, archevêché catholique, &c. — on y voit le tombeau de St. François Xavier^ celui des possessions danoises est Tranquebar, sur la côte de Coromandel: las possessions hollandaiseSj autrefois très importantes furent toutes cédées à l'Angleterre en 1824.
Les autres villes ou ports français sont Chandernagor dans le Bengale: Yanaon, sur la côte d' Crissa; Karikal, sur la côte de Coromandel; et Mahé, sur la côte de Malabar. Les Portugais ont encore l'île Diu, sur la côte de Concan, et les Danois Serampour dans le Bengale. Les ports hollandais étaient Jaggernaut et Palicole, sur la côte d' Crissa; Paliacate, Madras, et Porto-Novo, Rur la côte de Coromandel ; et Tuticorin, dans le golfe de Manar. Jusqu'en 1795, Cochin, sur la côte de Malabar, était le principal établissement que les Hollandais eussent dans les Indes. Calicut, sur la même côte, est le premier port des Indes qui ait été visité par les Européens ; le Portugais Vasco de Gama y aborda en 1498.
563. Popiilatioji : 134 millions, dont 123 millions sujets ou tributaires de la Compagnie des Indes. Les possessions françaises renferment environ 100,000 habitans, les portugaises 130,000, et les danoises 20,000. Restent 10 à 11 millions d'Hindous qui conservent leur
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indépendance, du moins nominalement. La division par iraces est à peu près comme suit : 114 millions d'Hindous, 15 millions de Mongols, et les autres Afghans, Béloutclies, Guèbres, Perses, Arabes, Juifs, Portugais, lAnglais, Français, métis ^ &c.
^ Le nombre des sujets propres de la Compagnie est de 89,500,000 dans le seul Hindoustan.
Les Hindous sont divisés en quatre castes principales, chacun© desquelles en renferme beaucoup d'autres : la première est celle des Brahmes ou Brahmines ou prêtres ; la seconde, celle des guerriers ; la troisième, celle des agriculteurs ; la quatrième, celle des artisans. Ces castes ne peuvent manger ensemble ni s'allier entre elles. Elles exercent le droit de mort ou d'exil sur leurs membres. Les descendans de ceux qui, par des mariages illicites, ont dérogé aux privilèges de ces quatre castes nobles, sont compris dans les divisions ignobles et méprisées. Au-dessous de ces dernières, on, voit les Pariahsy que les Hindous ont rejeté de leur société et qui ne peuvent habiter dans les villes ; ils sont obligés, dit-on, de fuir à l'aspect d'un Hindou noble, de m.arquer leurs fontaines par un entourage d'os d'animaux, et de se livrer aux occupations les plus dégoûtantes. Cependant l'influence des mœurs anglaises a déjà beaucoup affaibli les préjugés des Hindous au sujet des castes et mitigé le sort de ces malheureux proscrits, qui s'engagent volontiers au service de leurs maîtres européens.
Il arrivait souvent autrefois, surtout dans le Bengale, que les femmes des deux premières castes se brûlaient à la mort de leurs maris ; cette coûtume barbare a été détruite par les Anglais depuis 1829.
564. La religion dominante est le brahmisme, professé par 110 millions d'Hindous ; les mahométans sont -au nombre d'environ 16 millions; la secte guerrière des Seiks, qui s'est fait une religion composée de bouddhisme et de mahométisme, comprend 4 millions d'individus; il y a un million et demi de chrétiens; les autres suivent le culte de Bouddha.
Les Hindous admettent l'existence d'un être suprême, éternel, immense, première cause de tout ce qui existe ; de trois divinités, Brahma, Vishnou, et Chiva, qui sont autant d'émanations du premier être et les principaux objets de leur culte ; d'une foule de
Abrège de la
divinités inférieures préposées au gouvernement du monde, ainsi que d*esprits bons et méchans ; l'immortalité de l'âme ; la mé« tempsycose, et en conséquence ils ne mangent point de chair; la purification des âmes par les pénitences et les expiations volontaires. La vache est pour les Hindous un animal sacré ; la tuer est un crime punissable de mort.
Les livres qui contiennent la religion et la philosophie des Hindous sont appelés Bédas ou Védas; ils sont écrits dans une langue morte très ancienne et très pure, qu'on nomme le sanscrit,
L'Inde est remplie de temples ou pagodes ; quelques-uns sont d'une belle architecture ; tous sont d'une richesse extraordinaire. Les idoles présentent mille formes bizarres, horribles, impudiques ; des visages monstrueux, des figures avec quatre têtes et huit bras ou moitié hommes, moitié bêtes, &c. Les cérémonies du culte brahmanique donnent lieu quelquefois à des scènes affreuses, telles que la procession du dieu Jagrenaut, dont le char énorme, haut de 80 pieds, écrase sous ses roues les fanatiques qui, en s'y précipitant, croyent trouver à la fois et la mort la plus glorieuse et une félicité éternelle. Il y a d'autre fêtes où règne la licence la plus effrénée.
565. Gouvernement : L'Hindoustan presqu'entier est soumis à la Compagnie des Indes (No. 553). Le bureau des 24 directeurs, dont les séances se tiennent à Londres, est chargé du gouvernement de toutes les affaires politiques et de finance, civiles, judiciaires, militaires, et commerciales de la Compagnie, tant en Angleterre qu'aux Indes. Leur pouvoir est néanmoins borné par des actes du Parlement Impérial et par la surintendance d'un bureau de contrôle dont les membres sont nommés par le ministère Britannique.
Ces directeurs sont choisis pour quatre ans par une assemblée des propriétaires des fonds de la Compagnie ; ils sortent de charge à tour de rôle, au nombre de six annuellement.
Dans la Ire. présidence il y a un gouverneur général et un commandant en chef de toutes les troupes, tant de la Compagnie que de Sa Majesté dans les Indes; ces deux grands fonctionnaires forment avec deux autres le Conseil Suprême du Bengale. A Madras et
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à Bombay (a)^ les Conseils se composent pareillement de quatre membres, dont les deux premiers sont le gouverneur et le commandant en chef de chaque présidence. Il y a des cours suprêmes de judicature établies à Calcutta, à Madras et à Bombay ; des cours de circuit, et un grand nombre de cours inférieures dans les différentes parties de l'Hindoustan.
Les jugées sont Européens, et souvent, dit-on, n'entendent guères ni la langue ni les lois de ceux qui réclament leur protection.
Le gouverneur général des Indes, élu par le bureau des directeurs, doit recevoir l'approbation de Sa Majesté, qui peut le rappeler en Angleterre, Le Roi seul nomme le commandant en cbef du Bengale. Le président du bureau des propriétaires, celui da bureau des directeurs, les gouverneurs et les membres des trois conseils sont cboisis par le bureau des directeurs et confirmés par le Roi. La nomination des trois juges qui composent chacune des cours suprêmes appartient à la Couronne; celles des autres juges et officiers de justice a été laissée jusqu'à présent à la Compagnie,
Le montant actuel des fonds de la Compagnie est de £6,000,000 sterliugs possédés par 3,57^ propriétaires. Tous ceux dont la mise est de £500 ont voix délibérative dans l'assemblée ou le bureau des propriétaires. Ils donnent un vote à l'élection d'un directeur, si leur mise est de £1,000; deux, si elle est de £3,000; trois, si elle est de £6,000 ; et quatre, si elle est de £10,000 à £100,000. La mise d'un directeur doit être d'au moins £2,000.
L'armée de la Compagnie est composée d'environ 218,000 (ô) Sêpoys ou natifs de FHindoustan, hindous et musulmans mêlés dans chaque régiment, tous bien entretenus et bien disciplinés, comme les meilleurs troupes de la Grande-Bretagne. Ils sont commandés par 10,000 officiers, dont tous les principaux sont européens de naissance ou d'origine. Il faut ajouter à ce nombre une armée royale de 20,000 hommes, qui sont soldés et employés par la Compagnie : ce qui ne fait que 248,000 hommes pour obtenir la soumission assez peu volontaire de 123^000,000 d'individus.
s Les forces navales de la Compagnie, en 1828, étaient de l!8 vaisseaux dont 1 frégate et les autres bâtimens inférieurs. Sa marine
(a) On désigrne souvent Calcutta sous le nom de Fort William et Madras sous celui de Fort St, George.
^ (6) "Génie 1,062, artillerie 16,962, cavalerie 19,539, infanterie 169,617, invalides 10,496,-217,676.
marchande est composée d'un grand nombre des plus magnifiques vaisseaux qu'il y ait au monde.
La marine royale dans les Indes est composée de 9 à 10 vais seaux de guerre, la plupart frégates.
i^Pour mieux s'assurer la confiance des Indiens, la Compagnie leur laisse en général le libre exercice de leurs cultes religieux et leur administre la justice suivant leurs propres lois. Les Européens obéissent aux lois de leurs nations respectives, Dans les trois villes de Calcutta, de Madras, et de Bombay, tous les procès criminels se décident d'après le code de l'Angleterre.
Cette espèce de souveraineté et ces privilèges de commerce sources de profits immenses, dont jouit la Compagnie des Indes lui sont assurés par une charte qui a été souvent renouvelée de puis 1600, époque où elle fut accordée d'abord par la reine Elisabeth, et par des actes du Parlement Impérial qui ne sont en vi gueur que pour un certain nombre d'années. A l'expiration de ce terme, le Parlement peut à son gré confirmer, modifier, ou anéantir tous les avantages commerciaux et toute l'autorité po litique de la Compagnie (a). Dans ce dernier cas, l'Hindoustan avec ses dépendances serait régi comme les autres colonies britanniques qui relèvent immédiatement de la Couronne.
566. Les peuples alliés ou tributaires de la Compa gnie et ceux qui ont conservé leur indépendance, se di visent en une foule de petits états gouvernés par des chefs ou rajahs ou nabobs (b qui exercent pour Tor dinaire sur leurs sujets un pouvoir très despotique.
567. Education: La Compagnie des Indes a en Angleterre deux collèges, celui de Haileybury, ou l'on enseigne les sciences et surtout les langues orientales; et celui d'Addiscombe, destiné aux études militaires : ces deux établissemens fournissent des can didats pour les divers emplois civils de la Compagnie et des cadets pour le service militaire de THindoustan. A Calcutta, outre l'uni versité, il y a un collège qui n'est fréquenté que par des Hindous et un autre à l'usage des Musulmans. La Compagnie maintient encore un collège à Madras. Les natifs du pays ont aussi quel ques séminaires ; celui de Benarès est le plus remarquable. Les écoles élémentaires sont soutenues par plusieurs sociétés reli gieuses chrétiennes,
(a) L'acte de 53 Geo. III. c. 155, spécifie que ces privilèges pourront être révoqués en aucun temps après le 10 Avril 1831, une simple notice ayant été donnée trois années d'avance par le Parlement à ia Compagnie
Çb) Eajah$ chez les Hindpus, mboh chez les Musulmans,
Géographie de l'Asie.
' 568. Mœursy nourriture, vêtemens, Sfc : On accuse les Hindous d'une extrême indolence, qu'il faudrait peut-être attribuer à Ja douceur du climat et à la facilité avec laquelle ils se pourvoient de tout ce qui est nécessaire à la vie. Leur nourriture commune est composée de riz, de quelques lég-umes, d'épiceries, et de poisson ; les pauvres se contentent de riz et de sel. Dans les provinces du nord, le riz est remplacé par le froment, le millet et diverses céréales. Les musulmans y ajoutent les volailles et les autres viandes. Les Indiens du nord et de l'ouest se construisent des Cabanes de pieux revêtues de boue ; ailleurs elles sont faites de bambous et d'autres roseaux et recouvertes en paille. Les maisons des riches sont bâties en briques cimentées de chaux. Le vêtement des Hindous du nord est un turban, une simple étoffe de coton qui leur couvre le haut du corps avec une seconde étroitement serrée autour des reins, qui leur tombe jusqu'aux g-enoux. Ailleurs ils vont tête nue, et la pièce d'étoffe inférieure descend jusque vers les talons ,* mais les pauvres ne portent qu'une large ceinture qui leur cache le milieu du corps. Les musulmans par^ tout portent le turban et sont mieux habillés. Chez les rajahs et les nabobs on trouve le luxe des princes orientaux ; de nombreux esclaves, des habits brillans d'or, d'arg-ent, et de broderie, des appartemens peints et dorés, des parfums et des essences précieuses, de superbeaj salles de bain, &c.
Toutes les classes de la société ont l'usag'e de fumer du tabac et de mâcher du bétel ; c'est pour elles une affaire aussi importante que le boire et le mang-er. Pour voyager, les personnes considérables se servent de palanquins, sorte de chaises portatives, qui sont souvent très richement ornés. Les Brahmines placent l'hospitalité parmi les vertus les plus agréables aux dieux de l'Hindoustan.
Iles QUI DEPENDENT DE l'Inde Occidentale.
569. Ceylan : Séparée de la côte de Coromandel par le détroit de Manar :■ — longue de 300 milles et large de 1405 elle présente la forme d'une poire. — Climat doux, sol très riche en cani^elle, en cocos, en sagjou, en riz, en oranges, en sucre, en tabac, &c. — Quantité de beaux éléphans, de singes, de buffles, et d'oiseaux admirables. — Mines, pierres précieuses en abondance.— Vis-à-vis le continent est la célèbre Co^e de la Pêcherie, où se faisait autrefois la plus vaste pêche de perles qu'il y eût au monde.
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Des ploïig-eurs tont cheîcher au fond de la mer cette espèce d*huîtres qui les fournit. Lorsque tout est prêt pour son expédition, le plongeur se bouche fortement les narines d'une main, et, tandisque de l'autre il tient un panier, il descend rapidement au moyen d'une pierre attachée à l'un de ses pieds. Dès qu'il arrive au fond on retire cette pierre pour servir au plongeur suivant. Il se hâte de remplir le panier d'huîtres et aussitôt il donne un signal pour qu'on le retire de l'eau. Chaque descente dure depuis une minute jusqu'à deux ; le plongeur ramasse quelquefois 150 huîtres et quelquefois seulement 5 ou 6; chaque huître contient plusieurs perles.
Le produit net de cette pêclie, en 1798, était de £192,000 ; elle a depuis beaucoup diminué d'importance.—Les villes principales sont Candy, ancienne capitale du roi de Ceylan ; Columbo, résidence du gouverneur anglais ; et Trinquemalée dont le port est un des plus beaux de Flnde. — Cette île, ci-devant aux Portugais, qui en furent chassés par les Hollandais, appartient aujourd'hui aux Anglais, qui en détrônèrent le roi en 1815; elle forme un gouvernement britannique proprement dit, ne dépendant point de la Compagnie des Indes. — -La justice s'y rend d'après les anciennes lois du pays. — Population, 852,000, la plupart bouddhistes.
Iles Maldives : A l'ouest de l'île de Ceylan: — au nombre de 12,000, divisées en 13 groupes qu'on nomme Attoloyis. — Climat très chaud et malsain. — On y recueille beaucoup d'ambre gris, de corail noir, et de cauris, espèce de coquillage qui sert de monnaie dans rinde : un sac de 12,000 cauris vaut 5 à 6 francs. — Forêts de cocotiers. — Quantité de volailles, de rats, et de fôurmis. — Les habitans professent le mahométisme ; ils ont le corps très velu et la barbe épaisse ; ils sont spirituels, braves, et très industrieux : ils vendent des étoffes de soie et de coton, des nattes, diveris ouvrages d'orfèvrerie, de serrurerie, de poterie, &c.
Iles Laquedives : Au nord des précédentes ; il y en a 32 : on les distingue en deux groupes séparés par un canal qu'on appelle, à cause de sa latitude, le canal des neuf degrés. Ces îles, peu élevées, ceintes de rochers de corail, entourées de bas-fonds et dé bancs de sable, sont couvertes de rizières et de cocotiers superbes* Les habitans sont des Malabares,
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