‹ Nouvel abrégé de géographie moderneChapitre 88 sur 128 · BARBARIE · texte numérisé non relu

BARBARIE

643. Bornes: Au nord, la Méditerranée; à l'est, l'Egypte ; au sud, le grand désert de Sahara, dont celui de Lybie est une continuation i à l'ouest^^ l'Atlantique.

La Barbarie fut occupée, dès une haute antiquité, par les Berbers, les Numides, et d'autres peuples, que les Carthaginois, venus de la Phénicie (pachalik d'Acre en Syrie),' 888 ans avant J. C, soumirent ou rendirent tributaires. Apres la chute de Carthage

(a) Usage qu'on retrouve ailleurs en Afrique, et en Asie, particulièrement chez les Chinois.

Géographie de l'Afrique. 245

(146 ans av. J. C), cette contrée fut réduite en province romaine. Anx Romains succédèrent les Vandales en 427, et à ceux-ci les Sarrazins ou Arabes en 697. A la dissolution de l'empire des califes en 936, les Etats Barbaresques regagnèrent leur indépendance, et la conservèrent, du moins à l'égard des puissances asiatiques, jusqu'au commencement du 16e. siècle. Ayant, à cette époque, appelé les Turcs à leur secours contre les chrétiens d'Espagne, ils furent obligés de reconnaître la souveraineté de la Porte- Ottomane : ils en sont aujourd'hui plutôt les alliés que les sujets,

644. Divisions : La Barbarie se divise en quatre parties principales, l'empire de Maroc, et les royaumes ou régences d'Alger, de Tunis, et de Tripoli : ce dernier comprend le désert de Barca et le Fezzan. Les capitales de tous ces états portent les mêmes noms.

L'empire de Maroc (ancienne Mauritanie Zeugitane) se com« pose de 4 provinces ou royaumes, Maroc et Fez, au nord de l'Atlas; Tafilet et Sedjelmessa, au sud. L'état d'Alger (ancienne Numidie et Mauritanie) se subdivise en 6 provinces. Au sud du royaume de Tunis (ancienne Bizacène et Zeugitane), est situé le pat/s des dattes ou le Beled-el-Djerid proprement dit.

645. Climat^ Sec : Voyez le numéro 626. L'Atlas, dont les déclivités sont arrosées par une multitude de rivières et de torrens, partage la Barbarie en deux régions distinctes : dans celle du nord, la chaleur du cHt mat et les pluies de l'hiver donnent une vigueur prodigieuse à la végétation ; on y voit les productions de l'Europe et de l'Afrique réunies; les plus abondantes sont le blé, le millet, le maïs, l'orge, le sucre, le cotouj^ le raisin, et quantité de fruits délicieux, La partie au sud du mont Atlas ne présente que des plaines sablonneuses et salées où les rivières se perdent, et qui ne sont fertiles qu'en dattes, nourriture commune des habitans. Les montagnes sont couvertes de forêts et recèlent des mines d'argent, de cuivre, de fer, et de plomb. — -Animaux, oiseaux, serpens, &c., de presque toute l'Afrique.

Les chevaux, qui sont de race arabe, jouissent d'une grande renommée, ainsi que les dromadaires de l'espèce qu'on nomme heiries. Il y a beaucoup de brébis et de chèvres.

Abrège de la

On prétend qu'un heirie ou chameau du désert a franchi, en 7 jours, un espace de 1,100 milles. Voici comme l'Arabe dépeint la vitesse de cet animal infatigable: " Quand tu rencontres un " heirie, et que tu dis au cavalier qui le monte, salem alik (la paix " soit avec vous), lui, avant d'avoir pu te répondre alik salem, est " déjà presque hors de ta vue, car il marclie comme le vent."

646. Commerce : Blé, cuirs, maroquins, coton, laine, cire, huile, savon, fruits, étain, cuivre, corail, chevaux, mulets, sel, esclaves, poudre d'or, ivoire, plumes d'autruche, gommes, &c. Le commerce le plus considérable est celui qui se fait avec l'intérieur de l'Afrique, au moyen des caravanes.

647. Population: 10 à 12 millions, composée de Maures, d'Arabes, de ' Berbers, de Turcs, de Juifs, et de quelques Européens. L'islamisme domine ici avec un caractère de férocité et d'intolérance qu'il n'a point ailleurs. Tout le monde connaît les pirateries et les persécutions que ces peuples exercent depuis longtemps contre toutes les nations chrétiennes. — Gouvernement très despotique : le souverain de Maroc prend le titre empereur ; celui d'Alger se nommait Dey; Tunis et Tripoli sont gouvernés par des beys hérédi-

, taires. Les Deys d'Alger étaient élus par l'armée : ils périssaient presque tous par une mort violente faj.

648. Villes : 1 ® . Dans lè Maroc, Mequinez, devenu, à cause de son climat salubre, la résidence des empereurs ; Maroc, célèbre par ses cuirs nommés maroquins ; Tang-er, résidence de plusieurs consuls européens; Mog-adore, sur l'Atlantique, principale ville de commerce avec l'étranger ; &c.

2 ® . Dans l'état d'Alg-er, la capitale, Alg-er, bâtie en amphithéâtre, au fond d'une rade fortifiée — séjour fameux de pirates — bombardée par Duquesne en 1683, parles Américains en 1815, par les Anglais en 1816, bombardée et prise en 1830 par les Français, qui en sont encore les maîtres ; Constantine, ornée de plusieurs heaux restes d'architecture romaine — non loin de là sont les souV" ces pétnûsLïïtes nommées bains enchantés ; Sfc.

S ^ . Dans l'état de Tunis, la capitale, Tunis, située près des ruines" de l'ancienne Carthage — on n'y a d'autre eau douce que celle de pluie — les Maures sont plus polis et plus tolérans ici qu'ailleurs.

(a) Le pjouvernement des Deys a cessé par la prise d'Aljçer, en \SZO'\ I.es conquérans fc proposent de réduire toute celte régence à l'état d'une simple colonie française.

Géographie de l'Afrique,

4- ® . Dans l'état de Tripoli, la capitale, Tripoli, ville ancienne, oh Ton voit un arc de triomphe dédié à Marc-Aurèle et à son collègue Lucius Verus — commerce étendu avec l'Egypte, l'intérieur de l'Afrique, et le Levant; &c.

Sur les conûns du désert de Barca est l'oasis de Syouah (pays d' Ammon des Anciens), petit état indépendant, qui peut fournir 1,500 hommes de guerre. On y voit les restes du temple célèbre de Jupiter-Ammon.

649. Mœurs, ^c: Les Maures, qui habitent les villes et les plaines cultivées, ont la peau plus blanche que les Arabes, le visage plus plein, le nez moins saillant. Leur caractère selon les voyageurs est un composé de tous les vices. Leur science se borne ordinairement à savoir lire l'Alcoran. Leurs maisons, carrées et à toit plat, sont quelquefois ornées dans l'intérieur de riches tapis et de fontaines jaillissantes. Les exercices à cheval et le tir d'armes à feu, forment avec les tours d'équilibre leurs passe-temps favoris. A leurs funérailles, une longue suite de femmes, payées pour pleurer et hurler, accompagnent le mort jusqu'à sa dernièré demeure.

Les Berbers, qui habitent les montagnes et les déserts, ont le teint rouge et noirâtre, la taille haute et svelte^ l'habitude du corps grêle maigre. Leur fanatisme religieux surpasse celui des Maures; ils l'assouvissent, lorsque l'occasion s'en présente, dans le sang des juifs et des chrétiens. Leurs marabouts ou prêtres prétendent faire des miracles et distribuent des amulettes.

Les Berbers fabriquent eux-mêmes la poudre à feu dont ils ont besoin ; ils sont laborieux et intelligens ; ils fournissent au Maure paresseux du blé, des olives, et toutes sortes de denrées. Leur nourriture consiste en pain bis et en olives ; leurs vêtemens sont pauvres et malpropres ; leurs villages sont munis de tours de garde, d'où ils découvrent l'approche de tout ennemi. Dès le moindre signal, tous les hommes courent aux armes : ils manient supérieurement le fusil, le lancent dans l'air, le rattrapent et le déchargent avec une adresse et une rapidité étonnantes.

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