NIGRITIE
655. La Nigritie occupe toute cette partie de l'Afrique centrale qu'arrose le Niger ou Quorra et ses nombreux afïluens : elle a pour bornes, au nord, le Sahara ; à l'est, la Nubie et l' Abyssinie ; au sud, des pays inconnus que nous avons désignés sous le nom de Cafrérie, et les deux Guinées ; à l'ouest, la Sénégambie. Cette région comprend une foule d'états indépendans : quelques uns des plus puissans sont Kong, Eambara, Tombouctou, Houssa, Bornou, Boussa, Yaourie, Borgou, Niffe ou Nouffie, Eboé, Darfour, Kordovan, &c.
Suivant les M.M. Lander, le sultan de Bornou passe pour le plus puissant prince de la Nigritie orientale; le roi de Boussa est le plus respecté de tous ceux de la Nigritie occidentale.
656* Le climat est salubre, le sol fertile, bien arrosé, riche en productions végétales de toutes sortes. Tous les animaux de l'Afrique y sont rassemblés faj. L'or, le cuivre, et le fer, sont les minéraux les plus communs. Le commerce consiste en esclaves, en coton, en peaux brutes et tannées, en or, en huile de palmier, &c. Ici,
faJ Les forêts voisines du Quorra sont peuplées d'éléphans. Les Nègres ont coûlume de planter une espèce de harpon au milieu du sentier que suivent ces animaux, lorsqu'ils descendent au fleuve pour boire. La pointe de l'instrument, haute de 4 à 5 pieds, est entourée de paille ou de chaume. L'éléphant en voulant passer, se l'enfonce dans le poitrail ou dans le ventre; les efforts qu'il fait ensuite pour s'en débarrasser ne font que hâter sa mort.
Géographie de l'Afrique.
comm^ ailleurs en Afrique, les Européens vendent surtout Teau-de-vie, les armes à feu, les indiennes, le velours, la soie, les fils d'or et d'argent, les joujous, et les autres articles de leurs propres manufactures.
657. Villes : Le Quorra et ses branches tributaires sont bordées de grande villes, c. a. d., de grands amas de huttes entourées d'un mur de boue qui a quelquefois 20 ou 30 milles de circuit. Les palais des souverains, environnés de cours spacieuses, ne sont remarquables que par la bizarrerie des ornemens qu'on y trouve réunis, crânes et ossemens humains, harnois de chevaux, colliers de perles, pistolets, clincaillerie, lambeaux de tapis, &c. L'ensemble pourrait figurer à côté de ces bâtimens où un riche cultivateur européen loge ses chevaux et ses bestiaux.
^ La célèbre ville de Tombouctou est fréquentée par toutes les nations nègres, qui viennent échanger les productions de leurs pays contre les marchandises d'Europe et de Barbarie. Le roi possède trois palais, qui, à ce qu'on prétend, renferment une immense quantité d'or. On vante le bon ordre qui règne dans cetto ville. Le vol est ignoré parmi ses habitans industrieux, dont la plupart sont nègres, qui se piquent d'imiter l'hospitalité, Télé^ gance et la politesse des Arabes.
Les mines d'or qu'on trouve au sud de la rivière appartiennent au roi ; on dit qu'elles sont d'une richesse si extraordinaire que le sel, le tabac, et le cuivre travaillé, y ont été souvent échangés pour une quantité d'or égale à leur poids.
658. La population de toute la vallée du Niger est maintenant estimée à 25 millions d'hommes, dont peutêtre une moitié pratique, du moins imparfaitement, la loi de Mahomet ; les autres sont fétichistes.
Nous avons déjà donné (No. 634) le caractère des nègres. Leurs plus grands princes se font remarquer par un despotisme capricieux, par un orgueil extravagant, par une estime puérile des objets les plus ridicules et les plus méprisables, tels qu'un miroir, une paire de bracelets, quelques fils de faux-or, un méchant collier, des boutons de verre ou de métal, &c. Les M.M, Landers ont constamment remarqué que ces potentats de la zone torride n'avaient point honte d'employer les moyens les plus vils pour s'attirer des
Abrège de la
présens ; de demander tout ce qu'ils voyaient; de dérober même, si l'occasion le leur permettait. Le roi de Boussa se quereÛa longtemps avec son auguste épouse, pour savoir qui des deux garderait quelques méchans boutons de fer. Le roi de Yaourie, afin de recevoir d'une manière imposante les sujets de sa majesté Britannique, s'assit en plein air sur un bout de tapis, ayant un oreiller de chaque côté et un plat net de cuivre devant lui. Une autre fois, pour mieux exciter leur admiration, il dansa long-temps en leur présence : il se retira, parmi les applaudissemens de ses sujets, en sautant à l'imitation d'un cheval qui va le galop.
Les peuples qui habitent les pays situés vers le golfe de Bénin, se distinguent par les mœurs les plus cruelles ; ils doivent ces qualités à leur commerce avec les Européens. Les guerres continuelles qu'ils font aux peuples voisins, ont pour but de leur enlever des esclaves.